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Coquelicot (Lebel)

155 octets ajoutés, 27 janvier 2021 à 17:27
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« A Forcalquier, continue Rolland, le coquelicot est dénommé : 1° ''tulipan'' ou ''gueringuingaou'' à peu près indistinctement, lorsque la fleur est incomplètement épanouie ; 2° ''gaougalin'', lorsque les pétales sont encore enfermés dans le calice. Dans ces boutons, les pétales, suivant leur âge, sont rouges ou blancs ; les enfants en font un jeu, en se demandant, avant de les ouvrir, si c'est un ''gaou'' (rouge) ou une ''galino'' (rose) ou une ''galineto'' (blanc) ; 3° ''roouro'', lorsque la plante est dépourvue de fleurs et qu'on la ramasse pour la donner aux bestiaux ».
A Bligny-le-Sec (Côte-d'Or), les enfants posent la devinette à leurs petits camarades sous la forme < lrère oa s(Bur I r« ''frère ou sœur'' ? », suivant que la couleur est (( « rouge )) » ou ( « rose ))». Ce jeu n'est pas particulier à la F'ranceFrance. Roiland en signale Il'existence en BspagneEspagne, où, d'après Rodriguez NfarinMarin, la formule est r< lraite « ''fraile o monja o capuchino '' ? > » - (( « moine, religieuse ou capucin I ,r? », selon que les pétales sont blancs (''monja''), roses (''fraile'') ou rouges (''capuchino''). L'AIS (carte ''coquelicot'', III, Gzb625) a enregistré des noms qui rappellent ce jeu : <« ''frère oa s(xur ou sœur'' ? n » (points 444, 476), ( bla,nc « ''blanc ou touge rouge'' ? ,, » (357, 359) (cf. K. Jaberg, ''Aspects géogr. da du langage'', 1930, p. 25). On dit de même u « ''blanc ou rouge '' ? >r » dans quelques départernents départements français.
Ces comparaisons montrent que les rnols mots ''frère '' et srBur ''sœur'' doivent être pris avec leur seus sens religieux, au même titre que d'au_ tres autres noms dialectaux qui représentent seulement le début de la formulette (en France ''chapelain, moine'', en Italie ''frère, prêtre, religieuse'') et évoquent avec plus ou moins d'exactitude la cou_ leur couleur habituelle des vêtements monastiques. De la même manière, I'interrogation « ''coq ou poule'' ? », (encore bien vivante en Provence sous des formes comme ''gaou-poulo, gaou-galin'' et dans les Pyrénées-Orientales ''galh-galharett'') s'est réduite à « coq » (norm. ''coq, coquet'', picard ''coquelet'', Vosges ''couchot'' [''chantant''], Yonne ''poula'', auv. ''dzo'' < ''gallu'', Vaucluse ''gaou'', B. Alpes ''djyalass'') ou à « poule » (Allier ''jaline'', ''cloutsa'' « poule couveuse », Nice ''galle''). Le môme jeu a dû exister dans d'autres pays d'Europe, à en juger par les termes danois ''kokkeurt'' « fleur du coq », ou serbo-croate ''crljeni kukurik'', dans lesquels on retrouve l'onomatopée du chant de l'oiseau. Celle-ci s'explique tout naturellement : c'est le nom du « coq » dans le
De la même manière, I'interrogation <r coq ou poule ? , (encore bien vivante en Provence sous des formes cornme gûou_ poalo, gaou-galin et dans les Pyrénées-Orientales gath_galharett) s'est réduite à <r coq )) (norrrri. coq, coqwf, p,icard toqaele,t, Vosges couchot lchantantf , Yonne poula, auv. dzo I gallu, Vaucluse gaou, B. Alpes djyalass) ou à <t poule r (Allier jaline, clowtsa tt poule couveuse >r, Nice galle). Le môme jeu a dfr exister dans d'autres pays d'Europe, à en juger par les termes danoi_q kokkeurt ri fleur du coq ,' ou serbo-croate crljeni /rukurik, dans lesquels on retrouve l'onomatopée du ctrrant de l'oiseau. Celle-ci s'erplique tout naturellement : c'est le nom du <r coq r dans le
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rangage u". langage des tout-petits,.J;";îcomme celui de l'---î;;""t-- œuf est coco "'.: matopée L'onomatopée française se termine souvenL souvent par le nom local du coq : coqorico','cocorico,coricoco, cocico '' dans les patois où ''coq '' (on prononçait anciennement ''ko'') désigne l'oiseau, catcaliiau''catcalijau'', caclinjarz or) jou ''caclinjau'' où ''jau'' continue le latin galtugallu.
