Brachystegia eurycoma (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Céréale / légume sec | |
Huile essentielle / exsudat | |
Médicinal | |
Bois d'œuvre | |
Fibre | |
Sécurité alimentaire | |
Brachystegia eurycoma Harms
- Protologue: Bot. Jahrb. Syst. 49: 424 (1913).
- Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Origine et répartition géographique
L’aire de répartition de Brachystegia eurycoma est limitée, puisqu’il n’est présent que dans le sud du Nigeria et l’ouest du Cameroun, ainsi probablement qu’au Gabon.
Usages
Le bois de Brachystegia eurycoma, connu sous le nom de “naga” ou de “okwen” dans le commerce, est employé en construction, en menuiserie et pour la confection de mobilier. Il se prête à la parqueterie, aux boiseries intérieures, à la charpenterie intérieure, aux escaliers, aux placages et au contreplaqué.
Traditionnellement, on utilise l’écorce pour confectionner une toile grossière servant de protection contre la pluie et d’écran contre les flèches. On s’en sert pour fabriquer des récipients. Avec les graines épicées, qui sont consommées comme condiment, on prépare une farine, appelée “achi”, qui sert à épaissir les soupes. Les Igbos du Nigeria utilisent la plante comme anthelminthique.
Production et commerce international
Le bois de Brachystegia eurycoma est utilisé et vendu avant tout localement. Il peut lui arriver d’être exporté en lots mélangés.
Propriétés
Le bois de cœur de Brachystegia eurycoma, brun rosé, présente des bandes à peine marquées et de fines veinures assez éloignées les unes des autres, et se distingue nettement de l’aubier blanchâtre. Il présente normalement un contrefil, le grain est moyen.
Il n’existe aucune information détaillée sur les propriétés physiques et mécaniques du bois de Brachystegia eurycoma, mais elles sont probablement comparables à celles de Brachystegia cynometroides Harms. Le bois doit être séché lentement et avec soin pour éviter les défauts ; les fentes en bout sont fréquentes. Il est difficile à travailler à la main et désaffûte les dents de scies et les lames de coupe. Pour obtenir un surfaçage lisse, il convient de le poncer avec précaution et d’utiliser un enduit. Les caractéristiques de clouage et de vissage sont bonnes, mais les avant-trous sont nécessaires pour éviter les fentes. Les études portant sur la durabilité du bois sont contradictoires ; la plupart d’entre elles le considèrent comme non durable, en dépit des activités insecticides et fongicides qui ont été mises en évidence pour des extraits de bois. Le bois de cœur est rebelle au traitement avec des produits de conservation.
La farine de graines qui sert d’épaississant contient par 100 g : eau 10–12 g, lipides 13–14 g, protéines 10–13 g, fibres alimentaires 1–2 g, glucides 59–61 g et cendres 1,5–4 g. On utilise 4–20 g de farine de graines par litre d’eau comme agent épaississant. La cuisson de la farine et l’addition d’huile de palme augmentent la viscosité de la solution, alors que le sel produit l’effet inverse. On a pu établir que plusieurs échantillons commerciaux d’ “achi” en provenance du Nigeria contenaient des souches des champignons Aspergillus flavus, Aspergillus parasiticus et Aspergillus niger, qui produisent de l’aflatoxine B1. Lors d’un essai mené au Nigeria, on a prouvé que le mucilage de la graine pouvait être utilisé comme liant pour les médicaments. La composition en acides gras de l’huile de graine est approximativement la suivante : acide palmitique 26%, acide stéarique 7%, acide lignocérique 13%, acide linoléique 6%, acide oléique 32% (total des acides gras saturés 59%, total des acides gras non saturés 41%).
Des extraits à l’éthanol du bois, et dans une moindre mesure des extraits aqueux, ont montré un effet insecticide contre la termite Amitermes evuncifer et un effet fongicide contre Fomes heterobasidium, Polyporus coridus et Daedalea daedaleopsis ; des extraits aqueux ont inhibé le développement et l’activité cellulolytique de Bacillus subtilis. Des extraits aqueux de l’écorce, et dans une moindre mesure des extraits éthanoliques, ont bloqué la prolifération de plusieurs champignons. L’écorce a été testée pour voir si elle avait un effet sur l’escargot Bulinus globulus, sans résultat.
