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major vocatur (69)<ref>P. 152.</ref>... ». Mais vient-il à parler de l'extrême ressemblance que l'on note entre ce dernier arbre, indigène, et la « Guiába », il indique sans ambiguïté : « Aliis Indiarum regionibus communis haec arbor, ac proinde hic patriam Brasiliani negant » (70)<ref>P. 153. Variante « Guajába », p. 151. Pas de trace d'une forme avec -v-, pp. 149-153.</ref>. Il s'agit bien d'un arbre importé, et le mot ne saurait être, au Brésil, une désignation indigène. Pison parlera aussi à propos de la même région, du bananier, de la banane, et de la patate, mais les mots qu'il utilise le plus souvent, « Bananiera » (71)<ref>P. 154.</ref>, « Banána » (72)<ref>''Id.'' ; « ''Banána'', planta quae Brasiliensibus ''Pacobuçú'' dicta », p. 155.</ref>, « Batáta » (73)<ref>''Id.'', p. 254. « Quae Peruvianis ''Apichu'', Brasilianis ''Tetica'' dictae ». ''id''.</ref>, ne sauraient être considérés comme tupis.
Résumons-nous : les deux auteurs sur lesquels s'appuie V. Martius pour poser un mot tupi « ''Guaiába, Guajava, Guayava'' », ne donnent aucunement ce mot pour « brésilien » d'origine. Par suite l'indication de De Goeje « Tupi ''Guaiába, Guajava'' » n'est plus fondée, du moins à date ancienne.
Il nous paraît donc établi que ''goyave'' ne peut être chez Claude d'Abbeville un emprunt au tupi ; nous proposons d'y voir, par conséquent, le mot déjà français de la langue des marins, attesté dès 1601-1603. Le vocable « ''Morgoyä, Margoya'' », en revanche, donné comme indigène, a chance d'être un mot tupi, car Léry avait signalé dès 1578 le terme de « Morgouia » (74) <ref>''Histoire'', p. 208.</ref> appliqué par les Brésiliens aux oranges des arbres plantés par les Portugais, et la ressemblance entre le goyavier et l'oranger a plusieurs fois été notée <ref>Belleforest, ''Cosmogr. univ.'', II, col. 2111 ; texte cité ; - Daléchamps, trad. Des Moulins (751615): « de la grandeur des Orengiers », II, p. 723 ; « les fleurs blanches, semblables à celles des Orengiers », II, p. 724.</ref>.
Nous ne croyons pas non plus que la phrase de P. Boyer permette de fonder l'hypothèse d'un emprunt au galibi <ref>La forme « goyaba » est attestée dans ce parler pour l'époque actuelle (76}enquête de De Goeje). De Goeje, ''Et. ling. car.'', p. 53, n. 310.</ref>. Il écrit en 1654 : Gouyanes {sic] est un fruict rond et gros comme un œuf » {77<ref>''Véritable relation'', p. 315. Déjà cité par M. König, ''op. cit.'', s; v. ''Goyave'', avec correction de la coquille (''n'' pour ''u'').</ref>. Mais il faut remarquer que le mot est attesté au moins deux fois avant que les Français se soient établis, et de façon bien intermittente jusqu'en 1676, à l'île de Cayenne et en Guyane (1635) (78)<ref>Cf. l'article ''Caïman'', note 46.</ref>. Ensuite Boyer ne donne pas le mot pour indigène ; dans sa liste des productions du pays, d'où est tirée la phrase
(69) P. 152.____________________
(70) P. 153. Variante « Guajába », p. 151. Pas de trace d'une forme avec -v-, pp. 149-153. 71 P. 154. (72) ''Id.'' ; « ''Banána'', planta quae Brasiliensibus ''Pacobuçú'' dicta », p. 155. (73) ''Id.'', p. 254. « Quae Peruvianis ''Apichu'', Brasilianis ''Tetica'' dictae ». ''id''. (74) ''Histoire'', p. 208. (75) Belleforest, ''Cosmogr. univ.'', II, col. 2111 ; texte cité ; - Daléchamps, trad. Des Moulins (1615) : « de la grandeur des Orengiers », II, p. 723 ; « les fleurs blanches, semblables à celles des Orengiers », II, p. 724. (76) La forme « goyaba » est attestée dans ce parler pour l'époque actuelle (enquête de De Goeje). De Goeje, ''Et. ling. car.'', p. 53, n. 310. (77) ''Véritable relation'', p. 315. Déjà cité par M. König, ''op. cit.'', s; v. ''Goyave'', avec correction de la coquille (''n'' pour ''u''). (78) Cf. l'article ''Caïman'', note 46.<references/>
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citée, il utilise quantité de termes de marins de toute origine : ''banane (79)'' <ref>P. 314.</ref>, ''igname (80)~ cassa'' <ref>P.ve (81)-316.</ref>, ''cassave'' <ref>''Id.''</ref>, « ''cachimans '' » (82)<ref>P. 314.</ref>, etc.
