Afzelia pachyloba (PROTA)

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Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
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1, base du fût ; 2, feuille ; 3, fruit ouvert ; 4, graine. Redessiné et adapté par Iskak Syamsudin

Afzelia pachyloba Harms


Protologue: Bot. Jahrb. Syst. 49: 426 (1913).
Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)

Noms vernaculaires

  • Doussié, doussié blanc (Fr).
  • Afzelia (En).

Origine et répartition géographique

L’aire de répartition d’Afzelia pachyloba s’étend du sud du Nigéria jusqu’en Centrafrique, et vers le sud jusqu’à Cabinda (Angola).

Usages

A l’instar d’autres Afzelia spp., le bois d’Afzelia pachyloba se caractérise par une excellente stabilité avec une faible sensibilité aux variations de l’humidité, de faibles taux de retrait au séchage et une bonne durabilité naturelle. Le bois étant durable, les traitements avec des produits de conservation n’ont pas lieu d’être, même lorsqu’il doit être utilisé dans des conditions d’humidité permanentes ou dans des endroits où les insectes xylophages sont légion. Cela en fait un excellent bois qui est utilisé pour la construction de bateaux de plaisance, notamment pour les quilles, les étraves et les panneaux, pour la réalisation de ponts, ainsi que pour les agencements intérieurs. Pour ces usages, il est parfois autant recherché que le teck. Il est également prisé pour les menuiseries et les boiseries, tant intérieures qu’extérieures, la parqueterie, les huisseries, les cages d’escaliers, la charronnerie, le mobilier, les articles de sport, les étais de mines, les instruments de musique, les traverses de chemin de fer, les outils agricoles, les ustensiles, les manches d’outils, le tournage, les panneaux de fibres et de particules. Il se prête parfaitement aux placages tranchés décoratifs. De par sa bonne résistance à de nombreux produits chimiques et sa grande stabilité dimensionnelle, on le préfère souvent à des matériaux tels que les métaux et les produits synthétiques pour les cuves et les équipements de précision utilisés dans l’industrie. Grâce à son pH neutre, il convient tout à fait pour les emplois où il est en contact avec des objets fragiles comme les antiquités et les livres anciens dans les bibliothèques. En revanche, il ne doit pas être mis en contact avec des tissus lorsque l’humidité est élevée, à cause de la présence de colorants. Il sert également de bois de feu.

L’arille de la graine est comestible et serait sucré. La graine est, paraît-il, à la fois toxique et comestible. L’huile sert à la cuisine et à la fabrication de savon ; quant au tourteau, une fois pressé, on en nourrit le bétail. On applique l’arille sur la peau gercée. Les graines servent d’appât pour les pièges à antilopes. La décoction de racine est appliquée en externe pour traiter les douleurs rénales.

Production et commerce international

Le bois d’Afzelia pachyloba est couramment vendu sous le nom de “doussié” sur le marché international des bois d’œuvre, bien qu’il soit souvent mélangé avec celui d’autres espèces, comme Afzelia bipindensis Harms. Le Cameroun en est le principal pays exportateur. En 2003, il a exporté 9900 m³ de sciages de doussié et 47 750 m³ en 2005. En 2008, les exportations camerounaises s’élevaient à 23 300 m³, la part d’Afzelia pachyloba représentant environ 17 000 m³. Entre 2004–2007, les exportations annuelles de bois d’Afzelia pachyloba du Congo atteignaient en moyenne 1500 m³ (essentiellement des grumes). Le Gabon a exporté entre 1991–1999 en moyenne 1350 m³/an de bois d’Afzelia pachyloba. En 2004, les exportations de grumes du Gabon étaient de 2300 m³, et de 1600 m³ en 2005. En Centrafrique, Afzelia pachyloba a également la réputation d’être une essence à bois d’œuvre d’excellente qualité ; en 2004, les exportations de bois d’Afzelia (doussié) s’élevaient à 6500 m³. En 2007, les exportations de grumes d’Afzelia pachyloba de Centrafrique atteignaient 2200 m³ contre 1250 m³ en 2008.

Propriétés

Le bois de cœur, rouge-brun pâle à orange-brun ou à brun doré, devient rouge-brun à l’exposition prolongée et présente parfois des bandes foncées. Il se distingue nettement de l’aubier, blanchâtre à jaune pâle, et de 7 cm d’épaisseur. Le fil est droit à contrefil, le grain moyen à grossier mais régulier. Le bois est légèrement brillant et, une fois séché, dégage une odeur de cuir au rabotage.

C’est un bois de poids moyen à assez lourd, avec une densité de 720–840 kg/m³ à 12% d’humidité. Si le séchage ne cause en général aucun problème, qu’il s’agisse de déformations et de fentes, le bois sèche en revanche lentement. Pour des planches épaisses (de plus de 7,5 cm), il est recommandé de les sécher d’abord à l’air et à l’abri avant de les sécher au four. Les taux de retrait sont faibles, de l’état vert à anhydre ils sont de 2,6–3,6% dans le sens radial et de 4,0–5,5% dans le sens tangentiel. Une fois sec, le bois est très stable en service.

