Cucurbita (Naudin, 1856)
- Naudin Charles, 1856. Nouvelles recherches sur les caractères spécifiques et les variétés du genre Cucurbita. Ann. Sci. Nat. Botanique, série 4, 6 : 5-73 + 3 pl. en ligne à Madrid
Sommaire
- 1 Résumé des travaux monographiques qui ont eu pour objet le genre Cucurbita.
- 2 Description comparative des espèces du genre Cucurbita et de leurs principales variétés.
- 3 Essais d'hybridation entre les différentes espèces de Courges
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SCIENCES NATURELLES
PARTIE BOTANIQUESUR
LES CARACTÈRES SPÉCIFIQUES
ET LES VARIÉTÉS
DES PLANTES DU GENRE CUCURBITA,
Par M. Ch. NAUDIN,
Aide-naturaliste au Muséum.
Après tout ce qui a été dit et écrit sur les Courges cultivées, on pourrait croire qu'il est superflu d'y revenir, et qu'il n'y a plus qu'à accepter les conclusions des derniers auteurs qui s'en sont occupés. Ce serait cependant là une erreur, et j'espère démontrer dans ce Mémoire que, bien loin d'avoir fixé définitivement les caractères des espèces, et rattaché à chaque type les variétés qui en sont sorties, les travaux les plus récents n'ont fait qu'accroître et rendre presque inextricable la confusion qui régnait à ce sujet. Ce résultat malheureux me paraît tenir, d'abord à l'excessive variabilité de ces plantes, ensuite à la difficulté d'en réunir dans les jardins un assez grand nombre de variétés pour les observer à l'état vivant ; enfin à l'idée fausse, mais généralement admise, que les espèces de ce genre, très enclines à se féconder réciproquement lorsqu'elles sont à proximité les unes des autres, ont, par là même, donné naissance à un grand nombre de formes hybrides. Des expériences suivies pendant deux années consécutives, et une
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observation attentive des faits qui en sont résultés, me permettront, je crois, de rectifier bien des erreurs à cet égard, et de mettre plus d'ordre qu'il n'y en a actuellement dans un vaste groupe, où, malgré l'étonnante mobilité des formes, les véritables caractères spécifiques restent tout à fait inébranlables. Ce sera quelque chose, je pense, que de pouvoir préciser ces caractères et de les rendre faciles à saisir ; mais ce n'est pas le seul but que je me suis proposé : j'en ai poursuivi un autre d'un ordre plus élevé et d'un intérêt plus général, celui d'opposer de nouveaux arguments aux partisans d'une doctrine récente que je crois dangereuse pour les progrès ultérieurs de la science, et qui consiste à professer l'invariabilité absolue de la forme dans une même espèce, doctrine dont la conséquence est d'élever à la dignité d'espèces toutes les variétés capables de se perpétuer par le semis. Peut-être serai-je assez heureux pour donner la preuve que la transmission constante de certains caractères, même très frappants, n'est pas nécessairement le privilège exclusif de ce qu'on entend par une espèce naturelle, et qu'il est des genres de plantes où, sous l'influence de la culture du moins, les vraies espèces peuvent osciller entre des limites fort étendues, et finalement se résoudre en types secondaires ou races, doués, comme le type primitif lui-même, du pouvoir de se conserver indéfiniment, tant que des causes étrangères ne viennent pas les altérer en leur imprimant des modifications nouvelles.
Ces conclusions ne sont pas purement théoriques : ainsi que je l'ai donné à entendre tout à l'heure, elles s'appuient sur des observations positives. Nous avons, M. Decaisne et moi, réuni au Muséum la plus grande collection de Cucurbitacées vivantes qui ait peut-être existé jusqu'à ce jour. Pour y parvenir, nous avons eu recours non-seulement aux principales maisons de commerce de graines de Paris, mais encore aux horticulteurs de profession, aux botanistes voyageurs, et aux directeurs de beaucoup de jardins botaniques étrangers. C'est ainsi que nous avons obtenu des graines de Cucurbitacées, et plus particulièrement de Courges, de différentes parties de la France, de l'Espagne, de l'Italie, du nord de l'Afrique, de l'Egypte, de l'Orient, et même des Antilles et de
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l'Amérique du Sud. Dans la seule année 1856, nos observations ont porté sur plus de douze cents échantillons vivants ; aussi pensons-nous être dès maintenant en mesure, malgré les lacunes qui existent encore dans notre collection, et qui probablement ne se rempliront jamais toutes, de rattacher sûrement à leurs types spécifiques les innombrables variétés de Courges produites par la culture, et de tracer les caractères des espèces elles-mêmes de telle manière que les variétés nouvelles qui en sortiront dans l'avenir puissent, sans hésitation, leur être rapportées.
Avant d'exposer mes propres idées, je crois utile de faire l'histoire abrégée des remaniements successifs dont le genre Cucurbita a été l'objet de la part des botanistes qui s'en sont occupés à différentes époques. Cet exposé fera voir à quel point le sentiment de l'espèce a varié ici, et combien il importerait, au point de vue de la systématisation en général, de définir l'espèce de telle manière, que non-seulement cette définition pût être universellement acceptée en théorie, mais aussi trouver une facile application dans les travaux de botanique descriptive.
Résumé des travaux monographiques qui ont eu pour objet le genre Cucurbita.
I. Résumé des travaux monographiques qui ont eu pour objet le genre Cucurbita.
Pour Linné, le genre Cucurbita ne renfermait, à l'époque où il achevait le Species plantarum (en 1762), que cinq espèces, dont deux, les C. lagenaria et citrullus, en ont été détachées plus tard, pour devenir types de nouveaux genres. Les trois autres étaient : le C. Pepo, amalgame de deux et peut-être de trois espèces distinctes, comme nous le verrons plus loin, le C. verrucosa et le C. Melopepo, qui ne sont, pour nous, que des variétés de l'une des espèces confondues sous le nom de C. Pepo. Quelques années après, il décrivit[1], sous le nom de C. ovifera, une quatrième forme que nous rattachons encore au C. Pepo proprement dit. En somme, on peut dire que le grand botaniste suédois méconnut entièrement les espèces alors cultivées du genre Cucurbita.
Kœlreuter, qui vivait à la même époque, tomba dans une erreur
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- ↑ Mantiss., 126.
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à peu près semblable. Ayant fécondé, en 1766, une très petite variété de Courge à fruits maliformes (peut-être le C. aurantia de Willdenow) avec le pollen d'une autre Courge à fruits volumineux et comestibles, il en obtint une forme hybride ou plutôt métisse, exactement intermédiaire entre les parents pour le volume et la forme des fruits ; et comme cette hybride contenait des graines bien conformées, il en conclut, d'après les idées qu'il s'était faites, que toutes les Courges alors connues ne constituaient qu'une seule espèce. Bien que les plantes qui lui servirent à faire cette expérience ne soient que très vaguement décrites dans son Mémoire[1], il est plus que probable, à mes yeux du moins, qu'elles appartenaient toutes deux à l'espèce désignée par Duchesne sous le nom de C. Pepo polymorpha, et que la forme nouvelle obtenue de leur croisement n'était pas une véritable hybride, dans le sens que l'on attache aujourd'hui à ce mot. Kœlreuler disait vrai d'une certaine manière ; mais il se trompait en méconnaissant, comme Linné, une ou deux autres espèces fort distinctes de celle sur laquelle avait porté son expérience.
Willdenow[2], tout en admettant les espèces de Linné, en sépara cependant deux formes secondaires sous les noms de C. subverrucosa et C. aurantia. Nous verrons plus loin qu'elles ne sont encore que des variétés plus ou moins constantes du C. Pepo polymorpha de Duchesne, c'est-à-dire de notre C. Pepo actuel.
A peu près vers la même époque, un simple amateur, Duchesne, à qui on a refusé le titre de botaniste, mais qui était doué d'un grand talent d'observation, entreprit de débrouiller le chaos dans lequel étaient tombés les botanistes de profession au sujet des Courges. Il jugea avec raison qu'il fallait faire table rase des idées de ses prédécesseurs et de ses contemporains, et constater, par des observations directes faites sur le vivant, ce qu'il y avait de constant et de variable dans les formes de ces plantes, afin d'en fixer les espèces et d'en reconnaître les variétés. Ses recherches, poursuivies pendant un grand nombre d'années, eurent un plein
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succès : le premier, il reconnut, d'une part, que le C. Pepo de Linné contenait plus d'une espèce, et que, d'autre part, une multitude de variétés très peu stables avaient été décrites comme espèces distinctes. En conséquence, il divisa les Courges en deux grandes espèces : les Potirons, dont il fit le C. maxima, et les Pépons, qui devinrent pour lui le C. Pepo proprement dit. C'était déjà un très grand pas que d'avoir su faire cette distinction.
Mais le groupe des Pépons était très large, et comprenait des variétés extrêmement différentes les unes des autres. Avec non moins de sagacité, Duchesne les divisa en deux groupes : les Melonées ou Courges musquées (C. Pepo moschata), et le Pépon polymorphe (C. Pepo polymorpha) ; ce dernier subdivisé encore en un grand nombre de variétés ou sous-variétés que nous indiquerons plus loin. Duchesne eût été tout à fait dans le vrai, et il n'y aurait eu presque rien à modifier à son travail, si, au lieu de rattacher le groupe des Melonées aux Pépons, il en eût fait dès l'abord une espèce totalement distincte.
On a lieu de s'étonner que les idées si nettes et si exactes de Duchesne, acceptées par Lamarck et reproduites dans le Dictionnaire encyclopédique, aient si peu profité à ceux qui, après lui, eurent à s'occuper des Courges ; car nous voyons renaître dans leurs ouvrages une confusion aussi grande, plus grande peut-être, que celle qui existait à l'époque où il entreprit ses expériences. Je n'excepte pas de cette réprobation le travail monographique de M. Seringe dans le Prodrome de De Candolle[1], bien qu'il admette, d'après Duchesne, la différence spécifique des Cucurbita maxima, C. moschata et C. Pepo, car il continue à considérer comme espèces distinctes les C. Melopepo, verrucosa, subverrucosa, aurantia et ovifera, que Duchesne avait rattachés avec raison au C. Pepo. D'un autre côté, il attribue au C. maxima des variétés qui ne lui appartiennent pas ; quelquefois aussi il confond ensemble des variétés appartenant à deux espèces distinctes. Dans un travail plus récent, dont je parlerai plus loin, M. Seringe modifie quelques-unes des idées émises par lui dans le Prodrome, mais sans qu'il en résulte plus de clarté pour le sujet qui nous occupe.
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- ↑ T. III, p. 316.
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En 1841, un auteur allemand, Metzger, revenant à l'idée de Linné et surtout de Kœlreuter, ne voit dans toutes nos Courges cultivées (à l'exception, sans doute, du C. melanosperma qu'il paraît n'avoir pas connu), qu'une seule espèce, le C. Pepo ; mais il la divise[1] en neuf sous-espèces, savoir :
1° La Courge commune (Feld Kürbis), qui est notre Potiron proprement dit, ou C. maxima de Duchesne.
2° La Courge longue (Langer Kürbis), à fruits plus ou moins allongés, souvent renflés en massue du côté de la fleur : c'est le C. Pepo de Duchesne, ou notre Giraumon actuel.
3° La Courge porte-manteau (Mantelsack Kürbis), à fruits très grands, allongés, souvent renflés aux deux bouts. C'est, pour Metzger, le C. moschata de Duchesne ; pour moi, elle n'en est qu'une forme particulière, celle que M. Gasparrini a décrite[2] sous le nom de C. macrocarpa.
4° La Courge turban (Turban Kürbis), à fruits déprimés d'avant en arrière, laissant saillir les carpelles hors du tube calicinal. Ainsi que je le dirai plus loin, cette forme n'est qu'une variété, remarquable d'ailleurs, du Potiron proprement dit, ou C. maxima.
5° La Courge clypéiforme (Schild Kürbis), qui est le C. Melopepo de Linné, notre Pâtisson commun.
6° La Courge melon (Melonen Kürbis), à fruits globuleux ou obovoïdes. C'est notre Melonée, simple variété du C. moschata. Metzger la subdivise en une vingtaine de sous-variétés distinguées par la forme plus ou moins allongée, la coloration générale et les mouchetures des fruits.
7° La Courge pomiforme (Apfel Kürbis), à fruits petits, à peu près sphériques, de la grosseur et de la couleur d'une Orange. C'est le C. aurantia de Willdenow et de M. Seringe, la Coloquinte orangine de nos jardins.
8° La Courge pyriforme (Birn Kürbis), à fruits très petits, pyriformes, à coque dure et ligneuse. Elle répond au C. Pepo, var. pyxidaris, de Duchesne, ou Cougourdette du même auteur.
9° La Courge oviforme (Eier Kürbis), que Metzger distingue à
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peine de la précédente. Elle n'est autre que le C. ovifera de Linné, qui, pour Duchesne, n'est qu'une variété du C. Pepo.
On voit que, dans ce système de classification, Metzger ne tient compte que de la forme des fruits. Pour lui, les caractères que fournissent les organes de la végétation et les fleurs sont non avenus.
Mais tandis que cet auteur confond toutes les espèces en une seule, Rœmer, par une exagération en sens contraire, trouve moyen de créer, dans le genre Cucurbita, trois sous-genres qui, malheureusement, ne correspondent pas du tout aux trois espèces si explicitement indiquées par Duchesne. Chacun de ces trois sous-genres n'est qu'un pêle-mêle de variétés appartenant à ces trois espèces. On en jugera par le tableau suivant que j'extrais des Synopses monographicæ de cet auteur[1]. Pour abréger, je me dispenserai de reproduire les caractères sur lesquels il fonde ses divisions principales.
A. Folia mollia | 1° C. moschata. |
B. Folia scabra. | 2° C. Pepo. |
3° C. citrullus. | |
4° C. verrucosa. | |
5° C. subverrucosa. | |
6° C. aurantia. | |
7° C. pomiformis. | |
8° C. pyxidaris. | |
9° C. ovifera. | |
10° C. grisea. | |
11° C. pileiformis. | |
12° C. littoralis. |
Dans ce premier sous-genre figurent, comme on le voit, le C. moschata de Duchesne, le C. Pepo type, ainsi que plusieurs de ses variétés élevées au rang d'espèces ; puis un C. pileiformis, qui, d'après la description de l'auteur, n'est qu'une petite variété du Potiron turban (C. maxima). Ainsi les trois espèces de Duchesne se trouvent déjà réunies dans le sous-genre Pepo. Elles reparaîtront nécessairement dans les sous-genres suivants.
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- ↑ Fascic. II, p. 83.
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A. Pepones inferne volvato-dilatati, fructum quasi ex interiore alterum minorem propullulantes | 13° C. turbaniformis |
B. Pepones depresso-umbonati, 10-costati : costis basi, medio, vel apice in gibberes excurrentibus | 14° C. Melopepo |
De ces deux prétendues espèces, la première appartient effectivement au C. maxima de Duchesne, et la seconde au C. Pepo, qu'on verra encore fournir une partie des espèces du troisième sous-genre.
A. Folia cordata, obsolete 5-loba vel 5-angulata, petiolis hispidis | 15° C. maxima. |
B. Folia ovato-cordata, 3-5-loba | 16° C. Courgero. |
17° C. fœtidissima. | |
18° C. pyriformis. | |
19° C. lagenaria. | |
C. Folia angulato-sublobata | 20° C. siceraria. |
21° C. odorifera. | |
D. Folia lobata | 22° C. lignosa. |
23° C. multiflora. | |
24° C. urnigera. | |
25° C. ceratocreas. | |
26° C. villosa. | |
27° C. tuberculosa. | |
28° C. farinosa. | |
29° C. pinnatifida. | |
E. Folia multipartita ; pepones sphæroidei, mammosi | 30° C. mammeata. |
F. Folia... ; pepones rotundi, coccinei | 31° C. coccinea. |
Ici encore reviennent au moins deux des trois espèces qui ont fourni la matière des deux sous-genres précédents, savoir le C. maxima et le C. Pepo. C'est en effet à ce dernier que se rattachent, comme simples variétés, les C. Courgero, pyriformis, tuberculosa et urnigera. Les C. villosa et farinosa de Blume[1], cultivées à Java sous le nom de Baligo, paraissent, autant qu'on peut en juger sur des descriptions excessivement incomplètes, devoir rentrer dans le C. moschata[2]. Dans ce cas, ce dernier sous-genre réunirait les trois espèces qu'on a vues figurer dans
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- ↑ Bijdr., 931.
- ↑ Il se pourrait aussi que les C. villosa et farinosa de Blume, surtout la dernière, ne fussent autre chose que le Benincasa cerifera. [Bligo est effectivement le nom indonésien de Benincasa hispida. MC.]
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le premier. Parmi les autres espèces indiquées, plusieurs devront, selon toute probabilité, être retranchées du genre Cucurbita.
En 1847, M. Seringe donna, dans sa Flore des jardins et des grandes cultures, la liste des Courges cultivées qui lui étaient plus ou moins connues. Il en distingue vingt espèces, savoir :
1° Le Potiron = C. maxima.
2° Le Courgeron = C. Courgero.
3° La Courge porte-manteau = C. hippopera.
4° La Melonée = C. moschata.
5° Le Pâtisson = C. Melopepo.
6° Le Giraumon = C. Pepo.
7° La Cougourdette = C. ovifera.
8° La Courge orangine = C. aurantia.
9° La Courge verruqueuse = C. verrucosa.
auxquelles il ajoute les onze espèces suivantes, qu'il dit ne connaître qu'imparfaitement :
10° Le Potiron d'Espagne.
11° La Coucourzelle ou Courge d'Italie.
12° La Courge à la moelle.
13° Le Courge de Valparaiso.
14° La Courge crochue, ou Crook neck des Américains.
15° La Sucrière du Brésil.
16° La Courge Sucrine.
17° Le Potiron Malamoco.
18° La Citrouille à la moelle.
19° La Courge blanche non coureuse.
20° La Courge sucrière.
Toutes ces prétendues espèces n'en font en réalité que trois : les C. maxima, Pepo et moschata, distinguées, dans la seconde moitié du siècle dernier, par Duchesne, ainsi que je l'ai dit plus haut. La Courge porte-manteau, dont M. Seringe fait une nouvelle espèce sous le nom de C. hippopera, n'est qu'une des nombreuses formes de la Courge musquée ou C. moschata. Enfin le savant auteur de la Flore des jardins et des grandes cultures donne le nom de Pâtisson (C. Melopepo) à la Courge turban proprement dite, réservant celui de Giraumon (C. Pepo) au vrai Pâtisson des jardiniers. Même lorsqu'il s'agit des simples noms vulgaires, il y
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a de l'inconvénient à les changer ou à les confondre les uns avec les autres ; aussi pensé-je qu'il y a lieu de conserver le nom de Turban à cette variété du Potiron qui se fait remarquer à la saillie de ses carpelles hors du tube du calice, et de ne donner le nom de Pâtisson qu'à la variété déprimée et si connue du Pépon qui se prolonge sur les côtés en huit ou dix lobes plus ou moins saillants, et dont la tige, courte et dressée, resterait verticale si, à la longue, le poids des fruits qu'elle porte ne la forçait à s'incliner.
