Caféier (Candolle, 1882)

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Noms corrects : Coffea arabica L., Coffea liberica Bull ex Hiern

Arachide
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Madia


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Caféier. — Coffea arabica, Linné.

Ce petit arbre, de la famille des Rubiacées, est sauvage en Abyssinie 2, dans le Soudan 3 et sur les deux côtes opposées de Guinée et Mozambique 4. Peut-être, dans ces dernières localités, éloignées du centre, s'est-il naturalisé à la suite des cultures. Personne ne l'a encore trouvé en Arabie, mais cela peut s'expliquer par la difficulté de pénétrer dans l'intérieur du pays. Si on l'y découvre, on aura de la peine à constater la qualité spontanée, car les graines, qui perdent vite leur faculté de germer, lèvent souvent autour des cultures et naturalisent l'espèce. Cela s'est vu au Brésil et aux Antilles 5, où l'on est sûr que le Caféier n'a jamais été indigène.

L'usage du café paraît fort ancien en Abyssinie. Shehabeddin Ben, auteur d'un manuscrit arabe du XVe siècle (n° 944 de la Bibl. de Paris), cité dans l'excellente dissertation de John Ellis 6,

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2. Richard, Tentamen fl. abyss., 1, p. 349 ; Oliver, Flora of tropical Africa, 3, p. 180.

3. Ritter, cité dans Flora, 1846, p. 704.

4. Meyen, Géogr. bot., traduction anglaise, p. 384 ; Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 338.

5. H. Welter, Essai sur l'histoire du café, 1 vol. in-8°, Paris, 1868.

6. Ellis, An historical account of Coffee, 1774.


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dit qu'on employait le café en Abyssinie depuis un temps immémorial. L'usage, même médical, ne s'en était pas propagé dans les pays voisins, car les croisés n'en eurent aucune connaissance, et le célèbre médecin Ebn Baithar, né à Malaga, qui avait parcouru le nord de l'Afrique et la Syrie au commencement du XIIIe siècle de l'ère chrétienne, ne dit pas un mot du café 1. En 1596, Bellus envoyait à de L'Ecluse des graines dont les Egyptiens tiraient la boisson du Cavé 2. A peu près à la même époque, Prosper Alpin en avait eu connaissance en Egypte même. Il désigne l'arbuste sous le nom de arbor Bon, cum fructu suo Buna. » Le nom de Bon se retrouve aussi dans les premiers auteurs sous la forme de Bunnu, Buncho, Bunca 3. Les noms de Cahue, Cahua, Chaubé 4, Cavé 5 s'appliquaient, en Egypte et en Syrie, plutôt à la boisson préparée, et sont devenus l'origine du mot Café. Le nom Bunnu, ou quelque chose d'analogue, est si bien le nom primitif de la plante, que les Abyssins l'appellent aujourd'hui encore Boun 6.

Si l'usage du café est plus ancien en Abyssinie qu'ailleurs, cela ne prouve pas que la culture y soit bien ancienne. Il est très possible que pendant des siècles on ait été chercher les baies dans les forêts, où elles étaient sans doute très communes. Selon l'auteur arabe cité plus haut, ce serait un muphti d'Aden, à peu près son contemporain, appelé Gemaleddin, qui, ayant vu boire du café en Perse, aurait introduit cette coutume à Aden, et de là elle se serait répandue à Moka, en Egypte, etc. D'après cet auteur, le Caféier croissait en Arabie 7. Il existe d'autres fables ou traditions, d'après lesquelles ce seraient toujours des moines ou des prêtres arabes qui auraient imaginé la boisson du café 8, mais elles nous laissent également dans l'incertitude sur la date première de la culture. Quoi qu'il en soit, l'usage du cafés étant répandu dans l'Orient, puis en Occident, malgré une foule de prohibitions et de conflits bizarres 9, la production en est devenue bientôt un objet important pour les colonies. D'après Boerhaave, le bourgmestre d'Amsterdam, Nicolas Witsen, directeur de la Compagnie des Indes, pressa le gouverneur de Batavia, Van Hoorn, de faire venir des graines de Caféier d'Arabie à Batavia : ce qui fut fait et permit à Van Hoorn d'en envoyer des pieds vivants à Witsen, en 1690. Ceux-ci furent soignés dans le jardin botanique d'Amsterdam, fondé par Witsen. Ils y portèrent des

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1. Ebn Baithar, trad. de Sordtheimer, 2 vol. in-8°, 1842.

