Douce-amère (Cazin 1868)

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Doronic
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Droséra
PLANCHE XVII : 1. Dentelaire. 2. Digitale. 3. Doradille. 4. Douce-amère. 5. Ellébore blanc.


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Nom accepté : Solanum dulcamara


DOUCE-AMÈRE. Solanum dulcamara. L.
Solanum scandens, sive dulcamara. C. Bauh., T. — Solanum glycypicros, sive amara dulcis. J. Bauh. — Solanum bacciferum.

Morelle grimpante, — herbe à la carte, à la fièvre, — vigne de Judée, — vigne sauvage.

SOLANACÉES. — SOLANÉES. Fam. nat. — PENTANDRIE MONOGYNIE. L.


Ce sous-arbrisseau (Pl. XVII) se trouve dans toute la France, dans les fossés humides, dans les haies, sur le bord des ruisseaux. Il est recherché par les chèvres et les moutons. Son odeur attire les renards ; on en met dans les appâts qu'on leur tend. Il sert à garnir et à orner en été par ses fleurs, et en automne par ses fruits d'un beau rouge, les berceaux, les murs en terrasse, etc.

Description. — Racines grêles, fibreuses, ramifiées. — Tige cylindrique, glabre, quelquefois pubescente, sarmenteuse, grimpante, atteignant environ 1 mètre 60 centimètres de hauteur. — Feuilles ovales, cordiformes, alternes, pétiolées, entières, aiguës, glabres à leurs deux faces, quelquefois molles et pubescentes en dessous ; les supérieures souvent divisées en trois segments, le moyen très-ample, ovale, lancéolé, les latéraux situés à la base de la feuille beaucoup plus petits. — Fleurs disposées vers le sommet des tiges en corymbes rameux, opposés aux feuilles, latéraux, longuement pédonculés (juin-septembre).— Calice gamosépale, à cinq divisions courtes, triangulaires. — Corolle rotacée, le plus souvent violette, quelquefois blanche, à cinq lobes un peu étroits, aigus, rabattus en dehors, caduque. Cinq étamines s'insérant sur la corolle. — Anthères bilobées, d'un beau jaune. — Ovaire à deux carpelles, à deux loges multiovulées. — Fruit : baie glabre, arrondie, biloculaire, rouge à l'époque de la maturité, accompagnée du calice persistant, contenant quelques petites graines réniformes.

Parties usitées. — Les jeunes rameaux, les sommités, les feuilles.

Récolte. — Elle se fait en mai et juin, ou vers la fin de l'été. On doit choisir les tiges d'un an au moins, rejeter celles dont l'écorce est tout à fait verte ou qui sont altérées par la vétusté. On doit, autant que possible, se servir de celles de l'année. La douce-amère récoltée dans le Midi ou dans les lieux secs et élevés est préférable à celle que l'on cultive dans les jardins comme objet d'agrément, ou qui croît dans les lieux bas et humides.

Alphonse Giraud, pharmacien[1], a trouvé dans un envoi de tiges coupées de douce-amère jusqu'à 20 pour 100 de tiges de clématite (clematis vitalba, L.). On connaît

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  1. Répertoire de pharmacie, mai 1853.


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l'âcreté et la propriété vésicante qui a valu à cette dernière le nom d’herbe aux gueux. Il est facile de distinguer, par leurs caractères extérieurs, les tiges de ces deux genres de végétaux. Cette fraude doit être signalée comme dangereuse.

[Culture. — La douce-amère croît dans tous les sols, on ne la cultive que dans les jardins botaniques et d'agrément ; elle se propage facilement par graines et par boutures, par marcottes ou par éclats de racines ; mais, pour les besoins de la médecine on préfère la plante sauvage.]

Propriétés physiques et chimiques. — Desfosses a trouvé de la solanine dans les tiges et dans les feuilles (Legrip et O. Henry dans les fruits). Cette plante contient en outre des sels à base de chaux et de potasse. L'eau s'empare de ses principes actifs. Sa matière amère-sucrée a été nommée par Pfaff, Picroglycion, ou Dulcamarine.

