Euphorbia paganorum (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
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Euphorbia paganorum A.Chev.


Protologue: Rev. Int. Bot. Appl. Agric. Trop. 13: 556 (1933).
Famille: Euphorbiaceae

Origine et répartition géographique

Euphorbia paganorum se rencontre depuis le Sénégal jusque dans le nord du Nigeria, au Gabon et probablement également dans le sud du Soudan. Il est confondu avec Euphorbia sudanica A.Chev. et il faut peut-être attribuer une partie de son aire de répartition à cette espèce.

Usages

Les usages d’Euphorbia paganorum valent aussi pour Euphorbia sudanica, une espèce très ressemblante. Au Sénégal et au nord de la Côte d’Ivoire, on se sert d’une décoction de cendres de tige, accompagnée des feuilles de Sarcocephalus latifolius (Sm.) E.A.Bruce, en lotion sur le corps pour traiter la lèpre. Des décoctions de tige ou de racine, ou du latex, s’appliquent sur les blessures et les plaies, mais en général Euphorbia paganorum est considéré trop toxique pour avoir un usage médicinal. Le latex, très caustique, est utilisé comme ingrédient de poison de flèche ou dans des appâts pour attraper les animaux nuisibles.

Au Mali, Euphorbia paganorum est planté dans les villages comme plante fétiche. Les fleurs sont beaucoup butinées par les abeilles.

Propriétés

Des essais préliminaires sur le latex ont mis en évidence la présence d’esters diterpéniques de l’alcool 12-désoxyphorbol.

Description

Arbuste succulent, monoïque, caducifolié, atteignant 1,5(–2) m de haut, très ramifié depuis la base ; tige cylindrique, de 2–5 cm de diamètre, verte à grise, lisse, à latex abondant ; boucliers d’épines triangulaires sur de petits tubercules, à 1 paire d’épines de 5–12 mm de long, robustes, moins nombreux sur les tiges âgées. Feuilles disposées en spirale aux extrémités des branches, sessiles ; stipules constituées d’une paire de minuscules épines ou absentes ; limbe obovale à obtriangulaire, de 2–8 cm × 1–5 cm, charnu, base s’amenuisant, apex aigu et denté. Inflorescence : cyme simple, axillaire, constituée de groupes de fleurs appelés “cyathes”, à l’extrémité des branches ; pédoncule d’environ 3 mm de long, rameaux 2, avortant souvent ; bractées 2, minuscules ; cyathe d’environ 5 mm de diamètre, à involucre en courte coupe, vert, 5-lobé, glandes 5, oblongues, jaunes, chaque involucre contenant 1 fleur femelle entourée de nombreuses fleurs mâles. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles sessiles, périanthe absent, étamine 1 ; fleurs femelles à pédicelle de 4–6 mm de long chez le fruit, périanthe 3-lobé, ovaire supère, glabre, 3-loculaire, styles 3, soudés à la base. Fruit : capsule 3-lobée d’environ 15 mm × 12 mm, glabre, grise à brun pâle, à 3 graines. Graines oblongues, d’environ 8 mm × 3 mm.

Les feuilles ne sont sur l’arbre que pendant 3 mois environ, pendant la saison des pluies ; les fleurs apparaissent à la fin de la saison sèche, sur les branches nues.

Autres données botaniques

Le genre Euphorbia comprend environ 2000 espèces et est présent dans le monde entier, avec au moins 750 espèces sur le continent africain et environ 150 espèces à Madagascar et sur les îles de l’océan Indien. Euphorbia paganorum appartient à la section Euphorbia, vaste groupe caractérisé par des tiges succulentes et anguleuses, des stipules modifiées en petites épines (ou absentes), un bouclier d’épines comportant une paire supplémentaire d’épines (parfois soudées en une seule épine), des inflorescences axillaires et des graines sans caroncule. Euphorbia paganorum et les espèces ci-dessous appartiennent à un groupe d’arbustes succulents fortement ramifiés atteignant 3 m de haut, aux branches dépassant 1,5 cm de diamètre et à (2–)4 épines par bouclier d’épines.