A 12% d’humidité, le module de rupture est de 100–120 N/mm², le module d’élasticité de 16 000–18 500 N/mm², la compression axiale de 70–80 N/mm², le cisaillement de 7–10 N/mm², le fendage de 18–22 N/mm, la dureté Janka de flanc de 7500–8500 N et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 6,9–8,6.

Le bois se scie facilement avec de bons outils ; il contient peu de silice (moins de 0,015%) et il est inutile d’employer des lames de scies stellitées pour scier le bois frais. Certaines grumes présentent des poches de gomme qui peuvent entraîner des problèmes au sciage en désaffûtant les dents de scie. Il est recommandé d’employer des outils tranchants au carbure de tungstène pour le rabotage et le moulurage. Il est préconisé de réduire l’angle de coupe à 15° pour éviter des surfaces rugueuses en présence de contrefil. L’emploi d’un apprêt est conseillé si l’on souhaite obtenir des surfaces lisses. Les caractéristiques de clouage et de vissage sont satisfaisantes, mais des avant-trous sont recommandés pour éviter les fentes. Il peut arriver que le collage soit difficile. Le bois se peint et se vernit bien, même s’il arrive que les zones proches du centre de la grume contiennent des substances anti-oxydantes qui ralentissent le séchage du vernis et entraînent des problèmes pour la peinture. Les caractéristiques de cintrage à la vapeur sont satisfaisantes, mais la présence de gomme peut être problématique. On peut produire des placages tranchés de bonne qualité, mais le bois ne se prête pas au déroulage. Il a la réputation de bien résister aux acides et aux produits alcalins.

Le bois de cœur est durable, sa résistance aux champignons, aux termites et aux insectes xylophages est excellente, contrairement à sa résistance aux térébrants marins qui n’est que moyenne. Quant à l’aubier, il a tendance à être attaqué par les Lyctus. Le bois de cœur est rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation. La sciure peut provoquer des réactions allergiques, une irritation des muqueuses et de l’asthme chez les professionnels du bois.

Les grumes peuvent présenter des crevasses remplies d’une poudre blanchâtre provenant des vaisseaux du bois ; il s’agit du kaempférol et de ses dérivés. Le kaempférol et ses hétérosides ont des activités antibactériennes, antifongiques et anti-inflammatoires. Le bois contient environ 32,5% de cellulose, 24,5% de lignine et 15% de pentosanes. La solubilité est d’environ 23% dans l’alcool-benzène et de 20% dans une solution à 1% de NaOH. On a signalé une teneur moyenne en huile de 28% dans les graines, dont les principaux composés sont l’acide crépénynique (21%) et l’acide déhydrocrépénynique (27%). L’acide crépénynique est un inhibiteur potentiel du métabolisme des acides gras essentiels dont la toxicité a été prouvée chez le mouton. Quant à l’acide déhydrocrépénynique, il agit en tant qu’inhibiteur de la conjugaison chez les bactéries gram-négatives, ce qui pourrait permettre d’enrayer la propagation de la résistance aux antibiotiques.

Falsifications et succédanés

Le bois de trois autres espèces d’Afzelia ressemble à celui d’Afzelia pachyloba et est vendu également sous l’appellation de “doussié” : Afzelia africana Sm. ex Pers. et Afzelia bella Harms, tous deux exportés principalement d’Afrique de l’Ouest, et Afzelia bipindensis Harms, surtout exporté d’Afrique centrale. Les remarquables propriétés du bois d’Afzelia pachyloba, qu’il s’agisse de sa stabilité dimensionnelle et de sa grande durabilité naturelle, sont comparables à celles de certains bois d’œuvre renommés tels que le merbau (Intsia spp.) et le teck (Tectona grandis L.f.), et en Afrique à celles du makoré (Tieghemella heckelii (A.Chev.) Roberty) et du douka (Tieghemella africana Pierre).

Description

  • Arbre de taille moyenne à assez grande atteignant 40 m de haut, brièvement caducifolié ; fût dépourvu de branches sur 25 m, droit et cylindrique, atteignant 90(–150) cm de diamètre, cannelé à la base ou à petits contreforts jusqu’à 1 m de haut ; surface de l’écorce grisâtre à brune, irrégulièrement écailleuse et recouverte d’arêtes sinueuses, écorce interne granuleuse, crème à brun jaunâtre, aromatique ; cime allongée à arrondie ou aplatie en fonction de l’âge et des conditions de croissance, à branches tortueuses, plus ou moins érigées ; jeunes rameaux garnis de poils courts, devenant rapidement glabres.
  • Feuilles alternes, composées paripennées à (5–)7–10 paires de folioles ; stipules à parties basales soudées et persistantes, parties supérieures libres, linéaires et caduques ; pétiole et rachis mesurant ensemble de 6–20 cm de long ; pétiolules de 2–4 mm de long, souvent légèrement tordus ; folioles opposées, oblongues à oblongues-lancéolées, de 2–6 cm × 1–2,5 cm, obtuses à émarginées, parfois courtement acuminées à l’apex, plus ou moins recouvertes de poils courts dessous, pennatinervées à 10–14 paires de nervures latérales.
  • Inflorescence : panicule terminale ou axillaire atteignant 20 cm de long, garnie de poils courts.
  • Fleurs bisexuées, zygomorphes, parfumées ; pédicelle de 0,5–1 cm de long ; bractéoles d’environ 0,5 cm × 0,2 cm, caduques ; hypanthium de 1,5–2 cm de long ; sépales 4, légèrement inégaux, d’environ 1 cm de long, recouverts de poils courts et denses ; pétale 1, de 3–4 cm de long, muni d’un onglet long, 2-lobé, blanc à tache rouge au centre ; étamines fertiles 7, de 2,5–3 cm de long, étamines rudimentaires 2, d’environ 1 cm de long ; ovaire supère, d’environ 0,5 cm de long, à stipe court, à faible pubescence, style de 2–3 cm de long.
  • Fruit : gousse aplatie, réniforme, de 13–20 cm × 9–13 cm, brune, déhiscente par 2 valves ligneuses, renfermant 15 graines.
  • Graines ovoïdes-ellipsoïdes, de 3–5,5 cm de long, noires, recouvertes sur 1/4 d’un arille en coupe à légèrement 2-lobé de couleur jaune.

