Drypetes gossweileri (PROTA)

De PlantUse Français
Aller à : navigation, rechercher
Prota logo vert.gif
Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Médicinal Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


Drypetes gossweileri S.Moore


Protologue: Journ. Bot. 58: 271 (1920).
Famille: Euphorbiaceae (APG: Putranjivaceae)

Synonymes

  • Drypetes amoracia Pax & K.Hoffm. (1922).

Noms vernaculaires

  • Bossmé, yungu, youngou (Fr).
  • Horseradish tree, okhuaba, akot (En).

Origine et répartition géographique

Drypetes gossweileri se rencontre depuis le Nigeria jusqu’en Centrafrique et en R.D. du Congo.

Usages

L’écorce, de saveur âcre, a de nombreux usages médicinaux. La décoction ou la macération d’écorce se boivent couramment comme purgatif pour expulser les vers intestinaux et soigner la diarrhée ; elles s’emploient aussi en lavement. L’écorce de tige broyée mélangée avec de l’huile de palme s’utilise en frictions pour traiter les maux de tête, les maux de dents, les douleurs intercostales, les douleurs rénales, les rhumatismes et la bronchite.

Au Cameroun et au Congo, l’écorce de tige en poudre se consomme pour traiter l’asthénie sexuelle et les maladies vénériennes. Au Congo, la poudre d’écorce cuite avec des bananes se prend comme aphrodisiaque. En Centrafrique, la décoction d’écorce se boit après l’accouchement pour ses vertus toniques ; elle sert aussi à traiter la bronchite, la toux et d’autres affections pulmonaires. La décoction d’écorce s’utilise en frictions sur la gale et aussi en bain pour faire baisser la fièvre chez les enfants. Les copeaux d’écorce dans de l’eau s’appliquent en pâte sur les blessures, les ulcères et les œdèmes. En R.D. du Congo, la décoction de feuilles s’emploie en lotion et se boit comme traitement de l’asthme chez les enfants. Les femmes prennent de la poudre d’écorce pour provoquer des avortements.

L’écorce de tige, les feuilles et les fruits servent à étourdir le poisson afin de le pêcher plus facilement. Au Cameroun, les graines cuites sont consommées par les pygmées Bakas. Le bois sert à faire des planches et s’utilise en menuiserie, mais la sciure peut provoquer des dermatites ainsi que des problèmes oculaires et respiratoires. Au Gabon, les coques de fruits, attachées aux membres et aux vêtements, sont utilisées dans des danses rituelles. Au Congo, les racines, qui dégagent une forte odeur, sont placées sur le toit des maisons pour éloigner les serpents, ou bien on asperge de la décoction de racine autour de la maison à cet effet.

Production et commerce international

Drypetes gossweileri n’est vendu que localement comme plante médicinale. L’écorce de tige séchée se vend sur les marchés locaux du Cameroun pour le traitement de la diarrhée typhoïde ; en 2002, son prix avoisinait les US$ 0,20 le gramme.

Propriétés

Toutes les parties de l’arbre, lorsqu’on les écrase ou qu’on les coupe, dégagent une odeur âcre qui évoque celle du raifort ou de la moutarde. L’huile essentielle d’écorce de tige obtenue sur des échantillons centrafricains et gabonais contenait surtout de l’isothiocyanate de benzyle (56–94%), accompagné de cyanure de benzyle et de benzaldéhyde. Dans un échantillon camerounais, le principal composé était le cyanure de benzyle (19,4–73,7%). Les composés secondaires sont des triterpènes, la friedéline, la friedélane-3,7-dione et des dérivés, le putranjate de méthyle, l’acide stéarique, le stigmastérol stéarate et le β-sitostérol stéarate. L’écorce contient également un alcaloïde, la drypétesgénine, et un diterpénoïde du type podocarpane, la gossweilone.

Des extraits bruts aqueux et des extraits à l’éthanol de l’écorce de tige ont inhibé la croissance d’Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Pseudomonas aeruginosa, Klebsiella sp. et Proteus sp., la plus forte activité inhibitrice étant le fait des extraits à l’éthanol. L’extrait à l’acétone de l’écorce de tige s’est avéré avoir de forts effets purgatifs chez les souris. La DL50 de l’extrait méthanolique d’écorce de tige dans l’essai à l’Artemia était faible. Il a fait ressortir une activité phytotoxique significative contre Lemna minor L. ainsi qu’une activité antifongique contre Microsporum canis et Trichophyton longiformis. L’activité antioxydante et l’activité antiradicale de l’huile essentielle se sont avérées faibles.

Le bois est jaune pâle ou blanchâtre à grain fin, moyennement lourd, avec une densité de 760–800 kg/m³ à 12% d’humidité. Il est moyennement dur, élastique et dégage souvent une mauvaise odeur.

