Abelmoschus caillei (PROTA)

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Fruit Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Légume Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Abelmoschus caillei (A.Chev.) Stevels


répartition en Afrique (cultivé)
1, partie apicale de la plante en fleurs ; 2, branche en fleurs ; 3, jeune fruit ; 4, fruit mûr; 5, graine. Redessiné et adapté par W. Wessel-Brand
port compact, fruits érigés
port compact, fruits retombants
port ouvert, fruits jaunes
port ouvert (champ)
fruits ovoïdes typiques
fruits secs et un peu fermentés
Protologue: Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, sér. 4, 10, sect. B, Adans., 2 : 138 (1988).
Famille: Malvaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 184–200

Synonymes

  • Hibiscus manihot L. var. caillei A.Chev. (1940),
  • Hibiscus manihot auct. non L.,
  • Abelmoschus manihot auct. non (L.) Medik.,
  • Hibiscus esculentus auct. non L.,
  • Abelmoschus esculentus auct. non (L.) Moench.

Noms vernaculaires

  • Gombo ouest-africain, gumbo ouest-africain (Fr).
  • West African okra, West African okro (En).

Origine et répartition géographique

Le genre Abelmoschus est originaire d’Asie du Sud-Est. Le gombo ouest-africain, cependant, est un cultigène qui apparaît principalement en Afrique de l’Ouest et centrale. Il a été identifié de la Guinée jusqu’au Nigeria en Afrique de l’Ouest, au Cameroun, au Gabon et en R.D. du Congo en Afrique centrale, et en Ouganda en Afrique de l’Est. Son aire de répartition est limitée à des climats humides et perhumides en Afrique, entre 12°N et 12°S, le plus souvent entre 5°N et 10°N. Le gombo commun (Abelmoschus esculentus (L.) Moench) se trouve par contre dans les régions tropicales et subtropicales et les régions à climat tempéré chaud du monde entier.

Usages

Les jeunes fruits immatures sont des légumes importants, consommés bouillis ou frits. En Afrique de l’Ouest ils sont généralement cuits à l’eau pour faire des potages et des sauces gluantes. Les fruits peuvent être séchés, entiers ou coupés en morceaux, pour être ensuite conservés. Avant d’être commercialisé, le produit séché est généralement broyé en poudre. Les jeunes feuilles sont parfois consommées comme épinard.

Il n’y a pas de différence apparente d’utilisation entre le gombo ouest-africain et le gombo commun. Toutefois, on ignore si tous les usages décrits ci-dessous s’appliquent au gombo ouest-africain. Les feuilles conviennent à l’alimentation du bétail, mais cet usage est peu compatible avec l’utilisation primaire de la plante pour la consommation humaine. Le mucilage de gombo est utilisé à des fins médicinales et industrielles. Il a été utilisé comme substitut du plasma sanguin ou pour augmenter le volume du sang. Les feuilles sont parfois à la base de cataplasmes, utilisées comme émollient, dans des produits sudorifiques ou antiscorbutiques et pour traiter la dysurie. Le mucilage de gombo est utilisé pour glacer du papier et également en confiserie. L’écorce contient une fibre qui peut servir pour faire des cordes, ainsi que dans l’industrie papetière ou les cartonnages. La fibre a été utilisée localement pour fabriquer des lignes de pêche et des pièges à gibier, mais la récolte de la fibre est incompatible avec la récolte des fruits. Les graines torréfiées de gombo sont utilisées dans certaines régions comme substitut du café.

Production et commerce international

La production mondiale de gombo (les deux espèces réunies) en tant que légume-fruit frais est estimée à 6 millions de t par an. La production de gombo en Afrique de l’Ouest et centrale se situerait entre 500 000–600 000 t par an d’après les données disponibles sur la consommation. On estime que le gombo ouest-africain représente la moitié de ce volume, donc environ 5% de la production mondiale de gombo.

