Crassocephalum crepidioides (PROTA)
Introduction |
Crassocephalum crepidioides (Benth.) S.Moore
- Protologue: Journ. Bot. 50 : 211 (1912).
- Famille: Asteraceae (Compositae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 40
Synonymes
- Gynura crepidioides Benth. (1849).
Noms vernaculaires
- Ebolo (Fr).
- Ebolo, thickhead, redflower ragleaf, fireweed (En).
- Eyukula (Po).
Origine et répartition géographique
Crassocephalum crepidioides est présent dans toute l’Afrique tropicale, depuis le Sénégal jusqu’à l’Ethiopie et l’Afrique du Sud ; on le trouve également à Madagascar et à l’île Maurice. Il a été introduit et s’est naturalisé dans toute l’Asie tropicale et subtropicale, l’Australie, les Nouvelles Hébrides, Fiji, Tonga et Samoa, et dans certaines régions des deux Amériques. Les parties feuillées sont couramment utilisées comme légume, par ex. en Sierra Leone, au Ghana, au Bénin, au Nigeria, au Cameroun, en R.D. du Congo et en Ouganda, ainsi qu’en Asie.
Usages
Les feuilles et les tiges tendres et charnues de l’ébolo sont mucilagineuses et s’emploient comme légume dans les soupes et les ragoûts, en particulier en Afrique occidentale et centrale. Il est très apprécié pour sa saveur particulière, prononcée mais non amère. Il est particulièrement prisé au sud-ouest du Nigeria, d’où vient son nom d’’ébolo’, d’origine yoruba. Dans cette région, on fait légèrement blanchir les feuilles, on enlève l’eau en trop et on les fait cuire ensuite avec des piments, des oignons, des tomates, du melon et parfois du poisson ou de la viande, pour faire des soupes ou des ragoûts. Les feuilles sont également appréciées en Sierra Leone, où on les prépare en sauce avec de la pâte d’arachide. En Australie, l’ébolo se consomme en salade verte, crue ou cuite.
Au sud du Nigeria, les feuilles d’ébolo s’utilisent pour soigner les indigestions. En R.D. du Congo, le jus des feuilles est administré pour traiter les troubles d’estomac, et en Ouganda, il est utilisé comme traitement des plaies récentes. En lotion ou en décoction, la feuille sert à traiter les maux de tête au Nigeria ; en Tanzanie, un mélange de jus des feuilles de Crassocephalum crepidioides et de Cymbopogon giganteus Chiov. s’emploie oralement et en externe pour soigner l’épilepsie. En Tanzanie, la poudre de feuilles séchées est prise par le nez pour arrêter les hémorragies nasales, et on la fume pour traiter la maladie du sommeil. Le tanin qui se trouve dans les racines de la plante est utilisé pour traiter l’enflure des lèvres. Les plantes sont volontiers broutées par le bétail, et considérées comme un fourrage vert utile pour la volaille. Crassocephalum crepidioides a été utilisé avec succès comme plante-piège pour recueillir les charançons du bananier adultes dans les bananeraies.
Production et commerce international
Les feuilles et pousses d’ébolo sont produites principalement pour les marchés locaux des zones rurales et urbaines. Dans le sud-ouest du Nigeria, on les trouve très couramment sur les marchés pendant la saison des pluies. On ne dispose pas de statistiques sur la production et le commerce.
Propriétés
La composition nutritionnelle des feuilles d’ébolo, par 100 g de partie comestible, est : eau 79,9%, énergie 268 kJ (64 kcal), protéines 3,2 g, lipides 0,7 g, glucides 14,0 g, fibres 1,9 g, Ca 260 mg, P 52 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968).
Des extraits de Crassocephalum crepidioides ont présenté une activité antimutagène modérée chez Salmonella typhimurium. On a signalé la présence de tanin dans les racines. Des alcaloïdes pyrrolizidiniques, la jacobine et la jacoline, ont été isolés des parties aériennes de plantes japonaises ; la jacobine s’est avérée hépatotoxique. Geotrichum, un champignon endophyte de Crassocephalum crepidioides, produit des dihydro-isocoumarines qui présentent une activité antipaludique contre Plasmodium falciparum. L’huile essentielle obtenue par hydrodistillation des feuilles contient principalement des monoterpènes (myrcène, limonène et α-copaène).
