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Fraisier (Candolle, 1882)

Noms acceptés : Fragaria vesca L. (fraisier des bois), Fragaria virginiana Mill. (fraisier de Virginie), Fragaria chiloensis (L.) Mill. (fraisier du Chili), Fragaria ananassa Duchesne ex Rozier (fraise moderne)

Evi
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Cerisier des oiseaux

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Fraisier. — Fragaria vesca, Linné.

Notre Fraisier commun est une des plantes les plus répandues dans le monde, en partie, il est vrai, grâce à la petitesse de ses graines que les oiseaux, attirés par le corps charnu sur lequel elles se trouvent, transportent à de grandes distances.

Il est spontané en Europe, depuis les îles Shetland et la Laponie 6 jusque dans les parties montueuses du midi : à Madère, en Espagne, en Sicile et en Grèce 7. On le trouve aussi en Asie, depuis la Syrie septentrionale et l'Arménie 8, jusqu'en Daourie. Les fraisiers de l'Himalaya et du Japon 9, que divers auteurs ont rapportés à cette espèce, n'en sont peut-être pas 10, et cela me

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6. H.-C. Watson, Compendium Cybele brit., 1 p. 160 ; Fries, Summa veg. Scand., p. 44.

7. Lowe, Manual fl. of Madeira, p. 246 ; Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp. 3, p. 224 ; Moris, Fl. sardoa, 2, p. 17.

8. Boissier, l. c.

9. Ledebour, Fl. rossica, 2, p. 64.

10. Gay, ibid. ; Hooker, Fl. brit. India, 2, p 344 ; Franchet et Savatier, Enum. pl. Japon., 1, p. 129.


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fait douter de l'habitation en Chine donnée par un missionnaire 1. Il est spontané en Islande 2, dans le nord-est des États-Unis 3, autour du fort Cumberland et sur la côte nord-ouest 4, peut-être même dans la Sierra Nevada de Californie 5. L'habitation s'étend donc autour du pôle arctique, à l'exception de la Sibérie orientale et de la région du fleuve Amour, puisque l'espèce n'est pas citée par M. Maximowicz dans ses Primitiæ floræ amurensis. En Amérique l'habitation se prolonge sur les hauteurs du Mexique, car le Fragaria mexicana, cultivé au Muséum et examiné par J. Gay, est le F. vesca. Il existe aussi autour de Quito, d'après le même botaniste, très compétent dans la question 6.

Les Grecs et les Romains n'ont pas cultivé le fraisier. C'est probablement dans le xve ou le xvie siècle que la culture s'en est introduite. Champier, au xvie siècle, en parlait comme d'une nouveauté dans le nord de la France 7, mais elle existait déjà dans le midi et en Angleterre 8.

Transporté dans les jardins des colonies, le fraisier s'est naturalisé dans quelques localités fraîches, loin des habitations. C'est arrivé à la Jamaïque 9, dans l'île Maurice 10, et plus encore dans l'île de Bourbon, où des pieds avaient été mis par Commerson dans la plaine élevée dite des Cafres. Bory Saint-Vincent raconte qu'en 1801 il y avait trouvé des espaces tout rouges de fraises et qu'on ne pouvait les traverser sans se teindre les pieds d'une véritable marmelade, mêlée de fange volcanique 11. Il est probable qu'en Tasmanie, à la Nouvelle-Zélande et ailleurs on verra des naturalisations semblables.

Le genre Fragaria a été étudié avec plus de soin que beaucoup d'autres par Duchesne fils, le Comte de Lambertye, Jacques Gay et surtout Mme Elisa Vilmorin, dont l'esprit d'observation était si digne du nom qu'elle portait. Un résumé de leurs travaux, avec d'excellentes planches coloriées, se trouve dans le Jardin fruitier du Muséum, par M. Decaisne. De grandes difficultés ont été surmontées par ces auteurs pour distinguer les variétés et les hybrides qu'on multiplie dans les jardins, des véritables espèces, et pour établir celles-ci sur de bons carac-

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1. Perny, Propag. de la foi, cité dans Decaisne, Jardin fruitier du Mus., p. 27 ; J. Gay, ibid., p. 27, n'indique pas la Chine.

2. Babington, Journal of Linn. soc., 11, p. 303 ; Gay, l. c.

3 A. Gray, Botany of the northern States, ed. 1868, p. 156.

4. Sir W. Hooker, Fl. bor. amer., 1, p. 184.

5. A. Gray, Bot. of California, 1, p. 176.

6. J. Gay, dans Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, Fraisier, p. 30.

7. Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français, 1, p. 233 et 3.

8. Olivier de Serres, Théâtre d'agric., p. 511 ; Gérard, d'après Phillips, Pomarium britannicum, p. 334.

9. Purdie, dans Hooker, London journal of botany, 1844, p. 515.

10. Bojer, Hortus mauritianus, p. 127.

11. Bory Saint-Vincent, Comptes rendus de l'Acad. des sc. 1836, sem. 2, p. 109.


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tères. Quelques Fraisiers dont les fruits étaient médiocres ont été abandonnés, et les plus beaux maintenant sont le résultat du croisement des espèces de Virginie et de Chili, dont je vais parler.

Fraisier de Virginie. — Fragaria virginiana, Ehrahrt. — Fraisier écarlate des jardins français.

Cette espèce, indigène au Canada et dans les États-Unis orientaux, et dont une variété s'étend vers l'ouest jusqu'aux montagnes Rocheuses, peut-être même jusqu'à l'Orégon 1, a été introduite dans les jardins anglais en 1629 2. On la cultivait beaucoup en France dans le siècle dernier ; mais ses hybrides avec d'autres espèces sont maintenant plus estimés.

Fraisier du Chili. —Fragaria Chiloensis, Duchesne.

Espèce commune dans le Chili méridional, à Conception, Valdivia et Chiloe 3, et souvent cultivée dans ce pays. Elle a été apportée en France, par Frezier, dans l'année 1715. Cultivée alors au Muséum d'histoire naturelle de Paris, elle s'est répandue bientôt en Angleterre et ailleurs. Grâce à ses fruits énormes, d'une saveur excellente, on a obtenu par divers croisements, surtout avec le F. virginiana, les fraises Ananas, Victoria, Trollope, Rubis, etc., si recherchées à notre époque.

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1. Asa Gray, Manual of bot. of the north. States, ed. 1868, p. l55 ; Botany of California, 1, p. 177.

2. Phillips, Pomarium brit., p. 335.

3. Cl. Gay, Hist. Chili, Botanica, 2, p. 305.