Autres données botaniques

Le genre Afzelia comprend quelque 11 espèces, dont 7 sont présentes en Afrique tropicale et 4 en Asie du Sud-Est. Il est très proche d’Intsia.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : 1 : limites de cernes distinctes.
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 26 : ponctuations intervasculaires moyennes (7–10 μm) ; 29 : ponctuations ornées ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; 81 : parenchyme axial en losange ; 82 : parenchyme axial aliforme ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; 86 : parenchyme axial en lignes minces, au maximum larges de trois cellules ; 89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale.
  • Rayons : 97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules) ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
(N.P. Mollel, A.A. Oteng-Amoako & H. Beeckman)

Croissance et développement

Au Gabon, on a remarqué que les arbres fleurissaient en décembre, au Cameroun en juin et en novembre.

Ecologie

Afzelia pachyloba se rencontre dans la forêt sempervirente et semi-décidue jusqu’à 200 m d’altitude, normalement sur des sols bien drainés. Il est souvent présent dans la forêt secondaire.

Gestion

Afzelia pachyloba est généralement disséminé et en faibles densités dans la forêt. Dans l’ouest du Cameroun, on a enregistré un volume de bois moyen de 1 m³/ha pour des arbres dont le diamètre de fût dépassait 60 cm. Au Gabon, il semblerait que les densités soient encore plus faibles.

Récolte

Le diamètre de fût minimal pour l’abattage est de 80 cm au Cameroun et en Centrafrique. Au Gabon, le diamètre de fût minimal recommandé pour la coupe est de 70 cm.

Traitement après récolte

Le stockage prolongé des grumes après la récolte n’entraîne pas de problème si ce n’est parfois l’apparition de trous noirs dans l’aubier provoqués par les insectes xylophages. Les grumes d’Afzelia pachyloba sont trop lourdes pour pouvoir être transportées par flottage fluvial.

Ressources génétiques

Afzelia pachyloba figure sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN comme espèce vulnérable à cause de l’exploitation intensive dont il est l’objet. Dans certaines régions, on a remarqué que peu d’individus âgés produisant des semences subsistaient après l’exploitation de la forêt.

Perspectives

Il est possible que de belles perspectives s’offrent à Afzelia pachyloba en tant qu’essence de plantation commerciale, même si sa croissance est lente. La qualité supérieure de son bois en fait un bois d’œuvre intéressant d’un point de vue économique. Il y a lieu d’approfondir les recherches sur son taux de croissance, sa multiplication et sur des modes de conduite judicieux afin de limiter la pression qui s’exerce actuellement sur les peuplements naturels.

Références principales

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  • Wilks, C. & Issembé, Y., 2000. Les arbres de la Guinée Equatoriale: Guide pratique d’identification: région continentale. Projet CUREF, Bata, Guinée Equatoriale. 546 pp.

Sources de l'illustration

  • Aubréville, A., 1970. Légumineuses - Césalpinioidées (Leguminosae - Caesalpinioideae). Flore du Cameroun. Volume 9. Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France. 339 pp.
  • Wilks, C. & Issembé, Y., 2000. Les arbres de la Guinée Equatoriale: Guide pratique d’identification: région continentale. Projet CUREF, Bata, Guinée Equatoriale. 546 pp.

Auteur(s)

  • J. Gérard, UPR Production et valorisation des bois tropicaux et méditerranéens, 73 rue Jean-François Breton, TA B-40 / 16 (Bât. 16, Bur. 123), 34398 Montpellier Cédex 5, France
  • D. Louppe, CIRAD, Département Environnements et Sociétés, Cirad es-dir, Campus international de Baillarguet, TA C 105 / D (Bât. C, Bur. 113), 34398 Montpellier Cédex 5, France

Citation correcte de cet article

Gérard, J. & Louppe, D., 2011. Afzelia pachyloba Harms. In: Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. Consulté le 20 avril 2019.


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