Falsifications et succédanés

L’odeur âcre et les usages médicinaux de l’écorce de tige de Drypetes gossweileri sont similaires à ceux des racines de Pentadiplandra brazzeana Baill. et les deux espèces sont souvent utilisées indifféremment.

Description

Arbre dioïque de taille moyenne atteignant 30(–42) m de haut ; fût droit, atteignant 120 cm de diamètre, souvent cannelé de façon irrégulière ; écorce vert grisâtre à vert jaunâtre, à nombreuses lenticelles, dégageant une forte odeur à la coupe. Feuilles alternes, simples ; stipules petites ; pétiole atteignant 2 cm de long ; limbe oblong, de 10–24 cm × 3–9 cm, base cunéiforme à arrondie, asymétrique, apex acuminé, bords dentés ou parfois entiers, coriace, glabre. Inflorescence : fascicule axillaire ; inflorescence femelle ne comportant que quelques fleurs. Fleurs unisexuées, régulières ; pédicelle jusqu’à 2 cm de long ; sépales 5, ovales, de 12–16 mm de long, à denses poils courts, vert brunâtre ; pétales absents ; fleurs mâles à environ 30 étamines, disque en coupe ; fleurs femelles à ovaire supère, à poils courts, styles 2. Fruit : drupe en forme de pomme de 8–10 cm × 5–6 cm, brun verdâtre ou jaune, à poils brun velouté, pulpe jaune, contenant 3–7 graines. Graines ovoïdes comprimées, brun pâle.

Autres données botaniques

Le genre Drypetes comprend environ 210 espèces, réparties dans toutes les régions tropicales et subtropicales. Une soixantaine d’espèces se trouvent en Afrique continentale et une quinzaine dans les îles de l’océan Indien. Plusieurs autres espèces de Drypetes sont utilisées en médecine en Afrique centrale.

Drypetes capillipes

Drypetes capillipes (Pax) Pax & K.Hoffm. se rencontre dans toute l’Afrique centrale. Au Cameroun, l’écorce de racine en poudre s’applique sur les furoncles pour les faire mûrir. Au Congo, la décoction d’écorce s’emploie en bain de bouche pour traiter les maux de dents et en lotion pour traiter les douleurs rénales. On masse la nuque avec les feuilles pour traiter le torticolis.

Drypetes klainei

Drypetes klainei Pierre ex Pax est présent en Côte d’Ivoire et au Gabon, où la macération ou la décoction d’écorce de tige fraîche s’utilisent en frictions pour traiter les rhumatismes. L’extrait d’écorce de tige avec les fruits séchés immatures de piment se boit pour expulser les vers.

Drypetes natalensis

La décoction de l’écorce de tige et des feuilles de Drypetes natalensis (Harv.) Hutch., présent en Afrique orientale et australe, se prend pour faire tomber la fièvre chez les patients souffrant de paludisme. Le bois sert de bois de feu, de charbon de bois, ainsi qu’à fabriquer des cuillers, des manches d’outil et des lits.

Croissance et développement

Drypetes gossweileri fleurit de mai à décembre et fructifie principalement en juin. Au Cameroun, on a découvert qu’il forme une association avec des mycorhizes vésiculaires-arbusculaires (MVA).

Ecologie

Drypetes gossweileri est présent dans les forêts humides semi-décidues, y compris les forêts secondaires, à basse altitude.

Traitement après récolte

L’écorce de tige récoltée s’emploie fraîche ou peut être séchée pour une utilisation ultérieure.

Ressources génétiques

Rien n’indique que Drypetes gossweileri soit menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Drypetes gossweileri ne semble pas présenter un intérêt particulier pour les chercheurs, probablement en raison des composés de l’écorce de tige qui contiennent du cyanure. L’écorce de tige devrait néanmoins conserver l’importance qu’elle a en médecine traditionnelle.