La solanine est pulvérulente, blanche, opaque, comme nacrée, inodore, et d'une saveur nauséeuse et un peu amère [elle peut être représentée par C84 H68 Az O28]. — Elle est inaltérable à l'air, insoluble dans l'eau froide, se dissolvant dans 8,000 de ce liquide bouillant, et en petite quantité dans l'alcool. Ses qualités alcalines sont très-faibles ; cependant elle ramène au bleu la teinture de tournesol rougie par un acide. Elle se combine facilement avec les acides, et forme avec eux des sels parfaitement neutres, solubles et incristailisables. Chauffée, elle se décompose sans se fondre ni se volatiliser. (D'après Otto Gmelin, ce n'est pas un alcaloïde, mais un corps de l'ordre des glycoïdes ne renfermant pas d'azote.)


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L'INTÉRIEUR. — Décoction ou infusion des rameaux, 8 à 30 gr. par kilogramme d'eau.
Suc exprimé des feuilles, 20 à 60 gr. (presque abandonné).
Poudre, 2 à 8 gr. (assez rarement employée).
Sirop (1 sur 11 d'eau et 8 de sirop de sucre), 30 à 100 gr. et plus, en potion.
Extrait par lixiviation, 50 centigr. à 10 gr, et plus, progressivement.
La décoction est la préparation la plus ordinairement employée.
Les médecins ont beaucoup varié sur le mode d'administration de la douce-amère. Tragus faisait bouillir 1 livre (500 gr.) de tiges de cette plante dans 2 livres (1 kilogr.) de vin blanc, et prescrivait deux verres par jour de cette décoction au malade. Razoux, craignant l'action vénéneuse de cette plante, ne dépassait pas la dose de 4 gr. dans une pinte d'eau réduite à moitié. Carrère en donnait 8 gr. en décoction, en augmentant cette dose d'autant tous les six jours. Quarin la porta à 60 gr. Crichton en conseillait 30 gr. par jour en trois fois, dans 45 gr. d'eau réduits a 30 gr., et Gardner[1] en prescrit jusqu'à 90 gr. qu'il fait prendre aussi en trois fois chaque jour. Quoique la douce-amère ne puisse occasionner aucun accident dangereux, il est bon cependant d'en commencer l'usage par la dose de 4 à 8 gr., et d'augmenter progressivement jusqu'à 60 gr. et plus, s'il ne survient aucun

symptôme qui oblige d'agir avec plus de ménagement. On prépare la décoction de cette plante en faisant d'abord infuser les tiges coupées par morceaux pendant plusieurs heures dans de l'eau bouillante. On fait ensuite réduire le liquide, par l'ébullition, d'un tiers environ. Le malade doit prendre au moins 1/2 kilogramme de cette décoction par jour, seule ou mêlée avec du lait. L'infusion aqueuse est rarement employée.
Bretonneau emploie le mode d'administration suivant, surtout dans les affections syphilitiques : pendant huit jours, décoction de 8 gr. de douce-amère, prise dans l'intervalle des repas, sans qu'il soit besoin de rien changer au régime. Le huitième jour, 16 gr. en décoction, pendant huit jours. Augmenter ainsi chaque semaine de 8 gr., et arriver ainsi a la dose de 40 gr. par jour : continuer également pendant huit jours, ce qui fait en tout six semaines. — Diminuer successivement les doses dans la même proportion, c'est-à-dire de 8 gr. par semaine, pour terminer par 8 gr. par jour dans la dernière semaine. — Lorsqu'on atteint la dose de 40 gr. dans 1 litre d'eau, la douce-amère détermine ordinairement quelques étourdissements, quelques troubles dans les idées. Ces phénomènes indiquent qu'il convient de s'arrêter et de diminuer progressivement les doses.


Les effets primitifs de la douce-amère se font remarquer sur le tube digestif ; mais cette plante a une action secondaire sur divers systèmes et notamment sur le cerveau et le système nerveux. Cette action varie beaucoup selon les dispositions individuelles et l'état des organes ; elle porte plus ou moins sur la peau, les reins, l'encépbale, etc. Mais l'irritation revulsive qu'elle détermine sur le tube digestif est la chose la plus importante a observer par rapport aux effets secondaires qui en résultent, et qui lui sont en grande partie subordonnés.

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  1. London medical Repertory, 1830.


