Colophospermum mopane (PROTA)

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Introduction
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Colophospermum mopane (Benth.) J.Léonard


Protologue: Bull. Jard. Bot. Etat 19: 390 (1949).
Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Nombre de chromosomes: 2n = 34, 36

Synonymes

  • Copaifera mopane Benth. (1865),
  • Hardwickia mopane (Benth.) Breteler (1997).

Noms vernaculaires

  • Mopane (Fr).
  • Mopane, turpentine tree, balsam tree, butterfly tree, ironwood (En).
  • Mupane, chanate (Po).

Origine et répartition géographique

Colophospermum mopane est répandu en Afrique australe, où il est présent en Zambie, au Malawi, au sud de l’Angola, au nord de la Namibie, au nord-est du Botswana, au Zimbabwe, au sud du Mozambique et dans le nord de l’Afrique du Sud. Il a été planté également dans les régions semi-arides de l’Inde.

Usages

Le bois de Colophospermum mopane est traditionnellement utilisé pour des piliers et des perches dans la construction de maisons et de clôtures en palissade, et pour la sculpture. Le bois représente plus de 90% du bois utilisé pour les huttes d’habitation et de stockage dans une grande partie de l’Afrique australe. Il convient pour la parqueterie à usage intensif, les étais de mine, la construction navale, la charronnerie, les traverses de chemin de fer, les échelles, les articles de sport, les jouets, les bibelots, les ustensiles agricoles, les manches d’outil, le tournage, les panneaux durs et les panneaux de particules, et dans une moindre mesure, en raison de son poids et de sa dureté, pour la menuiserie et l’ébénisterie. Colophospermum mopane fournit un bois de feu de grande qualité et est utilisé pour la production de charbon de bois. Le bois, revendiqué comme le meilleur combustible d’Afrique, brûle avec une forte chaleur, lentement et de manière homogène, et laisse peu de cendres ; il prend facilement, même vert, mais sa dureté le rend difficile à abattre, couper à la hache ou débiter. Des morceaux de racine de forme contournée sont exportés de Namibie vers l’Extrême-Orient, où ils sont utilisés comme décoration pour les aquariums et les maisons.

Les graines sont consommées par l’homme comme aliment de famine. Colophospermum mopane est l’hôte des vers mopane, chenilles d’un paon de nuit (Gonimbrasia belina), qui consomment ses feuilles. Les chenilles sont couramment séchées, grillées et consommées en Afrique australe, et sont récoltées et vendues pour procurer un revenu. L’arbre est également l’hôte du psyllide Retroacizzia mopani (synonyme : Arytaina mopani), un insecte suceur qui produit de la “manne de mopane”, un revêtement doux ressemblant à de la cire sur les feuilles qui est récolté et consommé par l’homme mais aussi les singes.

Colophospermum mopane est utilisé dans la préparation de médicaments traditionnels. En Namibie, on utilise des extraits de bois chauffé ou les fibres de feuilles mastiquées pour traiter les blessures cicatrisant lentement ou pour arrêter les saignements des blessures. En Namibie, les Topnaars boivent la décoction de feuilles contre les rhumes. Pour traiter les douleurs oculaires ou les maux de tête, on met des gouttes d’une décoction de feuilles dans l’œil ou on s’en sert pour se laver la tête. En Afrique du Sud, des décoctions d’écorce et de bois sont utilisées pour traiter les inflammations de l’œil, les maladies vénériennes, la syphilis, la diarrhée et les douleurs d’estomac. Au Zimbabwe, des infusions d’écorce sont parfois données au bétail contre la diarrhée. Des infusions ou des décoctions de feuilles sont absorbées comme boisson ou administrées en lavement pour traiter la constipation et les maux d’estomac. Les ramilles servent de bâtonnets à mâcher pour nettoyer les dents. En Afrique du Sud, les Vendas utilisent les racines pour arrêter les saignements des gencives. Au Mozambique, les racines ont été utilisées pour tuer les vers intestinaux.