Après les travaux que je viens de rappeler, il n'existe plus, sur le sujet qui nous occupe, que de courtes observations ou des notes disséminées dans divers ouvrages. Les plus importantes sont celles de M. Gasparrini, qui, dans un Mémoire[1] présenté à l'Académie des sciences de Naples, et reproduit en partie dans les Annales des sciences naturelles[2], décrivit deux espèces de Courges qu'il croyait nouvelles, les C. macrocarpa et melanosperma. Nous savons déjà que le C. macrocarpa n'est qu'une forme du C moschata ; quant à la seconde espèce, elle avait été annoncée, dès l'année 1824, précisément sous ce même nom de melanosperma, par M. Al. Braun, dans le Catalogue des plantes du jardin de Carlsruhe ; puis, en 1837, par M. P. C. Bouché, de Berlin, sous celui de ficifolia ; elle est enfin décrite, avec détail, sous son premier nom, par M. A. Braun, dans l’Appendix specierum novarum, etc., du jardin botanique de Berlin, en 1853, et, d'après le même auteur, dans le tome 1er (p. 362) de la 4e série des Annales des sciences naturelles, en 1854.
Dans le Mémoire cité plus haut, M. Gasparrini a séparé du genre Cucurbita, sous le nom générique de Pileocalyx, l'ancien C. clypeiformis de J. Bauhin, ou C. turbaniformis de Rœmer, notre Potiron turban proprement dit, se fondant sur ce que l'ovaire n'y est qu'à demi adhérent et le stigmate sessile et étalé. J'ai déjà dit, en 1855, dans ma Notice sur la nature des vrilles et la structure de la fleur des Cucurbitacées[3], que je ne pensais pas que ce
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- ↑ Osservazioni diagnostiche e morfologiche sopra alcune specie di Zucche coltivate.
- ↑ 3e série, t. IX, p. 207.
- ↑ Ann. des sc. nat., 4e série, t. IV, p. 47.
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nouveau genre dût être conservé, et que probablement il ne fallait voir dans la forme si remarquable de la Courge turban qu'une simple variété du Potiron ordinaire. Les observations que j'ai faites depuis cette époque m'ont pleinement confirmé ce que je conjecturais alors, l'identité spécifique de ces deux formes.
Description comparative des espèces du genre Cucurbita et de leurs principales variétés.
II. Description comparative des espèces du genre Cucurbita et de leurs principales variétés.
Dans l'état actuel de la science, on ne connaît avec certitude que six espèces de Courges : les C. maxima, Pepo, moschata, melanosperma, perennis et digitata. Les cinq premières sont cultivées dans nos jardins ; la dernière, indigène de l'Amérique septentrionale, est seulement indiquée par une courte description de M. Asa Gray[1], qui ne laisse cependant aucun doute sur sa qualité d'espèce distincte. Peut-être faudra-t-il aussi rapporter aux Cucurbita l’Apodanthera undulata du même auteur, qui, à en juger sur une description incomplète, semble cependant présenter les vrais caractères du genre.
De ces six espèces, trois sont alimentaires et cultivées depuis longtemps en Europe : ce sont les C. maxima, Pepo et moschata, dont la patrie première est inconnue. L'une d'entre elles, le C. Pepo, a peut-être été connue des Romains et des Grecs, au moins vers l'époque de Pline ; les deux autres sont ou paraissent beaucoup plus modernes : leur introduction dans nos jardins ne remontant guère au delà de deux siècles. Ce sont ces trois espèces seules qui ont donné lieu à toutes les confusions que j'ai signalées dans la première partie de ce Mémoire.
Elles ont d'ailleurs entre elles les plus grandes affinités. Presque identiques par le port, elles se ressemblent encore par leur qualité de plantes annuelles, leur tempérament et leur croissance rapide, qui permettent d'en faire des plantes potagères jusque sous les latitudes déjà froides de l'Europe moyenne, où elles fructifient dans le cours d'un été. Mais le trait le plus saillant de leurs analogies consiste dans des variations de même ordre et en quelque
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- ↑ Plantæ Wrightianæ, 2e partie, p. 60.
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sorte parallèles : les modifications dont une espèce est susceptible se présentant presque toutes chez les deux autres. C'est ainsi qu'on trouve chez les trois espèces des variétés précoces et des variétés tardives, des variétés à fruits énormes et d'autres à fruits comparativement très petits ; des plantes très sarmenteuses et des plantes à tiges raccourcies. Dans toutes trois, les dimensions du feuillage et la grandeur des fleurs varient également-, mais ce qui frappe surtout dans ces altérations communes des trois types, c'est la prodigieuse variabilité de la forme, du volume et de la couleur des fruits, qui, véritables protées, se montrent indifféremment tantôt allongés en massue, tantôt sphériques ou tout à fait déprimés , les uns à peau molle, les autres à coque dure et ligneuse, etc. Enfin, ce qui est encore un caractère commun à ces trois espèces, c'est que la plupart de leurs variations sont plus ou moins persistantes et capables de se perpétuer, peut-être indéfiniment, lorsqu'on les maintient pures de tout alliage, mais aussi la plupart extrêmement fugaces, lorsqu'on laisse s'effectuer l'échange des pollens entre les variétés de même espèce.
Cette grande variabilité de forme que je viens de signaler en quelques mots n'est pas exclusivement propre aux espèces du genre Cucurbita ; on la retrouve dans celles des autres genres de même famille qui ont été, comme elles, l'objet d'une culture séculaire. Les Calebasses (Lagenaria) et les Melons (Cucumis Melo, C. flexuosus, C. Dudaim, C. Chate, etc.) ne sont pas moins remarquables sous ce rapport. C'est là d'ailleurs un caractère général de presque toutes les plantes depuis longtemps cultivées, et qui semblent, par une loi providentielle, avoir été organisées de manière à pouvoir se plier à des variations considérables de sols et de climats, et même, pourrait-on dire, aux caprices ou, si l'on aime mieux, aux besoins de l'industrie humaine, variable ellemême suivant les temps et les lieux. Les Blés, la Vigne, la plupart des arbres fruitiers, un grand nombre de légumes et de plantes d'ornement, ont perdu entre les mains de l'homme l'aspect primordial de l'espèce, pour se résoudre en un nombre indéfini de variétés ou de races, d'espèces secondaires en quelque sorte, dont la stabilité, au moins apparente, peut les faire assimiler à de
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véritables espèces naturelles. La recherche des origines de ces formes secondaires et des circonstances dans lesquelles elles se sont produites offrirait un sujet d'études bien digne d'occuper les naturalistes, et la solution des difficultés dont la question est entourée apporterait un notable progrès à la partie philosophique de la science.
Ce que je me propose ici n'est pas de faire la description botanique complète des espèces dont j'ai à parler, mais seulement de faire ressortir les caractères qui les distinguent les unes des autres; ces caractères seront d'ailleurs d'autant plus faciles à saisir, qu'ils seront mieux dégagés de ce que ces plantes ont de commun.
Cucurbita maxima
C. maxima Duch. in Lamk, Dict. encycl., II , p. 316. — DC., Prodr., III, 316. — Sering., Flor. des jard., p. 531. — C. Pepo, var. a, Linn., Spec., 1435. — C. major rotunda, flore luteo, folio aspero, Bauh., Pinax, 213. — C. indica rotunda, Dalech., Hist., 616. — C. pileiformis et C. turbaniformis, Roem., Synops. monogr., II, p. 86. — C. Farinæ, Mozzetti, Cat. Hort. neap. — Pileocalyx elegans, Gasparr., l. c. — Cucurbita Melopepo, DC. et Sering., l.c., pro parte ; non C. Melopepo, Rœm. — Vulgairement : le Potiron.
C. annua ; caulibus subteretibus repentibus ; foliis reniformibus 5-lobis, lobis rotundatis, sinubus ínter lobos subnullis, petiolorum pilis æqualibus asperis non autem pungentibus ; pedunculis floriferis (masculis fœmineisque) teretibus ; calycis tubo obconico nunquam sub insertione corollæ constricto, sepalis linearibus filiformibus interdumque abortientibus ; pedunculo fructifero crasso suberoso striato nunquam vere sulcato ; pulpa fructus vix aut minime fibrosa ; placentis spongiosis nec facile deliquescentibus.
Tiges presque toujours longues et traînantes, quelquefois courtes et peu coureuses, mais jamais dressées, cylindriques ou très obscurément anguleuses. Feuilles plus ou moins réniformes, à cinq lobes courts, obtus, arrondis, entre lesquels les sinus sont à peine sensibles ou même tout à fait nuls. Exceptionnellement et rarement, les lobes sont aigus, mais les sinus qui les séparent sont toujours peu prononcés. Pédoncules floraux (mâles et femelles)
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cylindriques et non anguleux. Tube du calice[1] des fleurs mâles campanulé ou plutôt obconique, à contour arrondi, ne présentant aucune constriction au-dessous du point où sont insérés les sépales. Ces derniers sont généralement étroits, linéaires, grêles, quelquefois filiformes ou tout à fait avortés, très rarement élargis et prenant un aspect foliacé. Corolle campanulée, à lobes réfléchis, généralement d'un jaune vif.
Le pédoncule du fruit, dans l'espèce du Potiron, fournit aussi d'excellents caractères spécifiques. Il est toujours cylindrique ou claviforme, car assez souvent il se renfle vers son insertion sur le fruit ; presque toujours il présente, vers l'époque de la maturité, des gerçures longitudinales irrégulières, mais il n'est jamais anguleux et surtout jamais relevé de ces côtes saillantes que nous verrons caractériser celui des Pépons. Tout au plus offre-t-il, dans un petit nombre de variétés, des lobes peu saillants au point même de son attache avec le fruit.
Les fruits des Potirons sont généralement de grande ou de moyenne taille ; dans quelques variétés cependant, ils dépassent à peine la grosseur du poing, mais c'est l'extrême minimum ; fréquemment ils ont le volume de la tête ; dans les plus grandes variétés, ils mesurent de 60 à 80 centimètres de diamètre transversal, et quelquefois plus. Leur poids n'est pas en rapport avec cet énorme développement, parce que, dans ce cas, leur cavité intérieure est considérable ; elle est au contraire d'autant moindre, toute proportion gardée, qu'ils sont moins volumineux.
La forme typique des Potirons est celle d'une sphère déprimée : sphæra polis compressis, comme disait déjà Sauvages, professeur de botanique à Montpellier, vers le milieu du XVIIIe siècle. Mais cette forme, qui d'ailleurs se présente aussi dans certaines variétés des C. Pepo et C. moschata, n'est pas exclusive ici ; elle est seulement la plus ordinaire : car il y a des Potirons dont le fruit s'allonge au
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- ↑ C'est pour me conformer à l'usage que je parle ici d'un tube du calice. Ce prétendu tube n'est pour moi qu'un torus dilaté, appartenant au pédoncule, et ne résultant pas de la soudure des folioles du calice qu'on retrouve d'ailleurs tout entières à son sommet. On peut voir ce que j"ai déjà dit, à ce sujet, dans ma Notice sur les vrilles et la structure de la fleur dans les Cucurbitacées.
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point de devenir obovoïde et même cylindrique, bien que ce cas soit beaucoup plus rare.
La chair des Potirons est fine, à peine filandreuse, dans la plupart des cas d'un jaune vif tirant sur l'orangé ; quelquefois elle est d'un blanc jaunâtre ou légèrement rosé, d'autres fois d'un jaune brunâtre ; je n'en connais aucune variété où elle soit décidément rouge. Les placentas sont généralement spongieux ou pulpeux, formant une pâte plus ou moins molle lorsqu'on les malaxe entre les doigts, mais ne présentant pas la déliquescence qu'on trouve dans ceux des Pépons ; aussi les graines y sont-elles plus adhérentes que dans ces derniers, où il suffit de les presser légèrement avec la main pour les détacher.
Enfin, les graines offrent aussi des caractères assez tranchés pour qu'avec un peu d'habitude on puisse discerner, au premier coup d'œil, l'espèce à laquelle elles appartiennent ; mais dans chaque espèce elles varient considérablement. Chez les Potirons, elles sont toujours assez grandes (longues de 20 à 24 millimètres, sur 12 à 14 de large), d'un bel ovale, à margination tantôt saillante, tantôt plus ou moins effacée, quelquefois nulle, d'une couleur qui varie du blanc pur au fauve basané. Dans ce dernier cas, la margination se dessine autour de la graine sous la forme d'un liseré blanc, qui tranche sur la teinte plus foncée des deux faces.
Le Potiron est la seule Courge connue où, dans certaines variétés, les carpelles fassent saillie hors de la cupule réceptaculaire ou tube du calice. Ceux qui présentent cette disposition à un degré marqué constituent le groupe des Turbans proprement dits. Cette conformation existe d'ailleurs à tous les degrés, depuis celui où les carpelles, presque entièrement enveloppés, ne se montrent que sur un cercle de 2 à 3 centimètres de diamètre, jusqu'à celui où ils sont plus qu'aux deux tiers saillants au-dessus du réceptacle, souvent alors réduit à une sorte de plateau. D'après ces différences de structure du fruit, nous diviserons les variétés des Potirons en deux groupes : les Turbans ou Potirons couronnés et les Potirons simples ou sans couronne.
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POTIRONS COURONNÉS OU TURBANS
A. POTIRONS COURONNÉS OU TURBANS. — Cucurbita clypeiformis, J. Bauh., l. c. — C. Melopepo, Prod., III, p. 316, pro parte.— Pileocalyx elegans, Gasparrini, l. c. — C. pileiformis et C. turbaniformis, Roem., l. c.
A ce premier groupe appartiennent :
1° Le Turban rouge, à fruits gros (de 40 à 60 centimètres de diamètre transversal), plus ou moins déprimés, à carpelles ordinairement très saillants et formant trois ou quatre lobes arrondis au sommet du fruit. Cupule réceptaculaire d'un rouge vif ou rouge orangé ; carpelles plus fréquemment bariolés de rouge et de jaune. Il en existe une sous-variété presque entièrement verte, ou bariolée de jaune et de vert sur les carpelles. Dans quelques Turbans, la peau s'encroûte d'un dépôt ligneux qui leur forme une coque presque aussi épaisse et aussi dure que celle de la Calebasse. La chair est d'un beau jaune, fine et très estimée ; les graines sont d'un blanc parfait, lisses, peu ou point marginées et un peu larges eu égard à leur longueur.
Comme sous-variétés, on peut citer encore : 1° le Turban étranglé, dont les carpelles, à demi émergés hors du réceptacle, sont resserrés par le bord de ce dernier, au-dessus duquel ils prennent plus d'ampleur. Il en résulte que le fruit semble étranglé par le milieu ; 2° les petits Turbans rouges et verts qui ne sont que des diminutifs du Turban commun, et qu'on cultive plutôt comme objets de curiosité que comme plantes d'utilité. Il en est dont la grosseur ne dépasse pas celle d'une Pomme de Reinette ordinaire.
Je dirai ici, en passant, qu'un des caractères sur lesquels M. Gasparrini a fondé son genre Pileocalyx, la forme des stigmates élargis et sessiles au sommet de l'ovaire, n'a aucune constance. Si on l'observe fréquemment dans les fleurs des Potirons turbans, on trouve aussi des cas où cet organe a repris sa forme ordinaire. J'ajoute que la structure propre aux fruits de ces variétés ne se maintient qu'artificiellement, c'est-à-dire en évitant avec soin les fécondations croisées. J'ai vu disparaître en totalité le caractère du Turban, c'est-à-dire la saillie des carpelles hors du réceptacle, à la suite de la fécondation de ses fleurs par le pollen
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d'un Potiron ordinaire, genre de dégénérescence qui est d'ailleurs commun à toutes les variétés de l'espèce.
2" Le Turban nouveau du Brésil, variété à fruits verts, très déprimés, de moyenne taille, à chair remarquablement ferme et compacte, à graines épaisses, très basanées ou couleur de café au lait, liserées de blanc sur le bord où la margination est presque insensible. Cette variété, introduite depuis peu d'années de l'Amérique du Sud, a déjà dégénéré au point d'être méconnaissable, partout où elle a été cultivée en compagnie d'autres Potirons. Plusieurs de ceux que j'ai récoltés au Muséum, en 1856, avaient totalement perdu leur couronne et par conséquent rentraient dans le groupe des variétés suivantes. Ce Turban est le seul Potiron qui, à ma connaissance, ait les feuilles marbrées de blanc dans les angles des nervures, particularité au contraire très fréquente dans les C. Pepo et moschata.
POTIRONS SIMPLES ou SANS COURONNE
B. POTIRONS SIMPLES ou SANS COURONNE. — Cucurbita maxima, Duch., loc. cit., Seringe, loc. cit., etc. — C. Farinæ, Mozzetti, etc.
Quelques variétés présentent encore un reste de la couronne des Turbans, mais trop faible pour que leur forme en soit altérée. Ce sont particulièrement :
1° Le petit Potiron plat, dont le fruit, très déprimé clans le sens antéro-postérieur, mesure en moyenne de 30 à 35 centimètres de diamètre transversal. Il présente autour de l'ombilic une couronne peu saillante de 4 à 8 centimètres de diamètre, dans laquelle les carpelles ne font aucune saillie. Cette variété est assez estimée et paraît fréquemment sur les marchés de Paris.
2° Le Potiron œil vert, moins commun que le précédent, sans être rare. Il est de moyenne grosseur (25 à 30 centimètres de diamètre transversal), sphérique, moyennement déprimé, jaune rosé à l'extérieur avec des bandes longitudinales plus claires, lisse et sans côtes ou à sillons à peine sensibles. Son caractère distinctif consiste en ce que l'œil, ou vestige du stigmate, est au fond d'une cavité en forme d'entonnoir, étroite et profonde, dont le bord se confond avec celui de la couronne, qui n'a guère que 3 à 4 centimètres de diamètre. Cette couronne est entourée d'un
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cercle verdâtre. Dans cette variété, les placentas sont fermes, et les graines s'en détachent difficilement. Ces dernières sont très blanches et à peine marginées.
3° Le Potiron ou Courge marron, à fruits petits (15 à 25 centimètres de diamètre transversal), sphériques et plus ou moins déprimés de l'avant à l'arrière, lisses, d'un rouge vif à l'extérieur, sauf la couronne qui est verte et large de 3 à 4 centimètres. Comme dans la variété précédente, elle circonscrit une dépression plus ou moins profonde, au fond de laquelle est le stigmate. Quoique très rouge à l'extérieur, cette Courge a la chair jaune orangé. Elle est pleine comme la plupart des petits Potirons ; sa saveur est un peu musquée.