Falsifications et succédanés
En cuisine, les feuilles deCrassocephalum crepidioides peuvent être remplacées par des feuilles de Crassocephalum rubens (Juss. ex Jacq.) S.Moore et d’autres espèces de Crassocephalum à feuilles charnues.
Description
- Plante herbacée annuelle érigée, légèrement succulente, atteignant 100(–180) cm de haut ; tige relativement trapue, tendre, côtelée, rameaux pubescents.
- Feuilles disposées en spirale, simples à pennatilobées ou pennatifides ; stipules absentes ; feuilles inférieures à court pétiole, feuilles supérieures sessiles ; limbe à contour elliptique à obovale-elliptique, de 6–18 cm × 2–5,5 cm, généralement lobé, irrégulièrement denté en scie, base des feuilles inférieures atténuées et souvent longuement décurrentes sur le pétiole, poilu.
- Inflorescence : capitules cylindriques de 13–16 mm × 5–6 mm disposés en corymbe terminal, à nombreuses fleurs ; bractées extérieures de l’involucre inégales, de 1–4 mm de long, celles de l’intérieur 1–2-sériées, de 8–12 mm de long.
- Fleurs bisexuées, égales ; corolle tubulaire, de 9–11 mm de long, jaune ou orange à sommet brun rougeâtre ; étamines à anthères réunies en tube, violettes ; ovaire infère, 1-loculaire, style à 2 branches.
- Fruit : akène côtelé d’environ 2 mm de long, poilu, violacé foncé, surmonté par les poils du pappus, blancs et caducs, de 9–12 mm de long.
- Plantule à germination épigée ; hypocotyle atteignant 2 cm de long ; cotylédons largement ovales, glabres, courtement pétiolés.
Autres données botaniques
En Afrique tropicale, Crassocephalum comprend environ 24 espèces, dont beaucoup ont des usages médicinaux. Le genre est placé dans la tribu des Senecioneae.
Croissance et développement
Les plantules d’ébolo lèvent 8–10 jours après le semis. La croissance des semis est rapide. Au bout de 40–45 jours après le semis, les plantes sont prêtes pour la première récolte par arrachage, et la récolte de semences peut débuter 15–17 semaines après le semis.
Ecologie
Crassocephalum crepidioides est une adventice commune dans les terres agricoles abandonnées, les terrains vagues, les plantations et les jardins familiaux, en Afrique de l’Est jusqu’à 2000 m d’altitude. Sur des sites de cultures itinérantes récemment brûlés, il peut s’installer comme espèce pionnière dominante. L’ébolo nécessite des températures de 23–30°C, et une pluviométrie annuelle de 600–1500 mm lui convient. Il préfère des sols riches et bien drainés et tolère des sols humides, mais pas l’asphyxie racinaire. Il pousse bien à l’ombre dans les plantations, par ex. de cacao ou de thé.
Multiplication et plantation
L’ébolo produit des graines (akènes) en abondance. Le poids de 1000 graines est d’environ 0,2 g. Les graines sont difficiles à traiter et à conserver. En raison des poils fins et soyeux du pappus qui couvre les akènes, elles sont facilement dispersées par le vent. Il est possible d’ôter le pappus lorsque les fruits sont entièrement mûrs, mais avant qu’ils ne se dispersent naturellement. On plante habituellement en pépinière, dans des endroits frais préparés à cet effet. Le semis direct est moins pratiqué. On sème les graines à la volée sur les planches de semis et on les arrose deux fois par jour. On repique les plants avec leur motte de terre et on les installe sur des planches surélevées lorsqu’ils font 8–10 cm de haut, à un espacement de 30 cm × 30 cm. Le repiquage donne des plantes vigoureuses à grandes feuilles.
Gestion
L’ébolo pousse bien dans des sols riches en matière organique. En général, un apport en fumure organique avant repiquage favorise une croissance rapide, la production de grandes feuilles et un bon rendement d’ensemble sur le plan végétatif. Une autre solution est d’épandre de l’engrais NPK (par ex. 15–15–15). Il est necéssaire de procéder au désherbage lorsque les plantes sont jeunes et un arrosage régulier est important pendant les épisodes de sécheresse.