On n'est pas strr sûr que le nom gaulois du (( « coquelicot r'», calocatartos ''calocatanos'' cité seulernent seulement chez Marcellus Empiricus, ait été formé sur le norn nom gaulois du coq. En celtique insulaire, Il'oiseau s'est appelé * ''caliacos '' : littéralernent (( littéralement « appeleur " » (ogam. Car.recr Caliaci (au génitif), irl. ''cailech. '', gall. ceitiog''ceiliog'', anc' corn. ''chelioc''). Cf. skr. usa''uṣa-kalah rc coe r> kalaḥ'' « coq » (: < « qui appelle Il'aurore "»).
II. Un autre jeu enfantin consiste' à faire une petite poupée, avec un coquelicot bien épanoui. tc « Les pétales, écrivait Mme de Genlis, font Il'habillement et les bras, au moyen des fils qui les rattachent. La petite tête fait le visage ; le haut de cette tête forme une calotte ; les étamines font une jolie fraise ou collerette autour du visage. ,, » Rolland, qui cite ce passage' , ajoute qu'on complétait quelquefois la ressemblance par deux brins de graminée figurant grossièrement les jambes. Cette amuset,te amusette est connue presque partout.
Blle Elle est à Il'origine de plusieurs noms régionaux. En Bretagne, cette poupée est appelée u « enfant de chæur r chœur » (à cause de sa robe rouge), en Angleterre (( « poupée r » (''poppy''), en Chine ,, « herba homo formosus ,,». La même métaphore transparaît à travers d'autres termes : en France ''poupi, papi, papitre, popitre '' (Normandie), en Italie ''popola, popona, madona, dona, marioneta, sigtsignoretta''toretta. A ces expressions s'apparentent les suivantes, qui clésigçnent désignent le même jeu : lfleur del [fleur de] ''babi, lantina fantina'' (Alpes-Maritimes), ''fantineta, bambola, barnbocciabamboccia'', etc. (Italie). Le croisement du provençal ''pabot el '' et du piémonhais piémontais ''madona '' a même donné l'hybride ''padona '' dans les Alpes-Maritimes. III. Si l{aritimes'on collectionnait les différentes formes de jeux auxquels se livrent les enfants, on pourrait continuer cette série. Je signale encore celui-ci : à Malmédy (Belgique), d'après Feller, les bambins nomment la fleur ''marque'', parce qu'ils se « marquent » au front en faisant éclater les pétales. Voici le procédé : on cueille un pétale, on en rapproche habilement les bords en forme de sac, puis on fait éclater ce sac sur le front ou sur la main, avec le plus de bruit possible.
III. Si l'on coliectionnait les différentes formes de jeux auxquels se livrent les enfants, on pourrait continuer cette série. Je signale encore celui-ci : à Malmédy (Belgique), d'après Feller, les bambins nornmenL la fleur marque, parce qu'ils se (( rllarquent ir au front en faisant éclater les pétales. Voici le procédé : on cereille un pétale, on en rapproche habilernent les bords en forrne de sac, puis on fait éclater ce sac sur le front ou sur la main, avec le plus de bruit possible.
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LE FRÀNçarg MoDERITB IYIV. Un problème est posé par les expressions ''maison brûIée brûlée'' (Lorraine) ou simplement ''maison '' (Picardie), brttte rnaison ''brûle maison'' (Franche-Comté), où se disait la formulette << « ''corneille, cornei.llecorneille, ta maison brttle brûle ! r '' » ; à Bournois (Doubs)r , selon Ch. RousseiRousset, les enfants la criaient aux corneilles pour les exciter à croasser.
