Soude (Maison rustique 2, 1837)

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Cardère
Maison rustique du XIXe siècle (1836-42)
Vigne

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Section III. — Plantes propres à fournir la soude.

Les cendres de tous les végétaux contiennent en diverses proportions la potasse et divers autres sels solubies ou insolubles, et c'est ce qui en motive l'emploi dans les lessives ; il est quelques plantes cultivées dont on peut utiliser les tiges ou les fanes pour l'extraction de la potasse : on a eu soin de mentionner cet usage en pariant des autres emplois plus importans de ces végétaux. Un grand nombre de ceux qui croissent naturellement sur les bords de la mer, donnent de la soude par leur incinération : tels sont les Ficoides nodijlore et cristallin, les Salicornes herbacée et frutescente, les Anserine maritime et blanche^ et principalement toutes les espèces du genre Soude ^ au nombre d'environ 40, appartenant à la famille des Chénopodées. Depuis que la chimie est parvenue à décomposer économiquement le sel marin , la culture de la soude a diminué d'importance, puisque les verreries, les savonneries et les blanchisseries, qui consomment le plus de ce sel, s'en approvisionnent dans les fabriques de produits chimiques qui le préparent en grand. Cependant Liiaptal a émis l'opinion que les teinturiers avaient toujours besoin de la soude provenant des plantes, ce qui assure l'écoulement de la petite quantité qu'on en extrait en France et surtout en Espagne aux environs d'Alicante, qui fournissent la plus grande quantité et la meilleure soude connue dans le commerce. La petite quantité de soudes qui croissent naturellement sur le bord de la inor, a rendu leur culture nécessaire, et l'on a de plus trouvé par là l'avantage d'utiliser des terrains incapables de donner d'autres productions. Cependant nos cultivateurs littoraux délaissent presque généralement celte culture, et, en France, ou se contente presque [)artout de couper les plantes marines sans distinction, de les réunir avec les varechs rejetés par les flots, et, en brûlant le tout, d'en tirer une soude de mauvaise qualité. La culture des plantes à soude paraissant trèsproductive dans certains terrains voisins des rivages de la mer, nous l'indiquerons en peu de mots aux agriculteurs de ces loca-. iités. Les espèces suivantes de Soudes, savoir, les iS". grande {kali) , épineuse {tragus), ordinaire {soda), de Sibérie {rosace a) ^ barilie {sativa), géante [altissima), salée {salsa), sont énumérées par Tuolin comme les plus propres à fournir la soude nécessaire aux ai'ts, parmi les plantes qui croissent sur les plages sablonneuses du midi de l'Europe. Mais les deAW presque exclusivement cultivées sont la barilie et la soude ordinaire ; la 1"^", plus délicate , demande un terrain beaucoup meilleur et mieux préparé, mais aussi donne une soude beaucoup |)lus fine et plus estimée; leur culture et la manière de les recueillir sont au reste les mêmes. La Soude ordinaire { Sahola soda, L.) kali^ salicote {fig. .50) est une plante annuelle, dont la tige s'élève à 2 ou 3 pieds, à rameaux Fier. 50. écartés, à fenilles alongées, charnues, cendrées, avec trois lignes vertes. La Soude cultivée {Salsola saliva, L. ), Barille, est aussi une plante annuelle, à tiges très-rameuse, à feuilles cyliodriciues, glabres, à fleurs réunies en tête. Celte espèce est la seule cultivée dans les marais salés de l'embouchure du Rhône, où on livre à cette culture pendant quelques années le même terrain; nous décrirons la méthode qui y est suivie d'après M.Paris, correspondant de la Société centrale d'agriculture. Lorsque la terre est forte, plusieurs labours sont nécessaires pour assurer la réussite de la soude. — Les en{:^rais, surtout le fumitîr de mouton, lorsqu'on en a à sa disposition, ne doivent pas être épargnés; il est essentiel (|u'ils soient bien coosonunés. Le semis a lieu en février ou en mars, dans les terres qui ne sont pas trop infectées de mauvaises herbes; dans le cas contraire, on attend jusqu'en avril, pour délruire ces mauvaises herbes par un dernier labour. Plus tôt l'ensemencement est fait, plus on peut espérer une belle récolte; il paraît qu'à Alicaute on le fait dès raulomne ou le mois de janvier pour récolter en juin. — La semence de barilie semé daus les terres uon salées, décri vr. 0*. DE LA. VIGNE ET },'énère à chaque reproduction et ne donne bientôt plus à la combuslion que de la potasse, fait singulier, mais certain, et que