Les cendres du bois sont riches en phosphate, en calcium et en chaux et sont utilisées comme engrais et pour faire du blanc de chaux. L’écorce est utilisée pour le tannage de peaux. L’écorce interne fournit des fibres qui donnent des cordes très résistantes. Les feuilles et les fruits sont broutés par le bétail. Ils conservent leur valeur nutritionnelle après être tombés au sol ; les animaux les mangent au sol pendant la saison sèche. Ils sont primordiaux pour les éleveurs de bétail pour traverser la fin de la saison sèche lorsque de nombreux arbres sont défeuillés. Les feuilles fraîches et les graines sentent fort la térébenthine, mais ce goût ne passe pas à la viande ou au lait des animaux qui les consomment. L’arbre sert également d’aliment à un ver à soie sauvage (Gonometa rufobrunnea). Les cocons des papillons sont récoltés comme soie sauvage et transformés pour faire des tissus.

Production et commerce international

Le commerce international du bois d’œuvre de mopane est très faible, s’il existe. La production de bois d’œuvre, de bois de feu et de charbon de bois pour les marchés locaux et régionaux se fait à grande échelle, mais on ne dispose pas de statistiques. En-dehors des produits du bois de mopane, il existe un commerce lucratif de vers mopane sur les marchés réguliers et parallèles dans toute l’Afrique australe. La valeur totale de ce commerce n’est pas précisément connue, mais a été évaluée à plusieurs millions de US$.

Propriétés

Le bois de Colophospermum mopane est d’un très bel aspect. Le bois de cœur est brun moyen à brun rougeâtre, à rayures noires, s’assombrissant avec l’âge ; il est nettement démarqué de l’aubier mince, blanc cassé à brun pâle. Il est contrefil, parfois à fil presque droit, le grain est grossier à moyennement fin et régulier. Le bois est huileux et peu lustré.

C’est un bois très lourd, avec une densité de 990–1230 kg/m³ à 12% d’humidité, et dur. Il sèche à l’air lentement mais bien, bien qu’il puisse être sujet aux gerces superficielles. Il ne se fend pas facilement en bout pendant le séchage ; la teneur en huile du bois peut expliquer cette particularité. Le séchage au four peut provoquer des gerces superficielles et des déformations modérées. Les taux de retrait sont faibles à moyens, du bois vert à anhydre ils sont d’environ 4% radialement et 5,2% tangentiellement. A 12% d’humidité, le module de rupture est de 89–122 N/mm², le module d’élasticité de 10 880–14 000 N/mm², la compression axiale de 69–75 N/mm², le cisaillement de 17 N/mm², la dureté Janka de flanc de 13 100–21 000 N et la dureté Janka en bout de 19 400 N.

Le bois de mopane est généralement difficile à travailler avec des outils manuels et des machines-outils, principalement à cause de sa forte densité. L’usinage a un important effet d’usure sur les dents de scies et les lames de coupe, et des outils spéciaux sont nécessaires pour obtenir une surface fine et une bonne finition. Le rabotage est difficile à cause de la présence du contrefil. Le bois est difficile à clouer et visser en raison de sa dureté, et nécessite un pré-perçage ; la rétention des clous est bonne. Le polissage donne des résultats satisfaisants à bons. Le bois se vernit, se colle et se tourne bien. Il est très durable car il contient des substances chimiques qui permettent de résister aux attaques des termites et des vrillettes. Le bois de cœur est extrêmement rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation, l’aubier est moyennement perméable.