Parmi les Potirons tout à fait dépourvus de couronne, c'est-à-dire dont les carpelles sont entièrement ou presque entièrement enveloppés par le réceptacle, je mentionnerai :
4° Le Potiron ou Courge-châtaigne, de grande taille (35 à 45 centimètres de diamètre transversal), extrêmement déprimé de l'avant à l'arrière. Le pédoncule, très renflé à son insertion sur le fruit, et par conséquent d'une forme conique, occupe le centre d'une large dépression, dans laquelle l'eau de pluie s'amasse lorsque le fruit, comme il arrive d'ordinaire, repose sur sa face antérieure. La couleur générale de cette Courge est le rose, avec des bandes longitudinales de nuance plus claire. La chair en est jaune, tendre et très estimée.
5° Le Potiron ou Courge de Californie, qui diffère peu du précédent. Il est à peu près de même taille, moins déprimé, à côtes arrondies, peu saillantes, rose ou rougeâtre extérieurement, avec des bandes longitudinales plus pâles et des marbrures ou des bariolures vertes, marquées surtout autour de l'œil et de l'insertion des pédoncules. La chair est jaune pâle et légèrement rosée.
6° Le Potiron maraîcher ou jaune gros de Hollande, une des plus grandes variétés connues et la plus habituellement cultivée à Paris. Ses fruits sont quelquefois énormes ; on en voit qui ont jusqu'à 70 centimètres, ou plus, de diamètre transversal. Leur forme la plus ordinaire est celle d'un sphéroïde très déprimé ;
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quelquefois la partie antérieure est proéminente ou bombée. Leur couleur est en général le jaune rosé, qui disparait plus ou moins sous un réseau de gerçures analogues à celles d'un Melon brodé. Malgré la grandeur de la cavité qui occupe l'intérieur du fruit, la chair est épaisse de 5 à 8 centimètres ; elle est d'un beau jaune orangé, ferme, d'une cuisson facile, légèrement sucrée. Les graines sont grandes, fortement marginées, plutôt blanchâtres que tout à fait blanches. Par sa grosseur, sa beauté et l'excellence de sa chair, ce Potiron justifie bien la faveur dont il jouit sur les marchés de Paris.
7" Le gros Potiron gris, qui diffère du Potiron maraîcher par la teinte grise ou verdâtre de sa peau, mais qui acquiert le même volume et est tout aussi estimé dans les lieux où on le cultive. Il est beaucoup moins commun que le précédent à Paris.
8° Le Potiron lisse, simple sous-variété du Potiron maraîcher, dont il ne diffère que par sa teinte plus jaune et l'absence de broderie sur la peau.
9° Le Potiron de Corfou, presque aussi grand que le Potiron maraîcher, sphérique, un peu déprimé, d'un gris d'ardoise et très finement brodé. Ses graines sont grandes, très épaisses, lisses, luisantes et très basanées, entourées d'un liseré blanc qui tient lieu du bourrelet marginal ordinaire. Elles ressemblent totalement à celles du Turban nouveau du Brésil, dont il a été parlé ci-dessus.
10° Le grand Potiron blanc de Naples, presque de la taille du Potiron maraîcher, avec ou sans côtes, uniformément blanc à l'extérieur, lisse ou très finement réticulé. La chair en est jaune pâle ou légèrement rosée, épaisse, sucrée et riche en fécule ; c'est, à mon avis, une des meilleures Courges. Malgré son excellence, il est peu connu des maraîchers parisiens.
11° Le petit Potiron blanc de Constantinople, à fruits petits ou moyens (environ 30 centimètres de diamètre transversal), sphériques ou déprimés, à côtes arrondies, peu saillantes, très blancs et très lisses. Sa qualité ne répond pas à sa beauté ; la chair en est pâle, un peu aqueuse, presque insipide ; du moins, nous l'avons trouvée telle dans ceux qui ont été récoltés au Muséum.
12° Le Potiron musqué, à fruits gros ou moyens, presque sphé-
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riques, marbrés de vert sur fond orangé. Les graines sont grandes et fortement marginées. Par exception, dans l'espèce du Cucurbita maxima, le pédoncule est quelquefois sillonné de légères cannelures longitudinales près de son insertion sur le fruit.
13° Le Potiron pain du pauvre, à fruits gros (de 30 à 40 centimètres de diamètre transversal), en sphéroïde très déprimé, lisse, de couleur chocolat à l'extérieur, entouré d'une coque semi-ligneuse, dure, épaisse de 2 à 8 millimètres, qui souvent se fendille à l'époque de la maturité et présente de longues et profondes fissures, dirigées irrégulièrement dans tous les sens. La chair en est jaune orangé, assez épaisse, un peu sèche et ferme. Les graines sont grandes, blanches, à peine marginées. Ce Potiron passe pour un des meilleurs.
14° Le Potiron messinais ou Courge de Messine, à fruits gros, plutôt ovoïdes que sphériques, d'un rouge pâle, à côtes saillantes, arrondies, irrégulières, comme boursouflées, séparées par des sillons étroits. La chair en est très épaisse, d'un jaune terne et brunâtre, très aromatique et d'une saveur qui la rend difficilement acceptable pour beaucoup de personnes. Cette variété, déjà remarquable par la forme de ses fruits, l'est encore par la grandeur de son feuillage, et surtout par la grosseur tout à fait insolite du pédoncule du fruit, qui n'a pas moins de 6 à 7 centimètres d'épaisseur et qui est strié de lignes noirâtres sur fond vert. Les graines sont très grandes, d'un blanc sale, et fortement marginées.
15° Le Potiron de Farina, qui est la variété la plus caractérisée et probablement la plus différente du type de l'espèce. Elle est si singulière, au premier aspect, que plusieurs botanistes n'ont pas hésité à en faire une espèce à part : aussi la trouve-t-on indiquée, dans plusieurs catalogues de jardins, sous le nom de Cucurbita Farinæ, qui rappelle celui de son introducteur en Europe, le voyageur italien Farina. Elle est originaire du Brésil et ne date, dans nos jardins, que d'un petit nombre d'années. A plusieurs égards, elle s'éloigne des formes connues dans le C. maxima, auquel cependant elle appartient par ses caractères les plus essentiels. Ses feuilles sont beaucoup plus allongées que dans toutes les autres variétés de même espèce ; non-seulement leur lobe médian
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dépasse notablement la mesure commune, mais la base même du limbe se prolonge, entre deux grosses nervures latérales, en une pointe cunéiforme qui leur donne un faciès sensiblement différent de celui des feuilles des autres Potirons. Ses fleurs mâles et femelles n'offrent rien de particulier. Le fruit, au contraire , est caractéristique; il est toujours de petite taille ('18 à 25 centimètres de diamètre longitudinal), tantôt à peu près sphérique, tantôt et plus souvent en ovoïde court, d'un vert noirâtre, avec quelques bandes longitudinales et des marbrures irrégulières d'un blanc verdâtre. Le pédoncule, toujours cylindrique, est comparativement long et grêle, souvent épaté à son insertion sur le fruit. La chair s'est montrée remarquablement dure et sèche, d'un jaune orangé, riche en fécule, mais peu sucrée , au moins dans les échantillons que j'ai eus sous les yeux. Les placentas, qui remplissent l'intérieur du fruit sans y laisser de lacunes, sont eux-mêmes fermes et compactes. Les graines, plus épaisses que dans toute autre variété, si ce n'est peut-être dans le Potiron de Corfou, sont largement ovales, quelquefois presque tout à fait orbiculaires, très basanées ou couleur de café au lait, avec un liseré blanchâtre sur le bord où le bourrelet marginal a disparu. On voit qu'elles ressemblent de tous points à celles du Turban nouveau du Brésil et du Potiron de Corfou, avec cette légère différence qu'elles sont d'un ovale un peu plus arrondi.
Cette remarquable variété se reproduit toujours très identiquement lorsqu'elle est isolée des autres Potirons, ou qu'on la féconde artificiellement avec son propre pollen ; mais elle s'allie aussi avec la plus grande facilité aux autres variétés du C. máxima, si l'on néglige ce soin , et alors elle donne des métis qui ne rappellent presque plus son propre type. En voici un exemple : en 1855, un pied ou deux de cette Courge furent cultivés au Muséum sur une couche où se trouvaient en même temps plusieurs autres variétés de Potirons, entre autres des Potirons maraîchers jaunes et gris et des Turbans. Des graines, recueillies par moi, sur les fruits qu'ils produisirent et qui avaient bien conservé le caractère de la variété, furent semées en 1856. Sur sept pieds qui fructifièrent, il y en eut deux qui reproduisirent exactement le type du C. Farinoe ; deux
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autres donnèrent des Turbans à large couronne et à carpelles saillants, dont la moitié postérieure était rouge, et l'antérieure, ou la couronne, d'un vert foncé avec des bariolures blanchâtres : c'était là tout ce que ces fruits avaient conservé des traits de la variété mère. Les trois autres pieds produisirent des Potirons de petite ou de moyenne taille; l'un d'eux, très déprimé, d'un rouge vif, ressemblait de tous points à la Courge marron, sauf quelques marbrures d'un Vèft noirâtre ; le second était un Potiron gris; le troisième un Potiron rose marbré de brun ; tous Contenaient des graines plus ou moins basanées, mais d'ailleurs parfaitement conformées. Il est visible que ces formes nouvelles étaient des produits métis entre le Potiron de Farina et les Turbans et Potirons ordinaires qui, en 1855, étaient cultivés à côté de lui. Ce fait établit bien l'identité spécifique de ces différentes variétés, mais il démontre en même temps que leurs caractères propres se reproduisent avec une grande constance parles semis, lorsqu'on ne leur permet pas de se féconder mutuellement. Ceci revient à dire que les variétés se conduisent ici comme le feraient de véritables espèces ; ce n'en sont pas les seuls exemples qu'on pourrait citer parmi les plantes cultivées.
16° Le Potiron ou Courge de rOhio, qu'on peut subdiviser en deux variétés distinctes, la brune et la blanche. Elles sont dé moyenne grandeur, la première un peu plus grosse que la seconde. Toutes deux sont ovoïdes et prolongées en pointe à la partie antérieure. Elles sont également estimées, quoique peu connues des maraîchers de Paris. J'ai vu une sous-variété de la première qui était extrêmement sucrée, mais qui a promptement dégénéré par un mauvais croisement.
17° Le Potiron Malamoco, d'assez grande taille, d'un gris verdâtre, presque sphérique, mais présentant une petite couronne du milieu de laquelle s'élève un bec conique, qui n'est autre chose que l'extrémité des carpelles. On voit donc reparaître ici quelque chose de la conformation des Turbans. On a beaucoup vanté, il y a une vingtaine d'années, les qualités alimentaires de cette Courge, qui n'en est pas moins restée une plante de curiosité; elle n'est ni meilleure, ni plus mauvaise qu'une multitude d'autres variétés.
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18" Le Potiron ou Courge de Valparaiso, variété reconnaissable à la forme allongée et obovoïde de sou fruit, ce qui est un cas rare dans l'espèce duC. maxima. Quelquefois aussi le feuillage de cette variété présente des lobes aigus, qui pourraient, au premier abord, faire supposer des analogies avec le C. Pepo ; mais ces analogies ne seraient qu'apparentes. Par tous ses caractères essentiels, cette Courge rentre dans la première de ces deux espèces. Le fruit est moyen, obovoïde, un peu allongé en pointe antérieurement, long, en moyenne, de 30 centimètres sur 10 à 20 de diamètre transversal. Il est rosé à l'extérieur et plus ou moins couvert de broderie, comme le Potiron maraîcher. La chair en est jaufte orangé, très fine, sucrée et légèrement musquée. La Courge de Vâlparaiso est une variété fort recommandable ; elle est le seul Potiron, à ma connaissance, qui ait les graines jaunes.
19° Le Potiron gris de Virginie , introduit tout récemment des États-Unis. Le fruit est oblong-obovo'ide , mais comme tronqué à la partie antérieure, où le vestige du stigmate est enfoncé dans une dépression profonde qui est circonscrite par une étroite couronne. C'est l'inverse de ce que nous avons vu tout à l'heure dans le Potiron Malamoco. Cette variété m'est incomplètement connue ; elle paraît un peu tardive, au moins à en juger par les échantillons que j'ai fait cultiver au Muséum et qui n'ont pas eu le temps d'y mûrir leurs fruits.
20" Le Potiron Hahre Eslambouli, dont les fruits sphériques ou à peine ovoïdes n'ont pas dépassé, dans nos cultures du moins, le volume d'une Noix de Coco. Cette variété nous a été envoyée du Caire par M. Figari, directeur du jardin botanique de cette ville. Le nom arabe que nous lui conservons ici signifie Courge de Constantinople. Elle est remarquable par la brièveté de ses tiges, qui n'ont pas atteint 1 mètre de long. Le fruit est rose rougeâtre, à chair jaune, sans vide dans l'intérieur. Au point de vue du jardinage maraîcher, cette variété est tout à fait insignifiante
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Cette liste est loin de contenir toutes les variétés du Potiron. Je n'y ai cité que les plus remarquables parmi celles qu'il m'a été donné d'observer. Mais sans parler de celles qui me sont inconnues et dont le nombre doit être fort grand, puisque la plante est cultivée depuis plusieurs siècles dans toutes les contrées chaudes et tempérées de la terre, je dirai que j'ai volontairement négligé celles dont les caractères mixtes ou trop peu arrêtés n'auraient pas pu être facilement reconnus sur des descriptions de quelques lignes. Au surplus, une énumération complète n'aurait rien ajouté d'essentiel au but que je me suis proposé ; elle n'aurait été non plus d'aucune utilité pour la pratique horticole qui s'attachera toujours exclusivement au petit nombre de variétés qui se recommandent par le grand développement et les qualités de leurs fruits, et dont la culture est la seule profitable.
Une autre observation à faire, c'est qu'il ne faut pas s'attendre à voir toujours exactement reproduits les caractères que j'ai assignés aux variétés ci-dessus décrites et que j'ai tirés d'individus qui m'ont paru les présenter à un degré éminent. Les croisements, ainsi que je l'ai déjà dit, se font entre toutes les races de Polirons avec une étonnante facilité, et lorsqu'on n'a pas pris les mesures nécessaires pour les prévenir, on voit ces races s'abâtardir, d'une année à l'autre, au point de devenir totalement méconnaissables. J'ajoute que ces races, ou ces simples variations, étant primitivement le résultat d'influences toutes locales, on peut tenir pour extrêmement probable que plusieurs d'entre elles, toutes peutêtre, s'altéreront à la longue par le seul fait du changement de pays et donneront lieu à l'apparition de formes nouvelles. Toutefois, au milieu de ces incessantes transformations, il y aura quelque chose qui ne variera pas : ce sera le type de l'espèce, toujours fixe, toujours reconnaissable, du Cucurbitamaxima.
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Cucurbita Pepo
C. Pepo DC, III, 316. — Sering., Flor, des jard. et des gr. cult., p. 531. — C. Pepo var. ? Linn., Spec. plant., 1.435.—C. Pepo polymorpha et C. pyxidaris Duch. in Lamk, Dict. encycl., II, p. 148 et sequent. — C. verrucosa et C. ovifera Linn., Maht., 1 2 6 . — C. verrucosa et C. aurantia Willd. — DC, l. c. — C. Courgero Sering., (. c. — C. Melopepo Eoem., Synops. monogr., fase. II, p. 8 3 ; non C. Melopepo DC, nec Sering. — C. Ciirullus, C. gmea et C. pomiformis Roem., I. c. — C. urnigera, C. tuberculosa, C. aSteroides? SchracL, Linnoea, X , p. 41 0 . — C. marsupiiformis, C. coronata, C. aurantiìformis, C. pyriformis, C. variegata, C. bicorporea, C. bicolor, C. stellata, C. turbinata, C. variegata, C. maxima verrucosa, C. verrucosa minor listala, Hortor. — Ut videtur etiam C. cucumifera Schrad., et C. elongata Bean, in Linnoea,XII, p. 4 0 7 .— C. succado Naeg., Hort. F r i b .— C. hybrida Bertol., Hort. Bonon. — C. ceraloereas et C. medullaris ? Haberl. — C. moschala? Cat. Hort. Tergest., non Duch. — C. texana As. Gray.. Plant. Lindh., II, p. 1 9 3 .— C. mammeata Molin., Chili, p. 104 et 3 3 7 .— Tristemon texanum, Scheele, in Linnoea, X X I (1848), p. S86.—Vulgairement : Pépon, Citrouille, Giraurnon, etc.
C. caulibus nunc longis repentibus, nunc sed infrequentius abbreviatisi ereclis, angulosis sulcatisque; foliorum lobis haud raro lobulatis; sinubus inier lobos ut plurimum profundis, acutis aut rotundatis ; puis petiolorum nervorumque in pagina inferiore folii rigidulis, fere aculei for mibus et soepe pungentibus ; pedunculis florum omnium obtuse pentagonis ; calycis masculorum tubo campanulato, sub inserlione corolloe nonnihil constricto, dentibus subulatis ; pedunculo fructifero soepius lignoso, polyedro sulcisque inier costas validas inlerjectis exarato; pulpa fructus fibrosa ; placentis facile deliquescentibus.
Tiges tantôt longues et traînantes, tantôt courtes et plus ou moins dressées, ne s'inclinant que sous le poids des fruits, généralement polyédriques, à cinq angles obtus, et souvent sillonnées dans le sens de leur longueur. Vrilles ordinairement rudimentaires ou même nulles dans les variétés à tiges courtes et non coureuses. Feuilles à cinq lobes, plus aigus et toujours plus développés que chez les Potirons, divisés souvent eux-mêmes en lobes secondaires, séparés par des sinus plus ou moins profonds qui, chez quelques variétés, s'avancent presque jusqu'à la nervure médiane,
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et donnent à leur feuillage quelque chose du faciès de celui des Pastèques. Les feuilles sont généralement plus roides que dans les Potirons ; très fréquemment elles présentent des marbrures blanches, triangulaires, aux angles des nervures ; leurs pétioles et Je dessous des nervures sont armés, surtout dans les grandes variétés, de poils roides et piquants, qui n'ont pas d'analogues dans les Potirons. Les pédoncules des fleurs mâles et femelles sont plus ou moins visiblement prismatiques, à cinq angles obtus. Le calice des fleurs mâles est très caractéristique ; son tube est sensiblement pentagonal, au moins dans la plupart des variétés, toujours un peu resserré au-dessous du limbe, ce qui lui donne une forme plus campanulee que dans le Potiron ; ses divisions sont généralement charnues et subulées, jamais véritablement linéaires ou foliacées. La corolle diffère peu de celle des Potirons; elle est seulement d'un jaune un peu plus orartgé, avec des lobes moins étalés, quelquefois tout à fait dressés. Les fruits sont excessivement variables dé forme ; mais celle qui domine est un ovoïde renversé, plus ou moins long, avec oit sans côtes longitudinales; ils sont tantôt lisses, tantôt verruqueux. Leur peau est souvent assez molle pour être facilement attaquable par l'ongle ; souvent aussi elle s'encroûte de matière ligneuse, au point de former une cOqûe presque aussi solide que celle des Calebasses.