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Donnée à grande dose, cette plante produit des nausées, des vomissements, de l'anxiété, dès picotements dans diverses parties du corps, quelquefois un prurit des organes génitaux, des évacuations alvines, une abondante sécrétion d'urine, des sueurs, des crampes, de légers mouvements convulsifs dans les paupières, les lèvres et les mains, de l'agitation, de la pesanteur de tête, de l'insomnie, des vertiges, des étourdissements, en un mot, la série des symptômes qui annoncent évidemment un principe vénéneux tel que celui qu'on rencontre dans d'autres plantes du même genre, mais moins actif que dans la belladone et autres solanées. Chez certains individus, ce principe ne produit même aucun effet. Guersent rapporte avoir pris jusqu'à 15 gr. d'extrait de douce-amère sans avoir éprouvé la moindre influence. Cependant Schlegel rapporte[1] un cas dans lequel l'emploi dans les vingt-quatre heures d'une décoction faite avec les tiges fraîches de douce-amère, additionnée de 32 gr. d'extrait de la même plante, détermina l'obscurcissement de la vue, des vertiges, un tremblement de tous les membres, la paralysie de la langue, et une sueur froide partout le corps. Ces symptômes cédèrent promptement à l'emploi d'une potion dans laquelle entrait le carbonate de potasse. En mentionnant ce fait, Orfila ajoute judicieusement : Rara non sunt artis.

Floyer dit que trente fruits de douce-amère ont fait périr un chien dans l'espace de trois heures ; mais Dunal fait avaler à des cabiais et à des chiens de moyenne taille, de 30 à 150 de ces fruits, sans qu'il soit arrivé le moindre accident à ces animaux. D'après les dernières expériences, il est reconnu aujourd'hui que les baies de douce-amère n'ont aucune action vénéneuse sur les animaux, et que la mort du chien dont parle Floyer doit être attribuée à une cause accidentelle n'ayant eu d'autre relation avec l'injection de ces baies, que la coïncidence de deux faits distincts.

Les feuilles de douce-amère n'ont pas plus d'action que les fruits ; les tiges sèches de cette plante sont les seules parties qui jouissent d'une énergie généralement reconnue.

La douce-amère est stimulante, sudorifique, dépurative, légèrement narcotique. On la conseille dans les affections rhumatismales et vénériennes, les dartres, la gale, les ulcères de mauvais caractère, les engorgements des viscères abdominaux, les scrofules, les inflammations latentes du poumon, la phthisie, la goutte, les affections catarrhales chroniques, l'ictère, l'asthme, les convulsions, la coqueluche, etc.

Il n'est rien de plus vague, de plus contradictoire que tout ce que les auteurs rapportent sur les propriétés médicinales de la douce-amère. On a fait un grand usage ou plutôt un grand abus de cette plante, et cependant rien de positif, dans la plupart des faits recueillis, n'est venu éclairer le praticien. Boerrhaave et Haller en ont conseillé l'emploi dans les pleurésies et les pneumonies ; Linné assure l'avoir donnée avec avantage à l'hôpital de Stockholm contre le scorbut et le rhumatisme chronique. Tragus l'a administrée dans les engorgements glanduleux et viscéraux, et surtout dans l'ictère. Dehaen l'a mise en usage contre l'asthme, les convulsions et diverses affections spasmodiques. Sauvages lui attribue la guérison d'une syphilis constitutionnelle. Razoux a préconisé ses vertus contre l'hydropisie, la cacochymie, les scrofules. Guersent l'a trouvée utile dans certains catarrhes avec atonie et sans fièvre, et dans plusieurs cas de blennorrhagie et de leucorhée. Quelques auteurs l'ont regardée comme anthelminthique. Carrère a observé des rhumatismes aigris guéris par la douce-amère, ou plutôt par les saignées, les bains, les délayants, qu'il employait en même temps comme auxiliaires, en ne voyant jamais que les vertus de la plante en faveur de laquelle il était prévenu. On peut croire néanmoins que cette plante, en

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  1. Journal de Hufeland, 1822.


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augmentant l'action de la peau, a pu contribuer à la guérison, bien que Cullen, qui en a fait usage dans ces maladies, avoue que si elle a paru quelquefois y être avantageuse, le plus souvent elle n'y a produit aucun effet,

Desbois, de Rochefort, et Alibert n'accordent à la douce-amère qu'une action presque insignifiante. Hanin se range de l'avis de Cullen, de Desbois et d'Alibert, sur les vertus nulles ou presque nulles de cette substance médicamenteuse, que l'on doit à peine, dit-il, considérer comme auxiliaire. Il est commode, pour se faire une opinion, de n'avoir qu'à s'en tenir au magister dixit.

