Bénincasa cérifère (Potager d'un curieux, 1899)
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Nom accepté : Benincasa hispida
Plante annuelle, originaire de l'Inde et de la Chine.
Tiges de 2 mètres environ; feuilles cordiformes, à cinq lobes aigus, crénelés; vrilles simples ; en mai-juillet, fleurs jaunes, grandes, pédonculées, axillaires, solitaires; fruit vert, pendant. Inde, 1827.
Nous avons cultivé souvent le Bénincasa et nous n'avons éprouvé aucun échec ; mais nous l'avons cultivé sous châssis et nous ne l'avons exposé à l'air qu'à la fin de l'été, lorsque les fruits étaient déjà gros. Nous croyons qu'il est sage d'agir ainsi.
Le Bénincasa cérifère est un aliment délicat, léger,
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qui, préparé comme le Concombre, lui est, à notre avis, bien préférable. Les auteurs qui en ont parlé avant nous expriment la même opinion.M. Naudin, dans les Annales des sciences naturelles, 4e série, tome XII, cahier n° 2, page 9, nous apprend que le B. cerifera est un des légumes classiques et les plus estimés de l'Asie austro-orientale, et particulièrement de la Chine. Il cite Loureiro, qui, parmi toutes
Fig. 11. - Bénincasa cérifère (Benincasa cerifera Savi).
les Courges, n'en connaît pas de plus salubre ni de plus propre à servir d'aliment. Son introduction en Europe, dit encore M. Naudin, remonte à près d'un demi-siècle, et cependant c'est à peine s'il est connu, hors de quelques jardins botaniques. Le volume de son fruit, qui est celui d'une petite Citrouille, quelquefois beaucoup plus gros, sa conservation facile pendant plusieurs mois et quelquefois même pendant toute une année, l'excellence de sa chair et, enfin, la facilité de sa culture, auraient dû depuis longtemps le faire admettre dans les potagers.
On s'explique difficilement l'oubli dans lequel on l'a laissé. Ce fruit est remarquable par l'abondante exsuda-
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tion cireuse et pulvérulente dont il se couvre à l'époque de la maturité et qui se continue bien longtemps encore après qu'il a été cueilli.
« Je ne connais jusqu'ici, dit M. Naudin, que deux variétés de Bénincasa, et encore très peu différentes l'une de l'autre. La première, qui est celle des nos jardins botaniques, se reconnaît à ses fruits cylindriques, longs de 0m,25 à 0m,40. Le plus bel échantillon que j'en ai vu avait été envoyé d'Alger à l'Exposition universelle de 1855 ; il mesurait près de 0m,60 de longueur sur 0m,20 à 0m,25 d'épaisseur. La seconde variété, arrivée récemment de la Chine, s'en distingue par des fruits simplement ovoïdes, plus courts et en même temps plus gros. Peut-être aussi la sécrétion en est-elle moins abondante. »
MM. J. Monnier et Cie, dans leur livre intitulé : Les Plantes potagères, disent que le Bénincasa est resté longtemps dans l'oubli, mais qu'introduit de nouveau depuis quelques années par la Société d'Acclimatation, il semble avoir repris, sinon quelque vogue, du moins la place qu'il mérite parmi les plantes potagères. Il a beaucoup d'analogie avec le Concombre et est préféré à ce dernier par de nombreux amateurs à cause de sa chair plus légère et de sa saveur moins prononcée.
Selon Thomas A.-C. Firminger, le Bénincasa est une très grosse et très belle Courge ovoïde (1), qui semble couverte d'une fleur cireuse d'un blanc pâle et verdâtre.
Il ne sait pas si les Européens en mangent beaucoup, mais les indigènes en font une grande consommation.
Elle est d'un très agréable effet sur les chaumières, où l'on peut souvent la remarquer dans la situation la plus exposée et la moins protégée. Lorsque j'ai voulu savoir,
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(1) Il s'agit ici sans doute de la variété chinoise.
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dit-il, si ses fruits n'étaient pas en danger d'être fréquemment dérobés, il m'a été assuré que d'autres fruits en pareille situation seraient assez vraisemblablement volés, mais que le Bénincasa jouissait d'un respect spécial par certaines considérations religieuses qui lui valaient une parfaite sécurité.
Au Bengale, on sème ses graines pendant les pluies et le légume est consommé dans la saison froide.
Le Bénincasa est, selon nous, digne de l'attention des amateurs. Le 26 octobre 1882, nous adressant à la Société nationale d'Horticulture, nous disions (1) : Les fruits du Bénincasa, noués sous le verre, sont toujours très beaux, tandis que ceux qui reçoivent la pluie et qui sont soumis aux influences atmosphériques sont toujours tachés, déformés. Il n'est donc pas douteux que la plante ne doive être cultivée de préférence dans les régions du Melon de pleine terre. Et, d'ailleurs, ce ne pourrait être ici qu'une plante d'amateur. On n'obtient sous un panneau que trois fruits, dont la valeur vénale ne saurait égaler celle de Cantaloups, qui auraient occupé la même place. C'est donc au delà de la Loire qu'il serait avantageux de cultiver le Bénincasa. Ses fruits se conservent aisément tout l'hiver, voyagent bien et pourraient se vendre à Paris à un prix modéré et rémunérateur.
M. Charles Naudin nous a envoyé, en 1888, une charmante petite variété de l'Inde, dont la forme est à peu près sphérique ; son défaut est de ne fournir qu'une très faible quantité de chair comestible.
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(1) Journal de la Société nationale d'Horticulture de France, 3e série, 1882, t. IV, p. 720.