Euphorbia sudanica

Euphorbia sudanica est présent du Sénégal au Soudan. Sa principale différence avec Euphorbia paganorum est le diamètre de ses branches, plus minces, de 1–2 cm. Ses usages ressemblent à ceux d’Euphorbia paganorum. Le latex caustique s’applique sur les arachides pour empêcher qu’elles ne soient dévorées par les singes et les oiseaux. Au Nigeria, Euphorbia sudanica se plante pour délimiter les terres.

Euphorbia breviarticulata

Euphorbia breviarticulata Pax est présent depuis l’Ethiopie et la Somalie jusqu’en Tanzanie. En Tanzanie, des applications topiques de latex servent à traiter les hémorroïdes. Mélangé avec les feuilles fraîches broyées d’Acacia edgeworthii T.Anderson et du miel, le latex s’applique sur les plaies et les lésions provoquées par la filariase.

Euphorbia heterochroma

Euphorbia heterochroma Pax est présent au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. L’infusion de latex ou la décoction de racine se prend pour traiter les maladies vénériennes. En Ouganda, la syphilis se traite avec un mélange de latex et d’argile appliqué sur la peau ou dans des incisions. Au Kenya, l’infusion de latex ou de tiges grillées se prend pour traiter la fièvre, la diarrhée, la toux, la tuberculose et la pneumonie. La décoction de feuilles se prend pour traiter les maux d’estomac. En Ouganda le latex est appliqué sur des incisions pour traiter la pyomyosite. Le latex s’instille en gouttes nasales pour traiter la migraine et les bouffées délirantes. Au Kenya, l’infusion de racine ou de tige s’administre aux chameaux pour traiter la toux persistante et la septicémie hémorragique.

Euphorbia heterospina

La tige bouillie d’Euphorbia heterospina S.Carter, espèce du Kenya et d’Ouganda, s’avale avec une soupe ou du lait pour traiter la diarrhée. Euphorbia polyacantha Boiss. (synonyme : Euphorbia thi Schweinf.) est présent du Soudan à l’Erythrée, en Somalie et au Yémen. En Erythrée, on épand la tige broyée dans de l’eau sur les cultures comme insecticide.

Euphorbia polyacantha

Euphorbia polyacantha est planté comme ornemental dans les jardins familiaux, en haies vives et à des fins de conservation des sols. Au Soudan, les tiges broyées s’appliquent sur les piqûres de scorpion.

Euphorbia quadrangularis

Euphorbia quadrangularis Pax est endémique de la Tanzanie. Le latex se passe sur des scarifications pratiquées sur les sourcils pour traiter les maux de tête, et les racines sont utilisées pour soulager le mal de dos, les douleurs thoraciques et costales.

Ecologie

Euphorbia paganorum est présent sur les sols rocailleux de la savane aride, souvent de façon grégaire, jusqu’à 600 m d’altitude.

Gestion

Euphorbia paganorum se multiplie facilement et rapidement par boutures de tiges, qui doivent faire au moins 20 cm de long et être coupées de préférence sur la base ligneuse d’une branche. Une fois prélevées, les boutures doivent sécher à l’ombre pendant au moins deux semaines pour permettre la formation d’un cal à l’extrémité sectionnée. Euphorbia unispina peut également se multiplier par graines.

Ressources génétiques

Rien n’indique qu’Euphorbia paganorum soit menacé d’érosion génétique. En tant qu’espèce succulente d’Euphorbia, son commerce international est régulé selon l’annexe 2 de la CITES.

Perspectives

Comme pratiquement aucune étude chimique ou pharmacologique n’a été menée sur Euphorbia paganorum, on ne sait pas bien si le latex contient des composés pharmacologiques importants. D’autres Euphorbia spp. contenant des diterpènes du type tigliane ayant donné des résultats prometteurs, cela justifie un approfondissement des recherches. Comme on n’est pas sûr qu’Euphorbia paganorum et Euphorbia sudanica soit des espèces distinctes, des recherches taxinomiques sont nécessaires pour déterminer leur statut.

Références principales

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Autres références

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Auteur(s)

  • L.E. Newton, Department of Biological Sciences, Kenyatta University, P.O. Box 43844, Nairobi 00100, Kenya

Citation correcte de cet article

Newton, L.E., 2008. Euphorbia paganorum A.Chev. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 5 avril 2025.


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