Croton sylvaticus (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Médicinal | |
Bois d'œuvre | |
Bois de feu | |
Ornemental | |
Fourrage | |
Auxiliaire | |
Croton sylvaticus Hochst. ex Krauss
- Protologue: Flora 28: 82 (1845).
- Famille: Euphorbiaceae
Synonymes
- Croton oxypetalus Müll.Arg. (1864).
Noms vernaculaires
- Forest croton, fever tree, forest fever berry (En).
- Msinduzi (Sw).
Origine et répartition géographique
Croton sylvaticus est présent depuis la Guinée jusqu’en Ethiopie et vers le sud jusqu’au Zimbabwe, au Mozambique et en Afrique du Sud (Natal).
Usages
En Afrique centrale et orientale, l’infusion de feuilles se prend comme purgatif ; au Gabon, ce sont les graines et l’huile des graines qu’on utilise comme purgatif puissant. La décoction d’écorce ou de racine se prend pour traiter la tuberculose, la fièvre, les problèmes digestifs et les douleurs abdominales. La racine carbonisée et réduite en poudre se frictionne sur les gencives qui saignent. Au Kenya, l’extrait d’écorce de tige se prend pour traiter le paludisme. En Afrique australe, la décoction d’écorce se prend pour traiter les rhumatismes ; la poudre d’écorce se frictionne sur les coupures et les inflammations. En Afrique du Sud, l’écorce est utilisée pour traiter les troubles abdominaux, l’hydropisie, la fièvre et les affections utérines. Elle sert aussi de poison de pêche. Sous forme de poudre, on l’utilise chez les bovins comme remède aux ennuis de vésicule biliaire. En R.D. du Congo, on frotte des copeaux de bois sur les pieds pour traiter l’éléphantiasis. Les racines écrasées s’emploient en cataplasme sur les enflures. En Afrique de l’Est, la décoction de feuilles s’utilise en lotion pour traiter les œdèmes causés par le kwashiorkor et la tuberculose. En Afrique du Sud, le jus des jeunes feuilles sert à traiter les otites. Le cataplasme de feuilles s’emploie en externe pour traiter la tuberculose.
Au Zimbabwe, Croton sylvaticus est parfois cultivé comme plante ornementale de jardin. En Afrique centrale et orientale, on l’utilise comme arbre d’ombrage dans les plantations de café et pour d’autres cultures. Des chenilles comestibles se nourrissent des feuilles et les fleurs attirent les abeilles. C’est un arbre à bois d’œuvre utile. Tendre et facile à travailler, son bois s’emploie pour faire des meubles, des étagères, des ruches, des tambours, des manches d’outils, des perches et des caisses à fruits. Il brûle même lorsqu’il est vert et il sert aussi à faire du charbon de bois.
Production et commerce international
L’écorce est l’un des produits les plus couramment stockés du Witwatersrand (Afrique du Sud). On ne dispose d’aucune information sur les quantités vendues ou les prix. En 2006, 5 graines se vendaient environ US$ 11 sur Internet.
Propriétés
La graine renferme une huile composée d’acide palmitique, d’acide stéarique et d’acide linoléique ; elle contient également un acide rare, l’acide tiglique (acide 2-méthyl, 2-buténoïque ou acide 2,3-diméthylacrylique). Un alcaloïde glutarimide isolé de l’écorce de la tige a montré une toxicité modérée dans l’essai à l’Artemia. L’écorce est fortement aromatique et produit 2,7% de tanins. Des extraits au dichlorométhane et au méthanol de différentes parties de Croton sylvaticus ont révélé une mutagénicité ou des lésions ADN lors d’essais in vitro. Des extraits aqueux et au méthanol d’écorce de tige ont montré des effets anti-inflammatoires et antioxydants in vitro.
