Concombre Anguria (Candolle, 1882)
Nom accepté : Cucumis anguria L.
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Concombre Anguria. — Cucumis Anguria, Linné.
Cette petite espèce de Concombre est désignée dans le Bon jardinier sous le nom de Concombre Arada. Le fruit, de la grosseur d'un œuf, est très épineux. On le mange cuit ou conservé au vinaigre. Comme la plante est productive, sa culture est fréquente dans les colonies américaines. Descourtilz et sir J. Hooker en ont publié de bonnes figures coloriées, et M. Cogniaux une planche contenant des analyses détaillées de la fleur 4.
L'indigénat aux Antilles est affirmé par plusieurs botanistes. P. Browne 5, dans le siècle dernier, appelait la plante Petit Concombre sauvage (à la Jamaïque). Descourtilz s'est servi des expressions suivantes : « Le Concombre croît partout naturellement, et principalement dans les savanes sèches et près des rivières dont les rives offrent une riche végétation. » Les habitants l'appellent Concombre marron. Grisebach 6 a vu des échantillons de plusieurs autres îles Antilles et paraît admettre leur qualité spontanée. M. E. André a trouvé l'espèce sur le bord de la mer, dans les sables, à Porto-Cabello, et Burchell, dans le même genre de stations, au Brésil, dans une localité non désignée, ainsi que Riedel, près de Rio-de-Janeiro 7. Pour une infinité d'autres échantillons recueillis dans l'Amérique orientale, du Brésil à la Floride, on ne sait s'ils étaient spontanés ou cultivés.
Une plante spontanée, du Brésil, fort mal dessinée dans Piso
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4. Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 5, pl. 329 ; Hooker, Botanical magazine, t. 5817 ; Cogniaux, dans Flora brasiliensis, fasc. 78, pl. 2.
5. Browne, Jamaica, éd. 2, p. 353.
6. Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 288.
7. Cogniaux, l. c.
8. Guanerva-oba, dans Piso, Brasil., éd. 1658, p. 264 ; Marcgraf, éd.
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est citée comme appartenant à l'espèce, mais j'en doute beaucoup.
Les botanistes, depuis Tournefort jusqu'à nos jours, ont considéré l'Anguria comme originaire d'Amérique, en particulier de la Jamaïque. M. Naudin 1, le premier, a fait observer que tous les autres Cucumis sont de l'ancien monde, principalement d'Afrique. Il s'est demandé si celui-ci n'aurait point été introduit en Amérique par les nègres, comme beaucoup d'autres plantes qui s'y sont naturalisées. Cependant, n'ayant pu trouver aucune plante africaine qui fût semblable, il s'est rangé à l'opinion des auteurs. Sir Joseph Hooker, au contraire, incline à croire le C. Anguria une forme cultivée et modifiée de quelque espèce africaine voisine des C. prophetarum et C. Figarei, bien que ceux-ci soient vivaces. En faveur de cette hypothèse, j'ajouterai que : 1° le nom de Concombre marron, donné dans les Antilles françaises, indique une plante devenue sauvage, car tel est le sens pour les nègres marrons ; 2° la grande extension en Amérique, du Brésil aux Antilles, toujours sur la côte où la traite des nègres a été le plus active, paraît un indice d'origine étrangère. Si l'espèce était américaine, antérieure à la découverte, avec une habitation d'une pareille étendue elle se serait trouvée aussi sur la côte occidentale d'Amérique et dans l'intérieur, ce qui n'est pas.
La question ne sera résolue que par une connaissance plus complète des Cucumis d'Afrique, et par des expériences de fécondation, si quelqu'un a la patience et l'habileté nécessaires pour opérer sur le genre Cucumis comme M. Naudin sur les Cucurbita.
En terminant, je ferai remarquer la bizarrerie du nom vulgaire des Etats-Unis pour l'Anguria : Jerusalem Cucumber, Concombre de Jérusalem 2. Prenez ensuite les noms populaires pour guide dans la recherche des origines !
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1648, p. 44, sans figure, en parle sous le nom de Cucumis sylvestris Brasiliæ.
1. Naudin, Ann. sc. nat., série 4, vol. 11, p. 12.
2. Darlington, Agricultural botany, p. 58.