Les cendres de bois contiennent environ 15% de chaux. L’écorce contient 5,9% de tanins. La valeur nutritionnelle du feuillage de Colophospermum mopane a été évaluée en Afrique du Sud. En moyenne, le feuillage contenait par 100 g de matière sèche : cendres 5,8 g, protéines brutes 14,1 g, fibres au détergent neutre 38,0 g, fibres au détergent acide 30,7 g, N insoluble au détergent acide 1,0 g, lignine au détergent acide 14,6 g et extrait à l’éther 4,2 g. La teneur moyenne en macronutriments dans le feuillage a été évaluée par 100 g de matière sèche à : Ca 1,0 g, P 0,16 g, K 0,8 g, Mg 0,2 g, et Na 0,004 g. La teneur moyenne en micronutriments a été évaluée par 100 g de matière sèche à : Cu 0,8 mg, Co 0,3 mg, Mn 5,6 mg et Se 0,01 mg. Le feuillage contient des concentrations relativement fortes de tanins condensés, qui tendent à diminuer dans les feuilles âgées, ce qui les rend meilleures à brouter pendant la saison sèche. De petites quantités de feuilles ajoutées au régime alimentaire de jeunes porcs augmentent leur taux de croissance et leur production.

L’acide 8(S),13(S)-dihydrogrindélique, un diterpène, et son épimère C-13 ont été isolés des graines ; les deux sont des intermédiaires dans la biosynthèse des 9,13-époxylabdanes. Les parties aériennes de la plante sont riches en huile essentielle, constituée principalement de l’α-pinène (68–72%) et du limonène (3,5–5%), dont on suppose qu’ils sont responsables de l’odeur forte de térébenthine des fruits et des feuilles. Les feuilles contiennent également une concentration significative de β-sitostérol et de stigmastérol, qui sont apparemment la source des stérols présents dans différents organes des vers mopane. Le pool polyphénolique du bois de cœur présente une diversité et une complexité extrêmes. Il contient une série de flavonoïdes monomères, des flavan-3,4-diols dont les mopanols et les peltogynols, des flavonols, des proanthocyanidines dimères, des profisétinidines, des promopanidines, des propeltogynidines et une série de triflavanoïdes de type profisétinidine.

Description

  • Petit arbre caducifolié, restant souvent rabougri en arbuste, atteignant 15(–24) m de haut, à un ou plusieurs fûts droits atteignant 100 cm de diamètre ; écorce rugueuse, profondément et verticalement fissurée, gris foncé à brune, s’écaillant de façon irrégulière, formant souvent des plaques allongées-réticulées, écorce interne fibreuse, feuilletée, rose à rouge ; cime étroite, à petit nombre de branches principales se séparant à angle étroit ; rameaux glabres, lisses, gris.
  • Feuilles alternes, composées avec une seule paire de folioles ; stipules ovales, atteignant 5 mm de long, rapidement caduques ; pétiole de (1–)1,5–4(–5) cm de long, à petit appendice plat de 2–4(–5) mm de long à l’apex ; pulvinus à la base de la foliole plus large que long, contigu à celui qui lui est opposé ; folioles obliquement ovales ou lancéolées à falciformes-triangulaires, de (2–)4–10(–13) cm × (1,5–)2,5–5(–6,5) cm, base asymétrique, apex aigu à obtus, bords convexes, coriaces, glabres, à nombreux points glandulaires pellucides, à (7–)8–12(–14) nervures partant de la base.
  • Inflorescence : grappe axillaire atteignant 7 cm de long, simple ou à une ou deux ramifications à la base, à 7–13 fleurs.
  • Fleurs bisexuées, régulières, blanc-verdâtre à jaunâtres ; pédicelle de 4–8 mm de long ; sépales 4, presque ronds, d’environ 5 mm de long, glabres, réfléchis ; pétales absents ; étamines 20–25, libres, d’environ 7 mm de long ; ovaire supère, obovoïde aplati, d’environ 3 mm de long, glabre, style d’environ 2 mm de long, glabre, stigmate large.
  • Fruit : gousse obliquement obovoïde à réniforme, aplatie, de (2,5–)3–4,5(–6) cm × 2–2,5(–3) cm, rétrécie à la base, arrondie à l’apex, à vestiges du style à la moitié ou aux deux tiers de la distance le long de la face supérieure, glabre, couleur paille à minuscules mouchetures glandulaires déprimées d’un brun foncé, généralement à nervation réticulée proéminente, indéhiscente, à 1 graine.
  • Graines remplissant presque le fruit, réniformes, comprimées, bord aplati, surface à replis profonds, ponctuées de nombreuses glandes collantes et rougeâtres.
  • Plantule à germination épigée.