Propriétés

Aucune étude n’a pu démontrer de différences particulières entre les deux espèces de gombo concernant leur valeur nutritive. La composition des fruits de gombo par 100 g de partie comestible (81% du produit acheté, le bout coupé) est : eau 88,6 g (85,7–90,2), énergie 144 kJ (36 kcal), protéines 2,1 g (1,1–3,0), lipides 0,2 g, glucides 8,2 g, fibres 1,7 g, Ca 84 mg (55–142), P 90 mg, Fe 1,2 mg (1,1–1,5), β-carotène 185 μg (180–190), thiamine 0,04 mg, riboflavine 0,08 mg, niacine 0,6 mg, acide ascorbique 47 mg (20–126). La composition des feuilles de gombo par 100 g de partie comestible est : eau 81,5 g (75,3–92,4), énergie 235 kJ (56 kcal), protéines 4,4 g (2,8–5,6), lipides 0,6 g, glucides 11,3 g, fibres 2,1 g, Ca 532 mg (258–635), P 70 mg, Fe 0,7 mg, β-carotène 385 μg, thiamine 0,25 mg, riboflavine 2,80 mg, niacine 0,2 mg, acide ascorbique 59 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968).

Les glucides sont principalement présents sous forme de mucilage. Le mucilage des jeunes fruits d’Abelmoschus esculentus consiste en molécules à chaîne longue avec un poids moléculaire d’environ 170 000, constituées de sucres et d’acides aminés. Les composants principaux sont le galactose (25%), le rhamnose (22%), l’acide galacturonique (27%) et des acides aminés (11%). Le mucilage est fortement soluble dans l’eau. Sa dilution dans l’eau donne une viscosité intrinsèque d’environ 30.

Les graines de gombo contiennent environ 20% de protéines (la composition en acides aminés est proche de celle de la protéine de soja) et 20% d’huile (la composition en acides gras est proche de celle de l’huile de graines de coton). La fibre de la tige est facile à extraire. Elle est de couleur blanche à jaune, forte mais quelque peu grossière.

Des essais menés en Chine suggèrent qu’un extrait alcoolique de feuilles d’Abelmoschus peut éliminer les radicaux libres d’oxygène, soulager les maladies interstitielles des tubules rénaux, améliorer le fonctionnement des reins et diminuer le protéinurie.

