Xysmalobium undulatum (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Médicinal | |
Fibre | |
Sécurité alimentaire | |
Xysmalobium undulatum (L.) W.T.Aiton
- Protologue: Hort. kew., ed. 2, 2: 79 (1811).
- Famille: Asclepiadaceae (APG: Apocynaceae)
Noms vernaculaires
- Uzara, milk bush (En).
Origine et répartition géographique
Xysmalobium undulatum est présent au Kenya, en Tanzanie, au Malawi, en Zambie, en Angola, en Namibie, au Botswana, au Zimbabwe, au Mozambique, au Lesotho, au Swaziland et en Afrique du Sud.
Usages
La racine charnue amère est l’une des plantes médicinales les plus utilisées en Afrique australe, en particulier en Afrique du Sud où elle est vendue sous le nom de “uzara”. En Europe, notamment en Allemagne, des extraits de racines sont commercialisées sous le nom de “uzarae radix” depuis le début des années 1900 pour traiter la diarrhée aiguë et les crampes dues aux règles. La dose journalière ne doit pas dépasser 90 mg d’hétérosides totaux, calculés comme uzarine, mais le risque d’empoisonnement est faible par voie orale car les hétérosides ne s’assimilent pas bien. Son excellente tolérabilité en fait un remède sans danger à administrer aux jeunes enfants. En Afrique du Sud, les racines sont parfois mélangées avec celles de Pachycarpus schinzianus (Schltr.) N.E.Br. car elles ont les mêmes usages médicinaux pour les affections intestinales.
Dans toute l’Afrique australe, la décoction ou la macération de poudre de racine se prend pour traiter la diarrhée, la dysenterie, les coliques, les maux d’estomac, la toux, les intoxications alimentaires, la syphilis, la dysménorrhée, les infections des voies urinaires et les contractions utérines pendant les règles et après l’accouchement. Elle se prend aussi comme tonique, diurétique et émétique et pour traiter l’insuffisance cardiaque. La décoction de fleurs ou de graines se prend également pour traiter les coliques. La poudre de racine se prise pour traiter les maux de tête et l’hystérie, comme sédatif. Le latex, la décoction de plante ou la poudre de racine, très appréciés pour soigner les blessures et les plaies, s’emploient aussi sur les morsures de serpent. En Namibie, le latex s’applique sur les verrues, les éruptions dermiques et les cors.
Au Kenya, la décoction de racine se prend contre les maux de tête. En Zambie, la décoction de racine se prend contre le paludisme, la typhoïde et d’autres fièvres, car elle fait transpirer abondamment. Au Zimbabwe, la racine en poudre dans de la bouillie est consommée comme aphrodisiaque. En Afrique du Sud, la poudre de racine se saupoudre sur les peaux et les cuirs pour empêcher les chiens de les ronger. Un extrait à l’eau froide est appliqué chez les vaches atteintes de maladies de peau.
En Afrique du Sud, les Sothos mangent les jeunes feuilles cuites comme épinards ou mélangées dans de la bouillie. En Afrique australe, la filasse s’utilise pour garnir les matelas et les oreillers. La plante fait partie de rituels religieux pour détourner les tempêtes, empêcher les empoisonnements et faire des chiens de fins limiers.
Production et commerce international
La racine séchée est commercialisée à l’international sous forme d’extraits à l’éthanol à 50% et sous forme de comprimés, mais on ignore l’étendue de ce commerce.
Propriétés
Les racines contiennent un mélange d’hétérosides cardiaques (cardénolides) appelés uzarone ou xysmalobine. Les principaux composés sont l’uzarine (5,6%), la xysmalorine (1,5%) et leurs isomères, l’allo-uzarine (0,4%) et l’allo-xysmalorine (0,1%). Parmi les composés secondaires, on compte l’uzarigénine, l’ascléposide, la coroglaucigénine, le coroglaucigénine-3-O-β-glucoside, la xysmalogénine et le pachygénol. Des graines on a isolé un hétéroside, le frugoside (0,5%).
L’uzarine et la xysmalorine inhibent la motilité de l’intestin grêle et des voies urogénitales et ont des effets cardiotoniques à haute dose, mais elles sont moins toxiques que la digitoxigénine, un isomère de l’uzarigénine (l’aglycone de l’uzarine).
Des extraits à l’éthanol de feuilles et de racine ont manifesté une faible activité déprimante du SNC dans l’essai de fixation au récepteur GABAA-benzodiazépine. Des extraits aqueux et éthanolique des parties aériennes et des racines ont fait preuve d’une activité antidépresseur significative en manifestant une forte affinité avec la protéine transporteuse de sérotonine (SERT) lors d’un essai in vitro de fixation du transporteur de sérotonine. Lors d’un autre essai, des extraits à l’éthanol ont eu des effets anti-dépresseurs similaires sur l’un des trois modèles animaux.
Un extrait au méthanol de la plante entière n’a pas montré d’activité antiplasmodium in vitro. Différents extraits de racine n’ont eu aucune activité antibactérienne ou antifongique significative in vitro. Des extraits au méthanol et au dichlorométhane des feuilles n’ont pas eu d’activité antimutagène in vitro.