Ce n'est pas sans raison que Duchesne qualifiait cette espèce de polymorphe : aucune autre, dans la famille des Cucurbhacées (et peut-être dans tout le règne végétal), ne subit des métamorphoses aussi nombreuses et aussi brusques^ et il n'y a rieri d'étonnant à ce que la plupart des botanistes qui ont entrepris de classer les Courges aient fait plusieurs espèces distinctes de ces variétés et les aient même confondues avec certaines formes du Potiron et de la Courge musquée. Ici, d'ailleurs, ce ne sont pas seulement les fruits qui varient, c'est aussi le feuillage et tout le port de la plante. Néanmoins, je crois qu'on la distinguera toujours facilement des deux autres espèces, si l'on veut ne pas perdre de vue les caractères différentiels que je m'efforce de faire ressortir. Ces caractères sont quelquefois peu marqués ; il arrive même que plusieurs d'entre eux s'effacent presque entière:-
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ment, mais il en reste toujours quelques-uns qui remettent l'observateur sur la voie.
Un genre d'altération fréquent dans le Cucurbita Pepo est l'abréviation de la tige qui, sans qu'on puisse l'expliquer, s'arrête et fructifie lorsqu'elle n'a encore (pie quelques décimètres de longueur. Dans certaines variétés, surtout lorsque la terre est peu substantielle, elle ne dépasse pas ou même n'atteint pas 30 à {\0centimètres. Quelquefois après avoir été longtemps stationnaire à cet état nain, elle s'allonge et se met à traîner sur le sol à l'égal des races les plus coureuses. Dans tous les cas, lorsque la tige est ainsi raccourcie, soit dans le Pâtisson, soit dans le Courgeron, la Coucourzelle, la Courge Cou-tors ou toute autre, les feuilles se ressemblent dans toutes ces variétés; elles sont généralement plus grandes et plus molles que dans les variétés coureuses, très pressées les unes contre les autres, formant une touffe épaisse et arrondie; elles sont surtout très longuement pétiolées. Les vrilles, bien qu'elles soient inutiles à des plantes qui s'élèvent droites et fermes, existent souvent ici, tantôt aussi développées que dans les plantes coureuses ou grimpantes, tantôt plus ou moins rudimentaires ; mais souvent aussi elles manquent entièrement ou se transforment en appendices anormaux, moitié vrilles, moitié feuilles, portant ordinairement un bourgeon ou une fleur sur leur pédicule. Ce dernier caractère est pour moi la preuve que la vrille des Cucurbitacées n'est autre chose que la première feuille transformée d'un rameau qui avorte presque toujours. Ce qui n'est pas moins singulier, c'est que la vrille disparaît quelquefois totalement sur des variétés à tiges très longues et très coureuses.
Les fleurs mâles varient peu quant à la forme, mais très sensiblement quant aux dimensions. Elles sont généralement beaucoup plus grandes dans les fortes variétés, où la corolle, proportionnellement plus molle, est souvent aussi plus ouverte et plus étalée ; mais toujours leur pédoncule estplus ou moins prismatique, et leur calice un peu resserré au-dessous du limbe. Les dents en sont constamment subulées, épaisses à leur partie inférieure, aiguës au sommet, plus longues ou plus courtes suivant les cas. Dans les fleurs femelles, le pédoncule est généralement court sur toutes les
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variétés à gros fruits; mais il est quelquefois grêle et allongé dans les variétés très petites, particulièrement dans les Coloquinelles et les Cougourdettes ; chez les unes et chez les autres, il est toujours prismatique et plus ou moins sillonné longitudinalement; jamais il ne s'y montre franchement cylindrique, comme dans toutes les races ou variétés du Potiron.
De même que chez ce dernier, c'est le fruit qui présente ici les anomalies les plus grandes et où surviennent les transformations les plus inattendues. La plus saillante de ces anomalies est la différence relative des volumes. Pour la mettre dans tout son jour, il suffit de rapprocher le fruit de certaines Coloquinelles delà grande Citrouille verruqueuse : tandis que la Coloquinelle égalera tout au plus une Poire moyenne, la Citrouille verruqueuse rivalisera par sa masse avec les plus grands Potirons, présentant ainsi un volume qui surpassera plus de deux mille fois celui de la première. On conçoit sans peine que tous les intermédiaires existent entre ces deux extrêmes.
Les différences des formes ne sont guère moins étonnantes que celles des grosseurs relatives. Si la figure typique et primordiale des fruits du Potiron est, selon toute probabilité, celle d'une sphère déprimée, on peut conjecturer avec non moins de vraisemblance que celle des Pépons est un ovoïde renversé et plus ou moins long. Mais cette forme, qui est encore la plus fréquente, est devenue, sans doute, par suite d'une culture très ancienne, fort élastique. En effet, elle s'allonge, dans certaines variétés, au point dépasser à celle d'un cylindre ou d'un prisme ; dans d'autres, elle se raccourcit et se transforme, suivant le degré, en ovoïde ou en sphère, et cette sphère elle-même se déprime, même à un plus haut degré que dans le Potiron : il est telles variétés de Pépons dont les fruits, à force de se raccourcir dans le sens antéroqjostérieur, deviennent toute fait disciformes. Ces allongements et ces raccourcissements, combinés avec d'autres modifications, donnent souvent naissance à des formes extrêmement bizarres.
Une altération qui doit encore être signalée, parce qu'elle est fort remarquable et qu'elle modifie, dans une certaine mesure, le faciès des fruits du Pépon, c'est la production de verrucosités qui
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en rendent la surface irrégulière et 1res inégale. Duchesnela considérait, peut-être avec raison, comme un état morbide. Ce qui est certain, c'est qu'elle n'est pas constante dans une même variété, des graines tirées de fruits verruqueux pouvant donner naissance à des plantes dont les fruits seront lisses, et réciproquement. La présence de ces verrucosités est générale dans le groupe indécis des Barbarines; elle est fréquente aussi dans ceux des Citrouilles et des Giraumons; mais elle me paraît rare dans les vraies Orangines, les Coloquinelles et les Pâtissons; du moins, c'est ce que j'ai cru observer dans le cours de mes expériences.
Dans tous les Pépons, la cbair des fruits présente un caractère constant qui la différencie, au premier coup d'oeil, de celle des Potirons et des Melonées ou Courges musquées : c'est la présence de grosses filandres, dont elle est pour ainsi dire toute composée et que la cuisson, tout en les attendrissant, ne fait cependant pas disparaître. Ces filandres, dirigées transversalement et formant un plexus serré qui sert de point d'appui aux placentas, présentent leurs trancbes sur les coupes longitudinales du fruit et se distinguent aisément à l'oeil nu. On peut même les isoler sans peine les unes des autres,.au inoins dans certaines variétés où elles sont fortes, sèches et lâchement unies. On conçoit que ces filandres ne sont pas exclusivement propres aux Pépons ; elles se retrouvent chez les autres Courges, et même chez toutes les autres Cucurbitacées ; mais, tandis que dans les Polirons et les Courges musquées elles se fondent plus ou moins en une pulpe homogène, elles se conservent toujours nettement accusées et distinctes dans les innombrables variétés de Pépons.
Si la chair des Pépons ne varie pas dans sa structure, elle subit, en revanche, dans sa couleur, sa consistance et les principes qu'elle contient, de nombreuses modifications. Dans certaines variétés, et souvent dans certains échantillons d'une même variété, elle est ferme et compacte; dans d'autres, elle estmolle et aqueuse; jaune ou jaune orangée dans quelques-unes, elle est blanche, jaune pâle, jaune rosée ou rougeâtre dans un grand nombre. Elle est très sucrée dans la variété connue sous le nom de Sucricre du Brésil , légèrement farineuse dans la pluparf des Coucourzelles et
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des Giraumons, insipide ou d'une saveur herbacée dans les Barbarines et l'Orangine ; enfin je l'ai trouvée sensiblement amère dans une variété de Coloquinelles : ce qui autoriserait peut-être à conjecturer que le type primitif du Pépon participait à l'amertume si générale et si caractérisée dans les Cucurbitacées restées à l'état sauvage, et que c'est par la culture que ses fruits ont acquis leur douceur actuelle.
Nous avons vu les graines varier un peu de forme, de grandeur et de couleur dans l'espèce du Potiron ; ici, la couleur est uniformément la même : c'est le blanc isabelle ou blanc sale, plus ou moins terne; tout au plus pourrait-on y signaler de légères différences de ton. Toujours aussi les graines sont marginées, présentant un bourrelet saillant sur leur contour ; mais elles varient un peu dans leur forme, tantôt un peu plus allongée, tantôt un peu plus courte proportionnellement à leur largeur. Par compensation, leurs différences de grandeur sont extrêmement remarquables. Chez plusieurs variétés, elles atteignent à peine 6 à 7 millimètres en longueur; chez certaines autres, elles en dépassent 25. Dans aucun cas, elles ne sont enchâssées dans des placentas pulpeux, comme ceux des Potirons; ces organes étant ici comparativement peu développés et tombant en déliquium à la moindre pression.
La coloration des fruits varie presque autant que la forme : on trouve toutes les nuances depuis le vert noirâtre jusqu'à l'orangé, en passant par le vert pâle , le blanc et le jaune. Tantôt la couleur est uniforme, tantôt elle offre des teintes alternativement plus claires et plus foncées, distribuées en marbrures ou en bariolures assez régulières ; souvent aussi deux ou trois couleurs tranchées existent simultanément : par exemple, le vert et le jaune^ ou le vert, et l'orangé. 11 serait superflu d'ailleurs d'en retracer ici toutes les combinaisons ; je me borne à dire que, dans la plupart des variétés du Pépon, les fruits, à mesure que leur maturité s'avance, tendent de plus en plus vers les teintes jaunes ou orangées uniformes, et que ces teintes, la dernière surtout, sont en général d'autant plus vives que ces fruits, avant leur maturité, ont été d'un vert plus foncé. Les teintes blanches ou jaune pâle sont celles qui changent le moins.
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Nous allons retrouver, clans le6'. Pepo, le phénomène que nous avons déjà constaté dans l'espèce du C. maocima, savoir, des variétés très fugitives, et d'autres, au contraire, douées d'une stabilité presque comparable à celle des espèces les mieux caractérisées.
D'après la forme des fruits, et un peu aussi d'après leur volume, je diviserai les innombrables variétés du Pépon en sept groupes, bieU plus artificiels que naturels, mais qui, je crois, seront encore reconnaissables dans la plupart des cas ; ce sont :
COURGERONS
1° Les COURGERONS, à fruits sphériques, plus ou moins déprimés dans le sens antéro-postérieur, et rappelant par ce caractère la forme typique du Potiron. Ces fruits sont de moyenne grandeur, c'est-à-dire ayant de 20 à 30 centimètres de diamètre transversal (mais non de diamètre longitudinal) ; ils sont comestibles et se distinguent suffisamment par là de ceux des Barbarines et des Orangines, toujours beaucoup plus petits et, par suite, de nul emploi dans l'économie domestique. Comme variétés principales, je rapporte à ce groupe :
a. Le Courgeron de Genève (C. Courgero Seringa Flore des jard., I. c ) , à tige dressée, longue à peine de kO à 50 centimètres, à fruits lisses, très déprimés, d'un vert noir dans le premier âge, passant à l'orangé vif, à la maturité.
b. Le Courgeron ou Courge de Maroc, plante coureuse, à fruits de la grosseur et de la forme d'un Melon cantalou, à côtes plates et prononcées, verts dans la jeunesse, prenant une belle teinte orangée en mûrissant.
CITROUILLES
2° Les CITROUILLES PROPREMENT DITES, de grande et de moyenne taille, à fruits lisses ou verruqueux, dont la forme est ovoïde, obovoïde ou elliptique, c'est-à-dire dont le diamètre longitudinal n'excède pas sensiblement le double de leur diamètre transversal pris dans la partie la plus développée ; nous trouverons dans ce groupe : .
a. La grande Citrouille verruqueuse, dont les fruits énormes, plutôt obovoïdes qu'ovoïdes, atteignent jusqu'à 70 centimètres de longueur. Ils sont d'un vert plus ou moins foncé dans la jeunesse, souvent bariolés de bandes plus claires, et se couvrent çà et là de grosses verrues. La plante est extrêmement forte, très cou
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reuse, à tiges cannelées, présentant au plus haut degré les caractères que j'ai assignés à l'espèce du Pépon. Cette Courge est un peu tardive sous le climat de Paris et doit par conséquent être semée de bonne heure. Elle est d'ailleurs voisine delà suivante, dont on peut la considérer comme une sous-variété.
b. La Citrouille de Touraine, plante forte et coureuse, dont les fruits, encore très gros, sont généralement ovoïdes-elliptiques, lisses, d'un vert foncé, souvent marbrés de vert clair, passant à un orangé un peu terne, vers l'époque de la maturité. La chair en est jaune orangé, et les graines, extrêmement grandes (plus de 25 millimètres de long sur 17 à 18 de large), se font encore remarquer par la grosseur insolite de leur bourrelet marginal. Cette variété précoce, d'une culture peu exigeante et d'ailleurs productive, est cultivée en grand dans certaines provinces de l'Ouest, bien plus pour l'alimentation du bétail que pour les usages culinaires. C'est dire que sa qualité est médiocre, ce qui est d'ailleurs le fait de la plupart des Citrouilles.
c. La Citrouille longue d'Espagne, coureuse, à fruits moyens, lisses, obovoïdes, vert clair, entourés d'une coque semi-ligneuse, à chair jaune pâle ou blanchâtre , dure, très tilandreuse. Cette variété, qui paraît fort médiocre, donne une grande quantité de graines un peu allongées, qui seraient peut-être utilisées avec profit pour la production de l'huile.
d. La Citrouille Sucrière du Brésil, coureuse, à fruits un peu audessous de la moyenne (environ 25 centimètres de long), ovoïdeselliptiques , présentant ordinairement quelques verrues, d'un orangé un peu terne, à chair jaune rougeâtre et remarquablement sucrée dans les échantillons de race pure. D'après les analyses faites au Muséum par M. Frémy, le sucre de cette Courge serait du glucose ou sucre non cristallisable, impropre, par conséquent, aux usages ordinaires, mais pouvant, peut-être avec bénéfice, être converti en alcool. Cette variété, qui est très constante lorsqu'elle n'a pas été hybridée par quelque autre de même espèce, est assez répandue en France et cultivée comme plante potagère. Il convient d'ajouter que sa saveur un peu aromatique, que ne déguisent pas toujours les préparations culinaires, déplaît à beaucoup de per-
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sonnes qui cependant mangent avec plaisir la pulpe accommodée du Potiron.
Les Citrouilles passent, par des dégradations insensibles, au groupe suivant, que je désignerai comme il suit :
GIRAUMONS
3° Les GIRAUMONS, reconnaissables à leurs fruits allongés (ayant plus de deux fois en longueur leur diamètre transversal), tantôt renflés du côté de la fleur et prenant par suite une forme obovoïde allongée, tantôt cylindriques, lisses ou verruqueux, quelquefois relevés de grosses cannelures longitudinales plus ou moins saillantes et présentant souvent, autour du pédoncule de cinq à dix rides rayonnantes qui semblent la continuation des côtes plus ou moins fortes de ce dernier. A ce groupe je rapporterai :
a. Le Giraumon de Patagonie ou Courge des Patagons, qui, par sa grosseur, tient encore d'assez près aux Citrouilles proprement dites. Sa forme est un ovoïde très allongé (de 40 à 50 centimètres de long sur 15 à 20 de diamètre transversal). Son caractère essentiel consiste en cinq fortes cannelures de la grosseur du doigt, ordinairement très saillantes, et qui se prolongent d'une extrémité du fruit à l'autre ; souvent il en existe cinq autres, presque aussi fortes, entre les premières , ce qui porte à dix le nombre de ces côtes. Dans cette race, on peut signaler trois sous-variétés principales , savoir : I o h Courge des Patagons noire, plante coureuse, à fruits d'un vert foncé, marbré de tacbes presque noires ; 2° la Courge des Patagons blanche, coureuse et presque semblable à la précédente, mais à fruits blancs ou plutôt blanc jaunâtre, et 3° la Courge verte de Marseille, variété non coureuse, à fruits très gros et presque semblables à ceux de la Courge des Patagons noire. Les deux premières variétés sont assez généralement cultivées aux environs de Paris, où elles dégénèrent promptement par le peu de soin qu'on prend de les conserver pures ; aussi rien n'est-il plus fréquent que de les voir se transformer, soit en Citrouilles, soit en d'autres formes de Giraumons.
b. Le Giraumon Coucourzelle ou Courge longue d'Italie, dont le fruit allongé, un peu renflé en massue vers l'extrémité florale, est à peu près de la grosseur de celui du Giraumon de Patagonie, mais il en diffère en ce qu'il est lisse et sans cannelures, sauf les
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rides plus ou moins prolongées qui rayonnent autour de l'insertion du pédoncule et qui sont la continuation des côtes saillantes de ce dernier. Sa couleur est le blanc jaunâtre ou le jaune orangé, quand la maturité est parfaite. La chair en est jaune pâle, filandreuse, mais fort bonne. Je distingue deux sous-variétés principales dans la Coucourzelle : l'une coureuse, à tige traînante ; l'autre, à tige très courte et dressée, ne s'inclinant que sous le poids de ses fruits. Elles passent facilement l'une dans l'autre. Il est très fréquent d'ailleurs de voir la Coucourzelle dégénérer, et ses fruits, devenus à la fois moins longs et plus épais, se transformer en véritables Citrouilles. La Courge blanche non coureuse de quelques jardiniers ne me paraît pas différer de la Coucourzelle proprement dite ; elle s'approche aussi de la suivante.
c. La Courge à la moelle , ou Vegetable marrow des Anglais , qui n'est autre chose qu'une Coucourzelle plus petite et peut-être un peu plus molle. Par sa forme ovoïde-oblongue et régulière , elle appartient à peu près autant au groupe des Citrouilles qu'à celui des Giraumons. Elle est très estimée en Angleterre et aux États-Unis, où on la mange, avant sa maturité, apprêtée à la manière du Concombre blanc ; on en fait peu d'usage chez nous. Peut-être est-ce la même variété que la Courge zouquette onzouquetti des Marseillais, qui est employée de la même manière. Je dois dire en passant que toutes les Courges, cueillies avant la maturité, et même peu de temps après la floraison, peuvent être utilisées de même. Le Cucúrbita urnigera, signalé dans les catalogues de plusieurs jardins botaniques, ne me paraît différer par rien d'essentiel de la Courge à la moelle, dont il est à peine une sous-variété peu ou point coureuse.
d. La Courge de Larnaca , plante coureuse, demi-courèuse ou à tige tout à fait courte et dressée , suivant les individus. Dans la variété pure les fruits sont allongés, presque uniformément cylindriques ou un peu en massue, longs de 40 à 50 centimètres sur 10 à 12 de diamètre transversal, lisses, blancs-jaunâtres,à chair jaune. Elle dégénère d'une année à l'autre en se croisant avec les autres variétés du Pépon. Par ses qualités, elle ressemble à la Coucourzelle.