Description

  • Plante herbacée, annuelle ou bisannuelle, vigoureuse, de port érigé, jusqu’à 4 m de haut, en général fortement ramifiée ; tige souvent ligneuse à la base, cylindrique, glabre ou avec des poils raides disséminés, souvent avec des taches rouges ; branches dressées ou retombantes.
  • Feuilles disposées en spirale, simples, variables en forme et taille ; stipules filiformes, jusqu’à 2 cm de long, couvertes de poils raides, en particulier sur les bords ; pétiole jusqu’à 60 cm de long, souvent rougeâtre, avec une ligne de poils simples et doux sur la face supérieure, par ailleurs glabre ou avec des poils raides disséminés ; limbe à contour transversalement elliptique à orbiculaire, jusqu’à 50 cm de large, avec une nervure médiane jusqu’à 35 cm de long, le plus souvent palmatilobé à palmatipartite en 3, 5 ou 7 segments, cordé à la base, à 5–9 nervures, segments triangulaires, ovales, elliptiques, obovales, oblongs, spatulés ou lancéolés, acuminés, dentés en scie à crénelés, parfois entiers ou anguleux, nervures sur les deux faces avec des poils simples raides disséminés.
  • Fleurs axillaires, solitaires ou en grappe par réduction ou avortement des feuilles supérieures ; pédicelle jusqu’à 4,5 cm de long à l’anthèse, puis croissant jusqu’à 13 cm de long, glabre ou avec des poils simples raides disséminés ; segments de l’épicalice 5–10, libres, ovales à oblongs, de 10–35 mm × 4–13 mm, aigus à acuminés, généralement persistants pendant le développement initial du fruit, couverts de poils raides, particulièrement sur les bords ; calice spathacé, de 2–7 cm de long, avec 5 dents à l’apex, se fendant habituellement d’un côté à l’épanouissement de la corolle, adné et caduc avec la corolle et le tube staminal, soyeux à l’extérieur, souvent mêlé de poils courts simples et étoilés, strigueux à soyeux à l’intérieur ; pétales 5, libres, obovales à orbiculaires, de 4–9 cm de long, charnus à la base, obtus à rétus à l’apex, glabres, jaunes, virant souvent au rose après l’anthèse, avec un centre violet foncé ; étamines unies en un tube staminal jusqu’à 3,5 cm de long, blanches, glabres ; ovaire supère, tomenteux, souvent avec quelques poils raides sur les côtes, 5–12 bras de style de 3–5 mm de long, stigmates violet foncé munis de poils simples.
  • Fruit : capsule érigée à pendante, ovoïde, de 5–25 cm × 1–5 cm, acuminée, de cylindrique à anguleuse à 5–12 côtes, concave entre les côtes, perdant progressivement l’indumentum original, évoluant quand il est jeune d’une couleur violet rouge à vert foncé et de vert pâle à jaune, complètement ou partiellement loculicide ou ne s’ouvrant pas du tout, contenant jusqu’à 100 graines.
  • Graines globuleuses à ovoïdes, de 3–5 mm de diamètre, avec de minuscules excroissances en rangs concentriques, portant rarement de longs poils rouges.
  • Plantule à germination épigée.

Autres données botaniques

Ce taxon a été décrit en tant qu’espèce en 1988, bien qu’il ne soit connu qu’à l’état cultivé. Une classification en tant que groupe de cultivars aurait peut-être été plus appropriée. Tout semble démontrer que Abelmoschus caillei est un amphidiploïde d’Abelmoschus esculentus (L.) Moench (2n = 130–140) et Abelmoschus manihot (L.) Medik. (2n = 60–68). Cependant, cette dernière espèce n’a pas été formellement identifiée dans l’aire de répartition du gombo ouest-africain, et une analyse des isozymes n’a jamais confirmé ni infirmé une proximité quelconque. Abelmoschus manihot diffère d’Abelmoschus caillei par un plus faible nombre de segments de l’épicalice (4–8), et des fruits beaucoup plus petits (de 3,5–6 cm de long) qui sont immangeables car couverts de poils piquants. Abelmoschus esculentus est différent d’Abelmoschus caillei dans bien des aspects, mais l’épicalice représente la caractéristique la plus distinctive : la largeur des segments de l’épicalice est de 4–13 mm chez Abelmoschus caillei et de 0,5–3 mm chez Abelmoschus esculentus. Les deux espèces de gombo peuvent être reconnues de façon assez fiable (mais pas avec une certitude absolue) sur la base de la forme des fruits. Les fruits d’Abelmoschus caillei sont ovoïdes, alors que les fruits d’Abelmoschus esculentus sont cylindriques à pyramidaux.

La liste des synonymes montre que les informations sur Abelmoschus caillei ont souvent été attribuées à Abelmoschus esculentus et/ou à Abelmoschus manihot ; la littérature doit donc être interprétée avec précaution.

Croissance et développement

Dans les conditions du sud de la Côte d’Ivoire (5°N), le gombo ouest-africain fleurit en 50–110 jours après le semis en saison sèche (semis en octobre : raccourcissement des jours) et en 65–270 jours après le semis durant la saison des pluies (semis en mars : période d’allongement des jours). Les variétés à jours courts, plantées aux début de la saison des pluies (mars), ne fleurissent pas avant la fin de celle-ci (novembre), mais sont tellement bien développées d’un point de vue végétatif qu’elles peuvent aisément survivre à la saison sèche sans apport d’eau, et fleurir et fructifier en période de pénurie. Pour cette raison le gombo ouest-africain est parfois désigné comme “gombo tardif” ou “gombo de saison sèche” dans les langues africaines. Le cycle d’une culture peut de ce fait varier fortement en fonction du cultivar, du lieu et de la saison. Il peut varier de 4 à plus de 12 mois.