Autres données botaniques

Le genre Colophospermum est monotypique. Il a été inclus dans Hardwickia (un genre monotypique en Inde) et cette inclusion repose sur la morphologie du pollen, le nombre de chromosomes et des analyses phylogénétiques, mais la plupart des auteurs continuent d’utiliser le nom Colophospermum mopane car il est bien établi ; en 2005 le nom Colophospermum a été conservé contre Hardwickia. Colophospermum semble également être apparenté à Prioria.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : 1 : limites de cernes distinctes ; (2 : limites de cernes indistinctes ou absentes).
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 25 : ponctuations intervasculaires fines (4–7 μm) ; 29 : ponctuations ornées ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; (41 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 50–100 μm) ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; (48 : 20–40 vaisseaux par millimètre carré) ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 70 : fibres à parois très épaisses.
  • Parenchyme axial : (76 : parenchyme axial en cellules isolées) ; 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; 81 : parenchyme axial en losange ; (83 : parenchyme axial anastomosé) ; 86 : parenchyme axial en lignes minces, au maximum larges de trois cellules ; 89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales ; (91 : deux cellules par file verticale) ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale.
  • Rayons : 97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules) ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial ; (143 : cristaux prismatiques dans les fibres).
(E.A. Obeng, P. Baas & H. Beeckman)

Croissance et développement

Le système racinaire de Colophospermum mopane est remarquablement superficiel (30–120 cm de profondeur) mais très étendu et bien adapté aux conditions arides. Les racines peuvent absorber l’eau d’un sol plus sec que les graminées concurrentes. Les feuilles se replient sur elles-mêmes et pendent droites vers le bas sous un soleil ou un stress hydrique intense, produisant très peu d’ombrage, ce qui ajoute à la rudesse des savanes boisées de mopane. Les arbres perdent la plupart de leurs feuilles progressivement pendant la saison sèche et peuvent être sans feuilles pendant une période pouvant atteindre 5 mois, mais généralement plus courte. De nouvelles feuilles apparaissent juste avant ou rapidement après les premières pluies, bien que ces vagues semblent ne pas être liées aux pluies en Namibie et au Botswana. Les nouvelles feuilles sont jaunâtres et tendres, et deviennent vertes et coriaces avec l’âge. La floraison commence lorsque les arbres ont 5 ans et survient généralement rapidement après le développement des nouvelles feuilles, entre octobre et mars, mais elle peut être erratique et il peut ne pas y avoir de fleur du tout pendant plusieurs années. Les fruits apparaissent généralement entre mars et juin. Ils sont disséminés par l’eau de pluie et par le vent, et sur de courtes distances seulement.

On trouve généralement des drageons autour de la base d’arbres établis. Ils sont produits lorsque les arbres sont endommagés par le feu, la sécheresse, l’homme ou les éléphants. Les repousses peuvent être vigoureuses et forment parfois des fourrés presque impénétrables. Il y a souvent des mycorhizes sur les racines, mais on na pas trouvé de nodules fixant l’azote. Cependant, une symbiose des racines a été observée avec une bactérie, provoquant une dégénérescence graduelle des racines et la formation de nouvelles, formant ainsi des groupes de nouvelles racines. On a suggéré que ces groupes pourraient être considérés comme une forme primitive de nodules racinaires.