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e. La Courge de Barbarie, l'un des plus gros Giraumons connus , et aussi un de ceux qui sont le plus mal définis comme variété. La plante est en général très forte, presque aussi développée que celle de la grande Citrouille vemiqueuse, à feuillage grand et profondément lobé. Les fruits, presque toujours un peu plus épais vers l'extrémité florale que vers l'autre, ont généralement de 60 à 70 centimètres de longueur sur 20 à 30 de diamètre, dans la partie la plus renflée; ils sont lisses et unis, ou présentent quelquefois les vestiges de cinq côtes effacées qui leur donnent une forme vaguement polyédrique; leur couleur est le blanc jaunâtre, le jaune, l'orangé ou le vert, tantôt isolés, tantôt réunis en plaques, marbrures ou bariolures sur le même fruit. Par certaines de ses formes, cette variété s'approche du Giraumon de Patagonie ; elle passe facilement, par d'autres, au groupe des Citrouilles.
f. La Courge blanche très allongée, variété non coureuse, à fruits blancs ou jaune très pâle, longs de 40 à 50 centimètres, de la grosseur du bras, lisses, mais offrant les vestiges de cinq côtes mousses qui leur donnent un aspect un peu polyédrique, ordinairement claviformes et très souvent courbés dans la moitié ou le tiers le plus rapproché du pédoncule. Ce fruit est un excellent légume, surtout lorsqu'il est cueilli avant la maturité.
g. La petite Courge bicolore, plante coureuse, reléguée d'ordinaire parmi les plantes d'agrément ou de curiosité sous le nom de fausse Coloquinte, mais appartenant réellement au groupe des Giraumons par la forme allongée de son fruit un peu claviforme, tantôt tout jaune, tantôt entièrement vert foncé, plus souvent moitié jaune et moitié vert, auquel cas cette dernière couleur occupe le côté de la fleur. Je ne signale cette variété, d'ailleurs très sujette à dégénérer, que parce qu'elle est cultivée depuis longtemps au Muséum.
h. La Courge Polk , plante coureuse , quelquefois totalement dépourvue de vrilles ; à fruits très longs, eu égard à leur grosseur (de 30 à 50 centimètres, sur 6 à 8 de diamètre transversal ), extrêmement verruqueux, de l'orangé le plus vif, très souvent courbés sur eux-mêmes, à coque semi-ligneuse. Ces fruits, remarquables par leur forme et leur brillant coloris, peuvent faire rechercher cette variété comme plante ornementale ; en eux-mêmes
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ils ne sauraient avoir aucune utilité. La Courge Polk a considérablement varié dans les cultures du Muséum, où elle n'a pas été mise à l'abri du pollen des autres variétés du Pépon. On en jugera par ce fait : onze pieds, provenus en 1856 de graines récoltées, en 1855, sur la variété type, ont donné le résultat suivant : cinq plantes non coureuses, ressemblant presque de tous points à la Courge cou-tors ou crook-neck, et six plantes coureuses , les unes pourvues de vrilles, les autres sans vrilles, dont une seule reproduisit fidèlement le type de 4855. Les cinq restantes se transformèrent, à des degrés divers, soit en petites Citrouilles , soit en Giraumons ordinaires , lisses ou tuberculeux, verts ou orangés. Sans le croisement avec des variétés différentes, la Courge Polk aurait probablement une certaine stabilité.
i. La Courge cou-tors ou crook-neck des Américains, variété très voisine de la précédente, comme on peut en juger par le fait de transformation que je viens dé rapporter, et qui s'explique d'ailleurs par la circonstance qu'en 1855 les deux variétés étaient rapprochées l'une de l'autre et presque contiguës. Sa tige est courte et dressée ; l'ovaire , dans les fleurs femelles, long de 8 à 10 centimètres, et à peine de la grosseur d'une plume à écrire, au moment de la floraison, s'incline par son propre poids, en se courbant dans sa moitié postérieure. Il en résulte que les fleurs sont tournées vers la terre, et que les fruits qui conservent généralement cette position en grossissant, sont brusquement courbés en crosse. De là est venu le nom de crook-neck, traduit en français par celui de cou-tors, sous lequel cette variété nous a été donnée par M. Vilmorin. Les fruits sont d'un bel orangé, plus ou moins verruqueux, renflés en massue et généralement un peu pointus du côté de la fleur. Leur coque est semi-ligneuse. Par leur brillant coloris et leur forme bizarre, ils assignent à la variété une place dans les jardins d'agrément, cejpri est le seul usage auquel elle nous paraisse propre. Elle donne une sous-variété à fruits ovoïdes, courts, presque pointus aux deux extrémités , du reste tout semblables au type par la couleur et les verrucosités, et qu'on connaît sous le nom de Coloquinte de Liège. Sur quatre pieds de cette dernière qui ont été cultivés au Muséum
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en 1856, un seul conserva le type de la sous-variété ; les trois autres se métamorphosèrent complètement en Courge cou-tors proprement dite. Celle-ci d'ailleurs dégénère aisément sous l'influence du pollen d'autres variétés; je l'ai vue, en 1856, devenir très coureuse et produire de gros fruits lisses qui n'étaient guère plus que des Giraumons ordinaires.
PÂTISSONS
4° Les PÂTISSONS, groupe très vaguement défini et qui n'est bien reconnaissable que dans la variété type, encore est-elle très polymorphe. On peut dire d'une manière générale que ce sont des plantes à tige courte et dressée, ou excédant à peine 1 mètre de longueur, à feuillage grand et développé , à fruits petits ou tout au plus moyens, le plus souvent déprimés, quelquefois à peu près sphériques, avec ou sans côtes, lisses ou plus rarement verruqueux, jamais entourés d'une coque ligneuse. Par certaines formes, peut-être dégénérées, ils se lient intimement aux Citrouilles ; par d'autres ils passent aux Giraumons. La variété type est la suivante :
a. Le Pâtisson proprement dit ou Artichaut d'Espagne, ou encore Bonnet d'électeur et Arbouse d'Astrakhan, plante à tige courte et dressée, présentant communément des vrilles à tous les degrés de transformation et de développement, quelquefois totalement dépourvue de ces organes. Au moment de la floraison, l'ovaire a la forme d'un cône surbaissé, ayant la corolle à son sommet, et huit à dix lobes arrondis sur le contour de sa base, au centre de laquelle s'insère le pédoncule. Cette forme se conserve plus ou moins jusqu'à la maturité du fruit, mais elle présente aussi de grandes variations suivant les individus. On en voit dont les fruits sont tout à fait déprimés dans le sens antéro-postérieur, d'autres chez lesquels la forme conique est très prononcée, d'autres encore dont les lobes ou cornes, éloignés de la base, se rapprochent de la partie antérieure du fruit pour y former une espèce de couronne. Il en est enfin qui sont presque entièrement sphériques ou en ovoïde court, et sur lesquels les lobes saillants sont placés tantôt près de la base, tantôt au milieu ou près du sommet. Tous ces fruits varient de 1 0 à 2 0 centimètres de diamètre transversal. Leur couleur est très fréquemment le blanc jaunâtre, soit pur, soit mar-
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bré de vert; quelques sous-variétés sont d'un orangé assez vif; la chair en est filandreuse, mais assez fine, blanchâtre ou jaune très pâle et généralement estimée. On voit fréquemment à Paris, chez les marchands fruitiers et les restaurateurs, des fruits de Pâtissons de toutes les formes que je viens d'indiquer.
Le Pâtisson, lorsqu'on l'isole suffisamment, clans les jardins, des autres variétés de Pépons, se conserve franc et présente tous les caractères apparents d'une bonne espèce : aussi a-t-il été désigné comme tel par plusieurs botanistes, sous le nom de Cucurbita Melopepo ; mais cette stabilité cesse dès qu'il peut recevoir du pollen des autres races de Pépons, et il se transforme alors brusquement en Citrouilles ou en Giraumons, suivant les variétés qui ont fourni le pollen. En 1856, sur cinq pieds provenus d'une plante type, à fruits jaune pâle, qui avait été cultivée, en 1855, au milieu de nombreuses variétés de Giraumons et de Citrouilles, un seul pied réproduisit le Pâtisson proprement dit ; les quatre autres s'étaient totalement transformés, savoir : deux en Giraumons ou plutôt en Giraumons-Chrouilles de couleur jaune pâle, un troisième en un Giraumon vert foncé ; le quatrième en une petite Citrouille à fruits sphériques. Ces modifications me donnent lieu de penser que les variétés suivantes ne sont que des dégénérescences analogues du vrai Pâtisson, tel que je l'ai décrit plus haut.
b. Le Pâtisson vert à côtes, plante non coureuse, dont les fruits ronds et déprimés, d'un vert foncé et à côtes très marquées, ressemblent presque complètement au Melon cantalou noir des Carmes. A n'en juger que par la forme , cette variété rentrerait dans les Courgerons.
c. Le grand Pâtisson coureur, dont les tiges , longues environ d'un mètre, traînent sur le sol, et dont les fruits, presque entièrement sphériques,jaune orangé et un peu verruqueux, rappellent, pour la forme et le volume, les gros Melons cantalous ordinaires. Par une de ses sous-variétés à fruits très déprimés et presque aplatis d'avant en arrière, il se rattache plus directement au Pâtisson proprement dit. Toutefois cette variété dégénère très vite par son croisement avec d'autres Pépons ; en 1.856, je l'ai vue se méta-
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morphoser en une grosse Citrouille verte très coureuse et presque toute semblable à la Citrouille de Touraine.
Il existe encore plusieurs autres variétés de Pâtissons d'un moindre intérêt et qu'il serait trop long de décrire ici.
ORANGIN
5° L'ORANGIN ou COURGE ORANGINE, nommée ainsi pour la ressemblance de ses fruits avec des Oranges de diverses grosseurs. De toutes les variétés du Pépon, c'est celle, à mon avis, qui présente le plus de stabilité et qui ressemble le mieux à une espèce légitime ; aussi n'est-il pas étonnant que beaucoup d'auteurs, à l'exemple de Willdenow, l'aient érigée en espèce sous le nom de Cucúrbita aurantia. Elle est toujours coureuse ; son feuillage, plutôt à trois qu'à cinq lobes, est comparativement petit et peu découpé, et les lobes en sont assez obtus ; mais par tous ses autres caractères elle rentre indubitablement dans le C. Pepo. Ses fruits sont à peu près sphériques, lisses, d'un orangé un peu rougeâtre, à coque mince et cependant assez ferme, variant du volume d'une Pomme d'Api à celui d'une grosse Pomme d'Adam. La chair en est fade, filandreuse et jaunâtre.
Quoique cultivée, en 1855, au milieu d'une multitude d'autres Pépons dont elle a reçu les pollens par l'intermédiaire des abeilles, c'est à peine si cette variété en a été altérée l'année suivante. Sur trente-sept échantillons cultivés au Jardin en 1856, il n'y en eut que quatre dont la forme fut sensiblement modifiée. Sur deux pieds les fruits étaient devenus obovoïdes et ressemblaient à de très petites Citrouilles ; sur deux autres ils s'étaient allongés en Giraumons, mais tous avaient conservé la couleur de la variété type. Ce fait, tout en démontrant la parenté de l'Orangine avec les autres Pépons, me semble établir en même temps sa résistance à se laisser modifier par des pollens qui lui sont étrangers : on en verra plus loin une preuve remarquable.
L'Orangine est très fréquemment cultivée comme plante d'ornement. Ses fruits,'lorsqu'ils ont bien mûri et que l'automne a été sec, se conservent facilement dans toute leur beauté , d'une année à l'autre.
BARBARINES
6° Les BARBARINES, groupe indécis et arbitraire, dans lequel je suis forcé de réunir les variétés véritablement innombrables et
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toujours changeantes de Courges d'ornement, vulgairement connues sous le nom de fausses Coloquintes et que leur faible volume ou le peu d'épaisseur de leur chair rendent tout à fait impropres aux usages domestiques. Toutes sont coureuses, presque toutes à feuillage très découpé, ce qui les distingue d'emblée de l'Orangine proprement dite. On y retrouve, mais sous des volumes beaucoup moindres, toutes les formes de Pépons que nous avons énumérées jusqu'ici ; ainsi il en est dont les fruits sont très déprimés ou sphériques : d'autres où ils sont obovoïdes, cylindriques, plus ou moins allongés, renflés en massue, etc.; chez quelques-unes, ils sont lisses ; chez un plus grand nombre d'autres, ils sont verruqueux, tantôt unicolores, tantôt marbrés de jaune, d'orangé, de blanc et de vert. Les plus grandes variétés se nuancent avec les Courgerons, les Giraumons et les Citrouilles; plusieurs ressemblent à s'y méprendre aux vraies Orangines, en faisant toutefois abstraction du feuillage ; enfin j'en ai vu qui reproduisaient à peu près exactement certaines formes de Pâtissons. Ces modifications sans fin se produisent surtout lorsque, plusieurs années de suite, on en cultive un certain nombre de variétés au voisinage les unes des autres ; on peut même en produire à volonté de très bizarres par des croisements artificiels entre variétés très différentes, alliées, soit entre elles , soit avec les autres formes du Pépon.
Il est impossible de signaler des variétés véritablement stables dans ce groupe, et il serait inutile de décrire celles qui naissent tous les ans dans les jardins d'amateurs, ordinairement pour disparaître l'année suivante. Les formes les plus communes et aussi les plus recherchées sont celles que plusieurs botanistes ont décrites sous les noms de Cucurbita verrucosa et C. subverrucosa, dont les fruits, sphériques ou obovoïdes, sont plus ou moins couverts de verrues. Ils varient de la taille d'une Pomme d'Api à celle d'une Citrouille moyenne. Je citerai encore, parmi les Barbarines, la Coloquinte pomme hâtive, ou Apple early egg, de la collection de M. Vilmorin, dont, le fruit jaune, très lisse et très déprimé d'avant en arrière, est entouré d'une coque aussi dure quecelled'uneCalebasse. Dans la plante type, cultivée en 1855, ces fruits n'avaient guère que la grosseur d'une petite Pomme aplatie ; en 1856, sans doute
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par suite du croisement, ils étaient douze à quinze fois plus volumineux, mais toujours de même forme et de même couleur.
COLOQUINELLES et COUGOURDETTES
7° Les COLOQUINELLES et COUGOURDETTES, qui répondent tant bien que mal aux Cucurbita ovifera, pyxidaris et pyriformis, et probablement encore à d'autres prétendues espèces distinguées par les auteurs. C'est tout au plus si l'on peut les séparer du groupe précédent, avec lequel elles se lient par de nombreux intermédiaires. Toutes sont coureuses , à feuillage très découpé, à fleurs toujours plus petites que celles des Citrouilles et autres grandes variétés de Pépons. Leur principal caractère réside bien plus dans la petitesse des fruits que dans leur figure, qui est tantôt pyriforme, tantôt ovoïde ou presque sphérique. Ces fruits sont lisses et non verruqueux, unicolores ou bariolés de blanc, de jaune et de vert. Le pédoncule, dans certaines variétés au moins, est, toute proportion gardée, beaucoup plus long que dans les Citrouilles et les Giraumons, car, taudis quedans ces derniers il n'a guère que le quart, le cinquième, quelquefois le dixième ou le douzième de la longueur du fruit, dans les Coloquinelles et les Cougourdettes il atteint et même dépasse fréquemment cette longueur tout entière. Une particularité que je ne dois pas omettre, c'est que toutes ces plantes sont incomparablement pjus fécondes que les grandes variétés de Courges. Un seul pied bien cultivé peut produire de cinquante à cent fruits, peut-être davantage , comme si la nature tenait à compenser la faiblesse du volume par le nombre. Ce fait, du reste, n'est pas propre à ces variétés; il appartient à toutes les espèces de Courges, et même, d'une manière plus générale, à toutes les Cucurbitacées, dont les fruits, sur un même individu, sont toujours d'autant plus nombreux qu'ils sont plus petits.
Deux formes principales peuvent être distinguées dans ce groupe 5 ce sont :
a. La Coloquinelle oviforme , dont les fruits obovoïdes ressemblent assez exactement à des oeufs d'oiseaux ; il en est de presque tout blancs, qu'on peut comparer , suivant leur taille, à des oeufs de Poule ou de Cygne. Leur coque dure permet de les conserver une année entière , ou même plus longtemps, sans altération.
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Quelques sous-variétés, à fruits plus gros et bariolés, tendent à se rapprocher des Citrouilles.
6. La Cougourdetle proprement dite, dont la forme type est celle d'une Poire un peu allongée , ou mieux encore d'une Gourde à goulot étroit. Elle est tantôt toute blanche, tantôt Verte bariolée de blanc; quelquefois le vert est remplacé par le jaune et alterne avec des bandes plus pâles. Généralement sa coque est ferme et ligneuse; elle acquiert souvent tonte la dureté du bois, et comme elle a une certaine épaisseur, on peut la vider et en faire de petits vases, ce qui a valu, sans doute, à la variété son nom vulgaire, et probablement aussi son nom botanique de pyoeidaris. Communément, les fruits sont delà taille d'une poire moyenne, mais ils sont quelquefois beaucoup plus petits ; j'en ai vu qui, bien qu'arrivés à parfaite maturité et contenant de bonnes graines, ne dépassaient guère le volume d'une grosse noix. Dans la sous-variété à fruits verts bariolés de blanc, j'ai trouvé la pulpe du fruit sensiblement amère , mais ce caractère ne me paraît pas constant.
Duchesne, tout en rattachantla Cougourdette au type du C. Pepo, revendique pour elle une fixité de caractères qui en ferait une variété de premier ordre ou une sous-espèce. Je ne partage que jusqu'à un certain point son opinion à cet égard : si la Cougourdette se reproduit identiquement dans beaucoup de cas, il en est d'autres cependant où elle varie de la manière la plus remarquable et perd totalementles caractères qu'on lui assigne. Sur une trentaine de pieds cultivés au Muséum en 1856, le tiers environ fut notablement modifié, probablement par l'influence des divers pollens que les fleurs du pied mère avaient reçus l'année précédente. La plupart donnèrent des fruits sphériques ou ovoïdes, blancs ou bariolés de vert, qui ne différaient pas sensiblement de ceux de la Coloquinelle oviforme; il y en eut un qui se transforma en une petite Citrouille à fruits ovoïdes, et un autre enfin, plus profondément altéré, dont les fruits devinrent de véritables Giraumons, douze à quinze fois plus volumineux que les fruits de la variété type.
