Chasmanthera dependens (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Glucides / amidon | |
Médicinal | |
Fibre | |
Sécurité alimentaire | |
Chasmanthera dependens Hochst.
- Protologue: Flora 27: 21 (1844).
- Famille: Menispermaceae
Origine et répartition géographique
Chasmanthera dependens est largement réparti depuis la Sierra Leone jusqu’en Erythrée et en Somalie et en passant par l’est de la R.D. du Congo et la Tanzanie, et vers le sud jusqu’en Angola, en Zambie et au Zimbabwe. Il est couramment planté dans les jardins familiaux, par ex. au Ghana.
Usages
En Afrique de l’Ouest, le jus des tiges et des feuilles en application locale sert à soigner les entorses et les ecchymoses, il fait office de pansement sur les fractures ou, mélangé à du beurre de karité, d’embrocation pour traiter les douleurs et les raideurs. On mâche l’écorce comme remède aux écoulements vénériens ou comme tonique général en cas d’affaiblissement physique ou nerveux résultant de maladies inflammatoires ou épuisantes. Au Nigeria, la macération de tiges mélangée avec les tiges et racines de plusieurs autres plantes se boit contre les convulsions. Au Kenya, on fait griller la tige et on la fait ingérer aux nourrissons qui ont des convulsions. En Ouganda, la plante est utilisée contre la démence, les morsures de serpent et l’épilepsie. Les racines fraîches écrasées et mélangées avec des racines de Vernonia sp. se boivent en décoction pour soigner le paludisme. On fait boire aux enfants de la décoction de racines écrasées mélangées avec des feuilles de Tagetes sp. pour traiter la toux. En R.D. du Congo, le jus des feuilles s’applique en soin de premier secours pour arrêter les saignements des blessures.
Au Nigeria, la tige fibreuse se bat et s’utilise comme éponge. En Ethiopie, des éleveurs Boranas consomment les racines et les feuilles.
Production et commerce international
Plusieurs parties de la plante se vendent couramment sur les marchés locaux comme remède.
Propriétés
L’écorce de tige de Chasmanthera dependens est riche en alcaloïdes : elle contient des alcaloïdes quaternaires du type protoberbérine : la jatéorrhizine, la palmatine (berbéricinine), la columbamine, la pseudicolumbamine, la magnoflorine ; et des alcaloïdes quaternaires non phénoliques : la tétrahydropalmatine, la liriodénine, la lysicamine (oxonucéférine), la O,O-diméthylcorytubérine, l’anonaïne, la glaucine, la norglaucine, l’oxoglaucine et la nornucéférine. Elle renferme en outre des alcaloïdes du type tétrahydroprotoberbérine, la govanine et la coreximine, un alcaloïde du type pavine, la bisnorargémonine, et un alcaloïde du type morphinandiénone, la pallidine, ainsi qu’un furanoïde diterpène, la 8-hydroxycolumbine. Plusieurs de ces alcaloïdes ont également été extraits d’autres espèces et se sont avérés avoir des effets pharmacologiques intéressants. Les racines contiennent de la berbérine, qui traiterait la leishmaniase.
Des extraits au méthanol des feuilles séchées ont fait ressortir d’importants effets analgésiques et anti-inflammatoires.
Des extraits à l’éthanol et des extraits bruts à l’eau des racines ont montré une activité antifongique significative contre Aspergillus flavus, Aspergillus fumigatus, Aspergillus niger, Candida albicans, Microsporum audonii, Trichoderma viride et Trichophyton mentagrophytes. Les extraits à l’éthanol des plantes se sont avérés plus actifs que les extraits à l’eau.