Colophospermum mopane n’est pas une espèce pionnière et n’envahit pas les zones nouvellement perturbées. La régénération sous les arbres existants se fait, mais on ne sait pas bien à quel degré. On trouve généralement des milliers de semis pendant la saison des pluies, mais on rencontre rarement des gaules de 1–5 ans. Les peuplements sont souvent de même taille et probablement du même âge, avec peu de petits ou jeunes arbres. Dans un essai, sur un échantillon de 10 parcelles permanentes, dans une forêt claire de mopane au nord de l’Afrique du Sud, la survie des plants a été suivie pendant environ 3 ans. Le plus haut taux de mortalité des semis, soit 39%, a été répertorié pendant la période d’implantation. Seulement 3% des plants de départ, évalués à 294 000 semis par ha, ont survécu jusqu’à la fin de la période d’essai. Les peuplements de semis sous les canopées d’arbres-mères étaient les premiers à mourir complètement, probablement en raison de la compétition. Les taux de croissance sont généralement faibles. Dans le nord de l’Afrique du Sud, l’âge d’un arbre avec un diamètre de fût de 10 cm a été évalué à 42 ans, ce qui semble concorder avec un âge moyen d’arbres adultes de 100–200 ans.

Ecologie

Colophospermum mopane est présent dans les basses terres chaudes, en particulier les vallées fluviales asséchées, jusqu’à 1000 (–1300) m d’altitude, avec une température maximale moyenne d’environ 30°C et une pluviométrie annuelle moyenne de 400–700 mm, bien qu’il soit présent dans quelques endroits en Namibie recevant seulement 100 mm de pluie par an. Il est présent dans des régions à sols alluviaux ou colluviaux et est également répandu dans les sables du Kalahari. Alors que la croissance est meilleure sur des sols argileux profonds, perméables, friables, fertiles et légèrement acides, il tolère des sols alcalins et des sols faiblement drainés et temporairement inondés. Le manque de sols riches en argile avec un bon niveau de nutriments peut expliquer l’absence de Colophospermum mopane à des altitudes plus élevées. Dans les savanes boisées sèches de la partie centrale de l’Afrique australe, il est souvent grégaire et dominant, présent en peuplements presque purs appelés “forêt claire à mopane” ou “forêt claire à Colophospermum”. Dans certaines régions les plantes restent rabougries, formant des “maquis à mopane”. Les forêts claires à mopane couvrent une surface de plus de 500 000 km². L’écorce est résistante au feu. Un gel léger jusqu’à –3°C est toléré.

Multiplication et plantation

Colophospermum mopane se multiplie facilement par graines, par sauvageons et par boutures. Le poids de 1000 graines est d’environ 500 g. La germination est facile et aucun traitement préalable n’est nécessaire. Les graines germent à l’intérieur de la gousse qui ne s’ouvre pas, mais la germination est plus rapide et régulière lorsque les graines sont extraites des gousses. On peut tremper les graines dans de l’eau froide pendant 24 heures pour accélérer la germination. Avec des soins appropriés, les graines fraîches peuvent atteindre un taux de germination de 100%. Les graines sont orthodoxes au stockage ; elles peuvent se conserver pendant plusieurs années et avoir encore une bonne germination. Au Botswana, des graines conservées pendant 8 ans ont présenté encore un taux de germination de 78%, mais lors d’un essai en Inde, la germination a été un échec total après un stockage de même durée.

En pépinière, on recommande de semer les graines dans des germoirs plats avec du sable de rivière propre ou stérilisé. Les graines doivent être en partie recouvertes lorsqu’elles sont semées en germoirs et conservées humides. Les graines profondément enfouies ne germent pas. La germination prend habituellement 1–2 semaines. Les semis doivent être soigneusement repiqués des planches de semis ou des germoirs dans des sachets de pépinière remplis de sol limoneux mélangé à du sable et du compost. Les semis sont sujets à la fonte des semis et ne doivent pas être trop arrosés. Initialement, ils poussent lentement, mais la croissance s’accélère une fois qu’ils ont atteint une hauteur de 20 cm. Les plants sont sensibles au gel et doivent être protégés en pépinière pendant la saison froide.

Gestion

Il n’existe aucun signalement de plantations par l’homme de Colophospermum mopane en Afrique, excepté pour la plantation d’un nombre restreint ou d’un seul arbre pour l’ombrage en zone d’habitation. L’implantation sur des terres agricoles n’est pas fréquente, mais pendant le défrichement de la forêt les agriculteurs laissent souvent quelques arbres isolés pour fournir un peu d’ombrage pendant la saison des cultures.

