Introduction |
Cynometra ananta Hutch. & Dalziel
- Protologue: Fl. W. trop. Afr. 1(2) : 331 (1928).
- Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Origine et répartition géographique
Cynometra ananta est limité à l’Afrique de l’Ouest où on le rencontre du Liberia jusqu’au Ghana.
Usages
Le bois, connu sous le nom d’ “apomé” ou d’ “ananta”, convient pour la construction lourde, la parqueterie lourde, la construction de ponts, les menuiseries extérieures, les boiseries intérieures, la construction navale, la charronnerie, les étais de mines, les piquets, les traverses de chemin de fer, les articles de sports, les jouets et les articles de fantaisie, les instruments agricoles, le modelage et le tournage.
Production et commerce international
Le bois de Cynometra ananta est employé localement et n’est que rarement vendu sur le marché international.
Propriétés
Le bois de cœur, brun rougeâtre avec des stries foncées, se distingue nettement de l’aubier, jaunâtre à brun rosé et de 2,5–7,5 cm de large. Il est généralement contrefil, et le grain est fin.
C’est un bois lourd, avec une densité de 910–1000 kg/m³ à 12% d’humidité. Il sèche à l’air lentement avec une tendance aux gerces et aux fentes en bout. Il faut par conséquent prendre des précautions au séchage. Les taux de retrait sont moyennement élevés, de l’état vert à anhydre ils sont de 5,2% dans le sens radial et de 9,3% dans le sens tangentiel. Une fois sec, le bois n’est pas très stable en service.
A 12% d’humidité, le module de rupture est de 126–187 N/mm², le module d’élasticité de 14 700–17 840 N/mm², la compression axiale de 72–83 N/mm², le fendage de 18,5–19,5 N/mm, la dureté Janka de flanc de 11 700 N, la dureté de flanc Chalais-Meudon de 8,5–14,8 et la dureté Janka en bout de 12 940 N.
C’est un bois difficile à scier et à travailler qui désaffûte fortement les lames de coupe et les dents de scie ; il est recommandé d’utiliser des outils tranchants au carbure de tungstène. Pour le rabotage, il est préconisé d’utiliser un angle de coupe de 15° pour obtenir une belle finition et d’employer des outils tranchants bien affûtés. Les avant-trous sont nécessaires pour le clouage et le vissage. Le taux de corrosion du fer et de l’acier dans le bois est élevé. Il se colle assez bien et peut se teindre et se polir de manière satisfaisante moyennant peu d’apprêt. Il se tourne bien. Les caractéristiques de cintrage à la vapeur sont modérées. C’est un bois durable qui résiste aux attaques des termites et des Lyctus, mais qui est quelquefois sujet à celles des scolytes et des capricornes. Le bois de cœur est rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation, contrairement à l’aubier qui est moyennement perméable.
Des alcaloïdes imidazoliques ont été isolés des feuilles.
Description
- Arbre de taille moyenne à plutôt grande atteignant 35(–45) m de haut, sempervirent ; fût dépourvu de branches sur 18 m, droit à tortueux, souvent anguleux et noueux, jusqu’à 120 cm de diamètre, à contreforts en ailes fines atteignant 3(–4,5) m de haut ; surface de l’écorce se desquamant irrégulièrement en petites écailles, grise avec des marques jaunâtres à rougeâtres, écorce interne fibreuse, rougeâtre, devenant brun rougeâtre à l’exposition, exsudant une résine rougeâtre ; cime arrondie ou largement étalée, fortement ramifiée ; rameaux glabres, à lenticelles.
- Feuilles disposées en spirale, composées paripennées à 1 paire de folioles ; stipules triangulaires, d’environ 1 mm de long, caduques ; pétiole de 0,5–1 cm de long, arrondi ; pétiolules de 2–4 mm de long ; folioles opposées, falciformes, de 3,5–15 cm × 1–5 cm, à l’apex aigu à acuminé, finement coriaces, glabres.
- Inflorescence : panicule axillaire ou terminale atteignant 10 cm de long, à pubescence courte, à fleurs densément groupées ; bractées de petite taille.
