Euphorbia pseudograntii (PROTA)
Introduction |
Euphorbia pseudograntii Bruyns
- Protologue: Taxon 55(2) : 414 (2006).
- Famille: Euphorbiaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 36
Synonymes
- Synadenium grantii Hook.f. (1867).
Noms vernaculaires
- African milkbush, coat-of-many-colours (En).
- Kinyunywa (Sw).
Origine et répartition géographique
Euphorbia pseudograntii se rencontre de l’Ethiopie jusque dans la partie est de la R.D. du Congo et en Tanzanie, et probablement aussi au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe.
Usages
En R.D. du Congo, le latex d’Euphorbia pseudograntii s’applique sur les verrues, et le jus des feuilles sert à traiter les troubles cardiaques. On lèche de la poudre de jeunes tiges séchées, mélangée à du sel, pour apaiser la toux. Au Rwanda et au Burundi, la syphilis se soigne avec des applications de latex. Au Burundi, on prend plusieurs gouttes de latex de feuilles chauffées pour expulser les parasites intestinaux et parfois le ténia. En Ouganda et en Tanzanie, on fait mûrir les abcès en y appliquant du latex. Le jus de feuilles se prend pour traiter les menstruations excessives. En Afrique de l’Est, des applications de préparations de feuilles servent en usage externe contre le psoriasis et l’impétigo. La décoction d’écorce de tige ou le latex se prennent pour décoller le placenta, tandis que la décoction de feuilles se boit comme abortif. On frictionne des scarifications avec des feuilles en poudre pour traiter le mal de dos. La cendre de feuilles se prend dans de l’eau pour traiter le mal de gorge. Des feuilles en poudre sont appliquées sur les plaies. L’extrait de racine ou le jus de tige broyée s’utilise en gouttes pour traiter le mal d’oreille. En Tanzanie, on a recours à une préparation de racines comme remède contre le paludisme.
Au Kenya, on fait bouillir les racines en mélange avec des parties d’autres plantes et on donne le liquide à boire aux bovins atteints de charbon ou de charbon symptomatique. Le latex est également utilisé comme remède formant des ampoules sur les ganglions enflés provoqués par la fièvre de la côte est chez les bovins.
En R.D. du Congo, le latex des jeunes tiges et feuilles est utilisé pour faire des tatouages. Il peut être mortel si on l’ingère et il sert également de poison pour la pêche. Au Rwanda, le latex est un ingrédient de poison de flèche. Au Kenya et en Tanzanie, la plante est parfois utilisée à des fins criminelles.
Euphorbia pseudograntii est quelquefois cultivé comme plante de serre dans les régions tempérées ou comme plante de jardin au Kenya.
Propriétés
Euphorbia pseudograntii est depuis longtemps reconnu comme une plante très toxique et irritante. Le contact du latex avec la peau ou les muqueuses provoque une sensation de brûlure, une dermatite et des ampoules. Il se peut que les symptômes ne se déclenchent pas immédiatement et surviennent avec un retard de plusieurs heures.
Le latex d’Euphorbia pseudograntii contient plusieurs esters diterpènes du type tigliane dérivés du 4-désoxyphorbol, notamment le 4-désoxyphorbol-13-phénylacétate-12-tigliate, qui fait preuve d’une activité irritante très forte sur la peau, avec une ID50 de 0,000064 nMol/oreille chez des souris. A titre de comparaison, l’irritant de référence, le TPA (12-O-tétradécanoylphorbol-13-acétate) a une ID50 de 0,016 nMol/oreille. L’activité inductrice de tumeurs du diester isolé est apparue faible. Les autres esters étaient relativement instables et n’ont eu qu’une activité légèrement irritante. Une injection sous-cutanée de 0,5–1 ml de latex chez des cobayes a donné lieu à une mortalité de 40% en 48–72 heures, les survivants ayant développé de graves œdèmes, lésions cutanées et nécroses. L’extrait à l’éthanol de latex en injection intrapéritonéale chez des rats et des lapins a déclenché une importante hypothermie réversible, avec effet dose-dépendant. Chez des chiens anesthésiés, une légère augmentation de la pression artérielle accompagnée de diurèse a été déclenchée par de faibles doses, les doses élevées provoquant quant à elles une chute sévère à mortelle de la tension artérielle, et plusieurs autres effets.
