Curtisia dentata (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Colorant / tanin | |
Huile essentielle / exsudat | |
Médicinal | |
Bois d'œuvre | |
Ornemental | |
Curtisia dentata (Burm.f.) C.A.Sm.
- Protologue: Journ. S. Afr. For. Ass. 20: 50 (1951).
- Famille: Cornaceae (APG: Curtisiaceae)
- Nombre de chromosomes: n = 13
Synonymes
- Curtisia faginea Aiton (1789).
Noms vernaculaires
- Assegai tree (En).
Origine et répartition géographique
Curtisia dentata se rencontre à l’est du Zimbabwe, au sud du Mozambique, à l’est et au sud de l’Afrique du Sud et au Swaziland.
Usages
Le bois a été utilisé pour le mobilier, la parqueterie lourde, les wagons, les rayons de roues et les manches d’outils. Il convient pour les boiseries intérieures, la construction navale, les articles de sport, les jouets, les articles de fantaisie, les ustensiles agricoles, les instruments de musique, la sculpture, le modelage et le tournage.
L’extrait d’écorce est employé en médecine traditionnelle, notamment par les Zoulous, pour soigner la diarrhée et les maux d’estomac, pour purifier le sang, et comme aphrodisiaque. L’écorce sert aussi à traiter les boutons et entre dans la fabrication de produits destinés à éclaircir la peau. Elle a été utilisée pour tanner le cuir. Curtisia dentata est planté comme arbre d’ornement dans les jardins et les haies.
Production et commerce international
En 1998, le commerce annuel d’écorce de Curtisia dentata dans la province du Kwazulu-Natal (Afrique du Sud) était estimé à 23,9 t.
Propriétés
Le bois de cœur, brun grisâtre à rouge pourpre, ne se distingue pas nettement de l’aubier légèrement plus pâle et assez large. Le fil est droit, le grain fin et régulier. C’est un bois lourd, avec une densité de 870–930 kg/m³ à 12% d’humidité. Il sèche difficilement, en se fissurant souvent profondément en surface. Le séchage au four nécessite des programmes très doux. Les taux de retrait sont relativement élevés. Une fois sec, le bois est stable en service.
A 12% d’humidité, le module de rupture est de 116–131 N/mm², le module d’élasticité de 16 660–18 720 N/mm², la compression axiale de 72 N/mm², le cisaillement de 13,5–15 N/mm², la dureté Janka de flanc de 11 290–11 550 N et la dureté Janka en bout de 12 620–13 110 N. Bien que le bois soit lourd, dur et résistant, il se scie et se travaille relativement bien. Il se rabote aisément et donne une surface lisse et lustrée. Les avant-trous sont nécessaires pour le clouage et le vissage. Le bois se colle et se tourne bien. Il est assez durable, même lorsqu’il est en contact avec l’eau et le sol.
L’écorce contient jusqu’à 21% de tanin qui est vraisemblablement à l’origine de ses propriétés médicinales contre la diarrhée. Du lupéol, de l’acide bétulinique, de l’acide ursolique et de l’acide 2α-hydroxy-ursolique ont été isolés des feuilles ; ces trois derniers composés ont montré une nette activité antifongique, notamment contre Candida albicans. Des extraits de feuilles ont également montré une importante activité antibactérienne sur une gamme très étendue de bactéries.
Description
- Arbuste ou arbre de taille petite à moyenne atteignant 20 m de haut, sempervirent ; fût généralement cylindrique, jusqu’à 180 cm de diamètre, dépourvu de contreforts ; surface de l’écorce lisse et brune chez les jeunes arbres, se fissurant et virant au brun foncé chez les individus âgés ; ramilles à poils denses brun rougeâtre lorsque jeunes, devenant par la suite plus ou moins glabres.
- Feuilles opposées, simples ; stipules absentes ; pétiole jusqu’à 2,5 cm de long ; limbe ovale à elliptique ou presque circulaire, de 2,5–10 cm × 2,5–5,5(–7,5) cm, cunéiforme à arrondi à la base, aigu à arrondi à l’apex, bord nettement denté en particulier dans la partie supérieure de la feuille, couvert d’une pubescence brun rougeâtre dense au-dessous lorsque jeune, mais devenant glabre, pennatinervé à 6–10 paires de nervures latérales saillantes.
- Inflorescence : panicule terminale atteignant 12 cm de long, à poils denses, à nombreuses fleurs.
- Fleurs bisexuées, régulières, 4-mères, sessiles ; calice soudé à l’ovaire, à dents largement triangulaires, poilu ; pétales libres, ovales, de 1–1,5 mm de long, poilus à l’extérieur ; étamines libres, alternant avec les pétales, d’environ 1 mm de long ; ovaire infère, turbiné, poilu, 4-loculaire, style court, stigmate 4-lobé.