La densité pollinique présente dans des échantillons de miel a révélé que Brachystegia eurycoma est une importante plante mellifère. La gomme jaune ou rougeâtre qui est exsudée par l’écorce durcit et devient une substance qui ressemble à la gutta-percha.
Description
- Arbre de taille moyenne à assez grande atteignant 35 m de haut ; fût souvent ramifié à faible hauteur et irrégulier, jusqu’à 200(–250) cm de diamètre, souvent pourvu de petits contreforts ; surface de l’écorce rugueuse, grise à brune, s’écaillant par grandes plaques, écorce interne dure, fibreuse, rouge, marquée de petites rides, fonçant à l’exposition, exsudant une gomme rougeâtre ou jaunâtre ; cime largement étalée et aplatie, pourvue de branches étalées et torsadées ; rameaux poilus mais devenant rapidement glabres.
- Feuilles composées paripennées à (4–)5(–6) paires de folioles ; stipules rapidement caduques ; pétiole de 1,5–2,5 cm de long, renflé à la base, rachis de 7–15 cm de long ; folioles opposées, sessiles, oblongues-elliptiques, atteignant 12 cm × 6 cm, folioles basales plus petites, les supérieures plus grandes, tronquées à arrondies et très asymétriques à la base, arrondies ou légèrement émarginées à l’apex, finement coriaces, glabres, pennatinervées à 6–8 paires de nervures latérales.
- Inflorescence : panicule principalement terminale, atteignant 15 cm de long, à branches courtes, densément recouverte de poils bruns, à nombreuses fleurs.
- Fleurs bisexuées, légèrement zygomorphes, petites, munies à la base de 2 bractéoles oblongues-obovales d’environ 7 mm de long ; pédicelle très court ; sépales 5, d’environ 3 mm de long, légèrement inégaux, à bords poilus ; pétales absents ; étamines (8–)10, libres, d’environ 9 mm de long ; ovaire supère, ellipsoïde, à stipe court, poilu, style élancé, spiralé.
- Fruit : gousse oblongue à oblancéolée ou obovale, aplatie, de 12–22 cm × 3,5–6 cm, à angle droit avec le stipe, lisse quoique légèrement ridée, déhiscente par 2 valves ligneuses, contenant 4–6 graines.
- Graines discoïdes, d’environ 2 cm de diamètre, d’un brun brillant.
Autres données botaniques
Brachystegia eurycoma fleurit en avril–mai ; les fruits mûrissent en septembre–janvier. Les fruits s’ouvrent de façon explosive, en expulsant les graines. Un essai mené au Nigeria a montré que c’est sur un mélange fertile composé de terre arable et de sable de rivière avec un arrosage tous les 3 jours que les semis de Brachystegia eurycoma se développent le mieux.
Le genre Brachystegia, qu’il est difficile de classer d’un point de vue taxinomique, comprend près de 30 espèces réparties en Afrique continentale tropicale et en Afrique du Sud, la majorité des espèces étant présentes en Afrique tropicale australe où elles sont caractéristiques de la forêt de miombo.
Ecologie
Brachystegia eurycoma est fréquent dans la ripisylve, jusqu’à 1150 m d’altitude. Il est localement assez abondant.
Gestion
Au Cameroun, le diamètre de fût minimum autorisé pour l’abattage est de 60 cm.
Ressources génétiques
Comme Brachystegia eurycoma est assez commun, très prisé localement pour ses graines et peu exploité en tant qu’essence à bois d’œuvre destinée à l’exportation, il n’est probablement pas menacé d’érosion génétique, à l’exception des endroits où son milieu est détruit. Des mesures ont été proposées visant non seulement à protéger l’arbre qui est une source de graines comestibles mais aussi à juguler son abattage pour le bois d’œuvre.