2. Bellus, Epist. ad CIus., p. 309.

3. Rauwolf, Clusius.

4. Rauwolf ; Bauhin, Hist., 1, p. 422.

5. Bellus, l. c.

6. Richard, Tentamen fl. abyss., p. 350.

7. Un extrait du même auteur dans Playtair, Hist. of Arabia Felix, Bombay, 1859, ne mentionne pas cette assertion.

8. Nouv. dict. d'hist. nat., IV, p. 552.

9. Ellis, l. c. ; Nouv. dict., l. c.


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fruits. En 1714, les magistrats de cette ville en envoyèrent un pied en bon état et couvert de fruits à Louis XIV, qui le déposa dans son jardin de Marly. On multiplia aussi le Caféier dans les serres du jardin du roi à Paris. L'un des professeurs de cet établissement, Antoine de Jussieu, avait déjà publié, en 1713, dans les Mémoires de l'Académie des sciences, une description intéressante de la plante, d'après un pied que Paneras, directeur du jardin d'Amsterdam, lui avait envoyé.

Les premiers Caféiers plantés en Amérique furent introduits à Surinam par les Hollandais, en 1718. De la Motte-Aigron, gouverneur de Cayenne, ayant été à Surinam, en obtint quelques-uns en cachette et les multiplia en 1725 1. Le Caféier fut introduit à la Martinique par de Clieu 2, officier de marine, en 1720 d'après Deleuze 3, en 1723 d'après les Notices statistiques sur les colonies françaises 4. On l'introduisit de là dans les autres îles françaises, par exemple à la Guadeloupe en 1730 5. Sir Nicolas Lawes le cultiva le premier à la Jamaïque 6. Dès 1718, la Compagnie française des Indes avait envoyé des plantes de café Moka à l'île Bourbon 7, et même, selon d'autres 8, ce fut en 1717 qu'un nommé Dufougerais-Grenier fit venir de Moka dans cette île des pieds de Caféier. On sait combien la culture de cet arbuste s'est répandue à Java, à Ceylan, aux Antilles et au Brésil. Rien ne l'empêche de s'étendre dans la plupart des pays intertropicaux, d'autant plus que le Caféier s'accommode des terrains en pente et assez arides où d'autres produits ne peuvent pas réussir. Il est dans l'agriculture tropicale un équivalent de la vigne en Europe et du thé en Chine.

On peut trouver d'autres détails dans le volume publié par M. H. Welter 9 sur l'histoire économique et commerciale du café. L'auteur a même ajouté un chapitre intéressant sur les divers succédanés, au moyen desquels on remplace, passablement ou

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1. Ce détail est emprunté à Ellis, Diss. Caf., p. 16. Les Notices statistiques sur les colonies françaises, 2, p. 46, disent : « Vers 1716 ou 1721, des semences fraîches de café ayant été apportées secrètement de Surinam, malgré la surveillance des Hollandais, la culture de cette denrée coloniale se naturalisa à Cayenne. »

2. Le nom de ce marin a été écrit de plusieurs manières, Declieux, Duclieux, Desclieux, selon les ouvrages. D'après les informations que j'ai prises au ministère de la guerre, de Clieux était un gentilhomme allié au comte de Maurepas. Il était né en Normandie, était entré dans la marine en 1702, et s'était retiré en 1760, après une carrière très honorable. J'ai donné ses états de service dans une note de ma Géographie botanique, p. 971. Il est mort en 1775. Les rapports officiels n'ont pas omis de mentionner le fait important qu'il avait introduit la Caféier dans les colonies françaises.

3. Deleuze, Hist. du Muséum, 1, p. 20.

4. Notices statist. sur les colonies françaises, 1, p. 30.

5. Notices statist. col. fr., 1, p. 209.

6. Martin, Statist. colon. Brit. Emp.

7. Nouv. Dict. hist. nat., IV, p. 135.

8. Notices stat. col. franç., 2, p. 84.

9. H. Welter, Essai sur l'histoire du café, 1 vol. in-8°, Paris, 1868.


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fort mal, une graine qu'on ne saurait trop apprécier dans son état naturel.

Caféier de Libérie. — Coffea liberica, Hiern 1.

Depuis quelques années, le jardin royal de Kew a envoyé dans les colonies anglaises des pieds de cette espèce, qui croît spontanément à Libéria, dans l'Angola, à Golungo alto 2 et probablement dans plusieurs autres localités de l'Afrique tropicale occidentale.

La végétation en est plus vigoureuse que celle du Caféier ordinaire, et les graines, d'une dimension plus grande, donnent un excellent produit. Les Rapports officiels du jardin de Kew par sir Joseph Hooker, son savant directeur, font connaître le progrès de cette introduction, qui jouit d'une grande faveur, surtout à la Dominique.

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1. Dans Hiern, Transactions of the linnean Society, série 2, vol. 1, p. 171, pl. 24. Cette planche est reproduite dans le Rapport du jardin royal de Kew pour 1876.

2. Oliver, Flora of tropical Africa, 3, p. 181.