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Coquelicot (Lebel)

4 octets supprimés, 27 janvier 2021 à 17:29
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rer profit et qui montre combien les questions posées à un patoisant doivent être précises ou nettement différenciées.
« A Forcalquier, continue Rolland, le coquelicot est dénommé : 1° ''tulipan'' ou ''gueringuingaou'' à peu près indistinctement, lorsque la fleur est incomplètement épanouie ; 2° ''gaougalin'', lorsque les pétales sont encore enfermés dans le calice. Dans ces boutons, les pétales, suivant leur âge, sont rouges ou blancs ; les enfants en font un jeu, en se demandant, avant de les ouvrir, si c'est un ''gaou'' (rouge) ou une ''galino'' (rose) ou une ''galineto'' (blanc) ; 3° ''roouro'', lorsque la plante est dépourvue de fleurs et qu'on la ramasse pour la donner aux bestiaux ».
Ces comparaisons montrent que les mots ''frère'' et ''sœur'' doivent être pris avec leur sens religieux, au même titre que d'autres noms dialectaux qui représentent seulement le début de la formulette (en France ''chapelain, moine'', en Italie ''frère, prêtre, religieuse'') et évoquent avec plus ou moins d'exactitude la couleur habituelle des vêtements monastiques.
De la même manière, I'interrogation « ''coq ou poule'' ? », (encore bien vivante en Provence sous des formes comme ''gaou-poulo, gaou-galin'' et dans les Pyrénées-Orientales ''galh-galharett'') s'est réduite à « coq » (norm. ''coq, coquet'', picard ''coquelet'', Vosges ''couchot'' [''chantant''], Yonne ''poula'', auv. ''dzo'' < ''gallu'', Vaucluse ''gaou'', B. Alpes ''djyalass'') ou à « poule » (Allier ''jaline'', ''cloutsa'' « poule couveuse », Nice ''galle''). Le môme jeu a dû exister dans d'autres pays d'Europe, à en juger par les termes danois ''kokkeurt'' « fleur du coq », ou serbo-croate ''crljeni kukurik'', dans lesquels on retrouve l'onomatopée du chant de l'oiseau. Celle-ci s'explique tout naturellement : c'est le nom du « coq » dans le
IV. Un problème est posé par les expressions ''maison brûlée'' (Lorraine) ou simplement ''maison'' (Picardie), ''brûle maison'' (Franche-Comté), où se disait la formulette « ''corneille, corneille, ta maison brûle !'' » ; à Bournois (Doubs), selon Ch. Rousset, les enfants la criaient aux corneilles pour les exciter à croasser.
Pour aider à la résolution de ce petit problèrne, je signale que le coquelicot est en relation, soit avec le feu, ''feu volant'' (Cher), ''feu volage'' (Puy-de-Dôme, Haute-Bretagne), ''feu d'enfer'' (Haute-Marne, Jura), ''chaudière d'enfer'' (Haute-Marne), soit avec la foudre, ''fleur de tonnerre'' ou simplement ''tonnerre'' (Wallonie, Lorraine). La raison en est fournie indirectement par Sébillot (''Folk. de la France'', III, p. 472) : le coquelicot, étant de la même couleur que le feu, a la propriété de l'éloigner quand on pratique certains rites. Voilà pourquoi, en Wallonie, pour détourner la foudre des habitations, on met des coquelicots sous les toits, dans la charpente, ou que l'on jette dans le feu une ''fleur de tonnerre'', bénite le jour de l'Ascension (c'est quelquefois une variété de millepertuis, aux fleurs rouge-jaune). Bn En Béarn, on met de même sur le feu une plante à fleur jaune, appelée « foudre » (''periglade'') et douée de la même vertu. C'est pour la même raison qu'on déposait des hachettes de pierre préhistoriques, dites ''pierres de foudre, pierres de tonnerre'', sous les toitures (Dauphiné), à l'intérieur des murs (Bourgogne). Cette coutume remonte fort loin, puisque l'on a trouvé de ces hachettes dans les fondations d'un temple d'Alesia. L'appellation de ''feu volant'' s'explique peut-être par un préjugé, comme il en court en Angleterre où les enfants croient que l'action de cueillir le coquelicot fait éclater le tonnerre (Rolland, p. 176).
V. Il faut y voir le résultat d'une menace qui leur est faite. En effet, quand ils ne sont vus de personne, ils sont tentés de pénétrer dans les champs de blé pour y cueillir les fleurs rouges et se soucient peu de piétiner les épis. On les fait obéir en leur inspirant la crainte d'un malheur dont ils seraient victimes s'ils transgressaient cette défense. Voici d'autres tabous du même genre.
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