Enfin l'article de Raymond Breton « coyâboucoyábou, ''sont goyauiers blancs '' » <ref>''Dic. car.-fr.'' (831665) . p. 252. Cité par M. König. ''op. cit.'', s. v. ''Goyavier''.</ref> montre que le caraïbe des Petites Antilles avait un mot de forme voisine, différent cependant de la forme de notre langue qui a prévalu dans ces îles, et qui est attestée avant 1635, date de l'arrivée des premiers colons français. Comme dans le cas de ''banane'', ''canot '' ou ''manioc (84)'' <ref>Voir les articles correspondants.</ref>, par exemple, la forme française paraît donc a)ioir avoir été importée à la Martinique et à la Guadelon pe c:pâr Guadeloupe par les marins de notre pays.
eLa .La forme ''gouyave, goyave'', s'est sûrement vulgarisée aux Antilles ; elle se lit souvent dans les récits des voyageurs. Aux attestations déjà signalées, on ajoutera les suivantes :
1638 : « ils [les Caraïbes de la Guadeloupe] avoient mis leur [sic] provisions des meilleurs fruits du pais païs : asçavoir des patates, ce sont des racines en forme de raves plus savoureuses que nos trufes ! : des gouyanes [sic] qui est un fruit du goust d'une pomme de reinette, ayant au dedans des grains pareils à ceux de grenade. » ''Gazette de France'', p. 90.
Remarquez que la même coquille déforme le terme chez Bouton, ''Relation'', p. 63 (85)<ref>M. König cite la forme corrigée « gouiaves ».</ref>. Coppier, ''Histoire et Voyage '' (1645) a « ''Gouyaues '' », p. 90.
1643 sans doute, 1647 au plus tard : « ils [les habitants de la Martinique] ont pareillement plusieurs sortes de bons fruits, comme ananas, gouyaves, limons ... » Le Hirbec, ''Voyages'', p. 21.
1647 : « Le Goyavier est poly par l'escorce, et lice ... La Goyawe est fort bonne de couleur, de chair. » ''Relation de l'isle de la Guadelouppe'', f. 16 r 0r°.
• Première attestation de la forme définitive, pour le nom de l'arbre. Nous ne sommes pas sûr de la lecture du nom du fruit (pour les deux dernières lettres).
1652 : « on mange des ''Goyaues '' » à la Martinique. Maurile, ''Voyage'', p. 32. - « Il y a [à Saint-Christophe} ] un arbre- qu'on' appelJe appelle Goyauier », ''id.'', p. 73 •.
16S8 : « Ce fruit, qui se nomme ''Goyave '' » aux Antilles frânçaisesfrançaises. Rochefort, ''Histoire'', p. 49.
(79) P: 314.____________________
(80) P. 316. (81) Id. (82) P. 314. (83) Die. car.-fr. (1665). p. 252. Cité par M~ Kônig. op. cit., s. v. Goyavier. (84) Voir les articles correspondants. (85) M. Kônig cite la fontie corrigée « gouiaves •·<references/>
[253]
1659 : « Ces Sauuages [de Guadeloupe] auoient leurs charges de "cassaue ... cachimans, goyaues, papaïs. » Chevillard, ''Les Desseins, p. 41. 1667 : « les Gouyaves », Du Tertre, Antilles, 1, p. 405 (86). Aussi bien est-ce aux Antilles françaises que se réfèrent ·les dictionnaires de Th. Corneille (1694) (87) et de Trévoux (1704) (88), (86) C'est aussi la forme « goüyave » qu'utilise De Laon, à propos de -<::ayenne, Relation, p. 10741.
(87) S. v. Gouyavier, ou Goyavier. 1667 : « Arbre qui croist dans les Gouyaves », Du Tertre, ''Antilles'', 1, p. 405 <ref>C'est aussi la forme « goüyave »qu'utilise De Laon, à propos de Cayenne, ''Relation'', p. 107.</ref>.
Aussi bien est-ce aux Antilles françaises que se réfèrent les dictionnaires de Th. Corneille (881694) <ref>S. v. ''Gouyavier'', ou ''Goyavier''. « Arbre qui croist dans les Antilles. »</ref> et de Trévoux (1704) <ref>S. v. ''Goyavier'', ou ''Goujavier''. Citations de Poincy .._et et Du Tertre.</ref>.
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