Coix lacryma-jobi (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
Céréale / légume sec Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Stimulant Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Médicinal Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Ornemental Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


1, tige en fleurs ; 2, inflorescence mâle ; 3, épillet mâle ; 4, inflorescence femelle avec cupule partiellement enlevée. Source: PROSEA

Coix lacryma-jobi L.


Protologue: Sp. pl. 2 : 972 (1753).
Famille: Poaceae (Gramineae)
Nombre de chromosomes: 2n = 20

Noms vernaculaires

  • Larmes de Job, larmilles, herbe à chapelets (Fr).
  • Job’s tears, adlay (En).
  • Lágrimas de Job, lágrimas de Nossa Senhora, erva dos rosários (Po).
  • Mtasubihu, mtasbihi (Sw).

Origine et répartition géographique

Les larmes de Job sont indigènes de l’Asie du Sud et de l’Est. Elles sont cultivées depuis la nuit des temps, 3000–4000 ans en Inde, et 2000 ans en Chine, et occupaient une place très importante avant que le maïs et le riz ne deviennent des aliments de base universels. Actuellement, elles sont cultivées en tant que céréale secondaire dans toutes les régions tropicales et subtropicales, notamment en Asie. Les plantes échappées des cultures poussent comme des adventices. En Afrique, elles sont naturalisées dans la plupart des pays mais seulement très rarement cultivées (par ex. au Liberia).

Usages

Les types dont les faux fruits ont une coque tendre peuvent être facilement décortiqués et leurs gros grains sont consommés de la même manière que le riz, seuls ou mélangés avec celui-ci. Ils peuvent le remplacer dans tous les produits alimentaires. Les grains peuvent également être grillés avant d’être décortiqués, puis utilisés dans des bouillies, des gâteaux, des soupes et autres aliments, ou dans la préparation de bonbons. La pâte obtenue à partir de la farine ne lève pas à cause de l’absence de gluten. En boulangerie, un bon mélange est constitué de 70% de farine de blé et de 30% de farine de larmes de Job. Les grains crus sont sucrés et sont souvent consommés en amuse-gueule. En Afrique, les larmes de Job passent pour un aliment de famine. Elles servent à élaborer tant des boissons alcoolisées que non alcoolisées. Une bière fabriquée à partir des grains pilés est appréciée en Inde chez les tribus des montagnes et aux Philippines.

Le grain entier ainsi que le son servent à nourrir la volaille, et la farine peut remplacer la farine de maïs dans les aliments pour la volaille. Les larmes de Job sont souvent employées comme fourrage, en particulier pour les bovins et les chevaux. Elles conviennent très bien à l’ensilage, et on utilise la paille et les feuilles pour recouvrir les toits.

Les grains et la farine sont très digestes et sont prescrits aux personnes de santé fragile. Ils passent pour avoir des propriétés médicinales grâce à leur activité diurétique, dépurative, anti-inflammatoire et anti-tumorale. On boit une décoction de feuilles en cas de maux de tête, de rhumatisme et de diabète. Le jus de la tige est appliqué contre les piqûres d’insectes. Une décoction de racines sert de vermifuge ainsi qu’à soigner la dysenterie, la gonorrhée et les troubles menstruels.

Presque partout où poussent les larmes de Job, les faux fruits des types sauvages, à coque dure et décoratifs, sont utilisés comme perles pour les colliers, les rosaires, les hochets, les rideaux, etc. ; en Afrique, ils sont souvent portés lors de cérémonies rituelles et religieuses. L’inflorescence entière est parfois utilisée dans des compositions de fleurs séchées.

Propriétés

Le grain entier contient par 100 g de partie comestible : eau 8,9 g, énergie 1394 kJ (333 kcal), protéines 10,4 g, lipides 5,3 g, glucides 66,5 g et fibres 10,5 g. Le grain décortiqué renferme par 100 g de partie comestible : eau 11,6 g, énergie 1511 kJ (361 kcal), protéines 14,8 g, lipides 4,9 g, glucides 66,9 g, fibres 0,5 g, Ca 47 mg, P 254 mg, Fe 6,0 mg, β-carotène 0 mg, thiamine 0,26 mg, riboflavine 0,19 mg et niacine 4,7 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968). La teneur en acides aminés essentiels par 100 g de protéines (16 g de N) est la suivante : tryptophane 0,5 g, lysine 1,9 g, méthionine 2,6 g, phénylalanine 4,9 g, thréonine 3,0 g, valine 5,7 g, leucine 13,6 g et isoleucine 3,9 g (Busson, 1965).

La racine contient du coïxol, qui est analgésique et sédatif. Des extraits méthanoliques de grains ont montré un effet antiprolifératif sur des cellules cancéreuses du poumon in vitro et in vivo et pourraient réduire le risque d’oncogenèse du poumon provoquée par le tabac. Les grains pourraient également avoir un effet bénéfique dans le traitement des allergies.