Dans une thèse soutenue à Upsal, sous la présidence de Linné, Hallemberg affirme que la douce-amère doit être préférée à la salsepareille ; que les douleurs rhumatismales, ostéocopes, etc., n'ont jamais résisté à l'emploi des tiges de cette solanée. Suivant Vitet, une forte infusion de douce-amère, depuis 300 gr. jusqu'à 1 kilogr., prise le matin à jeun, l'emporte, comme antisyphilitique, sur la plus forte décoction de salsepareille ou de gayac. De tels éloges sont aussi éloignés de la vérité que l'opinion des médecins qui n'accordent aucune propriété médicale à la douce-amère.

Il en a été de la douce-amère comme de beaucoup d'autres médicaments. On a trop vanté ses vertus ; les plus belles espérances ayant été déçues, on lui a refusé trop légèrement la place qu'elle doit occuper dans la matière médicale. Les observations de Razoux, de Bertrand de la Grésie, de Starke, de Poupart, de Swediaur, de Carrère, et de plusieurs autres médecins, ne laissent aucun doute sur l'efficacité de celte plante contre les dartres ; et si Desbois et Alibert n'en ont obtenu que des succès médiocres, il faut, suivant la remarque de Guersent, en attribuer la cause à ce qu'ils ne l'ont pas employée à dose assez forte. L'usage que j'en ai fait dans les affections cutanées chroniques vient à l'appui de cette dernière opinion. J'ai vu chez un marin de Calais, âgé de quarante et un ans, d'un tempérament lymphatique, un eczéma occupant les deux tiers de la jambe droite, avec exsudation séropurulente, et qui avait résisté pendant un an à divers traitements, guérir dans l'espace de deux mois par l'usage interne d'une forte décoction de rameaux de douce-amère. Les premières doses (12 gr., en augmentant tous les jours d'un gramme jusqu'à 60 gr. par jour), ont produit des maux de tête, des vertiges et des étourdissements. J'ai persisté ; et ces symptômes ont disparu pour faire place à une excitation de la peau, à des sueurs pendant la nuit et quelquefois à des évacuations alvines. Le succès obtenu dans ce cas m'a paru d'autant plus remarquable, que l'on n'a pu l'attribuer à aucun autre médicament : car le plus souvent la douce-amère étant administrée en même temps que d'autres substances, on ne peut en distinguer les effets.

Je dois dire, cependant, que Wauters cite plusieurs observations rapportées par Althof, et qui prouvent aussi incontestablement que cette plante, donnée à grande dose et sans autre médicament, a guéri des affections herpétiques graves, des leucorrhées âcres, des ulcères invétérés d'origine suspecte, etc.

William a mis la douce-amère en usage dans vingt-trois cas de lèpre, dont deux seulement, dit-il, résistèrent. Chrichton a publié un travail fort intéressant sur son efficacité dans cette maladie. Bertrand de la Grésie et Carrère la préconisent dans l'eczéma. Gardras[1] la regarde comme le meilleur remède qu'on puisse employer dans cette affection. Gardner le conseille surtout dans les dermatoses accompagnées d'une vive irritation, telles que l'ichthyose, le prurigo, le psoriasis. Guersent[2] a cru remarquer que plusieurs dartres squammeuses ou croûteuses, qui affectent une grande partie

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  1. The Lond. med. and physic. Journ., 1830.
  2. Dictionnaire des sciences médicales, t. X, p. 166.


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de la surface du corps, cèdent quelquefois assez facilement à l'usage de la douce-amère, tandis que de simples dartres furfuracées, isolées sur une partie, résistent aux plus fortes doses de ce médicament. Les faits que j'ai observés m'ont démontré la justesse de cette remarque.

Sages[1] a employé avec succès la douce-amère associée à une certaine quantité de tartre stibié dans le traitement des dartres. Ce médecin faisait prendre, dès le principe, 50 centigr. d'extrait de douce-amère avec 2 centigrammes et demi de tartre stibié, et il augmentait progressivement la dose de l'une et de l'autre substance, de manière que, dans un cas, il a ordonné l'extrait jusqu'à la dose de 32 gros (120 gr.), et le tartre stibié à celle de 32 grains (1 gr, 60 centigr.) par jour, en divisant cette quantité en deux prises, l'une pour le matin, et l'autre pour le soir. D'un côté, le tartre stibié avait perdu une grande partie de son action émétique par son union avec la douce-amère, de l'autre, il était toléré par la graduation des doses, et le médicament opérait le plus souvent par une augmentation des sécrétions, et surtout par des sueurs qui laissaient quelquefois le malade dans une sorte d'abattement.