- Fruit : drupe ovoïde à globuleuse de 5–10 mm de diamètre, blanche devenant rouge à pleine maturité, couronnée des vestiges du calice et du style, contenant 4 graines.
Autres données botaniques
La croissance de l’arbre est relativement lente en conditions naturelles, mais peut être rapide s’il est cultivé. Il fleurit d’octobre à mars. Curtisia dentata est presque entièrement autogame. Ses fruits mûrissent entre 6–10 mois après la floraison, mais ils se développent souvent de façon sporadique. Ils demeurent longtemps sur l’arbre et sont consommés par les oiseaux, les singes et les porcs sauvages qui contribuent à en disséminer les graines ; ce sont surtout le touraco et le ramier qui les disperseraient.
Le genre Curtisia est monotypique. Longtemps, il a été inclus dans la famille Cornaceae, mais il est depuis peu classé dans sa propre famille Curtisiaceae, essentiellement à cause de différences anatomiques de l’ovaire. La reconstruction phylogénétique, qui s’est appuyée sur des données moléculaires, a regroupé Curtisia près de Grubbia, un genre composé de 3 espèces d’arbustes endémiques du sud de l’Afrique du Sud ; on a envisagé la possibilité de placer les deux genres dans les Grubbiaceae, à cause également de similitudes morphologiques, bien que leurs fruits soient complètement différents.
Ecologie
Curtisia dentata se rencontre dans la forêt sempervirente, dans la savane herbeuse sur les versants de montagne et dans la forêt buissonnante côtière, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1800 m d’altitude. C’est en forêt semi-humide que les arbres poussent le mieux. Curtisia dentata semble être une des dernières espèces dans la succession de la forêt du sud de l’Afrique du Sud, où il est souvent associé à Olea capensis L., Podocarpus latifolius (Thunb.) R.Br. ex Mirb., Afrocarpus falcatus (Thunb.) C.N.Page et Ocotea bullata (Burch.) Baill.
Gestion
Le taux de germination des graines fraîches est d’environ 50%. En conditions naturelles, les graines mettent entre 6–12 mois pour germer après que les fruits sont tombés. Une fois que l’on a retiré la pulpe charnue du fruit, la germination peut débuter 3–4 semaines plus tard. Si l’on veut obtenir une croissance correcte, il faut planter les semis dans un sol profond, fertile, enrichi en compost, les recouvrir légèrement de terre et les mettre à l’ombre légère. Ils sont sensibles à la sécheresse ; il faut les arroser régulièrement jusqu’à ce que les jeunes arbres aient environ 3 ans. Une fois qu’ils ont pris racine, les arbres peuvent supporter une sécheresse modérée. Tant les semis que les gaules sont sensibles au gel.
Curtisia dentata est disséminé dans la forêt et n’est jamais dominant ni même co-dominant. En réaction à l’exploitation, les arbres produisent de vigoureux rejets de souches, à la fois à partir des plaies apparues sur l’écorce et des stumps. Des drageons peuvent également apparaître. L’intérieur des fûts est souvent défectueux et présente une pourriture du cœur brun pourpre due à un début de putréfaction. C’est pourquoi les grumes sont souvent sciées sur quartier avant d’être mises à sécher et la partie centrale du fût est éliminée. Les arbres sont souvent gravement parasités par des champignons et des insectes. Les semis sont sujets aux attaques des champignons responsables de la fonte des semis.
Ressources génétiques
Curtisia dentata ne se rencontre que très localement en Afrique tropicale. En Afrique du Sud, il est plus largement réparti, mais les grands spécimens sont devenus rares à cause de l’exploitation de son bois d’œuvre dans le passé. Le succès de l’écorce comme médicament ne fait que renforcer la pression qui s’exerce déjà sur les peuplements de Curtisia dentata. Dans la province du Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud, l’espèce était déjà considérée comme vulnérable et en voie d’extinction dès 1988 à cause de la surexploitation de son écorce.
Perspectives
Curtisia dentata est trop peu commun en Afrique tropicale pour avoir un avenir en tant que bois d’œuvre commercial. Ce qui semble également être le cas en Afrique du Sud, où il est plus répandu et commun, mais où les grands arbres se sont raréfiés en raison de leur surexploitation et de leur croissance relativement lente en conditions naturelles. Apparemment, il aurait davantage d’avenir en tant qu’arbuste ou arbre d’ornement. Ses propriétés pharmacologiques méritent que l’on s’y attarde. De récents travaux de recherche ont mis en lumière des propriétés antibactériennes et antifongiques importantes, ce qui plaide en faveur de l’utilisation de Curtisia dentata en médecine traditionnelle.
Références principales
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Autres références
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Auteur(s)
- R.H.M.J. Lemmens, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Consulté le 17 décembre 2024.
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