Description

  • Graminée érigée, vivace, à nombreuses talles, atteignant 3 m de haut, souvent cultivée comme annuelle ; tige (chaume) remplie de moelle, glabre, ramifiée dans la partie supérieure.
  • Feuilles alternes, simples et entières ; gaine courte, glabre ou avec de longs poils à l’apex ; ligule courte et membraneuse ; limbe linéaire à ovale-lancéolé, de 8–100 cm × 1,5–7 cm, base arrondie à presque cordée, apex aigu, bords rugueux, face supérieure lisse ou scabre, nervure médiane proéminente.
  • Inflorescences à l’aisselle des feuilles supérieures, solitaires ou 2–7-fasciculées et disposées comme des panicules, sur un pédoncule de 3–6 cm de long, composées de 2 grappes unisexuées ; grappe femelle enserrée par une cupule creuse, dure comme l’os, globuleuse à ovoïde-ellipsoïde de 5–15 mm de long, brillante, blanche, brun pâle, grise, bleuâtre ou noire, avec un épillet sessile accompagné de 2 pédicelles stériles ; grappe mâle de 3–5 cm de long, exserte de l’orifice de la cupule, avec environ 10 épillets disposés par deux ou trois, dont un pédicellé, les autres sessiles.
  • Epillet femelle à 2 fleurs, à glumes orbiculaires, la fleur inférieure réduite à une lemme orbiculaire, la fleur supérieure à lemme et paléole membraneuses et à ovaire supère à 2 stigmates exserts de l’orifice de la cupule ; épillet mâle lancéolé à ellipsoïde, de 7–8 mm de long, à 1–2 fleurs, glume inférieure ailée, glume supérieure carénée, chaque fleur à lemme et paléole membraneuses et à 3 étamines.
  • Fruit : caryopse (grain) enserré par la cupule (la coque du faux fruit), globuleux, rouge foncé chez les types à coque dure, marron pâle chez les types à coque tendre.

Autres données botaniques

Le genre Coix comprend environ 5 espèces très proches, toutes originaires d’Asie, mais certaines ont été introduites ailleurs. Sur la base essentiellement des caractéristiques du faux fruit, 4 variétés ont été distinguées chez Coix lacryma-jobi, mais seule la var. lacryma-jobi est présente en Afrique ; elle se caractérise par de faux fruits ovoïdes, durs et lisses. La plupart des informations agricoles (en dehors de l’Afrique) concernent la var. ma-yuen (Rom.Caill.) Stapf, à faux fruits ovoïdes à piriformes, relativement tendres et striés ; c’est elle qui est cultivée comme céréale.

Il faut aux larmes de Job environ 1–2 semaines pour germer, en fonction du degré d’humidité du sol. Tant l’autogamie que l’allogamie sont possibles, cette dernière étant normalement prédominante. Le cycle total de culture est de 4–6(–8) mois. Lorsque la majorité des graines sont mûres, la plante commence à sécher. Elle a une photosynthèse en C4.

Ecologie

On la trouve dans la nature dans des endroits marécageux et en bordure de cours d’eau. C’est une plante quantitative de jours courts qui nécessite des températures élevées, des précipitations abondantes et des sols raisonnablement fertiles. Sous les tropiques, on la trouve du niveau de la mer jusqu’à 2000 m d’altitude, en Afrique souvent autour des villages de même que dans des champs abandonnés.

Gestion

Les larmes de Job sont généralement multipliées par graines. Le poids de 1000 graines est de 80–90 g. Les graines sont semées, à 5 cm de profondeur, au début des pluies, après un labourage ou un binage du champ. L’espacement entre les lignes est de 40–80 cm, et la densité de semis est de 7–15 kg/ha. Lorsqu’elles se trouvent en culture intercalaire, elles sont semées à la volée ou bien les plantes sont cultivées en bordure de champ. La multiplication par boutures est possible et même recommandée pour la production fourragère. La multiplication par graines permet un enracinement plus profond, et, par conséquent, une meilleure tolérance à la sécheresse et un rendement en grains supérieur.

Un désherbage est nécessaire jusqu’à 60 jours après le semis ou jusqu’à ce que la plante ait atteint 40 cm de hauteur. En général, les plantes ne réclament pas beaucoup de soins, mais lorsqu’elles sont jeunes elles ont besoin d’eau en abondance. Elles réagissent bien à l’apport de fumier ; en revanche, les engrais chimiques ou les insecticides ne sont pas employés.

La maladie la plus grave pour les larmes de Job est le charbon (Ustilago coicis) qui détruit les ovaires. Le charbon peut sérieusement endommager les cultures, c’est la raison pour laquelle un traitement des graines avec des fongicides ou de l’eau chaude (60–70°C) pendant au moins 10 minutes avant le semis est recommandé. Une autre maladie importante est la brûlure des feuilles (Bipolaris coicis) ; parmi les mesures de lutte, citons le brûlage des débris végétaux, la pulvérisation de fongicides ainsi que l’emploi de cultivars plus résistants. D’autres maladies attaquent la plante, comme les taches goudronneuses (Phyllachora coicis), la rouille (Puccinia operata) et Ustilago lachrymae-jobi (synonyme : Sporisorium lachrymae-job). Les rats, les oiseaux, parfois les sauterelles et les termites peuvent provoquer des pertes considérables.