Les observations rapportées par l'auteur semblent ne devoir laisser aucun doute sur l'efficacité de ce mélange, qu'on pourrait, je crois, administrer aussi avec avantage dans le rhumatisme articulaire chronique, et même dans l'arthrite aiguë, après l'emploi, dans ce dernier cas, des émissions sanguines, dont l'effet antiphlogistique place l'organisme dans les conditions favorables à la révulsion.

Swediaur recommande l'usage de la douce-amère dans les affections syphilitiques de la peau. Murray et Carrère disent l'avoir employée avec succès dans les douleurs ostéocopes et dans la leucorrhée regardée comme suite ou comme cause de dartre à la vulve. Plusieurs gonorrhées anciennes, suivant Gibbert, ont cédé à l'action de ce remède. Bretonneau considère ce médicament comme un des plus efficaces que l'on puisse employer dans toutes les dermatoses chroniques, et comme le meilleur de tous les dépuratifs. Il affirme que l'on peut diminuer la durée du traitement mercuriel dans les affections syphilitiques, et souvent même le remplacer par l'emploi méthodique de la douce-amère. (Voyez Préparations pharmaceutiques et doses.) Cependant, on ne doit compter sur ses bons effets que dans les affections syphilitiques qui ont résisté au traitement mercuriel. Je l'ai administrée avec succès, jointe à la racine de bardane et à celle de mézéréum, dans un cas de syphilide squammeuse survenue trois mois après un traitement mercuriel incomplet et mal dirigé. Le malade, âgé de vingt-quatre ans, et qui n'avait eu, pour affection primitive, qu'un chancre resté un peu induré après la cicatrisation, avait aux bras, au front et au cuir chevelu des plaques rouges, pustuleuses et squammenses. Dans les premiers jours du traitement, l'éruption augmenta ; mais, au bout de trois semaines environ, les squammes se détachèrent, la rougeur disparut peu à peu, les pustules se cicatrisèrent et la guérison fut complète au cinquantième jour. Quoique l'on ne puisse faire ici la part de la douce-amère dans le résultat obtenu, je n'ai pas cru devoir passer sous silence un fait qui m'a paru présenter quelque intérêt sous le rapport de la possibilité de trouver dans nos plantes indigènes les moyens de remplacer la salsepareille.

J'ai employé pendant près de trois mois la décoction et l'extrait de douce-amère à doses progressivement augmentées jusqu'à celle de 45 gr. par jour, chez trois scrofuleux ayant des engorgements glanduleux ulcérés au cou, et je n'en ai observé aucun avantage. Il me paraît démontré que les effets qu'on attribue à cette plante, dans le traitement des scrofules, sont dus aux substances énergiques auxquelles on l'associe presque toujours.

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  1. Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. VI, p. 162.


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On trouve dans le journal d'Hufeland quatre observations recueillies à l'Institut polyclinique de Berlin, sur l'emploi de l'extrait de douce-amère contre la coqueluche ; mais, comme dans le traitement mis en usage, cet extrait est joint à des préparations antimoniales, il est difficile d'apprécier l'action de chaque substance. Ces observations n'en sont pas moins intéressantes sous le rapport pratique.

Wauters l'a préconisée contre l'hydropisie. Il rapporte qu'un chirurgien de Moerreque, près de Termonde, s'en est servi pendant quarante ans avec le plus grand succès contre cette maladie, et qu'il a été témoin lui-même de trois guérisons merveilleuses opérées par l'usage de ce remède. On faisait bouillir une poignée de douce-amère dans une pinte d'eau ; cette décoction était prise en deux fois, le matin.

Dans le catarrhe chronique, le meilleur de tous les moyens, suivant Hufeland, est le lichen d'Islande donné avec la douce-amère (lichen, 24 gr. ; douce-amère, 12 gr. ; eau de fontaine, 500 gr. ; décoctés et réduits à 250gr. ; sirop balsamique, 30 gr. ; deux cuillerées à bouche, quatre fois par jour).