Si l’on compare des cultivars de précocité similaire, il faut remarquer que le gombo ouest-africain a une période productive considérablement plus longue que le gombo commun. C’est une caractéristique très attractive pour la culture en potager familial.

La floraison et la pollinisation ont lieu en début de matinée. Bien qu’il s’agisse d’une plante principalement autogame, une pollinisation croisée assez importante par les insectes peut avoir lieu. Pour l’utilisation comme légume, les fruits sont récoltés environ une semaine après l’anthèse. L’élimination régulière des jeunes fruits permet une croissance végétative et une floraison soutenues, ce qui prolonge la période de production. Dans une culture pour la semence, il faut compter un mois entre l’anthèse et la maturité du fruit. Dans ce cas, la croissance végétative s’arrête peu de temps après l’anthèse, puisque tous les produits d’assimilation sont alors dirigés vers les parties reproductives.

Ecologie

De nombreux types locaux montrent des réponses qualitatives de plantes de jours courts, même à des latitudes d’à peine 5° ; la photopériode critique la plus courte observée est de 12 heures 15 minutes. Même à cette latitude, des périodes végétatives de 8–9 mois sont observées lorsque le semis est réalisé pendant les “jours longs” de la saison des pluies. Mis à part ces sensibilités qualitatives, la plupart des types locaux montrent des réponses quantitatives de plantes de jours courts. Le gombo ouest-africain ne convient pas, pour cette raison, aux régions arides et semi-arides au-delà des latitudes de 12°N et 12°S en raison de ses besoins de photopériode.

Le gombo ouest-africain tolère de nombreux types de sols mais préfère les limons sableux bien drainés, avec un pH 6–7, et un fort taux de matière organique.

Multiplication et plantation

La plupart des agriculteurs récoltent les semences à partir de leur propre cultivar ou variété locale hétérogène. La meilleure façon de conserver les semences est de les laisser dans leur gousse. Le poids des semences est de 30–70 g/1000 graines. Une immersion des semences dans l’eau est souvent pratiquée avant le semis pour ramollir l’enveloppe des graines. Elles sont habituellement directement semées au champ (1–3 graines par trou). La densité de plantation du gombo ouest-africain vigoureux est de 20 000–50 000 plants/ha. La levée a lieu en une semaine. Lorsque les plantes ont atteint une taille d’environ 10 cm, on effectue un démariage de manière à conserver une plante par trou.

La germination et la croissance initiale sont fortement améliorées par des pratiques agricoles qui abaissent la température du sol, par exemple l’application de paillage, l’arrosage avant les heures les plus chaudes de la journée, et le semis sur le flanc des billons le moins exposé aux rayons du soleil.

Gestion

Les producteurs commerciaux de gombo pratiquent généralement la culture pure, et préfèrent les cultivars introduits de gombo commun (Abelmoschus esculentus), qui sont précoces et homogènes. En agriculture traditionnelle, les agriculteurs plantent leurs variétés locales dans leurs potagers ou dans les champs avec d’autres cultures vivrières. Les variétés locales sont souvent un mélange d’Abelmoschus caillei et Abelmoschus esculentus, la première espèce prédominant dans les climats humides, la deuxième dans les climats secs.

L’absorption de minéraux est relativement élevée. Des chiffres indicatifs pour l’absorption d’éléments fertilisants par hectare pour une culture donnant une récolte en fruits de 10 t/ha sont 100 kg de N, 10 kg de P, 60 kg de K, 80 kg de Ca et 40 kg de Mg.