Description
Plante herbacée annuelle vigoureuse atteignant 1 m de haut, issue d’un rhizome pérenne, à rameaux épais, érigés, poilus ; racines ayant la forme d’une carotte charnue, blanche à l’intérieur, à odeur nauséabonde ; latex présent dans toutes les parties. Feuilles opposées, simples et entières, ondulées ; pétiole de 1–6 mm de long ; limbe lancéolé à oblong, de 5,5–22 cm × 1–2,5 cm, base cunéiforme, apex aigu, mucroné, à poils courts sur les deux faces, bords légèrement épaissis. Inflorescence : ombelles axillaires ou terminales, atteignant 25 fleurs, souvent groupées au sommet de la tige ; pédoncule de 0,5–1 cm de long, à poils courts ; bractées linéaires-lancéolées. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères ; pédicelle de 3–12 mm de long, à poils courts ; sépales lancéolés, de 2–5 mm de long, aigus, jaune pâle, à poils souples ; corolle campanulée, blanche, jaunâtre ou verdâtre à l’intérieur, extérieur souvent violet, lobes triangulaires, de 3–5 mm × 2–3 mm, aigus, apex réfléchi, glabres à l’extérieur, à denses poils blancs à l’intérieur à l’apex et sur les bords ; lobes de la couronne attachés à la base de la colonne staminale, charnus, largement ovales à rhombiques, aplatis, plus courts que la colonne, à épaisse carène obtuse, colonne staminale d’environ 2,5 mm de long, sillonnée, appendices largement ovales ; ovaire supère, carpelles 2, libres, tête du stigmate arrondie. Fruit généralement constitué d’un follicule ovoïde, redressé par la contortion du pédicelle, de 8–12 cm × 3,5–4 cm, à court bec, fortement renflé, ayant l’aspect d’un ballon, papyracé, vert pâle, parfois teinté de rougeâtre, à poils courts, à protubérances épineuses souples, contenant de nombreuses graines. Graines ovales, à touffe de poils de 2,5–3 cm de long.
Autres données botaniques
Le genre Xysmalobium comprend 40–45 espèces en Afrique tropicale ; il y en a environ 18 en Afrique du Sud. Il s’apparente étroitement aux genres Pachycarpus et Gomphocarpus.
Plusieurs autres espèces de Xysmalobium sont utilisées en médecine.
Xysmalobium heudelotianum
Xysmalobium heudelotianum Decne. est présent en savane dans toute l’Afrique tropicale. Au Bénin, la racine en poudre dans de l’eau se prend pour traiter la dysenterie. Au Nigeria, la racine charnue cuite est consommée pour traiter les problèmes d’estomac et la décoction se prend comme tonique amer et comme stomachique. En Gambie, la poudre de racines séchées mélangée à de la boue s’emploie comme enduit pour lisser les murs des maisons et les protéger contre la vermine. La plante contient des hétérosides cardiaques, qui manifestent une faible activité cardiotonique.
Xysmalobium sessile
Xysmalobium sessile (Decne.) Decne. se rencontre en R.D. du Congo, en Zambie et en Angola. En R.D. du Congo, la racine se mastique comme aphrodisiaque.
Ecologie
Xysmalobium undulatum est commun dans les zones herbeuses et dans les endroits humides en saison, du niveau de la mer jusqu’à 2000 m d’altitude. Xysmalobium undulatum est auto-incompatible. Ses fleurs sont butinées par toutes sortes d’insectes, mais seul le cétoine Atrichelaphinis tigrina et des guêpes pompiles (Hemipepsis) effectuent la pollinisation.
Gestion
Le repiquage des plants doit se faire précocément, car la racine épaisse s’enracine en profondeur. Les racines peuvent être récoltées lorsqu’elles ont 2–3 ans. Les racines destinées à l’export à destination de l’Europe ont été récoltées dans la nature jusqu’en 1952, et par la suite des plantations commerciales ont été mises en place au Transvaal, en Afrique du Sud.
Ressources génétiques
Xysmalobium undulatum n’est pas rare dans la plupart de son aire de répartition. Cependant, en Afrique du Sud il est officiellement protégé en raison de sa surexploitation et de la destruction de son milieu. Les critères de sélection de matériel végétal pour les plantations ne sont pas connus.
Perspectives
Les tubercules de Xysmalobium undulatum ont d’intéressants usages traditionnels contre la diarrhée aiguë et des préparations normalisées existent sur le marché depuis le début du XXe siècle. De récentes études menées sur les tubercules et les parties aériennes contre la dépression ont donné des résultats prometteurs et un approfondissement des recherches est justifié pour évaluer son potentiel comme antidépresseur.
Références principales
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Autres références
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Auteur(s)
- G.H. Schmelzer, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Schmelzer, G.H., 2011. Xysmalobium undulatum (L.) W.T. Aiton. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 3 avril 2025.
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