Des triterpénoïdes (euphol, euphorbol et tirucallol) ont été isolés de l’extrait à l’acétone du latex. Une administration par voie intraveineuse d’euphol a eu une activité hypotensive chez des chiens et des rats anesthésiés normotensifs. La DL50 est de 1,5 g/kg chez les souris par voie intrapéritonéale et supérieure à 2 g/kg par voie orale.
Le latex contient également du caoutchouc (polyisoprène lié en cis-1,4) et de l’ionol, un antioxydant qui pourrait jouer un rôle dans la stabilisation du latex d’Euphorbia pseudograntii. En outre, plusieurs isozymes (des acétylcholinestérases) et enzymes protéolytiques ont été purifiées du latex, dont l’une a des propriétés fibrinolytiques et fibrinogénolytiques, ainsi que plusieurs lectines, l’une d’entre elles présentant une activité agglutinante maximale à l’égard d’érythrocytes humains du groupe O.
L’extrait à l’acétone de latex séché a montré une forte efficacité molluscicide sur les escargots d’eau douce Biomphalaria alexandrina et Bulinus truncatus. Le latex a également certaines propriétés acaricides ; dans un essai en Ouganda, l’extrait a tué 62% des tiques. Le latex a manifesté une activité nématicide significative contre Meloidogyne javanica infectant du tournesol cultivé en serre.
Description
Arbuste ou petit arbre buissonnant, relativement succulent, monoïque, atteignant 5(–10) m de haut ; tiges cylindriques, tiges âgées gris pâle, à cicatrices foliaires prononcées sur les tiges vertes et à latex abondant. Feuilles disposées en spirale, simples et entières ; stipules modifiées en de petites glandes brunes ; pétiole atteignant 8 mm de long ; limbe elliptique à oblancéolé, atteignant 15 cm × 6(–8) cm, base longuement cunéiforme, apex obtus à courtement acuminé, charnu, bord enroulé vers le bas, presque glabre, pennatinervé, nervure médiane proéminente au-dessous, arrondie, verte ou parfois teintée de rouge au-dessous. Inflorescence : cyme axillaire lâche, composée de groupes de fleurs appelés “cyathes” ; pédoncule atteignant 5 cm de long, à poils courts, rameaux de 1–3 cm de long ; bractées 2, d’environ 4 mm × 4 mm, à poils courts, vert rougeâtre, persistantes ; cyathe d’environ 3 mm × 6,5 mm, avec un involucre en entonnoir, rouge vif, 5-lobé à lobes d’environ 2 mm × 2 mm, à crête glanduleuse d’environ 1 mm de large, profondément sillonné, rouge, chaque cyathe contenant 1 fleur femelle entourée de fleurs mâles. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles sessiles à bractéoles linéaires, frangées, à extrémités rouges, périanthe absent, étamine d’environ 4 mm de long, courtement exserte ; fleurs femelles à pédicelle atteignant 5(–9) mm chez le fruit, périanthe constitué d’une crête 3-lobée, ovaire supère, densément couvert de poils courts, 3-loculaire, styles 3, d’environ 2 mm de long, soudés à la base, bifides à l’apex. Fruit : capsule 3-lobée d’environ 7 mm × 8 mm, à poils courts, rouge, à 3 graines. Graines ovoïdes, d’environ 2,5 mm × 2 mm, gris brunâtre pâle, finement tuberculées, caroncule rudimentaire.
Autres données botaniques
Le genre Euphorbia comprend environ 2000 espèces et est présent dans le monde entier. Le genre Synadenium (environ 15 espèces sur le continent africain) a classiquement été séparé du genre Euphorbia, essentiellement parce que les glandes des cyathes forment un anneau, alors que les glandes des espèces d’Euphorbia sont séparées ou se touchent. Cependant, de récentes analyses moléculaires ont établi que Synadenium était imbriqué dans Euphorbia section Monadenium, et c’est pourquoi on l’inclut maintenant dans Euphorbia. Par ailleurs, Euphorbia pseudograntii Bruyns n’est pas un nom valide, car Euphorbia pseudograntii Pax existait déjà pour une autre espèce, fait qui a échappé à Bruyns. Cette erreur est en train d’être corrigée. Les spécimens d’Euphorbia pseudograntii Bruyns en Afrique australe pourraient appartenir à Euphorbia kirkii (N.E.Br.) Bruyns (synonyme : Synadenium kirkii N.E.Br.), qui a le bord des feuilles poilu et une nervure médiane plus basse, un anneau d’involucre glanduleux et jaune et des graines à caroncule bien visible.