Donnée en décoction dans le lait contre les bronchites chroniques, la douce-amère m'a réussi dans certains cas, et a été sans effet appréciable dans d'autres cas de même espèce. J'ai remarqué qu'en général elle réussissait mieux dans les toux sèches et nerveuses que dans celles qui étaient accompagnées d'expectoration.

Rothman, cité par Hallemberg, affirme qu'il n'a point trouvé de remède plus propre à combattre l'ictère que la décoction de la plante dont il s'agit.

On a recommandé les bains de décoction de tiges de douce-amère dans les affections herpétiques et dans les dermatoses syphilitiques. Ascheron[1] employait la lotion antidartreuse suivante : Douce-amère, 30 gr. ; eau, Q.S. pour obtenir 180 gr. de décoction : ajoutez à la colature, sublimé corrosif, 22 centigr. — On employait autrefois les feuilles de cette plante en topique sur les engorgements des mamelles, sur les hémorrhoïdes douloureuses, les squirrhes et les cancers ulcérés, sur les contusions, les entorses, les ecchymoses, etc. Coste et Wilmet se sont bien trouvés des feuilles en topique sur les contusions, les blessures légères, etc. Ray dit qu'un cataplasme préparé avec quatre poignées de feuilles de douce-amère pilées, et quatre onces de farine de lin, qu'on faisait bouillir dans du vin muscat ou avec du lard, appliqué tout chaud, a résolu, dans une nuit, des tumeurs d'un volume très-considérable, et qu'il a guéri, par ce moyen, des contusions désespérées ! - La confiance qu'on leur accordait venait sans doute de l'analogie de la douce-amère avec les autres solanées. Aujourd'hui on regarde les feuilles de cette plante comme simplement émollientes. Cependant je les ai quelquefois appliquées, avec celles de morelle, en cataplasme sur les engorgements du tissu cellulaire ou glanduleux des seins chez les nourrices.

(La SOLANINE a été étudiée, au point de vue physiologique et thérapeutique, par Desfosses[2], Magendie[3], Frass[4], Caylus [5]. Ces expérimentateurs ont dû employer des produits différents, ou apporter dans leurs recherches des idées préconçues ; car il y a contradiction, pour la plupart des symptômes, entre la description d'un auteur et celle d'un autre.

Le premier effet de l'administration de cet alcaloïde est une sensation d'âcreté, suivie de salivation abondante, puis de nausées et de vomissements plus ou moins violents : 1 centigr. a produit des nausées. L'effet secondaire, à dose non toxique (de 1 à 5 centigr.), est caractérisé par de l'assoupisse-

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  1. Phœbus, Manuel de pharmacologie.
  2. Bulletin de la Société d'émulation, mars 1821.
  3. Formulaire, p. 157.
  4. B. et F. medico-chir. Rev. am., éd. july, 1854, p. 189.
  5. Bulletin général de thérapeutique, 30 décembre 1861.


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ment et de la somnolence (Magendie). Pour les Allemands, la solanine n'agit pas sur les hémisphères cérébraux, et par conséquent ne narcotise pas ; elle est simplement sédative des pneumogastriques. En effet, à dose plus élevée, après avoir produit des vomissements, elle porte son action sur la moelle allongée et amène la mort par asphyxie en paralysant les muscles de la respiration. Otto a aussi signalé la paralysie des muscles lombaires. La solanine ne dilate pas la pupille. Elle a en outre une action excitante sur la sécrétion rénale. Injectée dans la veine jugulaire, elle a accéléré la circulation, amené de la difficulté dans la respiration, des convulsions, des spasmes tétaniques et la mort. (Frass.)

La propriété sédative sur les agents d'innervation de l'appareil respiratoire fait assez pressentir l'emploi et l'efficacité de la solanine, dans les affections spasmodiques dont il est le siège (asthme, coqueluche, toux spasmodique simple). Un état inflammatoire n'est pas une contradiction de son usage. C'est à l'excitation rénale causée par la solanine que la douce-amère doit d'agir comme modificateur dans certaines conditions morbides du sang, telles que la goutte, la syphilis constitutionnelle, dans les affections chroniques de la peau. Caylus préfère l'acétate de solanine à la solanine pure, à cause de sa solubilité. La dose varie entre 1 et 5 centigr. pour un adulte.)