Perspectives
S’il est probable que le bois de Brachystegia eurycoma conservera une importance locale, en revanche celle-ci sera minime à l’exportation. Les activités insecticides et fongicides du bois méritent davantage d’attention. Comme les graines servent d’épaississant pour les soupes qui sont vendues dans les villes au Nigeria, elles ne pourront que gagner en importance. La présence de plusieurs espèces d’Aspergillus productrices d’aflatoxine dans des échantillons commerciaux d’ “achi” justifie que la recherche s’y attarde.
Références principales
- Agom, D. & Ogar, D., 1994. Report of study on timber extraction in the Ikobi concession area in Afi river forest reserve. Working Paper Cross River State Forestry Project No 3. 15 pp.
- Aubréville, A., 1970. Légumineuses - Césalpinioidées (Leguminosae - Caesalpinioideae). Flore du Cameroun. Volume 9. Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France. 339 pp.
- Bhat, R. & Karim, A.A., 2009. Exploring the nutritional potential of wild and underutilized legumes. Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety 8: 305–331.
- Keay, R.W.J., 1989. Trees of Nigeria. A revised version of Nigerian trees (1960, 1964) by Keay, R.W.J., Onochie, C.F.A. & Stanfield, D.P. Clarendon Press, Oxford, United Kingdom. 476 pp.
- Keay, R.W.J., Hoyle, A.C. & Duvigneaud, P., 1958. Caesalpiniaceae. In: Keay, R.W.J. (Editor). Flora of West Tropical Africa. Volume 1, part 2. 2nd Edition. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. pp. 439–484.
Autres références
- Adekunle, A.A., 2000. Antifungal property of the crude extracts of Brachystegia eurycoma and Richardia brasiliensis. Nigerian Journal of Natural Products and Medicine 4: 70–72.
- Ajayi, I.A., Oderinde, R.A., Kajogbola, D.O. & Uponi, J.I., 2006. Oil content and fatty acid composition of some underutilized legumes from Nigeria. Food Chemistry 99(1): 115–120.
- CIRAD Forestry Department, 2008. Naga. [Internet] Tropix 6.0. http://tropix.cirad.fr/ africa/ naga.pdf. November 2011.
- Femi-Ola, T.O. & Odukoya, E.M., 2008. Studies on the effects of Brachystegia eurycoma (Harms) on termites and fungi. Journal of Pure and Applied Microbiology 2(1): 125–130.
- Ikegwu, O.J., Okechukwu, P.E. & Ekumankana, E.O., 2010. Physico-chemical and pasting characteristics of flour and starch from ‘achi’ Brachystegia eurycoma seed. Journal of Food Technology 8(2): 58–66.
- Ikegwu, O.J., Oledinma, N.U., Nwobasi, V.N. & Alaka, I.C., 2009. Effect of processing time and some additives on the apparent viscosity of ‘achi’ Brachystegia eurycoma flour. Journal of Food Technology 7(2): 34–37.
- Ikojo, H.A., Olajide, O. & Uwadinma, I.J., 2005. Effects of soil media and watering regimes on the growth of Brachystegia eurycoma (Harms) seedlings. Journal of Sustainable Agriculture and the Environment 7(1): 93–98.
- Ndukwu, M.C., 2009. Determination of selected physical properties of Brachystegia eurycoma seeds. Research in Agricultural Engineering 55(4): 165–169.
- Okwu, G.I., Achar, P.N. & Sharma, S.K., 2010. Quantification of aflatoxin B1 in ready-to-use food thickeners in South-east geo-political zone in Nigeria. African Journal of Microbiology Research 4(16): 1788–1793.
- Olubunmi, O. & Oremeyi, J., 2011. Preliminary evaluation of Brachystegia eurycoma seed mucilage as tablet binder. International Journal of Pharmaceutical Research and Innovation 3: 1–6.
Auteur(s)
- L.P.A. Oyen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Oyen, L.P.A., 2012. Brachystegia eurycoma Harms. [Internet] Fiche de PROTA4U. Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>.
Consulté le 6 mars 2025.
- Voir cette page sur la base de données Prota4U.