Euphorbia grantii (PROTA)
Introduction |
Euphorbia grantii Oliv.
- Protologue: Trans. Linn. Soc. London 29: 144 (1875).
- Famille: Euphorbiaceae
Noms vernaculaires
- African milkbush (En).
Origine et répartition géographique
Euphorbia grantii est présent de l’est de la R.D. du Congo, de l’Ouganda et du Kenya jusqu’en Tanzanie et au nord de la Zambie.
Usages
Le latex laiteux d’Euphorbia grantii est utilisé en médecine, malgré sa toxicité. Il peut provoquer une rupture de la cornée s’il entre en contact avec les yeux, et des empoisonnements des personnes et des animaux en cas d’ingestion. En Afrique de l’Est, le latex s’applique sur les plaies pour favoriser la coagulation du sang et la cicatrisation des tissus. On le chauffe en posant un morceau de tige dans la cendre chaude, et on en instille en gouttes dans les oreilles pour traiter les otalgies. Au Rwanda et au Burundi, le latex dilué se boit pour traiter les infections au ténia et à d’autres vers intestinaux. Des applications de cendres de tige servent à soigner les plaies lépreuses. Au Rwanda, la décoction de feuilles, les feuilles grillées ou le jus de feuilles mélangés à de la bière se prennent pour traiter la gonorrhée.
Les racines sont un puissant purgatif et on les donne à mâcher aux enfants pour traiter les maux d’estomac ; les adultes quant à eux les mastiquent comme émétique pour traiter l’épilepsie, les empoisonnements et les morsures de serpent. Les racines broyées se consomment en bouillie pour traiter la constipation. Les Massaïs utilisent la tige dans un tonique qui se verse dans une soupe que l’on donne aux jeunes mères après l’accouchement. Les feuilles, l’écorce et les racines cuites à l’eau se donnent à manger aux vaches pour prévenir l’infection de l’utérus lors de l’expulsion du placenta.
Au Rwanda et en Tanzanie, le latex est ajouté au poison de flèche fabriqué avec Acokanthera schimperi (A.DC.) Schweinf.
Les Massaïs prennent la tige comme excitant récréatif. Euphorbia grantii est parfois planté en haie.
Propriétés
Euphorbia grantii, comme de nombreuses espèces voisines, a des effets extrêmement irritants sur la peau et les muqueuses. Les principaux composés toxiques des espèces d’Euphorbia sont des diterpènes, que l’on trouve dans le latex laiteux. La teneur en caoutchouc du latex d’Euphorbia grantii est faible (2,5–6,9% du latex sec). De la tige ont été isolés de la 3-O-méthylquercétine et plusieurs autres 3-méthoxyflavones, qui manifestent une puissante activité antivirale contre des picornavirus tels que le virus de la polio, le virus coxsackie et les rhinovirus, ainsi que contre le virus de la stomatite vésiculaire à faibles concentrations (0,01 μg/ml) et avec une cytotoxicité minimale. Les études biochimiques menées sur le mécanisme d’action de ces composés sur la réplication des poliovirus laissent penser que ces 3-méthoxyflavones sont capables de protéger les cellules hôtes d’un arrêt d’origine virale de la synthèse protéinique cellulaire. La 3-O-méthylquercétine d’origine naturelle et celle produite synthétiquement ont la même efficacité. Fait surprenant, d’autres composés naturels apparentés du point de vue stucturel à la 3-O-méthylquercétine, tels que la quercétine, la catéchine, le kaempférol, la myricétine et la rutine ne bloquent pas la réplication du poliovirus.
Des essais biologiques in vivo montrent que la 3-O-méthylquercétine a une activité anti-inflammatoire, l’inhibition de l’inflammation aiguë atteignant 55% et l’inhibition de l’inflammation chronique 31%. En raison de sa bioactivité multiple et de l’absence de ciliotoxicité sur les cils nasaux, la 3-O-méthylquercétine montre un potentiel comme antirhinoviral nasal pour traiter les rhumes courants.