Quelque dissemblables que soient entre elles les nombreuses variétés que j'ai sommairement décrites dans le C. Pepo, et qui ne sont qu'une faible partie de celles qui existent réellement ou qui
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peuvent se produire", il ne me paraît plus possible aujourd'hui de mettre en doute leur identité spécifique. Toutes sont fort probablement des produits de la culture, puisque nous en voyons chaque année naître de nouvelles, soit par le fait du hasard, soit par celui de nos procédés artificiels de fécondation. Toutefois, si les croisements entre variétés sont un puissant moyen de multiplier les formes, il faut reconnaître aussi qu'ils ne sont pas toujours nécessaires et qu'au moins les premières variétés qui apparurent dans le C. Pepo eurent une autre origine. Concluons-en, avec la majorité des botanistes, que les espèces ne sont pas toutes absolument enchaînées dans le cercle étroit où il nous plaît de les enfermer ; qu'aujourd'hui encore elles jouissent d'assez de souplesse pour varier dans des limites considérables, et qu'elles peuvent, sous l'influence continue de certaines conditions de sols et de climats, soit naturelles , soit artificielles, se subdiviser en formes secondaires , qui ne diffèrent des espèces véritables qu'en ce qu'elles peuvent s'allier les unes aux autres par voie d'hybridité, sans que leur descendance perde la faculté de se,perpétuer.
Cucurbita moschata
C. moschata Duch., Dict. des se. nat., XI, 234. — DC, Prod., III, 317. — C. Pepo moschata Lamk, Dict. encycl., II, p. 1 5 2 .— C.moschataetC. hippopera Sering., Fior, desjàrd. etdes gf. cult., p. 331.—C. macrocarpa Gasparr, ' l: c. —- FortassisC. villosa et C. farinosa Blum., Bijdr. Ind. or., p. 931.
— Courge musquée ; C. muscade, Melonnée ; C. berbère ou bédouine, etc. C. annua ; caulibus repentibus, rarissime abbreviatis, subteretibus; foliis prò genere mollibus, intense viridibus, frequentissime albo marmoratis, lobis sinubusque acutis [in quibusclam varietàtibus rotundatis) ; pilis petiolorum nervorumque nunquam pungentibus; florum masculorum pedunculis hirsutis, subteretibus teretibusve; calycis tubo brevissimo aut fere nullo, sepalis linearibus planis, apice ut plurimum dilatato-foliaceis aut lobatis ; foemineorum pedunculis pentaedfis ; fructibus maturis pulvere tenuissimo glaucescentibus ; pulpa nix fibrosa ; placentis facile deliquescentibus.
Cette remarquable espèce est encore généralement confondue
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avec les Potirons et les Pépons ; Duchesne lui-même [Dictionnaire encyclopédique) ne la distinguait pas suffisamment de ces derniers. Pour Sageret, c'était une espèce intermédiaire : aussi la nommaitil Potiromon, voulant indiquer parla qu'elle tenait également des Potirons et des Giraumons. Nous verrons bientôt qu'elle diffère essentiellement, comme espèce, des uns et des autres.
La Courge musquée demande plus de chaleur que les deux espèces précédentes : aussi n'est-elle commune que dans le midi de l'Europe, en Afrique, aux Antilles, et généralement dans les pays chauds. Sous la latitude de Paris, elle ne vient bien qu'à la condition d'être semée de bonne heure et activée par la chaleur artificielle des couches et des châssis vitrés; quelques variétés plus précoces, mais dont les fruits n'atteignent relativement qu'un faible volume, réussissent cependant par les seuls procédés de culture en usage pour les Potirons.
Moins variable que le Pépon, la Courge musquée l'est cependant encore beaucoup. Sur une cinquantaine de pieds de diverses provenances qui furent cultivés en 1856 au Muséum, il n'y en eut qu'un dont la tige resla courte et à demi coureuse, et peut-être n'était-ce qu'un accident. Généralement, toujours peut-être, quand le développement est normal, la plante est sarmenteuse et traînante; il me paraît même que, sous ce rapport, elle l'emporte sur le Potiron proprement dit, et que c'est surtout à ce caractère qu'elle doit d'être plus tardive dans nos climats.
Toute proportion gardée, ses tiges sont un peu plus grêles que celles des espèces précédentes ; elles sont à peu près cylindriques ou obscurément pentagonales et présentent souvent une tache noirâtre autour de l'insertion des pétioles. Ces derniers sont cylindriques, comme rayés de bandes alternantes.de vert pâle et de vert foncé, uniformément hispidules, mais n'ayant jamais de ces poils aiguillonnés et piquants qu'on trouve chez presque tous les Pépons. Les feuilles sont généralement d'un vert foncé caractéristique , presque toujours aussi elles sont marbrées de taches blanches aux angles formés par les principales nervures; elles sont veloutées, comparativement molles et douces au toucher, arrondies- réniformes, denticulées-crénelées sur leur contour, à cinq et
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quelquefois sept lobes ordinairement aigus, plus rarement obtus ou arrondis, séparés par îles sinus également aigus. Dans quelques variétés qui nous ont été envoyées, des Antilles, les premières feuilles présentaient tous les caractères que je viens d'indiquer; mais lorsque les plantes furent adultes, ces organes prirent un aspect sensiblement différent ; leurs sinus se prolongèrent presque jusqu'à la nervure médiane; leurs lobes se découpèrent euxmêmes jusqu'à un certain point et s'arrondirent ; il en résulta des feuilles qui rappelaient d'assez près celles des Pastèques ou, mieux encore, de la Courge mélanosperme, et auxquelles leurs grandes et nombreuses macules blanches donnaient une élégance inusitée dans le genre.
Les fleurs mâles offrent des caractères plus saillants et qui permettront, je crois, dans la plupart des cas, de reconnaître immédiatement l'espèce. Tandis que, dans le Potiron et le Pépon, le tube du calice est toujours plus ou moins campanule, ici, au contraire, le tube est pour ainsi dire nul et réduit à une sorte de plateau à peine relevé sur ses bords. Les sépales, au lieu d'être filiformes comme chez les Potirons, ou subulés comme chez le Pépon, sont aplatis, linéaires, très souvent terminés par un ou deux lobes, vestiges d'un limbe avorté ; souvent aussi ce limbe se développe en une petite feuille plus ou moins arrondie et denticulée, dont la largeur va jusqu'à 10 ou 15 millimètres. En général, les sépales sont d'autant plus larges qu'ils sont plus réduits à l'état desimpies pétioles, d'autant plus étroits, au contraire, que le limbe terminal est plus développé. Leur teinte ordinaire est un vert très foncé , ce que je regarde aussi comme un des caractères propres à cette espèce.
Les corolles ne diffèrent pas sensiblement par leur forme et leur grandeur de celles du Potiron , mais elles sont généralement d'un jaune moins vif. Quelques auteurs les décrivent comme étant presque blanches ; je n'en ai vu aucun exemple.
L'ovaire varie beaucoup de forme dans la Courge musquée ; quelquefois il est ovoïde ou presque sphérique ; plus souvent il est allongé, cylindrique et plus ou moins renflé dans son tiers supérieur, de manière à rappeler celui de certaines variétés de
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Gourdes ; d'autres fois il est légèrement étranglé dans le milieu ; il est tantôt droit et tantôt un peu courbé. Lorsqu'il est court et ovoïde, sa structure intérieure ne diffère pas de celle des ovaires de Po irons et de Pépons ; mais lorsqu'il est allongé, les carpelles n'en n'occupent que la partie terminale et renflée ; cette structure devient plus frappante sur les fruits développés.
Ceux-ci effectivement sont tout à fait caractéristiques, bien que leurs formes et leurs volumes relatifs varient considérablement. Il en est de simplement ovoïdes, avec des côtes plus ou moins prononcées : la Melonée proprement dite, par exemple; d'autres sont obovoïdes ou pyriformes; toutefois, dans la majeure partie des cas, ils conservent ces formes allongées et renflées en massue que j'ai indiquées dans les ovaires, et alors toute la partie rétrécie du fruit est pleine, ferme et compacte ; il n'y a de cavité séminifère que dans le haut du fruit, là où existe le renflement dont j'ai parlé. Il résulte de cette disposition que, eu égard au volume, ces fruits pèsent beaucoup plus que ceux des Potirons ou des Pépons, chez lesquels le vide intérieur est toujours beaucoup plus grand.
La couleur la plus commune des fruits de la Courge musquée est le vert noirâtre, passant plus ou moins au jaune orangé, lorsque la maturité est complète, mais se conservant aussi quelquefois sans altération. Toutefois, dans certaines variétés, les fruits sont d'un vert plus clair, souvent marbrés et bariolés de blanc; il semble même, d'après Metzger, qu'il en existe d'entièrement blancs, ce que je n'ai pas été à même de vérifier. Un caractère essentiel, et sur lequel j'insiste d'autant plus qu'il a été moins remarqué, c'est que tous ces fruits, à quelque variété qu'ils appartiennent, se couvrent, lorsqu'ils ont atteint toute leur grosseur, d'une poussière cireuse, glauque ou bleuâtre, très fine, très analogue à ce qu'on appelle la fleur dans les Prunes mûres, et, pour chercher un exemple plus voisin, tout à fait semblable à celle des Bénincasa. Elle est seulement un peu moins abondante que dans cette dernière Cucurbitacée ; mais elle est très visible, surtout aux environs du pédoncule, là où le fruit a été exposé à moins de frottements.
Le pédoncule, dans la Courge musquée, n'est jamais cylindrique comme dans le Potiron ; par sa forme polyédrique, il se rapproche
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davantage de celui des Pépons, mais il est comparativement moins gros et surtout moins cannelé ; très fréquemment, il s'élargit en une sorte de patte à cinq lobes, au point où il s'insère sur le fruit. Il est généralement hérissé de poils qui persistent jusqu'à la maturité.
v La chair, dans l'espèce qui nous occupe, se rapproche beaucoup plus par sa consistance de celle des Potirons que de celle des Pépons. Elle est à peine filandreuse, ou, si l'on aime mieux, les filandres s'y fondent en une pulpe homogène, moins fine cependant que celle des Potirons. En revanche, celte chair a une saveur plus relevée et qui place, d?ns l'opinion de beaucoup de personnes, la Courge musquée au-dessus du Potiron comme plante économique. C'est là, sans doute, une affaire de goût et sur laquelle il n'y a pas à discuter ; je me borne à constater que dans les pays méridionaux on lui donne généralement la préférence sur le Potiron. Pour compléter ce que j'avais à en dire, j'ajouterai que, dans cette espèce, la couleur de la chair varie du jaune pâle au rouge de sang, que les placentas ont peu de consistance, et que les graines, toujours d'un blanc sale, sont entourées d'un bourrelet saillant et dont la nuance est ordinairement plus foncée que celle des deux faces, ,
Je ne connais qu'un petit nombre de variétés de Courges musquées, car plusieurs de celles que nous avons fait,cultiver au Muséum, soit par défaut de chaleur, soit pour avoir été semées trop tard, n'ont pas pu fructifier. Néanmoins, en m'aidant des notes recueillies par d'autres observateurs, je crois pouvoir les ramener aux trois formes suivantes, qui n'ont cependant rien d'absolu, des intermédiaires nombreux les reliant les unes aux autres.
i l ' L a MELONÉE OU Courge muscade des Marseillais, généralement cultivée en Provence , où elle acquiert le volume des plus grands Potirons. Sa chair est rouge de sang et fort estimée. Il est probable qu'elle se retrouve sur tout le périmètre européen delà Méditerranée, et sans doute aussi en Afrique. C'est à elle que se rapporte ndubitablement une Courge dont les graines nous ont été envoyées deTrieste sous le nom de Courge de Chine, mais dont les fruits n'ont pas encore pu se développer sous notre climat. D'après ce qui
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nous a été dit, ces fruits acquerraient un volume énorme et pèseraient jusqu'à 50 ou 60 kilogrammes. La Courge de Madagascar en est une autre sous-variété, qui ne diffère de la Melonée proprement dite que par un volume beaucoup moindre et qui ne dépasserait pas celui de la tête d'un homme. Je n'affirme pas que ce caractère soit constant; il se peut qu'il ne soit qu'accidentel, car je n'ai pu en juger que d'après un seul échantillon.
2° La Courge berbère, répandue de l'Egypte au Maroc, ainsi que dans le midi de l'Europe. Je la considère comme la forme type de l'espèce. Elle est allongée, cylindrique, droite ou courbée, toujours renflée en massue, ou plutôt en pilon, du côté de la fleur, pleine dans tout le reste de sa longueur. Elle porte différents noms suivant les localités ; nous l'avons reçue d'Algérie, sous le nom de Courge bédouine, et d'Egypte sous celui de Hahre-Ahmar.Je l'ai vue devenir pyriforme dans nos cultures, et se rapprocher par là de la Melonée proprement dite; il est probable qu'elle passe aussi à la forme suivante, avec laquelle d'ailleurs on peut la confondre sans inconvénient.
3° La grande Courge pleine, à laquelle seule il conviendrait, je crois, de réserver le nom de Courge pleine de Naples et celui de Courge porte-manteau. Elle se dislingue autant par l'énormité de ses fruits que par leur forme tout à fait cylindrique. D'après M. Gasparrini, qui l'a décrite comme une espèce distincte sous le nom de C. macrocarpa, et de qui nous en avons reçu la graine, ses fruits atteindraient de A à 5 pieds de long. Elle a médiocrement réussi au Muséum, quoique située à bonne exposition. Sur cinq pieds, dont quatre ont pris un développement énorme, il n'y en eut qu'un seul qui fructifia, et encore très tardivement. Son fruit unique , arrêté dans sa croissance par la fraîcheur des nuits d'octobre , et bien loin encore de l'époque de sa maturité, avait environ 1 mètre de long sur une épaisseur de 25 centimètres. Sa forme était presque entièrement celle d'un cylindre ; il n'en différait qu'en ce qu'il était un peu rétréci à son extrémité antérieure, ce qui est précisément le contraire des fruits de la variété précédente. Toutefois ce n'était qu'à cette extrémité rétrécie que se trouvait la cavité séminifère ; dans tout le reste de son éten-
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due, il était plein et à chair 1res ferme : aussi était-il remarquablement lourd.
La Courge musquée est totalement inconnue sur les marchés de Paris; elle paraît même fort rare dans les jardins d'amateurs du nord de la France. Cependant ses excellentes qualités potagères, si bien appréciées dans les pays du Midi, la recommandent assez, sinon pour la faire adopter par nos maraîchers, du moins pour lui faire donner une place dans les jardins particuliers.
Cucurbita melanosperma
C. melanosperma, AI. Braun, Cal. Hort. Karlsr., anno 1824, et App. spee.nov. lion. Bèfol., I 8S3. —. Gaspan., Ann. des se. nat.,3' sér., t. IX, p. 208. — C. ficifoiia, Bouché, Hort.Iierol. — Courge ou Melon de Siam, G. mélanosperme. -
C. annua; caulibus gracilibus, longe repentibus; foliis 5-lobis, lobis sinubusque rotundatis; fructibus rotundalo-ovoideis, albo marmoratis, plenis, corticc sublignoso tectis; carne dulci, alba, fibrosa ; setninibus nigricantibus aut etiam nigerrimis.
Cette espèce, beaucoup plus éloignée des trois précédentes que celles-ci ne le sont entre elles, n'est guère connue en Europe que depuis le commencement de ce siècle. On ne sait précisément ni d'où ni par qui elle y a été introduite, mais son nom vulgaire de Courge de Siam autorise à croire qu'elle vient originairement de l'Asie méridionale (1). Elle n'a encore donné aucune variété en Europe, et est encore telle aujourd'hui que le premier jour où elle
(1) Lors de l'envoi des yacks de Chine en France, par M. de Montigny, en 1854, une grande quantité de Courges mélanospermes avaient été embarquées à Chang-Haï, pour servir de nourriture à ces animaux durant le voyage. A leur arrivée au Muséum, où l'on sait que les yacks séjournèrent près d'un an, il restait encore plusieurs tonneaux de ces fruits parfaitement conservés. Il semblerait, d'après ce fait, que la plante est cultivée en Chine sur une grande échelle, Sa demi-rusticité jusque sous la latitude de Paris, sa culture facile et la longue durée de ses fruits en feront peut-être un jour une plante économique d'une certaine importance en Europe pour l'alimentation du bétail, surtout pendant l'hiver.
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y a paru , ce qui permet dé supposer, avec une grande vraisemblance, que sa culture, en Asie, ne date pas de loin.
Ses caractères parfaitement tranchés ne permettant de la confondre avec aucune autre Cucurbitacée, je me dispenserai de là décrire avec détail. Je me borne à dire qu'elle se distinguera toujours à première vue des autres Courges par son feuillage moyen, d'un vert un peu jaunâtre, à lobes très obtus, séparés par des sinus profonds et arrondis. Ses fruits, communément de la grosseur de la tête, ont une certaine ressemblance avec ceux d'une Pastèque commune ; ils sont marbrés, réticulés ou bariolés de blanc sur fond vert, et protégés par une coque mince, semi-ligneuse et un peu fragile. La chair en est d'un blanc parlait, ainsi que les placentas qui en remplissent tout l'intérieur et dans l'épaisseur desquels sont nichées de grandes graines noires, quelquefois seulement brimes, qui, sauf la couleur, ressemblent exactement à celles des Potirons communs.
Jusqu'aujourd'hui la Courge mélanosperme n'a guère été considérée que comme plante de curiosité. Ses fruits, qui ne sont pas dénués d'une certaine élégance, et qui à ce mérite joignent celui de se conserver intacts pendant plusieurs années, lorsque toutefois ils ont été cueillis bien mûrs, n'ont pas d'autre usage, à Paris, que de servir d'ornement aux devantures de quelques restaurants. Jl semble cependant qu'on pourrait en tirer un meilleur parti. Cueillis jeunes et à demi-grosseur, leur chair est très fine, tendre et légèrement sucrée, ce qui permettrait de les préparer à h manière du Concombre blanc. Lorsqu'ils sont arrivés à maturité, elle est dure et filandreuse, et alors elle ne convient plus qu'à la confection de conserves analogues à celle qu'on préparc dans le Midi avec la Pastèque commune.
Cucurbita perennis
Cucurbita perennis, As. Gray, Plant. Lindh, II, p. 1 9 3 ; et Plant. Wright., II, p. 6 0 . — N d n., Revue horticole, ann. 1855, p. 61, cum icône. — Cucumis perennis, E. James, Exped. Rocky Mount., II, 345. — DC, Prodr., III, p. 302. — Courge vivace.
C. radice perennante, crassa, dauciformi; caulibus annitis,
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longissimis, scandentibus ; foliis triangularibus, oblusis, inlegris ; corollis aurantiacis, violam redolentibus ; fructibus parvis, sphoericis obovoideisve, pulpa fibrosa amarissima.
La Courge vivace, de même que l'espèce suivante, est une singulière anomalie dans le genre Cucurbita, auquel, malgré tout, elle appartient de la manière la plus incontestable ; mais son faciès, sa manière de végéter et le climat sous lequel elle est indigène la feraient rejeter bien loin de ce genre, si l'on ne jugeait que d'après ces considérations, qui sont ici tout à fait secondaires. Au premier abord, elle semble un composé de plusieurs espèces fondues en une seule : que d'une volumineuse racine de Bryone on fasse naître les longs sarments d'une Courge , qu'à ces sarments on adapte les feuilles très agrandies de VEcbalium, les fleurs du Potiron et les fruits bariolés d'un Pépon coloquinelle , on reproduira à très peu près l'ensemble de la Courge vivace.