Description
Arbuste ou arbre de taille petite à moyenne, monoïque, semi-caducifolié, atteignant 25(–40) m de haut ; fût cylindrique, atteignant 100 cm de diamètre ; écorce à odeur de poivre, grise à brun verdâtre, lisse ; écorce interne brun pâle veinée de brun ; cime lâche ; jeunes rameaux à poils étoilés clairsemés à denses, presque glabres et gris-brun foncé par la suite. Feuilles alternes, simples ; stipules linéaires, atteignant 10 mm de long, tombant vite ; pétiole atteignant 7 cm de long, épaissi aux deux extrémités ; limbe ovale, elliptique-ovale à ovale-lancéolé, de 3–21 cm × 2–14 cm, base cunéiforme à arrondie, à 2 glandes stipitées ou sessiles, apex acuminé, bords glanduleux-dentés, jeunes feuilles à poils étoilés, presque glabres sur les deux côtés par la suite. Inflorescence : grappe terminale dressée de 6–21 cm de long, soit à fleurs mâles uniquement, soit à fleurs femelles uniquement, soit les deux, auquel cas les fleurs mâles sont situées dans la partie supérieure et les 1 à plusieurs fleurs femelles à la base. Fleurs unisexuées, 5-mères ; fleurs mâles à pédicelle de 2–6 mm de long, sépales elliptiques-ovales à ovales-lancéolés, de 2–3 mm de long, vert jaunâtre pâle, pétales elliptiques-lancéolés à oblongs-lancéolés, de 2–3 mm de long, jaune blanchâtre à ivoire verdâtre, étamines 14–17, libres ; fleurs femelles à pédicelle de 1–2 mm de long, trapues, sépales linéaires-lancéolés d’environ 3 mm de long, blanchâtres, pétales absents ou 5, linéaires, d’environ 2 mm de long, verdâtres, ovaire supère, arrondi, à denses poils étoilés, 3-loculaire, styles 3, bifides jusqu’à la base, de 4–5 mm de long, tors et arqués. Fruit : drupe arrondie à ellipsoïde de 9–11 mm × 7–10 mm, légèrement 3-lobée, partiellement ou non déhiscente, à poils étoilés, apex déprimé au centre, rose saumon, orange ou jaune, à 3 graines. Graines ellipsoïdes, d’environ 6 mm × 4–5 mm, aplaties, blanchâtres, arille blanc. Plantule à germination épigée.
Autres données botaniques
Le genre Croton comprend environ 1200 espèces des régions chaudes. Il est surtout représenté dans les Amériques ; sur le continent africain, il y en a environ 65 espèces et à Madagascar à peu près 125.
Croissance et développement
En Afrique centrale, Croton sylvaticus fleurit en octobre–décembre et fructifie en janvier–mai. Les graines sont disséminées par les oiseaux, qui se nourrissent des fruits.
Ecologie
Croton sylvaticus est présent dans la savane semi-caducifoliée, les forêts secondaires et les forêts mixtes sempervirentes, souvent sur les pentes rocailleuses, dans les forêts ravinées de bords de fleuves et sur les affleurements rocheux, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1700 m d’altitude. En Ouganda, on le trouve souvent sur les anciennes plantations d’Eucalyptus. Il préfère un ombrage léger à profond, mais il survit en plein soleil.
Multiplication et plantation
Croton sylvaticus est multiplié par graines ou par sauvageons. Les fruits se récoltent avant leur ouverture, puis on les met à sécher au soleil pour qu’ils s’ouvrent et on ramasse ensuite les graines. Les graines doivent être conservées à l’abri de la chaleur et de l’humidité. On les sème dans des bacs contenant un mélange de sable de rivière et de compost (1:2), on les recouvre légèrement de compost et on les maintient à l’humidité. La germination se produit au bout de 2–3 semaines. Les semis se repiquent au stade 2 feuilles, soit au champ, soit en sacs plastiques remplis de sable de rivière et de compost (1:1).
Gestion
Croton sylvaticus a une croissance rapide et ne demande aucun soin particulier.
Récolte
L’écorce, les feuilles et les racines peuvent se récolter au fur et à mesure des besoins. Les fruits peuvent être récoltés pendant 5–6 mois par an.
Traitement après récolte
Les parties végétales récoltées s’emploient soit fraîches, soit séchées et conservées dans un endroit frais et sec pour être utilisées ultérieurement.
Ressources génétiques
Croton sylvaticus est relativement commun dans de nombreuses régions d’Afrique tropicale, sauf en Afrique de l’Ouest où il est assez rare. Il pousse dans plusieurs types de végétation et il y a donc peu de risque qu’il soit menacé d’érosion génétique, sauf dans les endroits où il a été trop récolté.
Perspectives
Croton sylvaticus possède des usages médicinaux très divers, son écorce surtout. Plusieurs essais de laboratoire ont mis en évidence sa toxicité mais également son activité pharmacologique, et il est nécessaire de poursuivre les recherches pour identifier les composés actifs, de manière à évaluer les conditions dans lesquels il peut s’utiliser efficacement et sans risques.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Léonard, J., 1962. Euphorbiaceae. In: Robyns, W., Staner, P., Demaret, F., Germain, R., Gilbert, G., Hauman, L., Homès, M., Jurion, F., Lebrun, J., Vanden Abeele, M. & Boutique, R. (Editors). Flore du Congo belge et du Ruanda-Urundi. Spermatophytes. Volume 8, 1. Institut National pour l’Étude Agronomique du Congo belge, Brussels, Belgium. 214 pp.
Auteur(s)
- G.H. Schmelzer, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Schmelzer, G.H., 2007. Croton sylvaticus Hochst. ex C.Krauss. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 17 décembre 2024.
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