Description
Liane dioïque ; rameaux adultes à écorce papyracée et s’exfoliant ; jeunes rameaux densément couverts de poils courts. Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole de 7–14 cm de long ; limbe presque rond à triangulaire, de 7–20 cm × 7–20 cm, base cordée, apex obtus à acuminé, bord entier ou faiblement lobé, densément poilu, 5– 7-palmatinervé. Inflorescence : grappe ou fausse grappe axillaire, retombante ; inflorescence mâle : fausse grappe de 10–30 cm de long, composée de glomérules de 3–5 fleurs ; inflorescence femelle : grappe de 10–18 cm de long ; bractées filiformes, persistantes. Fleurs unisexuées, régulières ; pédicelle de 3–6 mm de long ; sépales 6–9, les 3 sépales externes lancéolés, atteignant 2 mm de long, ressemblant à des bractées, poilus, et sépales intérieurs obovales, de 2,5–3,5 mm de long, garnis d’une touffe de poils à l’apex ; pétales 6, obovales, de 2–2,5 mm × 1, 5–2 mm, charnus, glabres, jaune verdâtre ; fleurs mâles à 6 étamines de 2,5–3 mm de long, filets largement soudés ; fleurs femelles à ovaire supère constitué de 3 carpelles ovoïdes d’environ 2 mm de long, réunis à l’apex par les stigmates recourbés, staminodes 6, d’environ 1 mm de long. Fruit composé de 3 drupéoles ellipsoïdes à côtés inégaux de 1–2 cm × environ 1 cm, contenant chacune 1 graine. Graines ovoïdes, de 1–2 cm de long, arquées.
Autres données botaniques
Le genre Chasmanthera s’apparente étroitement à Tinospora et Jateorhiza ; ces genres ont été associés par le passé. Chasmanthera est un genre africain qui comprend deux espèces : Chasmanthera dependens et Chasmanthera welwitschii Troupin. Il semble qu’il s’agisse d’espèces différentes du point de vue écologique, bien que leurs aires de répartition se recoupent en Centrafrique, où l’on a découvert des intermédiaires. Un approfondissement des recherches est nécessaire pour déterminer si les 2 espèces doivent être réunies en une seule.
Ecologie
Chasmanthera dependens est généralement présent en lisière de forêt, dans la savane et la forêt secondaire, souvent près de rochers, mais parfois aussi dans la forêt dense et humide sempervirente, la forêt semi-décidue et les ripisylves, jusqu’à 1500 m d’altitude. Il préfère les sols bien drainés avec de l’eau et du soleil en abondance.
Multiplication et plantation
Chasmanthera dependens est multiplié par graines et par sauvageons. Les graines restent dormantes pendant 6 mois.
Gestion
En Afrique de l’Ouest, Chasmanthera dependens est parfois cultivé comme plante médicinale, principalement dans les jardins familiaux. On le voit parfois pousser dans les plantations de cacao dont, paraît-il, il réduirait les rendements. Il est également l’hôte d’une mouche méditerranéenne (Ceratitis sp.), qui se nourrit des fruits.
Récolte
Chasmanthera dependens est récolté dans la nature ou dans les jardins familiaux.
Traitement après récolte
Les feuilles fraîches sont broyées et le jus est employé aussitôt ou conservé pour être utilisé par la suite sur les entorses ou les ecchymoses. L’écorce de tige peut être utilisée fraîche ou grillée. Elle peut également être séchée et conservée en vue d’un usage ultérieur.
Ressources génétiques
Chasmanthera dependens est répandu et commun et n’est pas menacé d’érosion génétique.
Perspectives
Chasmanthera dependens est couramment utilisé en médecine traditionnelle, mais très peu d’essais pharmacologiques ont été menés. Les essais pharmacologiques réalisés sur les alcaloïdes présents chez Chasmanthera dependens mais obtenus à partir d’autres espèces, indiquent que la poursuite des recherches est justifiée.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Akoègninou, A., van der Burg, W.J. & van der Maesen, L.J.G. (Editors), 2006. Flore analytique du Bénin. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. 1034 pp.
Auteur(s)
- D.M. Mosango
c/o Laboratory of Natural Sciences, Lycée Français Jean Monnet de Bruxelles (LFB), Avenue du Lycée Français 9, 1180 Brussels, Belgium
Citation correcte de cet article
Mosango, D.M., 2008. Chasmanthera dependens Hochst. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 3 avril 2025.
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