Les semis et les sauvageons doivent être repiqués au début de la saison des pluies pour leur permettre de s’établir et de survivre sans arrosage. Après la plantation au champ, les plants sont exigeants en lumière et sensibles à la compétition, nécessitant plusieurs désherbages. Ce n’est que dans des conditions très sèches que les plants peuvent bien concurrencer les autres espèces. Ils doivent également être protégés du bétail.

L’écimage et l’ébranchage sont assez bien tolérés, avec une croissance rapide des nouvelles pousses. On peut laisser pousser les arbres destinés à la production de perches jusqu’à 10 ans et ils peuvent ensuite être écimés à une hauteur de 2 m.

Maladies et ravageurs

Le mopane est souvent défoliés par les vers mopane (Gonimbrasia belina). Les infestations par de grandes populations de chenilles surviennent une ou deux fois par an en novembre/décembre et février/mars, et les peuplements importants d’arbres de Colophospermum mopane sont alors complètement défoliés. Les larves du psyllide Retroacizzia mopani se nourissent également des feuilles de mopane, provoquant leur enroulement. Des attaques de termites ont été observées sur de jeunes semis. Aucune maladie importante n’a été signalée en Afrique australe ou dans les régions arides de l’Inde où l’espèce est plantée.

Récolte

En raison de la dureté du bois, les troncs de Colophospermum mopane sont difficiles à abattre, en particulier avec des outils à main, et des tronçonneuses puissantes sont habituellement utilisées. Les grands et vieux arbres présentent souvent une importante pourriture du cœur.

Rendement

Des inventaires forestiers signalent des densités pour les arbres adultes de Colophospermum mopane variant de quelques arbres/ha dans le nors-ouest semi-aride de la Namibie à 480 arbres/ha dans le sud-est du Zimbabwe. Les densités typiques d’arbres mopane sont d’environ 200–400 arbres/ha. Dans le nord de l’Afrique du Sud, la biomasse sur pied totale d’une forêt claire à mopane a été évaluée à 24 t/ha.

Ressources génétiques

Colophospermum mopane n’est pas menacé d’érosion génétique car il est répandu et commun dans de grandes régions. Cependant, certaines parties d’Afrique australe connaissent un déclin des peuplements naturels en raison des usages multiples de l’espèce, de la population croissante, de la déforestation pour l’agriculture, des feux excessifs, de l’augmentation de la population des éléphants et peut-être de modifications du climat. Il n’existe aucune collecte systématique de ressources génétiques et aucun programme de conservation spécifique, mais de petites collections sont présentes dans des jardins botaniques en Afrique australe.

Perspectives

Colophospermum mopane est très apprécié pour son bois utilisé dans la construction de maisons et de clôtures en raison de sa grande durabilité et de sa résistance aux termites, et comme bois de feu grâce à ses excellentes propriétés de combustion. L’importance de ces usages va probablement augmenter et peut par endroits devenir une menace pour les savanes boisées à mopane. Colophospermum mopane est vraiment un arbre polyvalent, non seulement important pour son bois mais également comme source de médicaments, de fourrage et de chenilles comestibles. Pour obtenir une exploitation durable de cette espèce, qui est un des arbres indigènes les plus caractéristiques de l’Afrique australe, il convient d’envisager des mesures de protection et la domestication. En tant que plante médicinale importante, il faut faire des recherches sur ses composés actifs.

Références principales

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Sources de l'illustration

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Auteur(s)

  • R. Melusi, Department of Crop Science and Production, Botswana College of Agriculture, Private Bag 0027, Gaborone, Botswana
  • W. Mojeremane, Department of Crop Science and Production, Botswana College of Agriculture, Private Bag 0027, Gaborone, Botswana

Citation correcte de cet article

Melusi, R. & Mojeremane, W., 2012. Colophospermum mopane (Benth.) J.Léonard. [Internet] Fiche de PROTA4U. Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>.

Consulté le 8 février 2019.


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