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Herbe de Guinée (Candolle, 1882)

Nom accepté : Panicum maximum Jacq.

Spergule ou Spargoule
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Thé

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Herbe de Guinée. — Panicum maximum, Jacquin 5

La Graminée vivace, dite Herbe de Guinée (Guinea grass des Anglais), a une grande réputation dans les pays intertropicaux comme fourrage nutritif, aisé à cultiver. Avec un peu de soin, on peut faire durer un pré jusqu'à vingt ans 6.

La culture paraît avoir commencé dans les Antilles. P. Browne en parle dans son ouvrage sur la Jamaïque au milieu du siècle dernier, et après lui Swartz.

Le premier mentionne le nom Guinea grass, sans aucune réflexion sur la provenance de l'espèce. Le second dit : « apporté autrefois des côtes d'Afrique aux Antilles ». Il s'est fié probablement à l'indication donnée par le nom vulgaire, mais nous savons à quel point les origines indiquées de cette manière sont quelquefois fausses, témoin le blé dit de Turquie, qui vient d'Amérique.

Swartz, excellent botaniste, dit que la plante croît « dans les pâturages cultivés secs des Indes occidentales, où elle est aussi cultivée », ce qui peut s'entendre d'une espèce naturalisée dans des terrains qui ont été cultivés. Je ne vois pas qu'aux Antilles on ait constaté un état vraiment spontané. Il en est autrement au Brésil. D'après les documents recueillis par de Martius et étudiés par Nees 7, documents augmentés depuis et encore mieux

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5. Panicum maximum Jacq., Coll. 1, p. 71 (en 1786); Jacq. icones, 1, t. 13 ; Swartz, Fl. Indiæ occ., 7, p. 170. P. polygamum Swartz, Prodr. p. 24 (1788). P. jumentorum Persoon Ench., 1, p. 83 (1805). P. altissimum, de quelques jardins et auteurs modernes. D'après la règle, le nom le plus ancien doit être adopté.

6. A la Dominique, d'après Imray, dans Kew Report for 1879, p. 16.

7. Nees, dans Martius, Fl. brasil., in-8°, vol. 2, p. 166.


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étudiés par M. Dœll 1, le Panicum maximum croît dans les éclaircies des forêts voisines de l'Amazone, près de Santarem, dans les provinces de Bahia, Ceara, Rio-de-Janeiro et Saint-Paul. Quoique la plante soit souvent cultivée dans ces pays, les localités citées, par leur nature et leur multiplicité, font présumer l'indigénat. M. Dœll a vu aussi des échantillons de la Guyane française et de la Nouvelle-Grenade. Voyons ce qui concerne l'Afrique.

Sir W. Hooker 2 mentionnait des échantillons rapportés de Sierra Leone, d'Aguapim, des bords du Quorra et de l'île de Saint-Thomas, dans l'Afrique occidentale. Nees 3 indique l'espèce dans plusieurs localités de la colonie du Cap, même dans des broussailles et dans des pays montueux, A. Richard 4 mentionne des localités d'Abyssinie, qui paraissent aussi en dehors des cultures, mais il convient n'être pas très sûr de l'espèce. M. Anderson, au contraire, n'hésite pas en indiquant le P. maximum comme rapporté des bords du Zambèze et de Mozambique par le voyageur Peters 5.

On sait positivement que l'espèce a été introduite à l'île Maurice par l'ancien gouverneur Labourdonnais 6, et qu'elle s'y est répandue hors des cultures, de même qu'à Rodriguez et aux Seychelles 7. L'introduction en Asie ne peut pas être ancienne, car Roxburgh (Fl. ind.) et Miquel (Fl. ind.-bat.) ne mentionnent pas l'espèce. A Ceylan, elle est uniquement cultivée 8.

En définitive, il y a un peu plus de probabilité, ce me semble, en faveur de l'origine africaine, conformément à l'indication du nom vulgaire et à l'opinion générale, mais peu aprofondie, des auteurs. Cependant, puisque la plante se répand si aisément, il est singulier qu'elle ne soit pas arrivée d'Abyssinie ou de Mozambique en Egypte et qu'on l'ait reçue si tard dans les îles de l'Afrique orientale. Si l'existence, antérieurement aux cultures, d'une même espèce phanérogame en Afrique et en Amérique n'était une chose extrêmement rare, on pourrait la supposer ; mais c'est peu vraisemblable pour une plante cultivée, dont la diffusion est évidemment très facile.

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1. Dœll, dans Flora brasil., in-fol., vol. 2, part. 2.

2. Sir W. Hooker, Niger flora, p. 560.

3. Nees, Floræ Africæ austr. Gramineæ, p. 36.

4. A. Richard, Abyssinie, 2, p 373.

5. Peters, Reise, Botanik, p. 546.

6. Bojer, Hortus mauritianus, p. 565.

7. Baker, Flora of Mauritius and Seychelles, p. 436.

8. Thwaites, Enum. plant. Ceylonæ.