Indigène des contrées tempérées de l'Amérique septentrionale (Texas et Californie), la Courge vivace est assez rustique pour croître et fructifier en plein air sous le climat de Paris. Sa racine, qui, lorsqu'elle est dans un sol riche et meuble, s'enfonce jusqu'à 1 mètre ou plus, est suffisamment protégée par la terre qui la recouvre contre les froids de l'hiver. Du sommet de cette racine s'élèvent tous les ans, sur la fin d'avril ou au commencement de mai, des tiges d'autant plus fortes et plus nombreuses qu'elle est plus vieille et plus grosse', et qui traînent sur le sol ou grimpent sur les objets qu'elles peuvent saisir à l'aide de leurs vrilles. D'autres tiges, qui rampent dans l'épaisseur du sol et rayonnent dans différentes directions, vont sortir à des distances plus ou moins grandes de la racine mère, pour y former de nouveaux pieds, bientôt isolés par la destruction du stolon souterrain qui leur a donné naissance. Toute la plante est hérissée de poils courts, serrés, blanchâtres, qui communiquent surtout à ses feuilles une teinte d'un vert cendré. Ses tiges, grosses à peine comme le petit doigt et longues de 5 à 8 mètres, sont presque cylindriques et remarquablement résistantes. Les pétioles sont- pleins ; les feuilles sont presque triangulaires , un peu allongées, à angles obtus ou
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arrondis, entières, roides, de moyenne grandeur. Les fleurs sont presque de même grandeur et tout à fait de même forme que celles des Potirons, mais d'un ton plus orangé; elles exhalent une odeur de violette prononcée. Les mâles sont abondantes et précoces ; les femelles, au contraire, sont toujours peu nombreuses et comparativement tardives. Les premières donnent une grande quantité de pollen, mais qui est peu recherché parles abeilles , probablement parce que l'exsudation sucrée du fond de la corolle est mêlée d'une certaine amertume; aussi y aurait-il, chez nous du moins, très peu de fleurs femelles qui noueraient leurs fruits si l'on ne prenait la peine de les féconder artificiellement. Il est vraisemblable qu'en Amérique cette fécondation est aidée par des insectes particuliers, auxquels ne répugne pas l'amertume de la plante. Les fruits sont tantôt sphériques , tantôt obovoïdes , de la grosseur d'une Pêche moyenne ou d'un oeuf de poule, d'un vert plus ou moins foncé, et ordinairement bariolés de blanchâtre. Leur chair est filandreuse, peu épaisse et excessivement amère, ainsi que l'amande des graines dont la forme et la grandeur rappellent celles des plus petites variétés de Coloquinelles.
La Courge vivace, encore peu connue des horticulteurs, doit être rangée parmi les plantes d'ornement rustiques; elle est très propre à couvrir des murs, des haies ou des broussailles. Dans les parcs et les grands jardins, elle pourrait être employée aussi à former, à l'aide de tuteurs, des pyramides, dont la verdure grise et les grandes fleurs orangées, vues de loin surtout, ne seraient pas sans agrément.
Cucurbita digitata
C. digitata As. Gray, Plantæ Wrightianæ, part. II, p. 60.
Celte dernière espèce, qui est indigène du Nouveau-Mexique et n'a pas encore été introduite en Europe, ne nous est connue que par la courte phrase descriptive de M., Asâ Gray, qui la désigne ainsi :
C. radice perenni, carnosa; foliis 5-partitis, subtus ramisque hispido-scabris, supra glabellis, secus costas venasque pube bre
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vissima soepius albo variegalis, infvmis segmentis oblongis sinuatolobatis, superioribus lobis linearibus elongatis subintegris ; calycis lobis florum femineorum brevissimis, masculorum obsoletis; fructu globoso.
Il n'y a guère de doute qu'elle appartienne au genre Cucurbita ; elle est vivace par sa racine, comme le C. perennis , dont elle diffère par des feuilles profondément découpées.
Autres espèces
Outre les six espèces que nous venons d'examiner, il en existe encore quelques-unes qu'on a rapportées au genre Cucurbita, mais qui sont presque toutes trop vaguement ou trop incomplètement décrites pour qu'on puisse décider avec certitude à quel genre elles appartiennent. Afin de compléter autant que possible ce travail, je crois utile de les signaler ici, ne fût-ce que pour appeler sur elles l'attention des botanistes qui pourront être à même de les observer ; ce sont les suivantes :
l°C. littoralis, Hassk., Cat. plant, hort. Bogor., 190. Plante de Java, dont l'auteur dit : peponibus globosis, urenti-hispidis densissimeque glauco-pruinosis ; il est bien douteux que ce soit un vrai Cucurbita.
2° Ci foetidissima, Kunth, Synops. plant, oequinoct., I , p. 429. Plante du Mexique, très abondante aux environs de Guanaxuato, à la hauteur d'environ 2000 mètres. D'après les quelques mots de description de Kunth, on peut supposer qu'elle appartient au même groupe que les C. perennis et digitata.
3° C pyriformis, Roemer, Synops. monogr., II, p. 89. — C. Pepo, Velloz., Fior, flum., X , t. 100 (non C. Pepo, Linn.). Espèce des environs de Rio-Janeiro, que Velloso a rapportée au C. Pepo de Linné, et qui est décrite par Roemer comme une espèce différente, ce que semblent justifier les expressions de : folia suborbicularia, pelala subrotundo-obovata, qu'il lui applique et qui conviennent effectivement à la figure donnée par Velloso. L'espèce n'en demeure pas moins fort incertaine.
k° C. lagenaria, Velloz., I. c, tab. 98 (non C. lagenaria, Linn.). De Rio-Janeiro. Roemer dit de cette espèce : cirrhi simplices, médiocres, parum convoluti : pelala obovato-oblonga, rotun-
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data; ce qui impliquerait jusqu'à un certain point qu'elle n'est pas un Cucurbita ; cependant, à en juger par la figure de Velloso, je suis porté à croire qu'elle n'est autre chose qu'une des mille variétés du C. Pepo.
C\ siceraria, Molina, Hist. nat. du Chili (édit. franc, de Gruvel), p. 104 et 337. Espèce à fleurs blanches , dont les fruits volumineux et à coque dure servent à confectionner des vases pour contenir les liquides. Molina la caractérise par celte phrase : C. foliis angulato-sublobatis tomentosis, points lignosis globosis. On en compte, dit-il, jusqu'à vingt-six variétés au Chili, les unes à fruits doux, les autres à fruits amers. Il est impossible de ne pas reconnaître dans cette espèce l'ancien Cucurbita lagenaria, ou la Gourde proprement dite. Est-ce bien la plante de Molina que M. de Bary a prétendu annoncer, en 1855, dans le Catalogue du jardin de Fribourg, sous le nom de Ci siceraria? Je suis disposé à croire qu'il y a eu erreur de détermination, et que la plante du jardin dé Fribourg n'est autre chose qu'une variété du C. Pepo.
6° C. odorifera, Velloz., /. c , tab: 99. —Roem., I. c , p. 90. Espèce du Brésil, dont il est impossible aujourd'hui de déterminer le genre, d'après la figure incomplète donnée par Velloso;
7° C. lignosa, Mill., Dict., vol. I. — Roem., I. c , 90. — De l'Amérique méridionale. Roemer dit de cette plante : fructus àd proeservandam aquarn aptissimus , ideoque planta colitur; ce qui peut s'appliquer à toutes les variétés de Gourdes {Lagenaria) et à quelques Pépons à coque dure.
8" C, multiflora, Forst., ex Spreng. Syst. V, p. 45. -r- Des îles de la Société. Cette espèce n'appartient certainement pas au genre Cucurbita.
9° C. pinnatifida, Schrnk., in Syllog.pl., I, 190. —Roem.j /. c , 91. Espèce de genre incertain, du moins d'après la description. Elle est du Brésil.
10° C. Coccinea, G. Don. — Roem., I. c. — Cucurbitacée de Sicrra-Leone, dont le fruit est ainsi décrit : pepo rotundus, coccineus, magnitudine aurantii. C'est probablement un genre nouveau.
11° C.asperata, Gill., Mss., exHook. Bot. mise, III, 32/h —
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Espèce du Chili, que M. Àrnott a séparée avec raison du genre Cucurbita (1), sous le nom de Chizostigma asperatum.
12° C. exanthematica, Fenzl. mss. ex Ach. Rich-, Tent. Fior. Jbyss., T, 296. —Espèce d'Abyssinie, qu'il faudra, selon toute probabilité, exclure du genre, lorsqu'elle sera mieux connue, ainsi que l'indique déjà la forme de ses- vrilles, simples et non divisées.
13° C. umbellata, Klein, ex Willd. Spec. 608.— DC. Prodr. III, 318. — Espèce de l'Inde, trop brièvement décrite pour qu'on s'en fasse une idée exacte. Le caractère qu'on lui attribue d'avoir les fleurs mâles réunies en ombelles semble devoir l'exclure du genre Cucurbita.
J'ai rapporté au Cucurbita Pepo le C. mammeata de Molina, me fondant sur la description qu'il en donne : C. foliis multipartitis, pomis sphoeroideis mammosis ; et en effet ces feuilles multipartites ne peuvent convenir qu'au Pépon ; mais j'ai lieu de croire que, sous ce nom de mammeata, il a confondu deux espèces, et que les fruits mamelonnés dont il parle ne sont autre chose que ceux du Potiron turban.
Essais d'hybridation entre les différentes espèces de Courges
III. Essais d'hybridation entre les différentes espèces de Courges.
C'est une opinion généralement reçue, ainsi que je l'ai dit en commençant ce mémoire, que les différentes espèces de Courges se fécondent réciproquement, lorsqu'elles sont au voisinage les unes des autres, et qu'elles donnent par là naissance à des formes mixtes qui varient à l'infini. On va plus loin : beaucoup d'horticulteurs, des botanistes même, ne répugnent pas à croire que de tels alliages s'effectuent entre les Courges et les Melons, et que c'est au mélange de leurs pollens que les seconds doivent de dégénérer. Nous allons examiner à quel point ces croyances peuvent être fondées, et surtout ce qu'il faut penser de la dernière.
Je ne nie pas d'une manière absolue la possibilité des hybrides entre les diverses espèces de Courges-, mais pei sonne, que jè sache, n'en a encore cité un seul exemple authentique, et pour
(1) Hook., Journ. ofbol., III, 275.
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ma part je n'en ai jamais vu, quoique depuis plusieurs années j'observe ces plantes croissant les unes à côté des autres en grand nombre et dans les conditions les plus favorables à la production de ces variétés mixtes. Je ne me suis pas contenté d'attendre du hasard les faits sur lesquels je fonde une opinion contraire aux idées régnantes; j'ai expérimenté directement dans le but de m'éclairer, et tout ce que j'ai recueilli de mes recherches tend à me faire admettre qu'il n'existe aujourd'hui aucun hybride de Courges, et que c'est à peine si l'on peut supposer que ces hybrides soient possibles, même passagèrement.
Les plantes dont je m'occupe ici sont essentiellement de celles chez qui la fécondation ne peut être effectuée que par l'art ou par l'intervention des insectes. Leur pollen est trop gros et trop lourd pour être soulevé par le vent; il tombe et s'accumule au fond de la corolle, au moment où il s'échappe des anthères ; le plus souvent il est enlevé par les abeilles et autres hyménoptères qui sont avides du suc mielleux sécrété par leurs fleurs. On se ferait difficilement une idée, si l'on n'en était témoin, de l'ardeur de ces insectes à butiner dans ces larges corolles. Malgré l'abondance du pollen qui s'échappe de toutes parts du faisceau staminal, il suffit que les fleurs de Courges aient été abandonnées une heure aux abeilles, pour qu'elles en soient presque totalement dépouillées; aussi devient- il très difficile de faire des fécondations artificielles chez ces plantes, si l'on n'a eu le soin de prévenir les déprédations de ces petits animaux, soit en opérant de grand matin avant leur arrivée, soit en abritant la veille, sous des sachets de gaze ou par tout autre moyen, les fleurs déjà près de s'ouvrir et qui doivent servir aux expériences du lendemain.
Si les abeilles dépouillent promptement les fleurs mâles de leur pollen , elles ne le disséminent pas avec moins de rapidité sur les stigmates des fleurs femelles. A peine celles-ci sont-elles ouvertes, ces insectes s'y précipitent, et, en cheminant sur les stigmates dont ils pompent les sucs, ils laissent sur les papilles dont ces organes sont hérissés la plus grande partie du pollen qu'ils ont charrié avec eux. A quelque heure du jour que l'on examine, à l'aide d'une loupe, les stigmates d'une fleur de Courge, à moins
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que ce ne soit au moment même où la fleur vient de s'ouvrir, on les trouve criblés de grains de pollen. Un grand nombre d'abeilles se succèdent dans la même fleur, apportant chacune leur contingent , et si plusieurs espèces de Courges sont simultanément en Heurs, dans le même jardin, on peut dire qu'il n'en est pas une qui nereçoive du pollen de toutes les autres. L'intervention des insectes me paraît si nécessaire ici, que je ne doute guère que ces plantes ne fussent toujours stériles si on les soustrayait entièrement à leur action.
Ce concours si actif des insectes dans la fécondation des Courges m'a obligé à recourir à un certain artifice pour assurer le succès de mes expériences. Cet artifice a été d'ailleurs fort simple : il a consisté à introduire les fleurs femelles, avant qu'elles ne s'ouvrissent , dans des sachets de gaze ou de canevas léger , que je fermais en les assujettissant par un lien serré autour de leur pédoncule, et dans lesquels elles trouvaient assez d'espace pour s'épanouir librement. Souvent aussi j'employais le même moyen pour conserver, du jour au lendemain, dans les fleurs mâles, le pollen dont j'avais besoin pour opérer. Lorsque les unes et les autres étaient épanouies, j'enlevais la gaze qui les protégeait, et après avoir répandu le pollen sur les stigmates , et toujours en grande quantité pour avoir plus de chance de réussir, je recouvrais les fleurs femelles de leur sachet de gaze, jusqu'au moment où la corolle flétrie et le stigmate ramolli annonçaient que toute fécondation ultérieure était devenue impossible. Les expériences dont on va lire le résumé ont été presque toutes faites d'après la méthode que je viens d'indiquer, et avec assez de soin pour me permettre de donner avec confiance les résultats que j'en ai obtenus :
Expériences sur le Cucurbita maxima
1° Expériences sur le Cucurbita maxima.
1° En 1854, sur une fleur femelle fraîchement ouverte, mais qui n'avait pas été protégée contre l'accès des insectes et qui certainement avait reçu du pollen de l'espèce, le stigmate fut couvert d'une grande quantité de pollen de C. perennis. Le fruit noua et donna un Potiron moyen dont les graines furent parfaites ; vingtsept de ces graines ayant été semées en 1855, j'en obtins un pareil
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nombre de plantes qui ne différèrent en rien du C. maoeima et donnèrent toutes des fruits semblables à ceux de la plante mère. Le pollen du C. perennis n'avait donc produit ici aucun effet.
2° En 1855, une fleur femelle, abritée avant et après l'opération, vierge par conséquent, fut fécondée, le 18 juillet, par le pollen du C. perennis. L'ovaire noua et arriva à la grosseur de la tête, après quoi il périt, ce qu'il faut peut-être attribuer à ce que la plante nourrissait déjà six autres fruits de même âge ou plus avancés. On verra plus loin quelle idée on doit se faire du résultat de ces fécondations croisées, lorsqu'elles semblent le mieux réussir.
o° La même année, au 26 juillet, deux fleurs femelles de la même plante, abritées contre les insectes et certainement vierges, reçurent une grande quantité de pollen de la Courge des Patagons (C. Pepo) ; toutes deux périrent en peu de jours, sans qu'il y ait eu aucun accroissement de leurs ovaires. -
k" Le 30 août 1856, par une journée chaude et très favorable à ce genre d'opérations, une fleur femelle, bien abritée, reçut du pollen de C. melanosperma; l'ovaire ne s'accrut point et périt dans les quatre à cinq jours qui suivirent.
5° Le 2 septembre de la même année, une autre fleur femelle, également abritée, reçut du pollen de la grande Citrouille verruqueuse (C. Pepo) ; l'ovaire ne s'accrut pas et se détacha peu de jours après.
6» Même résultat sur deux fleurs femelles, isolées et vierges, qui, à la même époque, furent largement couvertes par le pollen du C. moschata.
Ainsi, sur huit fleurs de Potiron qui furent soumises à l'action de pollens étrangers à l'espèce, il n'y en eut qu'une seule dont l'ovaire prit quelque accroissement. Il est bon de noter que l'espèce qui lui avait fourni le pollen, le C. perennis, est de toutes celles du genre celle qui, par ses caractères , s'éloigne le plus du Potiron.
Expériences sur le Cucurbita Pepo
2° Expériences sur le Cucurbita Pepo.
• 1° Le 20 juillet 1855, une fleur femelle de la Courge orangine (C. Pepo var. aurantia)fraîchement ouverte et certainement vierge du pollen de la variété, puisqu'aucune fleur mâle de cette dernière
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n'était épanouie en ce moment, mais ayant déjà indubitablement reçu du pollen d'autres variétés de C. Pepo, fut abondamment couverte par celui du C. maxima et immédiatement enfermée dans un sachet de gaze. L'ovaire noua et produisit un très beau fruit qui fut récolté mûr le 19 septembre. Ses graines étaient parfaitement conformées. J'en semai vingt-quatre en 1856, qui toutes levèrent et reproduisirent le type de la Courge orangine sans altération notable. Quelques fruits seulement, au lieu d'être tout à fait sphériques ou légèrement déprimés d'avant en arrière, affectèrent une forme tant soit peu allongée, elliptique ou obovoïde, mais qui conservaient la taille ordinaire, la structure et la couleur typique de la variété. Le pollen du Potiron n'avait donc produit aucun effet, ce qui n'est pas surprenant ; mais ce qui est à remarquer, c'est que les pollens des diverses variétés de C. Pepo, auxquels était due la fécondité de la fleur soumise à l'opération, n'avaient pas ou avaient à peine altéré le type de la Courge orangine. J'ai eu d'ailleurs plusieurs autres exemples de la persistance et de la fixité de ce type, qui s'élève par là presque au niveau d'une véritable espèce.
2° Du 13 au 26 juillet 1855, cinq fleurs femelles de Citrouilles de Touraine ou de sous-variétés voisines, isolées dans des sachets de gaze avant et après l'opération, reçurent du pollen de C. perennis; toutes périrent dans les quatre à cinq jours qui suivirent. -
8° Le 18 juillet (1855), même résultat sur une fleur femelle de Giraumon bicolore que j'essayai de féconder par le pollen du C. perennis. L'ovaire périt, malgré la fécondité de la plante,, qui nouait tous ses fruits sous l'influence du pollen des autres variétés de C. Pepo.
k° Les 10 et 11 août (1855), trois fleurs femelles de Pâtisson, abritées avant et après l'opération, reçurent du pollen de C. perennis. Deux ovpires périrent dans les trois ou quatre jours ; le troisième parut nouer, mais périt quinze jours plus tard, après avoir atteint ou même dépassé la grosseur d'un oeuf. de poule. C'est à peine si je dois ajouter qu'un essai de croisement de la même plante avec le Lagenaria vulgaris ne produisit non plus aucun résultat.