Pour aider à la résolution de ce petii petit problèrne, je signale que le coquelicot, est en relation, soit avec le feu, lea aolant ''feu volant'' (Cher), leu uolage ''feu volage'' (Puy-de-Dôme, Haute-Bretagne), leu ''feu d'enlet enfer'' (Haute-Marne, Jura), ''chaudière d'enler enfer'' (Haute-Marne), soit avec la foudre, tleur ''fleur de tonnerre '' ou simplemenl simplement ''tonnerre '' (Wallonie, Lorraine). La raison en est fournie indirectement par Sébillot (FoIk''Folk. d,e de la France'',lIIIII, p. a7! 472) : le coquelicot, étant de la même couleur que le feu, a la propriél.é propriété de l'éloigner quand on pratique certains rites. Voilà pourquoi, en Wallonie, pour détourner la foudre des habitations, on met des coquelicots sous les toits, dans la charpente, ou que Il'on jette dans le feu une lleur ''fleur de tonnerre'', bénite le jour de l'Ascension (c'est quelquefois une variété de millepertuis, aux fleurs rouge-jaune). Bn Béarn, orr on met de même sur le feu une plante à fleur jaune,, appelée < « foudre > » (''periglade'') et douée de la même vertu. C'est pour la, rnême même raison qu'on déposait des hacheites hachettes de pierre préhistoriques, diles dites ''pierres de'Joudrefoudre, pierres de tonnerre'', sous les toitures (Dauphiné), à l'intérieur des murs (Bourgogne). Cette coutume remonte fort, loin, puisque Il'on a trouvé de ces ha chettes hachettes dans les fondations d'un temple d'Alesia. L'appellation de leu aolant ''feu volant'' s'explique peut-être par un préjugé, comrne comme il en court en Angleterre où les enfants croient que l'action de cueillir le coquelicot fait éclater le tonnerre (Rolland, p. 176).
V. Il faut y voir le résultat d'une menace qui leur est, faite. Bn En effet, quand ils ne sont vus de personne, ils sont tentés de pénétrer dans les champs de blé pour y cueillir les fleurs r.ouges rouges et se soucient peu de piétiner les épis. On les fait obéir en leur inspirant la crainte d'un malheur dont ils seraient vic'times victimes s'ils transgressaient cette défense. Voici d'autres tabous du même genre. En Languedoc, d'après un médecin du XVIe siècle, on disait aux enfants que la ''lagagne'' : litt. « mal d'yeux » (c'est le nom local du coquelicot) leur ferait venir les yeux rouges s'ils la regardaient trop attentivement (Sébillot, ''Folk. de la Fr.'', III,
En Languedoc, d'après un médecin du xvr" siècle, on disait aux enfants que la lagagne : litt. <r rnal d'yeux r (c'est le norn local du coquelicot) leur ferait venir les yeux rouges s'ils la regardaient lrop attentivement (Sébillot, Folk. de la Fr., trItr,
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p. 491). L'expression rnaan ''maux d'yeaa yeux'' a été recueillie en Avignon par Rolland et aux Saintes-Maries par Edmont, qui n'en a pas compris le sens. En Flandre et en Brabant, on fait croire aux enfants que, s'ils entraient dans un champ de blé, les coquelicots leur suceraient le sang.
En Flandre et en BrabantCes malédictions ne sont pas inventées de toutes pièces : elles s'appuient sur la magie sympathique, on fait croire aux ehfants quedont les effets peuvent être diamétralement opposés, ssuivant les pratiques observées. De même qu'ils entraient dans un champ de bléil écarte ou attire la foudre, le coquelicot peut aussi guérir ou provoquer les coquelicots leur suceraienldartres, appelées ''rouges'' dans le sanglangage populaire.