Références principales

  • Adjanohoun, E.J., Aboubakar, N., Dramane, K., Ebot, M.E., Ekpere, J.A., Enow-Orock, E.G., Focho, D., Gbilé, Z.O., Kamanyi, A., Kamsu, K.J., Keita, A., Mbenkum, T., Mbi, C.N., Mbiele, A.L., Mbome, I.L., Mubiru, N.K., Nancy, W.L., Nkongmeneck, B., Satabié, B., Sofowora, A., Tamze, V. & Wirmum, C.K., 1996. Contribution to ethnobotanical and floristic studies in Cameroon. CSTR/OUA, Cameroon. 641 pp.
  • Bouquet, A., 1969. Féticheurs et médecines traditionnelles du Congo (Brazzaville). Mémoires ORSTOM No 36. Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer. Paris, France. 282 pp.
  • Burkill, H.M., 1994. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 2, Families E–I. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 636 pp.
  • Keay, R.W.J., 1958. Euphorbiaceae. In: Keay, R.W.J. (Editor). Flora of West Tropical Africa. Volume 1, part 2. 2nd Edition. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. pp. 364–423.
  • Mve-Mba, C.E., Menut, C., Bessiere, J.M., Lamaty, G., Ekekang, L.N. & Denamganai, J., 1997. Aromatic plants of tropical Central Africa. XXIX. Benzyl isothiocyanate as major constituent of bark essential oil of Drypetes gossweileri S. Moore. Journal of Essential Oil Research 9(3): 367–370.
  • Neuwinger, H.D., 2000. African traditional medicine: a dictionary of plant use and applications. Medpharm Scientific, Stuttgart, Germany. 589 pp.
  • Ngoupayou, J., 2003. Contribution à l’étude phytochimique de deux plantes médicinales du Cameroun: Drypetes gossweileri (Euphorbiaceae) et Parkia filicoidea (Mimosaceae). Thèse de doctorat 3e cycle, Université de Yaoundé I, Yaoundé, Cameroon. 128 pp.
  • Tailfer, Y., 1989. La forêt dense d’Afrique centrale. Identification pratique des principaux arbres. Tome 2. CTA, Wageningen, Pays Bas. pp. 465–1271.
  • Vivien, J. & Faure, J.J., 1985. Arbres des forêts denses d’Afrique Centrale. Agence de Coopération Culturelle et Technique, Paris, France. 565 pp.

Autres références

  • Agnaniet, H., Mounzeo, H., Menut, C., Bessiere, J.M. & Criton, M., 2003. The essential oils of Rinorea subintegrifolia O. Ktze and Drypetes gossweileri S. Moore occurring in Gabon. Flavour and Fragrance Journal 18(3): 207–210.
  • Betti, J.L., 2002. Medicinal plants sold in Yaoundé markets, Cameroon. African Study Monographs 23(2): 47–64.
  • Dupont, M.P., Llabrès, G., Delaude, C., Tchissambou, L. & Gastmans, J.P., 1997. Sterolic and triterpenoidic constituents of stem bark of Drypetes gossweileri. Planta Medica 63(2): 282–284.
  • Gessler, M.C., Msuya, D.E., Nkunya, M.H.H., Mwasumbi, L.B., Schär, A., Heinrich, M. & Tanner, M., 1995. Traditional healers in Tanzania: the treatment of malaria with plant remedies. Journal of Ethnopharmacology 48: 131–144.
  • Ijah, U.J.J. & Oyebanji, F.O., 2003. Effects of tannins and polyphenols of some medicinal plants on bacterial agents of urinary tract infections. Global Journal of Pure and Applied Sciences 9(2): 193–198.
  • Lovett, J.C., Ruffo, C.K., Gereau, R.E. & Taplin, J.R.D., 2006. Field guide to the moist forest trees of Tanzania. [Internet] Centre for Ecology Law and Policy, Environment Department, University of York, York, United Kingdom. http://celp.org.uk/ projects/ tzforeco/. February 2007.
  • Ndouga, M., Mpati, J., Chen Jian, M., Zhou Yuan, P., Bilala, J.P., Sianard, D.F. & Koubemba, M.C., 1991. Etude préliminaire de l’activité antibactérienne de quelques plantes médicinales de la flore congolaise. Revue de Médecines et Pharmacopées Africaines 5(1): 33–42.
  • Ngouela, S., Ngoupayo, J., Noiungoue, D.T., Tsamo, E. & Connolly, J.D., 2003. Gossweilone: a new podocarpane derivative from the stem bark of Drypetes gossweileri. Bulletin of the Chemical Society of Ethiopia 17(2): 181–184
  • Raponda-Walker, A. & Sillans, R., 1961. Les plantes utiles du Gabon. Paul Lechevalier, Paris, France. 614 pp.
  • Sow, H.D., Koudogbo, B., Dhal, R. & Robin, J.-P., 1994. Drypetes gossweileri S. Moore: isolement des triterpènes pentacycliques. Revue de Médecines et Pharmacopées Africaines 8(1): 17–21.
  • Thirakul, S., 1983. Manuel de dendrologie. Centre National de Développement des Forêts (CENADEFOR), Yaoundé, Cameroun. 640 pp.
  • Vivien, J. & Faure, J.J., 1988. Fruitiers sauvages du Cameroun. Fruits Paris 43(11): 657–676.

Auteur(s)

  • A.T. Tchinda, Institut de Recherches Médicales et d’Etudes des Plantes Médicinales (IMPM), Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, B.P. 6163, Yaoundé, Cameroun
  • V.S.T. Sob, Département de Chimie Organique, Université de Yaoundé I, B.P. 812, Yaoundé, Cameroun

Citation correcte de cet article

Tchinda, A.T. & Sob, V.S.T., 2008. Drypetes gossweileri S.Moore. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 30 mars 2020.


  • Voir cette page sur la base de données Prota4U.