- Fleurs bisexuées, presque régulières, blanchâtres ; pédicelle d’environ 0,5 cm de long ; sépales 4(–5), d’environ 4 mm de long, réfléchis ; pétales 5, libres, obovales, de 3–5 mm de long ; étamines 10, libres, de 5–7 mm de long ; ovaire supère, d’environ 1 mm de long, à stipe d’environ 0,5 mm de long, poilu, 1-loculaire, style de 3–4 mm de long.
- Fruit : gousse aplatie, obliquement oblongue à obovale, de 8–12 cm × 4–5 cm, à stipe court, à courte pointe à l’apex, lisse et brune, déhiscente par 2 valves ligneuses qui se vrillent, contenant 1–2 graines.
- Graines arrondies à elliptiques, aplaties, de 2–2,5 cm de long, brun pâle.
- Plantule à germination épigée ; hypocotyle de 3–9 cm de long, épicotyle de 4–18 cm de long ; cotylédons de 1,5–2,5 cm de long, épais et charnus ; les 2 premières feuilles opposées, à 2 folioles, feuilles subséquentes alternes.
Autres données botaniques
Le genre Cynometra comprend quelque 90 espèces présentes dans toutes les régions tropicales. On en trouve près de 25 en Afrique continentale tropicale et une dizaine à Madagascar. L’Asie tropicale et l’Amérique tropicale en comptent environ 25 chacune.
Cynometra megalophylla
Cynometra megalophylla Harms est un arbre de taille petite à moyenne atteignant 20 m de haut, à fût jusqu’à 100 cm de diamètre ; il est également limité à l’Afrique de l’Ouest, et se rencontre de la Côte d’Ivoire jusqu’au Nigeria, en général au bord des rivières. Son bois, brun rougeâtre, lourd, dur et durable sert à la fabrication de piquets, de poteaux et d’huisseries pour la construction d’habitations. La décoction d’écorce est utilisée en médecine traditionnelle contre la dénutrition infantile, et la décoction de feuilles contre la rougeole et la varicelle. On a émis l’hypothèse que Cynometra megalophylla aurait une certaine utilité pour le reboisement des zones marécageuses.
Cynometra vogelii
Cynometra vogelii Hook.f. est un arbre de petite taille atteignant 10(–20) m de haut, à fût jusqu’à 100 cm de diamètre, présent du Sénégal jusqu’au Nigeria. On utilise son bois dur, brun rougeâtre, pour fabriquer localement des manches d’outils, et comme bois de feu. Le feuillage sert à nourrir le bétail. Les graines seraient comestibles.
Anatomie
Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :
- Cernes de croissance : 2 : limites de cernes indistinctes ou absentes.
- Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) (≤ 4μm) ; 29 : ponctuations ornées ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; 46 : ≤ 5 vaisseaux par millimètre carré ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
- Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses ; 70 : fibres à parois très épaisses.
- Parenchyme axial : (76 : parenchyme axial en cellules isolées) ; (77 : parenchyme axial en chaînettes) ; 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; 82 : parenchyme axial aliforme ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; 85 : parenchyme axial en bandes larges de plus de trois cellules ; (86 : parenchyme axial en lignes minces, au maximum larges de trois cellules) ; (89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales) ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale ; (93 : huit (5–8) cellules par file verticale).
- Rayons : 96 : rayons exclusivement unisériés ; 97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules) ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; (106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées) ; 115 : 4–12 rayons par mm.
- Structure étagée : (118 : tous les rayons étagés) ; (120 : parenchyme axial et/ou éléments de vaisseaux étagés) ; (122 : rayons et/ou éléments axiaux irrégulièrement étagés (échelonnés)).
- Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
Croissance et développement
Les individus âgés ont de grands contreforts largement étalés et des racines tout aussi étalées, ce qui facilite leur enracinement sur les sols peu profonds et les talus. L’apparition de nouvelles feuilles, qui sont initialement rouge brillant, suit immédiatement la chute des vieilles feuilles. Au Liberia, les arbres fleurissent en septembre–octobre, en Côte d’Ivoire en octobre–décembre. Au Liberia, en Côte d’Ivoire et au Ghana, les fruits mûrissent en décembre–janvier, en Côte d’Ivoire également en juin–juillet. Les fruits sont à déhiscence explosive, dispersant les graines sur de courtes distances.
Ecologie
Cynometra ananta se rencontre essentiellement dans la forêt sempervirente humide, rarement dans la forêt semi-décidue humide. Il est très abondant dans les régions où la pluviométrie annuelle dépasse les 1500 mm et où la saison sèche n’excède pas 4 mois. On le trouve normalement sur les sols sablonneux, alors qu’en Côte d’Ivoire on a constaté qu’il préférait les sols humides, voire légèrement marécageux.
Multiplication et plantation
Les semis et les gaules sont souvent abondants à proximité des arbres-mères. Ils tolèrent l’ombre, mais au Liberia on a remarqué que les gaules de plus de 2 m de haut sont rares. Il semblerait que la régénération soit meilleure en forêt exploitée. On compte près de 650 graines par kg, et le taux de germination est élevé dans les 15 jours qui suivent le semis.
Gestion
Localement, on trouve Cynometra ananta en peuplements grégaires et il peut même être semi-dominant. Dans les forêts du Liberia, on a remarqué qu’il poussait selon une densité moyenne de 0,3 fût de plus de 60 cm de diamètre par ha, même si localement il est beaucoup plus commun, atteignant par endroits une densité moyenne de 3 fûts de grande taille par ha. En Côte d’Ivoire et au Ghana, il est aussi localement abondant.
Récolte
Cynometra ananta n’est pas facile à couper non seulement à cause de ses contreforts souvent grands et hauts, mais également de son bois dur et lourd. Au Ghana, le diamètre de fût minimal recommandé pour l’abattage est de 70 cm.
Ressources génétiques
Cynometra ananta ne semble guère menacé d’érosion génétique pour l’instant car il pousse localement en peuplements importants et n’est pas soumis, semble-t-il, à un abattage sélectif. Cependant, étant donné la fragmentation que subit actuellement la forêt sempervirente d’Afrique de l’Ouest, le suivi des peuplements est recommandé.
Perspectives
Tant la dureté et la lourdeur du bois que la forme souvent médiocre du fût de Cynometra ananta sont des inconvénients rédhibitoires à sa commercialisation. Néanmoins, son taux de régénération assez bon en forêt naturelle, ajouté à sa durabilité naturelle et à sa résistance à l’abrasion, toutes les deux importantes, laissent entrevoir des possibilités pour la production commerciale de bois d’œuvre destinée à des fins spécifiques comme les parquets résistants, à condition que les cycles de rotation soient acceptables. Il est préconisé d’effectuer des recherches sur ses taux de croissance en conditions favorables et sur des modes de conduite judicieux.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Oteng-Amoako, A.A. (Editor), 2006. 100 tropical African timber trees from Ghana: tree description and wood identification with notes on distribution, ecology, silviculture, ethnobotany and wood uses. 304 pp.
- Taylor, C.J., 1960. Synecology and silviculture in Ghana. Thomas Nelson and Sons, Edinburgh, United Kingdom. 418 pp.
- Voorhoeve, A.G., 1979. Liberian high forest trees. A systematic botanical study of the 75 most important or frequent high forest trees, with reference to numerous related species. Agricultural Research Reports 652, 2nd Impression. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 416 pp.
Auteur(s)
- C. Essien, Forestry Research Institute of Ghana (FORIG), University P.O. Box 63, KNUST, Kumasi, Ghana
- A.A. Oteng-Amoako, Forestry Research Institute of Ghana (FORIG), University P.O. Box 63, KNUST, Kumasi, Ghana
Citation correcte de cet article
Essien, C. & Oteng-Amoako, A.A., 2011. Cynometra ananta Hutch. & Dalziel. [Internet] Fiche de PROTA4U. Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
Consulté le 3 avril 2025.
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