Cyclanthère (Potager d'un curieux, 1899)
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Nom accepté : Cyclanthera pedata (y compris edulis)
Plante annuelle, à liges grimpantes, glabres; vrilles bifides ; feuilles alternes, pétiolées ; en juillet-septembre, fleurs vertes, petites, axillaires, les mâles en corymbes longuement pédonculés, les femelles solitaires, sessiles à la base des fleurs mâles. La Cyclanthère pédiaire est originaire du Mexique.
C'est une plante traînante ou grimpante, d'une fécondité extraordinaire. Nous ne nous étendrons pas sur sa culture qui est celle des Gourdes.
Nous avons laissé traîner les tiges qui ont donné pendant plusieurs mois des fleurs et des fruits en abondance. Soutenues par un treillage, ces tiges atteignent jusqu'à 4 mètres de hauteur. Les feuilles ressemblent à celles de la Vigne-vierge et garnissent bien.
Les fruits doivent être cueillis chaque jour. Il ne faut pas, si l'on veut les utiliser, qu'ils soient plus gros que des Olives; ils deviennent bientôt mous et spongieux.
Récoltés à point, ils peuvent être confits comme les Cornichons. Leur défaut est de n'être pas croquants. Ils ont une forte odeur de Concombre, qu'ils abandonnent pour prendre le goût du vinaigre dans lequel ils sont immergés. Il en est de même de presque tous les légumes qu'on associe aux Cornichons. Les Cyclan-
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thères ne valent ni plus ni moins que d'autres. Ce sont de jolies petites éponges à vinaigre.
La graine est noire et curieuse. La plante est plus rustique que le Cornichon de Paris.
Pepino de comer des Espagnols de l'Amérique du Sud, qui mangent les fruits accommodés de diverses manières. La plante ne diffère du C. pedata que par ses dimensions plus fortes et par la grosseur du fruit, qui a six à sept fois le volume de celui-ci et dont il conserve d'ailleurs la forme, tout en étant plus lisse.
Forte plante annuelle, grimpante, à larges feuilles d'un vert très pâle; fleurs femelles ordinairement solitaires et subsessiles aux aisselles des feuilles ; chair spongieuse - avant la maturité, exhalant une forte odeur de Concombre. Croissance rapide. Plante très ramifère, très féconde (Catalogue de Ch. Huber et Cie, horticulteurs, à Hyères).
Le Cyclanthera edulis paraît être originaire de la Colombie, et, si notre mémoire est fidèle, M. Triana nous a dit qu'on en mangeait habituellement les fruits, coupés en deux et farcis comme les Concombres et les Aubergines. Les fruits ainsi préparés sont donc, selon toute apparence, beaucoup plus gros que ceux du C. pedata, et c'est d'ailleurs ce que dit le Catalogue de
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MM. Huber et Cle, cité plus haut ; mais c'est un fait qu'il ne nous a pas été possible de vérifier.
Nous avons reçu de ces messieurs les graines portées à leur Catalogue et nous en avons donné la moitié à un habile jardinier de notre voisinage. Nous avons semé sous châssis et sur couche et nous avons obtenu des plantes très fortes, semblables au C. pedata, des fleurs ; mais de fruits, point.
Notre voisin a obtenu des fleurs et des fruits, mais ceux-ci n'étaient guère plus gros que ceux du C. pedata.
Voici ce que rapporte M. Naudin au sujet du C. edulis : « Nous avons reçu de la Nouvelle-Grenade, sous le nom de Pepino de corner, par l'entremise de M. de Geoffroy, consul de France à Bogota, les graines d'un Cyclanthera qui, s'il n'est pas identique avec le C. pedata, comme je suis tenté de le croire, en est extrêmement voisin. Nous l'avons cultivé au Muséum en 1858 ; mais, par suite de divers accidents, les trois ou quatre individus vivants que nous avons eus ont été si retardés qu'ils n'ont fleuri qu'à l'arrière-saison et n'ont pas noué un seul fruit. Les ovaires étaient parfaitement lisses, et c'est à peu près la seule différence que je leur ai trouvée avec le Ct pedata, où ils sont quelque peu mûri qués.
« D'après ce que nous a dit M. de Geoffroy, les fruits sont comestibles avant leur maturité et se mangent cuits.
Cette espèce est probablement le Momordica pedata pomis striatis du P. Feuillée. »
Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques, faites par ordre du roi, sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale et aux Indes orientales, par le R. P. Louis Feuillée ; Paris, 1725, vol. II, p. 754 : Momordica fructu striato : « Tous les Péruviens, chez
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lesquels on trouve cette plante, mangent le fruit dans leurs soupes ; il est extrêmement rafraîchissant et fort nécessaire, par conséquent, dans le Pérou, où les chaleurs sont excessives. »
L'échec éprouvé au Muséum par M. Naudin, dans la culture du C. edulis, celui que nous avons éprouvé nous-mêmes, l'époque avancée à laquelle notre voisin a obtenu quelques fruits, démontrent suffisamment que la Cyclanthère comestible diffère de la C. pédiaire, celle-ci étant de beaucoup meilleure composition, à la fois très hâtive et très productive; mais il ne nous est pas prouvé non plus que la plante cataloguée par MM. Huber et Cie soit celle dont nous a parlé M. Triana. Il y a là un desideratum qui n'est pas satisfait.
Nous avons également cultivé le Cyclanthera explodens Schrader, que l'on rencontre dans les jardins botaniques et qui ne réclame d'autres soins que ceux exigés par le C. pedata. Ses fruits sont plus courts et plus petits que ceux de cette espèce ; trop mous pour être employés en Pickles, ils présentent cette singularité qu'à leur maturité ils font explosion et crachent leurs graines avec violence au visage de l'indiscret qui les touche.