En conditions tropicales humides, une culture à maturité consomme environ 8 mm d’eau par jour. Certains agriculteurs pratiquent une deuxième culture de repousse. Cette culture fleurit tôt après la coupe, mais donne habituellement des fruits de mauvaise qualité avec un fort pourcentage de fruits courbés.

Maladies et ravageurs

Le gombo ouest-africain est plus tolérant aux maladies et ravageurs que le gombo commun. Une exception est la fusariose vasculaire (Fusarium oxysporum)

qui a plus de temps pour se manifester chez le gombo ouest-africain à cause de son cycle cultural plus long. D’autres maladies fongiques importantes du gombo en Afrique de l’Ouest sont la fonte des semis (Macrophomina phaseolina) et la cercosporiose (Cercospora abelmoschi). Oidium abelmoschi est plus important dans les climats secs.

Le virus de la mosaïque du gombo (OkMV), transmis par des altises (Podagrica), est très répandu mais les dégâts causés sont moins importants que ceux causés par la maladie de l’enroulement de la feuille, transmise par un aleurode (Bemisia tabaci). La lutte contre ces virus ne peut se faire qu’en éliminant leurs vecteurs. Des nématodes du genre Meloidogyne constituent un problème majeur. Les dégâts causés par les nématodes peuvent être évités par la rotation des cultures, par ex. avec l’herbe de Guinée (Panicum maximum Jacq.) ou avec les céréales, et par des apports élevés de fumures organiques.

Les dégâts causés par les insectes sont principalement dus au grillon Brachytrupes membranaceus, à l’altise Podagrica, aux vers de la capsule Earias biplaga et Pectinophora gossypiella, et au coléoptère Anomala denuda. La lutte chimique contre ces insectes est risquée car les cueillettes sont effectuées régulièrement.

Récolte

Les variétés de gombo ouest-africain les plus précoces sont prêtes pour une première récolte 8 semaines après le semis. Les fruits en développement doivent être cueillis lorsqu’ils ont 7–8 jours. Une récolte trop précoce réduit les rendements car le poids des fruits est faible, mais une récolte trop tardive réduit les quantités commercialisables car les fruits trop mûrs sont fibreux. Pour cette raison, les récoltes dans les champs de gombo sont normalement effectuées à des cadences de 2–3 jours. Si la fréquence minimale d’une récolte par semaine est adoptée, des fruits de toutes tailles doivent être cueillis. Même si une aussi faible fréquence de cueillette réduit le rendement, les plus petits fruits peuvent atteindre des prix plus élevés car ils sont de qualité supérieure. Pour la production de semences, la culture entière peut être récoltée en une fois. Le contact prolongé avec les plantes et les fruits légèrement poilus peut provoquer une irritation de la peau.

Rendement

Un rendement en légume de 10 t/ha peut être considéré comme correct, mais des rendements de plus de 40 t/ha peuvent être réalisés en conditions optimales. Les rendements sont généralement faibles (2–4 t/ha) car ils sont le résultat de méthodes de production non-intensives. Les rendements en graines se situent aux alentours de 500–1000 kg/ha.

Traitement après récolte

Le gombo frais peut être transporté relativement aisément en vrac et peut être conservé pendant quelques jours sans grande perte de qualité. Le gombo sec est un produit important en Afrique de l’Ouest.

Le mucilage de gombo peut être obtenu en écrasant la plante, et en éliminant les cires et les matières grasses au moyen d’éther et d’alcool. La matière purifiée est ensuite diluée dans l’eau, filtrée et le produit de la filtration est alors concentré.

Ressources génétiques

Les variétés paysannes ne sont pas à présent en grand danger d’érosion génétique. Seul les agriculteurs commerciaux se convertissent à des cultivars commerciaux d’Abelmoschus esculentus, alors que Abelmoschus caillei est omniprésent en agriculture de subsistance.