Euphorbia bicompacta
Le nom Synadenium grantii est utilisé dans tous les pays pour une plante ornementale, mais il concerne généralement Euphorbia bicompacta Bruyns. En particulier, Euphorbia bicompacta var. rubra (S.Carter) Bruyns est une ornementale répandue et une plante de haie des jardins subtropicaux, ainsi qu’une plante en pot en Europe et aux Etats-Unis. Il se distingue principalement d’Euphorbia pseudograntii par ses feuilles largement obovales et à dents éparses, sa nervure médiane aiguë et proéminente au-dessous, son limbe à tache rouge au-dessous, et ses inflorescences courtes violet rougeâtre. Euphorbia bicompacta est présent à l’état sauvage ou cultivé en Ethiopie, au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie. Au Kenya, le jus de la plante est utilisé pour traiter la fièvre de la côte est chez le bétail. On fait boire la décoction de ses feuilles et de son écorce de tige aux bovins pour lutter contre les tiques.
Euphorbia triangolensis
Euphorbia triangolensis Bruyns (synonyme : Synadenium angolense N.E.Br.) est présent au Malawi, en Zambie et en Angola. En Angola, l’infusion de racine se boit pour traiter les douleurs aux hanches et la démence. L’infusion de parties non spécifiées de la plante se prend pour traiter les maux d’estomac, l’hydropisie, les points de côté, les affections urogénitales, les menstruations excessives, la tuberculose et les palpitations cardiaques. Le latex sert de poison pour la pêche.
Croissance et développement
En culture, Euphorbia pseudograntii a une croissance moyennement lente, mais pousse plus vite dans des conditions tropicales chaudes avec des précipitations abondantes. Cultivé en jardins de haute altitude, il peut atteindre 3 m de haut en 5 ans.
Ecologie
Euphorbia pseudograntii est xérophyte et se plait sur les collines rocailleuses de la savane boisée sèche des hauts plateaux est-africains, à 900–2100 m d’altitude et ayant une pluviométrie annuelle de 600–900 mm.
Multiplication et plantation
Euphorbia pseudograntii se multiplie facilement par graines, par boutures de tige et boutures de racine. Il faut tremper les boutures fraîches dans de la poussière de charbon de bois pour arrêter l’écoulement du latex et les planter dans le sable pour qu’elles s’enracinent.
Maladies et ravageurs
Les précipitations excessives et le froid provoquent une pourriture de la tige.
Traitement après récolte
Il faut faire très attention à éviter que le latex ne tombe sur la peau, les lèvres et les yeux, et il est recommandé de porter des gants lors des manipulations.
Ressources génétiques
Euphorbia pseudograntii est relativement commun sur son aire de répartition et rien n’indique qu’il soit menacé d’érosion génétique. En tant qu’espèce d’Euphorbia (semi-)succulente, son commerce international est régulé par l’annexe 2 de la CITES.
Perspectives
L’utilisation d’Euphorbia pseudograntii comme plante médicinale n’est pas recommandée, en raison de son latex très toxique. Les esters diterpènes de tigliane isolés du latex n’ont pas encore donné à ce jour de composés pharmacologiques intéressants. Les enzymes et lectines isolées du latex pourraient avoir un certain potentiel à l’avenir, mais un approfondissement des recherches est nécessaire.
Références principales
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Sources de l'illustration
- Carter, S. & Radcliffe-Smith, A., 1988. Euphorbiaceae (part 2). In: Polhill, R.M. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. pp. 409–597.
Auteur(s)
- M.J. Nicholson, Plants for Life, P.O. Box 617, Limuru, Kenya
Citation correcte de cet article
Nicholson, M.J., 2008. Euphorbia pseudograntii Bruyns. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 5 avril 2025.
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