des expériences renouvelées à la manufacture de Samt-Gobain, avec de la semence provenant de pieds nés de graine venue d'Alicante, ont confirmé. Il faut donc renouveler la semence au bout de quelques années, c'est-à•dire se procurer de la graine des plantes venues sans culture dans les marais et qu'aux euvirons d'Arles on nomme Soude des haines; pour en obtenir en assez grande quantité, on répand dans ces marais de la graine de soude cultivée qu'on récolte ensuite pour être de nouveau semée avec avantage dans les terres arables. Cette graine se vend toujours en conséquence au moins un tiers plus cher. — On n'est point d'accord sur la quantité de semence qu'il convient d'employer, ce nui provient sans doute de ce qu'il est rare qu'elle soit entièrement bonne; 5 hectolitres par hectare semblent le terme moyen exigé. — La semence se répand à la volée et est recouverte par un léger coup de herse; on roule ensuite pour maintenir l'humidité du sol, humidité très-favorable à la germination et qu'on relient souvent eu dispersant sur le sol des fanes d'herbes des marais. — M. De Candolle dit qu'aux environs de Narbonne on donne le supei-flu de la graine de soude aux bœufs de labour, qui l'aiment beaucoup et dont elle conserve la force et l'embonpoint. La soude souffre beaucoup du voisinage des plantes adventices ; elle exige donc des sarclages répètes, princi[)alement pendant len mois d'avril, mai et juiu. Il a été constaté que toutes les plantes herbacées ou vivaces, qui croissent naturellement dans les terres salées impropres à la culture des céréales, et autres plantes qui craignent la surabouclauce du sel, décomposent ou absorbent ce sel et rendent par conséquent ces terrains plus tôt susceptibles de recevoir les articles ordinaires de la culture. La soude principalement produit cet eflet; ainsi PiCTET-MoLLET nousapprend qu'à Alicante on sème toujours à l'automne des céréales sur les terrains qui ont produit de la soude; dans la Caroline, on a soin de laisser croître, sur les marais salés qu'on endigue, delà soude et autres plantes marines, et par ce moyen on y cultive, au bout de 3 ou 4 ans, du riz et du mais qui n'y \iendraient peut-être pas sans ces précautions DE SA CULTURE. 05 avant la îO^ ou V2^ année. Sous ce rapport la culture de la soude mérite donc eucore d'être recommandée. A la fin d'août, la soude est ordinairement bonne à être récoltée: si l'on désire recueilliila graine, il convient de laisser les plantes un mois de plus sur pied, et dans ce cas on les met sécher sans les amonceler, pour les battre avec des baguettes quand elles sont bien sèches : on nettoie ensuite la graine qui est très-petite et on la conserve dans des sacs. — Au reste, l'époque de la récolte varie selon que la température du printemps et de l'été a été chaude ou froide, selon l'époque des semailles, la nature du sol, etc. Elle est indiquée par le changement de couleur des tiges et la maturité de la moitié des graines. Si l'on attendait plus tard, les produits en sel seraient moindres. — la soude s'arrache à la main ; après l'avoir an achée, on la dépose sur le sol en petits tas et on l'y laisse pendant 4 ou 5 jours, puis ou la met en meules oblongues qu'on recouvre, en cas de pluie, de paillassons ou de nattes pour empêcher l'eau d'y pénétrer; dans cet état elle fermente et sèche; elle est ordinairement bonne à brûler au bout de 8 ou 10 jours. — Il faut choisir, pour cette opération, le moment convenable que la pratique seule peut bien indiquer; car la soude brûlée trop verte ou trop sèche fournit moins de produit. Avant de rassembler les meules pour les brûler, on a soin de les secouer et battre; on obtient ainsi la graine; mais comme elle a différens degrés de maturité, elle est trèsinférieure à celle des plantes qu'on a laissées parvenir sur pied à maturité complète. — La fabrication de la soude et du salin sera l'objet d'un article spécial de la division des ^rts apicoles. Le produit de la culture de la soude est souvent fort considérable. Dans le sol qui lui convient, on récolte année commune par hectare, outre 90 hectolitres de graines, environ 260 quintaux de plantes vertes, qui peuvent en produire par la combustion 22 de matière saline. Lorsqu'on sème la soude dans un sol marécageux après une seule façon à l'araire et sans autres soins d'entretien, on obtient à peine le tiers de ce produit. Bosc cite un hectare de soude qui, convenablement cultivé aux environs d'Arles, a donné le revenu immense de 5,390 francs net.

C. B. de M.