Maladies et ravageurs
La rouille de l’ébolo provoquée par Aecidium crassocephali peut être grave et conduit parfois à la mort de la plante. Des taches foliaires grises (Cercospora) se traduisent par des taches sur la surface supérieure des feuilles et une moisissure au-dessous. Les chenilles vertes du papillon de nuit Psara pallidalis constituent un sérieux problème car elles enroulent les feuilles, qu’elles dévorent entre les nervures. Les chenilles noires du papillon de nuit Lobesia aedopai envahissent les inflorescences des jeunes plantes et se nourrissent de l’intérieur, en particulier du réceptacle. Lagria villosa et Chrysolagria sp. causent de légers dégâts sur les feuilles toute l’année. Le criquet puant (Zonocerus variegatus) représente un problème pendant la saison sèche, car il dévaste les feuilles. Des densités élevées de pucerons verts peuvent infecter l’apex des jeunes plantes. Au Nigeria, on a observé que les larves de Nyctemera perspicua (synonyme : Deilemera perspicua) et Sylepta derogata détruisaient les feuilles, tandis que les adultes et les nymphes d’Aphis spiraecola s’attaquent aux feuilles et aux tiges.
Récolte
Chaque année, des quantités considérables d’ébolo sont récoltées dans la nature. En culture, la récolte se fait par arrachage ou par cueillettes répétées. La première récolte par arrachage peut être attendue 5–6 semaines après repiquage et la première récolte par cueillette se fait lorsque les plantes font 20–25 cm de haut. On coupe les pousses à 8–10 cm au-dessus du sol pour permettre une production abondante de nouvelles pousses. Les cueillettes se font à intervalles de 7–14 jours, en fonction de la croissance de la plante et de sa vigueur. On peut continuer à cueillir pendant 40–50 jours. On récolte souvent dans la soirée ou en début de matinée afin de garantir la fraîcheur des feuilles pour le marché.
Rendement
Le rendement annuel d’ébolo peut atteindre 25–27 t/ha de feuilles et de pousses en mode de récoltes répétées.
Traitement après récolte
Les feuilles flétrissent rapidement et il faut donc les asperger régulièrement d’eau pour conserver leur fraîcheur. On peut aussi immerger partiellement les pousses dans l’eau dans de petits seaux. Les producteurs lient souvent les pousses en petites bottes avant de les emporter au marché.
Ressources génétiques
Crassocephalum crepidioides n’est pas menacé d’érosion génétique, car il est répandu et commun dans les milieux perturbés. On constate une variabilité considérable parmi les variétés locales. Il n’existe pas de collection de ressources génétiques en Afrique.
Sélection
L’ébolo est un légume qui n’intéresse pas tellement les chercheurs en Afrique. L’ampleur de sa variabilité génétique reste à exploiter, mais elle garantit des progrès rapides en matière de sélection et de mise au point de cultivars améliorés.
Perspectives
Crassocephalum crepidioides est un légume facile à cultiver, particulièrement adapté aux endroits ombragés dans les jardins familiaux et les plantations d’arbres. Il faudrait sélectionner des cultivars améliorés, et résoudre le problème de la disponibilité des semences, qui a limité jusqu’à maintenant la culture de la plante. La recherche sur la sécurité de son emploi comme légume est souhaitable, car on a signalé dans des plantes asiatiques la présence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques, qui sont hépatotoxiques ou même cancérigènes.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Lemmens, R.H.M.J., 2003. Crassocephalum crepidioides (Benth.) S. Moore. In: Lemmens, R.H.M.J. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(3). Medicinal and poisonous plants 3. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 140–141.
Auteur(s)
- O.A. Denton, National Horticultural Research Institute, P.M.B. 5432, Idi-Ishin, Ibadan, Nigeria
Citation correcte de cet article
Denton, O.A., 2004. Crassocephalum crepidioides (Benth.) S.Moore. in Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands.
Consulté le 18 décembre 2024.