Les larmes de Job sont normalement récoltées 4–6 mois après le semis, en fonction du cultivar et de la saison. D’ordinaire, on coupe les plantes entières à la base lorsque les grains sont mûrs. Le chaume peut être laissé sur le champ, car il tallera à nouveau par la suite ; les nouvelles feuilles fraîches constituent un excellent fourrage. Le rendement normal de grains décortiqués varie de 2–4 t/ha. La perte au décorticage est de 30–50%. Si la plante est cultivée pour le fourrage, plusieurs coupes par an sont possibles.

Après le battage et le décorticage, qui sont effectués à la main ou à l’aide des mêmes outils que ceux utilisés pour le riz, les grains sont mis à sécher au soleil sur des nattes. En conditions humides, la conservation des grains est limitée, mais elle est meilleure pour les grains en coque que pour les grains décortiqués.

Ressources génétiques

Les collections les plus importantes de ressources génétiques de larmes de Job sont détenues en Chine (Institute of Crop Germplasm Resources (CAAS), Beijing, 87 entrées) et aux Philippines (Institute of Plant Breeding, University of the Philippines Los Baños (UPLB), College, Laguna, 31 entrées). La plus grande diversité des formes sauvages se situe en Inde et au Myanmar, et celle des plantes cultivées en Asie du Sud-Est. Au fil du temps, les larmes de Job ont été sélectionnées par les agriculteurs pour un décorticage facile, ce qui a donné la var. ma-yuen. Toutefois, le cycle de végétation de la plante est relativement long, elle montre une maturité irrégulière et des rendements variables. Néanmoins, sa grande variabilité ouvre des perspectives pour des programmes de sélection, par ex. afin d’obtenir une résistance contre la maladie du charbon. Au Japon, la sélection est axée sur son utilisation comme plante fourragère. Au Brésil, un cultivar “nain” à fort rendement, probablement en provenance du Japon, a été sélectionné et diffusé.

Perspectives

Bien qu’elles soient très appréciées localement, les larmes de Job ne cessent de voir leur popularité baisser au profit de céréales plus rentables, essentiellement le maïs et le riz. Cependant, comme l’espèce est moins sensible aux maladies et aux ravageurs, qu’elle peut être cultivée là où d’autres espèces ont du mal à pousser, qu’elle ne demande pas beaucoup de soins, qu’elle a une valeur nutritive élevée et des propriétés médicinales prometteuses, les larmes de Job méritent plus d’attention de la part de la recherche.

Références principales

  • Burkill, H.M., 1994. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 2, Families E–I. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 636 pp.
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  • van den Bergh, M.H. & Iamsupasit, N., 1996. Coix lacryma-jobi L. In: Grubben, G.J.H. & Partohardjono, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 10. Cereals. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 84–87.

Autres références

  • Busson, F., 1965. Plantes alimentaires de l’ouest Africain: étude botanique, biologique et chimique. Leconte, Marseille, France. 568 pp.
  • Chang, S.W. & Hwang, B.K., 2002. Relationship of host genotype to Bipolaris leaf blight severities and yield components of adlay. Plant Disease 86(7): 774–779.
  • Gurib-Fakim, A., Guého, J. & Bissoondoyal, M.D., 1997. Plantes médicinales de Maurice, tome 3. Editions de l’Océan Indien, Rose-Hill, Mauritius. 471 pp.
  • Hsu, H.-Y., Lin, B.-F., Lin, J.Y., Kuo, C.-C. & Chiang, W., 2003. Suppression of allergic reactions by dehulled adlay in association with the balance of Th1/Th2 cell responses. Journal of Agricultural and Food Chemistry 51: 3763–3769.
  • Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968. Food composition table for use in Africa. FAO, Rome, Italy. 306 pp.
  • Naku Mbumba, M.D., Walangululu, M. & Basiloko, M., 1984. Comportement des plants issus de différents modes de propagation du coïx. Tropicultura 2(3): 95–98.
  • Neuwinger, H.D., 2000. African traditional medicine: a dictionary of plant use and applications. Medpharm Scientific, Stuttgart, Germany. 589 pp.
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  • Purseglove, J.W., 1972. Tropical crops. Monocotyledons. Volume 1. Longman, London, United Kingdom. 334 pp.
  • Watt, J.M. & Breyer-Brandwijk, M.G., 1962. The medicinal and poisonous plants of southern and eastern Africa. 2nd Edition. E. and S. Livingstone, London, United Kingdom. 1457 pp.

Sources de l'illustration

  • van den Bergh, M.H. & Iamsupasit, N., 1996. Coix lacryma-jobi L. In: Grubben, G.J.H. & Partohardjono, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 10. Cereals. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 84–87.

Auteur(s)

  • P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Jansen, P.C.M., 2006. Coix lacryma-jobi L. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 14 avril 2019.


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