Ces malédictions ne sont pas inventées Le jeu de toutes pièces : elles sla 'appuient sur 'marque'' à Malmédy, inoffensif pour le patient, peut rappeler, bien que d'assez loin, un traitement magique des rougeurs de la magie sympathiquepeau par l'application des pétales rouges du coquelicot. N'est-il pas suggestif précisément de voir en Auvergne, dans la région de Vinzelles, le nom local de la « dartre », ''andarle'', dont les effets peuvent passer au coquelicot (Dauzat, ''loc. cit.'', p. 136) ? N'est-il pas moins curieux de noter que le latin papāver, dont le suffixe archaïque est peut-être diamétralement le même que celui de cadāver (litt. « ce qui tombe »), semble appartenir à la même famille de opposésmots d'allure enfantine lat. ''pap-ula'' d'abord « *sein » (?), suivant les pratiques observéespuis « bouton, pustule » et lituan. De même qu''papãs'' « mamelon de sein » ? Dès lors, ''pap-āver'' ne conserverait-il écarte ou attire pas un ancien nom familier de la foudre« dartre », le devenu nom du coquelicot peut aussi guérir ou provoquer , comme l’''andarle'' auvergnat ? Le tabou remonterait donc fort loin, ce qui ne doit pas étonner. La croyance aux vertus des pierres de foudre existait chez les dartresGaulois, comme nous venons de le voir. appelées rouges dans Beaucoup de rites magiques sont vieux comme le langage populairemonde.
Le jeu VI. Les survivances actuelles de la rnarque à Malmédy cette sympathie entre le coquelicot et une éruption cutanée, inoffensif pour qui fait affluer le patienlsang sous la peau, peut rappeler, bien que semblent avoir provoqué d'assez loin, un traitement magique des rougeurs de la peau par l'application des pétales rouges du coquelicotautres appellations qui attendent encore leur explication. N'estCelles-il ci sont pas suggestif précisément de voir en Auvergneempruntées à des espèces animales qui sucent le sang, dans comme la région de Vinzelles« punaise », le ou nompassent pour telles, local de par ex. la < dartre D, o'rldorle, passer au coquelicot « coccinelle » (Dauzat, loc. cit., p. 136) I Nles enfants s'est-il pas moins curieux de noter que le lalin papauer, dont le suffixe archaïque est peut-être le même que celui de cad-dt:er (litt. rt ce qui tombe r), semble appartenir amusent à la même famille de mots déposer sur une goutte d'allure enfantine lal.. pap-ula dlabord <r * sein r (!), puis <, bouton, pustule D et lituan. papds (( mamelon eau ou de sein r I Dès lors, pap-aaer ne conserverait-il pas un ancien nom Îamilier de la r< dartre r, devenu nom salive qui rougit aussitôt ; ils croient que c'est du coquelicot, comme l'andarle auvergnat I Le tabou remonterait donc fort loin, ce qui ne doit pas étonner. La croyance aux vertus des pierres de loudre existait chez les Gaulois, comme nous venons de le voir. Beaucoup de rites magçiques sont vieux comme le mondesang).
VI. Les survivances actuelles de cette sympathie entre le coquelicot Dans l'Allier et en Tarn-et une éruption cutanée-Garonne, qui fait affluer on appelle le sang sous la peaucoquelicot ''chienne rouge, semlrlent avoir provoqué d,autres appellations qui attendent encore leur explicationchienne rose''. celles-ci sont empruntées à des espèces animales qui sucent La même idée semble être rendue par le sang, comme la mot masculin ''ander'' du Lot (( punaise )), ou passent pour telles, par ex. la << coccinelle , (les enfants s'amusent à la déposer sur une goutte d,eau ou rapprocher de salive qui rougit aussitôt ; ils croient que cl'est du sang)anc. fr.
Dans l'Allier et en Tarn-et-Garo.r.rà, o., appelle le coquelicot chienne rouge, chienne rose. La même idée ,semble être rendue par le mot masculin ander du Lot (à rapprocher de I'anc. fr.
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''andier '' rr chenet ,) et par paso rozo dans, la Haute-Garonne, le Gers et la Dordogne. S'agit-il d'un nom d'insecte I peut-être ; en tout cas, il n'y a pas de doute po:ur barbalhorz dans les pyré_ nées-Orientales (1) ; rose' punaise en Saône-et-Loire et dans le Doubs, pouta roaza en Suisse romande.
VIL Un autre jeu aurait-il inspiré une comparaison, moins évidente, du coquelicot avec un (( morceau d'étoffe > (panneau en Suisse, gonlanon en Franche-Comté, mot francique composé de -fano - lat. panna) ou avec le (( paon , (paon dans l'Aisne, diminutif ponceaa dans la France du Nord-Ouest) I C'est le dernier problème que je pose ici, ne voulant pas allonger cet article, qui n'a pas épuisé la liste des noms champôtres de la << rose des blés,,.
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