Des collections importantes de ressources génétiques du gombo ouest-africain sont entretenues par le CNRA (Centre national de recherches agronomiques) à Bouaké (Côte d’Ivoire) et par l’IRD (Institut de recherche pour le développement) à Montpellier (France). De nombreuses collections nationales contiennent les deux espèces de gombo, les conservateurs n’étant souvent pas au courant de la différence. Le gombo ouest-africain a déjà été introduit dans plusieurs pays américains et asiatiques pour des programmes de recherches par le biais des échanges de ressources génétiques.

Le gombo ouest-africain est signalé comme résistant au virus de la mosaïque et des nervures jaunes (YVMV), une cause majeure d’échec de la culture du gombo commun en Asie, la mouche blanche (Bemisia tabaci) en étant le vecteur.

Sélection

La sélection du gombo ouest-africain n’a pas été entreprise par le secteur commercial mais les agriculteurs africains ont sélectionné une grande quantité de formes différentes qui sont adaptées à des systèmes de culture très diversifiés. Les possibilités sont nombreuses pour combiner des caractéristiques souhaitées dans des cultivars pour le secteur traditionnel (qui demande des plantes robustes et vigoureuses vivant longtemps) et pour le secteur commercial (qui cherche de bonnes solutions de rechange aux cultivars introduits d’Abelmoschus esculentus, avec une meilleure adaptation aux situations locales, aux maladies et aux ravageurs en particulier). L’analyse des isozymes a cependant montré une assez faible diversité génétique chez le gombo cultivé malgré une diversité phénotypique importante.

Les caractéristiques des deux espèces de gombo ouvrent de nouvelles perspectives en matière de sélection. Elles peuvent être croisées aisément dans les deux sens et les croisements donnent des hybrides vigoureux, qui présentent cependant une réduction marquée de la fertilité. Des graines sont néanmoins formées par des hybrides interspécifiques dans des conditions de pollinisation libre, résultant probablement d’un croisement en retour avec du pollen fertile d’une des espèces parentes. Abelmoschus esculentus ‘Parbhani Kranti’ a été obtenu de cette façon en Inde, possédant une résistance/tolérance à YVMV provenant d’Abelmoschus caillei.

Malgré le fait que les deux espèces de gombo sont souvent présentes dans les mêmes parcelles, leur intégrité génétique est largement assurée car il y a peu de chance que les hybrides F1 non-productifs soient choisis comme sources de semences pour la culture suivante.

Perspectives

Le gombo restera un légume-fruit productif et bien apprécié. La découverte relativement récente des différences entre le gombo ouest-africain et le gombo commun ouvre de nouvelles possibilités à cette ancienne culture cultivée.

Références principales

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  • Siemonsma, J.S., 1982. West African okra - morphological and cytogenetical indications for the existence of a natural amphidiploid of Abelmoschus esculentus (L.) Moench and A. manihot (L.) Medikus. Euphytica 31: 241–252.
  • Siemonsma, J.S., 1982. La culture du gombo (Abelmoschus spp.), légume-fruit tropical (avec référence spéciale à la Côte d’Ivoire). PhD thesis Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 297 pp.
  • Stevels, J.M.C., 1988. Une nouvelle combinaison dans Abelmoschus Medik. (Malvaceae), un gombo d’Afrique de l’Ouest et Centrale. Bulletin du Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, séries 4, 10, section. B, Adansonia 2: 137–144.

Autres références

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  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
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Sources de l'illustration

  • Siemonsma, J.S., 1982. La culture du gombo (Abelmoschus spp.), légume-fruit tropical (avec référence spéciale à la Côte d’Ivoire). PhD thesis Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 297 pp.
  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.

Auteur(s)

  • J.S. Siemonsma, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
  • S. Hamon, Institut de recherche pour le développement (IRD), 911 Avenue Agropolis, B.P. 5045, 34032 Montpellier, Cedex 1, France

Consulté le 7 février 2019.