Description
Arbuste à tiges peu nombreuses ou petit arbre peu ramifié atteignant 9 m de haut ; écorce lisse, grise, cannelée horizontalement ; branches semi-succulentes, à grandes cicatrices foliaires proéminentes proches les unes des autres et à latex abondant. Feuilles alternes, simples et entières, sessiles, glabres ; stipules glanduleuses, minuscules, tombant rapidement ; limbe linéaire à linéaire-lancéolé, atteignant 30 cm × 3 cm, base arrondie, apex acuminé, nervure médiane proéminente sur la face inférieure, vert pâle. Inflorescence : ombelle triple, à poils courts, constituée de groupes de fleurs appelés “cyathes” ; pédoncule jusqu’à 10(–15) cm de long ; rameaux atteignant 5(–7) cm de long, chacun ramifié jusqu’à 8 fois en fourche ; bractées sessiles, deltoïdes, d’environ 4 cm × 4 cm, base légèrement cordée, apex longuement acuminé ; cyathe d’environ 1 cm × 3 cm, à involucre en tonneau, lobes d’environ 3 mm × 5 mm, arrondis, bord à dents aiguës, toutes les parties à poils courts, glandes 4, étalées, d’environ 4 mm × 8 mm, transversalement elliptiques, bord extérieur à 6–10 excroissances digitées d’environ 8 mm de long, se ramifiant plusieurs fois aux extrémités et se terminant par de minuscules protubérances, glandes vert jaunâtre, à excroissances rougeâtres ; chaque involucre contenant 1 fleur femelle entourée de nombreuses fleurs mâles. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles à nombreuses bractéoles plumeuses en éventail, profondément divisées, étamines d’environ 15 mm de long ; fleurs femelles à pédicelle arqué atteignant 1,5 cm de long chez le fruit, périanthe à lobes d’environ 1,5 mm de long, ovaire supère, à poils courts, 3-loculaire, styles d’environ 1 cm de long, soudés presque jusqu’à mi-hauteur, à stigmate épaissi courtement bifide. Fruit : capsule presque globuleuse d’environ 13 mm × 17 mm, glabre à maturité, teintée de violacé, à 3 graines. Graines presque globuleuses, d’environ 6 mm × 5 mm, légèrement comprimées latéralement et vaguement triangulaires, surface finement rugueuse, brun grisâtre.
Autres données botaniques
Le genre Euphorbia comprend environ 2000 espèces et est présent dans le monde entier, avec au moins 750 espèces sur le continent africain et environ 150 espèces à Madagascar et sur les îles de l’océan Indien. Euphorbia grantii appartient à la section Trichadenia, groupe d’arbres, d’arbustes ou de plantes herbacées vivaces à rhizome charnu et à tiges habituellement succulentes, stipules absentes ou tombant rapidement ou modifiées en glandes, à grandes inflorescences ombelliformes terminales, à glandes généralement à lobes ou appendices minces, à fruits relativement gros et graines sans caroncule. Plusieurs autres Euphorbia spp. de la section Trichadenia sont utilisées en médecine en Afrique tropicale.
Euphorbia noxia
Euphorbia noxia Pax est présent en Somalie et au sud du Yémen ; en Somalie, le latex est un ingrédient de poison de flèche.
Euphorbia somalensis
Euphorbia somalensis Pax est présent en Ethiopie et en Somalie. En Somalie, le latex s’applique sur les meurtrissures cutanées provoquées par la gale ; il s’applique non dilué sur la peau des chameaux, et dilué sur celle des moutons et des chèvres.
Euphorbia transvaalensis
Le latex d’Euphorbia transvaalensis Schltr. d’Afrique australe est utilisé pour traiter les verrues.
Euphorbia monteiri
Euphorbia monteiri Hook.f. appartient à la section Pseudeuphorbium qui a de nombreuses caractéristiques similaires à celles de la section Trichadenia, mais dont les racines tubéreuses charnues font défaut et dont la tige est succulente et garnie de tubercules proéminents. Euphorbia monteiri est présent en Angola, en Namibie, en Botswana, au Zimbabwe et en Afrique du Sud. En Namibie, le latex s’applique sur les dents cariées. L’infusion de racines broyées se boit comme purgatif. Des tranches de racines latérales sont ajoutées à du lait bouillant, qui se boit comme dépuratif sanguin et comme tonique. Les racines broyées se mettent dans le lait pour améliorer la production de beurre. Au Botswana, la décoction de feuilles et de racine se prend pour traiter les crises bilieuses. Au sud du Zimbabwe, les racines se prennent comme émétique. Les parties aériennes cuites se donnent aux chiens agressifs.
Ecologie
Euphorbia grantii est présent sur les sols sableux ou rocailleux, dans la savane boisée et sur les pentes rocailleuses, jusqu’à 1750 m d’altitude.
Ressources génétiques
Euphorbia grantii est relativement commun sur sa vaste aire de répartition, et il n’y a aucun signe d’érosion génétique.
Perspectives
Les 3-méthoxyflavones isolés de la tige d’Euphorbia grantii présentent une intéressante activité antivirale et méritent un approfondissement des recherches.
Références principales
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Autres références
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Auteur(s)
- O.M. Grace, PROTA Country Office United Kingdom, Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, Surrey TW9 3AB, United Kingdom
- D.G. Fowler, Flat 4 Abbotsrood, 1 Milnethorpe Road, Eastbourne BN20 7NR, Sussex, United Kingdom
Citation correcte de cet article
Grace, O.M. & Fowler, D.G., 2008. Euphorbia grantii Oliv. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 5 avril 2025.
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