Aréquier (Arveiller)
Arveiller Raymond, 1963. Contribution à l'étude des termes de voyage en français (1505-1722). Paris, d'Artrey. 571 p.
Nom accepté : Areca catechu
Le terme est daté de 1687 par nos dictionnaires étymologique ; M. Dauzat précise : Choisy. Le dépouillement de M. König ne cite en effet, avant cette date, qu'un « arequero », 1609 (Houtman) et un « areca », 1672 (Thévenot). La forme aréquier semble, a priori, une création française faite sur aréque, forme utilisée, on l'a vu [1], par Choisy, d'après le modèle pomme, pommier. Etudions les premiers noms donnés en français à l'arbre.
Jusqu'en 1687 on s'était servi, pour désigner ce palmier, soit du nom de son fruit, soit du nom de l'arbre en portugais, diversement adapté. Le terme est d'abord passé au français par l'intermédiaire de l'italien : Varthema fut d'abord traduit par Balarin, vers 1540 ; on lit chez ce dernier :
« L'arbre dudict fruit s'appelle arecqua et est faict en façon d'ung pied de datier... » [2] ;
puis il fut « translaté » par Temporal :
« desquelles [feuilles] il mange auec un fruit, appellé par eux, Coflo, produit d'un arbre, nommé Arecha, qui semble à un palmier, et le fruict à la date » [3].
Il s'agit d'un roi indien ; le terme est donc donné comme indien ; mais les maîtres du commerce aux Indes sont alors les Portugais.
Viennent ensuite les formes empruntées au portugais, de type arequero, -a. Le Hollandais Lodewijcksz (1598). cite d'abord telle quelle la forme qu'il a entendue :
« La deuxiéme sorte, est nommee des Portuguez Arrecquero... » [4], puis l'adapte :
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- ↑ Ci-dessus, article Arec, p. 59.
- ↑ Voyages, pp. 164-l65.
- ↑ Hist. des., t.I : Les Voyages de Loys de Barthème Bolognois, p. 57.
- ↑ Premier livre..., f. 19 r°.
[63]]
« ... nous commencerons a l'arbre nommé des Arabes Faufel : des Portuguez, Arequere... » [1].
Les formes de ce type se maintiennent jusqu'en 1719 [2], en concurrence avec le nom du fruit appliqué à l'arbre [3], puis avec le terme d’aréquier [4]. La forme arequeira se lit pour la première fois en 1616 dans la traduction par Riquebourg-Trigault d'un ouvrage latin écrit par un Italien :
« En quatre prouinces vers le Midy se trouue ceste fueille noble parmi les Indois, qu'ils appellent Betre,et l'arbre nommé Arequeira » [5].
Signalons pour finir que Renneville utilise en 1702 la forme portugaise, dans ses traductions du hollandais :
« La Betelle croît comme le poivre, comme les pois, ou comme le houblon, montant le long des arrequeros...» [6].
En conclusion on se demandera si aréquier est une forme purement française créée à partir d’aréque, ou si ce n'est pas plutôt l'adaptation d'une forme courante aux Indes, arequero, d'origine portugaise mais adoptée par les peuples qui ont suivi les Portugais dans ce pays. Cette seconde hypothèse est peut-être la plus satisfaisante : pour le terme de bétel, dont l'histoire est parallèle à celle d’arec, le français n'a pas jugé utile de créer un nom d'arbre spécial, alors que bétel a d'abord désigné la feuille que l'on mâche, et cela peut-être parce qu'aucune langue européenne, aux Indes, ne lui proposait de type, si l'on en juge du moins par les textes que nous avons étudiés.
Notons que si la forme « aréquier » a été acceptée si tardivement par les dictionnaires français [7], c'est qu'ils utilisent pius volontiers les ouvrages scientifiques que les récits des voyageurs, et que ceux-là, occupés surtout du fruit, ont longtemps ignoré « aréquier ». Jussieu, dans son importante communication à l'Académie de 1720, dit « l'arbre qui porte l'arec » [8] ; Lémery, en 1733, ou plutôt son continuateur, à l'article Areca, nomme « Areque » le palmier en question [9].
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- ↑ D°, f. 37 v°.
- ↑ Arequeira, chez Gemelli Careri, cité par M. König, s. v.
- ↑ Par ex. « Areca », chez Philippe, Voyage, 1652, p. 998, et « arek », chez La Boullaye, 1653, comme on l'a vu.
- ↑ Exemples de 1687 et de l691 chez M. König, op. cit., s. v.
- ↑ Histoire, p. 15.
- ↑ Recueil, I, p. 421.
- ↑ En 1792 seulement, selon M. König.
- ↑ Cité par Lémery, Dict. univ. des drogues simples, 1733, p 107.
- ↑ Même ouvrage, p. 72. C'est là que Trévoux (1752), qui mentionne Lémery, prend la forme d' « Areque », arbre.