5° Le h août de la même année (1855), une fleur femelle de
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Citrouille cle Touraine, convenablement isolée, fut couverte, à neuf heures et demie du matin, par le pollen du C. melanosperma; l'ovaire périt dans les trois jours, sans avoir grossi.
6" Le 1e r août (1855), une fleur femelle de Courge barbarine, ayant été isolée et couverte de même avec le pollen du C. mêlanosperma, refusa de nouer et périt peu après.
7° Le même jour, à neuf heures du matin, une fleur femelle de Pâtisson à fruits sphériques, parfaitement abritée, reçut du pollen de C. melanosperma; le résultat fut le même que dans les deux cas précédents.
8° Le 11 août, même année, à trois heures du soir, une fleur femelle de Citrouille de Touraine, bien abritée contre les insectes, fut abondamment couverte de pollen de C. moschata; malgré les soins apportés à l'opération et le temps qui était on ne peut plus favorable, l'ovaire périt sans avoir noué.
9° Le 23 juillet, même année, à quatre heures du soir, par un temps chaud et très favorable, une grande quantité de pollen de Potiron turban fut déposé sur les stigmates d'une fleur femelle, isolée de Pâtisson-, l'ovaire n'en fut pas modifié et périt dans les trois jours.
10° Le h août 1855, une autre fleur de Pâtisson, isolée et vierge comme la précédente, reçut, à huit heures et demie du matin, du pollen de Potiron commun ; l'ovaire se maintint stationnaire une huitaine de jours ; après quoi il périt, sans avoir pris d'accroissement.
11° Les 23 juillet et 3 août 1855, même insuccès sur deux fleurs femelles isolées d'une Coloquinelle pyriforme, qui reçurent du pollen de Potiron commun. Les ovaires périrent dans les cinq ou six jours sans avoir grossi. Je rappellerai que ces petites variétés de C. Pepo sont extrêmement fécondes et que leurs ovaires nouent presque toujours sous l'influence du pollen de l'espèce.
12° Le 20 juillet, même année, à huit heures et demie du matin, une fleur femelle de Courge barbarine, isolée avant et après l'opération , reçut, avec aussi peu de succès, du pollen de Potiron. L'ovaire parut nouer; il arriva à la grosseur d'un oeuf de pigeon, après quoi il périt et tomba.
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13° Le k août, même année, une fleur femelle de Giraumon bicolore, isolée, resta stérile après avoir reçu du pollen de Potiron commun. Toutefois l'ovaire se maintint stationnaire une huitaine de jours, après quoi il périt.
ìli0 En 1856, le 28 août, même opération et même insuccès sur une fleur femelle de Courge barbarine à fruits très déprimés, tenue à l'abri des insectes et couverte par le pollen du Potiron. L'ovaire ne prit aucun accroissement et périt peu après.
15* Le même jour (28 août), deux fleurs de Coloquinelles, l'une à fruits pyriformes, l'autre à fruits déprimés, tenues sous sachets de gaze avant et après l'opération, reçurent du pollen de Potiron et tombèrent dans les quatre à cinq jours qui suivirent.
16° Le 25 août 1856, une fleur femelle de Coloquinelle pyriforme, isolée et vierge, fut abondamment couverte par le pollen de la Courge musquée (C. moschata); même résultat que dans l'observation précédente.
17° Le 30 août, même année, sur une sous-variété de Coloquinelle pyriforme à fruits jaunes et très petits, une fleur femelle, parfaitement isolée, reçut du pollen de C. melanosperma; l'ovaire périt sans avoir pris d'accroissement.
18° La même variété de Coloquinelle a été encore le sujet de plusieurs autres expériences qui se firent sur la fin d'août et au commencement de septembre 1856. Cette plante était remarquable par la ténuité et la longueur de ses tiges, le peu de développement de son feuillage, la petitesse de ses fleurs, et surtout par la rareté de ses fleurs mâles et l'abondance de ses fleurs femelles dont les pédoncules étaient extraordinairement grêles et allongés. Les ovaires nouaient à peu près tous, malgré le petit nombre des fleurs mâles qui ne se montraient que de tempsà autre. Afin de m'assurer qu'ici, comme dans les autres Courges, la présence du pollen était nécessaire pour déterminer la grossification de l'ovaire, j'isolai une fleur femelle dans un sachet de gaze, où je la laissai fleurir sans la féconder. Le résultat attendu se produisit : il n'y eut aucun grossissement de l'ovaire, qui périt peu de jours après la floraison.
Cette vérification faite, deux fleurs furent parfaitement isolées,
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et fécondées par le pollen de la grande Citrouille verruqueuse, variété remarquable, ainsi que je l'ai dit plus haut, par l'énormité de ses fruits. Les deux ovaires nouèrent sans difficulté et en quelques jours eurent acquis le volume d'une petite poire, ce qui était à peu près la grosseur normale des fruits de la variété.
Deux autres fleurs femelles, isolées et parfaitement vierges, furent fécondées, le 5 septembre, par le pollen du Potiron : l'un des deux ovaires périt; l'autre noua et donna un fruit presque aussi développé que ceux du cas précédent.
Du "28 août au h septembre, trois autres fleurs, également isolées, reçurent du pollen de Courge musquée; toutes trois nouèrent leurs fruits ; l'un d'eux périt cependant au bout de quelques jours; les deux autres commuèrent à grossir comme dans les cas de fécondation normale.
Ainsi, sur cette seule plante, je devais m'attendre à récolter plusieurs fruits développés à la suite de fécondations hybrides. Malheureusement, toutes ces expériences avaient été faites trop tard; une forte gelée, survenue dans le courant d'octobre, y mit fin, bien avant la maturité des fruits. Toutefois, elles viennent à l'appui de ce que je vais constater d'une manière plus positive par d'autres observations, savoir : la possibilité d'obtenir, chez les Cucurbitacées, des fruits en apparence parfaits, par l'emploi d'un pollen étranger à l'espèce qui sert de sujet à l'observation.
19° L'expérience qui suit est (oui à fait concluante. Sur la fin d'août 1856, deux fleurs femelles de Coloquinëlle oviforme (C. Pepo ovifera), à fruits blancs, parfaitement isolées avant et après l'opération, reçurent l'une du pollen de Potiron turban (C. maxirna), l'autre du pollen de Courge musquée (C. moschatà). Les deux ovaires nouèrent et devinrent de très beaux fruits, qui ne différaient en rien de ceux qui étaient provenus de fécondations normales. Ces fruits furent récoltés mûrs au commencement d'octobre, et conservés jusqu'au mois de janvier de celte annéd Les ayant ouverts, à cette époque, j'en trouvai la chair ferme et épaisse; mais toutes les graines, sans exception, dans l'un et dans l'autre, quoiqu'à peu près de grandeur normale, se réduisaient aux en- ; veloppes ; pas une seule ne renfermait le moindre vestige d'em-
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bryon. Ce fait n'est pas isolé; je l'ai aussi observé sur VEcbalium fécondé par la Bryone et par le Cucumis dipsaceus, ainsi que sur le Cucumis abyssinicus fécondé par le Melon et par les Citrullus Colocynthis elvulgaris, et nous allons le voir se reproduire presque identiquement sur la Courge mélanosperme. Bien que rien ne me le certifie encore, j'ai tout lieu de penser qu'il en eût été de même des fruits de la Coloquinellepyriforme dont j'ai parlé tout à l'heure et qui avaient grossi sous l'influence du pollen du Potiron et de la Courge musquée.
Ainsi, les expériences qu'on vient de lire, et qui ont eu pour sujet diverses variétés du C. Pepo, se résument en trente-deux fécondations hybrides, dont deux seulement ont pour conséquence le développement de fruits bien conformés et arrivés à maturité , mais chez lesquels il n'existe aucune graine embryonnée.
Expériences sur le Cucurbita moschata
3° Expériences sur le Cucurbita moschata.
1° En septembre 1856, deux fleurs femelles, isolées et vierges de toute fécondation, reçurent du pollen, l'une d'une variété de Courge barbarine à fruits coniques, l'autre de la grande Citrouille verruqueuse, appartenant toutes deux à l'espèce du C. Pepo. Ces deux fleurs périrent au bout de quelques jours, sans que leurs ovaires eussent pris d'accroissement.
2° Vers le milieu du mois d'août de la même année, une fleur femelle isolée fut couverte parlepollen du Potiron turban. L'ovaire parut nouer ; mais il périt au bout d'une dizaine de jours, après avoir atteint le volume d'un oeuf de poule.
Expériences sur le C. melanosperma
4° Expériences sur le C. melanosperma.
1° En 1855, deux pieds de Courge mélanosperme étaient cultivés au milieu d'un grand nombre de Potirons et de variétés de Pépons. Ainsi qu'il arrive à peu près constamment dans celte espèce, les fleurs femelles furent d'environ quinze jours en avance sur les fleurs mâles. Le 18 juillet, bien avant que ces dernières ne fussent ouvertes, je fécondai deux fleurs femelles parle pollen du C. perennis. Ces fleurs ne furent pas mises à l'abri des incursions
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des insectes, qui y apportèrent indubitablement beaucoup de pollen des deux autres espèces de Courges cultivées tout à côté ; dans tous les cas, elles ne purent en recevoir de leur propre espèce, puisqu'il n'en existait pas encore de disponible. L'un des deux ovaires périt au bout de quelques jours sans avoir grossi; le second se développa et atteignit environ la moitié du volume d'un fruit normalement fécondé ; il fut récolté mûr le 3 octobre suivant.
Je J'ai ouvert le 6 février 1856 et n'y ai trouvé que quarantequatre graines, plus ou moins noires, et à peu près de la grandeur des graines bien conformées. Toutes les autres, en nombre plus considérable, étaient restées blanches et n'avaient pas pris tout l'accroissement dont elles étaient susceptibles; beaucoup même étaient demeurées à l'état d'ovules avortés. Les graines les mieux conformées étaient épaisses, comme gonflées d'air, et réagissaient élastiquement sous la pression des doigts, ce qui était l'indice d'un avortement plus ou moins complet de l'embryon qu'elles devaient contenir.
Trente-cinq de ces graines furent analysées; toutes renfermaient un grand sac embryonnaire rempli d'air et gonflé comme une vessie. Dix-huit d'entre elles ne contenaient aucun vestige d'embryon. Dans les dix-sept autres, il existait un embryon rudimentaire, réduit à la radicule et à un commencement de cotylédons ; sa longueur totale variait de 1 à 7 millimètres. Restaient neuf graines, qu'au toucher j'avais jugées plus richement embryonnées que les précédentes ; elles furent mises à part et semées sur couche chaude, au mois d'avril, dans les meilleures conditions possibles, mais aucune d'elles ne put germer.
2° Sur un autre pied de C. melanosperma, et à la même époque (20 juillet 1855), une fleur femelle non abritée, mais vierge du pollen de l'espèce qui n'existait pas encore, fut fécondée par celui du Pâtisson, puis immédiatement recouverte d'un sachet de gaze. L'ovaire noua et devint un fruit de moyenne grosseur, qui fut récolté mûr en même temps que celui de l'observation précédente. L'ayant ouvert le 6 février de l'année suivante, j'en retirai quarante-huit graines ayant àjpeu près la grandeur normale, Jes
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unes toutes noires, les autres plus ou moins pâles ou tout à fait blanches; elles étaient tuméfiées et élastiques comme celles du cas précédent. Les treize qui me parurent les mieux conformées, mais chez lesquelles cependant il était facile de reconnaître qu'il n'existait qu'un rudiment d'embryon , furent mises de côté pour être semées au printemps. Les trente-cinq restantes ayant été analysées, neuf se trouvèrent totalement dépourvues d'embryon ; toutes les autres en contenaient un , mais réduit à la radicule et à des vestiges de cotylédons. Leur longueur totale variait entre 1 et 8 millimètres , mesure extrême qu'aucun ne dépassait.
Les treize graines misés en réserve furent semées sur couche chaude en avril ; il n'y en eut qu'une seule qui germa ; mais la plante fut si faible, qu'elle ne put pas sortir de terre et qu'elle périt sans avoir eu" la force de se débarrasser de ses enveloppes. Il n'est pas douteux que tous ces embryons ne fussent de véritables hybrides ; ce que je ne puis décider, c'est de savoir s'ils se sont produits sous l'influence du pollen du C. Pepo ou sous celle du pollen du C. maxima, puisque la fleur fécondée avait dû en recevoir de ces deux espèces avant l'opération effectuée sur elle.
3° Le 17 août 1855, quatre autres fleurs du C. melanosperma, tenues à l'abri des insectes avant et après l'opération, reçurent du pollen de C. perennis; toutes quatre périrent sans qu'il y ait eu aucun accroissement de leurs ovaires.
4° Du 18 au 29 juillet de la même année, quatre fleurs femelles de la même plante, isolées et vierges, reçurent du pollen de diverses variétés de Citrouilles et de Giraumons (C. Pepo); toutes périrent peu après sans que leurs ovaires eussent subi la moindre modification.
5° Le 29 juillet 1855, une fleur femelle, abritée et vierge, fut couverte par le pollen du Potiron turban ; même résultat que dans le cas précédent.
6* Le 20 juillet, deux autres fleurs également abritées reçurent, sans plus de succès, une grande quantité de pollen de Potiron ordinaire. Les deux ovaires périrent sans avoir pris le moindre accroissement.
1° Le 3 septembre 1856, autre fleur femelle de la même espèce
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couverte par le pollen de la grande Citrouille vcrruqueuse ; l'ovaire reste stationnaire et périt peu de jours après. ' ;,
On voit qu'ici, sur treize fleurs soumises à l'action de pollens étrangers, deux seulement arrivent à former des fruits, dont les graines sont vides ou incomplètement formées et ne sont pas susceptibles de se développer. Mais il n'en reste pas moins, comme nous l'avons vu plus haut en parlant des Coloquinelles, que le fruit lui-même peut quelquefois se former sous l'influence du croisement avec une autre espèce.
Expériences sur le Cucurbita perennis
5° Expériences sur le Cucurbita perennis.
1° En 1854, une dizaine de fleurs femelles, les unes abritées contre l'action des insectes, les autres laissées à découvert, reçurent en grande abondance du pollen de Potiron. Chez toutes, les ovaires refusèrent de s'accroître et périrent.
2° En 1855, une fleur femelle, abritée dans un sachet de gaze et couverte par le pollen du Pâtisson, parut nouer son ovaire qui atteignit le volume d'un oeuf de pigeon ; mais il s'arrêta bientôt et périt. >
3° En 1856, deux fleurs femelles, abritées avant et après l'opération, furent inutilement couvertes par le pollen du C. melanosperma. Leurs ovaires périrent de même sans s'être accrus.
Je rappelle qu'ici les fleurs femelles fécondées artificiellement par le pollen de l'espèce nouent presque invariablement leurs fruits.
Ces expériences, on le voit, ne sont pas favorables à l'hypothèse que, dans le genre des Courges, des hybrides peuvent naître de la fécondation des espèces les unes par les autres ; cependant, malgré la grande probabilité que cette opinion est erronée, je n'affirme encore rien à cet égard d'une manière absolue : de nouvelles expériences sont nécessaires pour que la question puisse être tranchée définitivement. Toutefois, elles constatent le fait que, sous l'influence d'un pollen spécifiquement étranger, des fruits peuvent quelquefois se former tout aussi bien qu'à la suite d'une fécondation légitime, sans contenir pour cela des graines embryonnées. Ce fait permet peut-être de supposer que, chez les Cucurbitacées au
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moins, les ovules ne profitent pas seuls de l'influx exercé par la matière pollinique, et qu'une partie de celle-ci est employée à vivifier l'ovaire lui-même. Ainsi s'expliquerait la nécessité d'un nombre très considérable de grains de pollen pour féconder des ovaires où le nombre des ovules est comparativement fort restreint. Dans cette manière de voir, il y aurait en quelque sorte une double imprégnation : celle de l'ovaire d'abord, puis celle des ovules, la première n'entraînant pas nécessairement la seconde.
Reste à examiner si quelque chose justifie l'opinion généralement accréditée parmi les jardiniers, que les Melons dégénèrent et retournent à la Courge, suivant leur expression, lorsqu'on les cultive au voisinage des Potirons ou des autres espèces du genre. 11 est à noter qu'ici la détérioration porterait, non sur les fruits de la seconde génération, c'est-à-dire sur des fruits hybrides, mais directement sur ceux de la première , sur ceux qui succèdent aux fleurs qu'on suppose avoir été souillées par le pollen des Courges. Tout étrange que soit cette opinion, et malgré le peu de probabilité du fait, on n'est pas encore fondé à la rejeter d'une manière absolue. Ce qui est avéré, pour moi du moins, c'est que, dans la famille qui nous occupe, des ovaires peuvent se développer en fruits, bien que ne produisant point de graines fertiles, sous l'influence d'un pollen étranger à leur espèce. Or, jusqu'ici rien ne prouve qu'il n'en puisse pas être de même de ceux du Melon, stimulés par le pollen de quelque espèce de Courge ; ce qui est plus douteux, c'est que leur qualité en soit altérée ; mais, en l'absence de toute preuve à cet égard, il convient de suspendre son jugement. C'est au surplus une des questions que je me propose d'éclaircir cette année , et que de nouvelles expériences, mç permettront peut-être de résoudre.
EXPLICATION DES FIGURES.
PLANCHE 1.
Variétés du Potiron (Cucurbita maxima). I
• Fig. 1. Turban étranglé. . -
Fig. 2. Potiron ou Courge de Valparaiso. . ;
Fig. 3. Potiron oeil-vert. ... j
Fig. 4. Potiron ou Courge de Farina.
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Fig. 5. Potiron de Messine ou Courge messinaise.
F i g . 6. Poliron ou Courge châtaigne.
F i g . 7. Potiron de l'Ohio.
Fig. 8. Pédoncule du Potirrjh de Messine, présentant à un degré remarquable le caractère assigné au C. maxima. Ce pédoncule est très gros, court, cylindrique, finement strié dans le sens de sa longueur, et plus ou moins gercé à la maturité du fruit. I I n'offre rien qui rappelle les fortes cannelures des pédoncules des diverses variétés de Pépons.
F'ig. 9. Graine du Potiron de Messine; elle est ovale-allongée et fortement marginée.
F i g . 1 0 . Graine du Turban du Brésil ; elle est proportionnellement plus large et surtout plus épaisse que celles de la plupart des autres Potirons (excepté le Potiron de Farina et celui de Corfou) ; elle est de couleur bistre sur ses deux faces et présente sur son contour un liseré blanc qui tient -lieu de margination.
Fig. 1 1 . Coupe transversale de cette même graine pour faire juger de l'épaisseur de son testa et de l'amande qu'elle contient.
PLANCHE 2.
Variétés du Pépon (Cucurbita Pepoj et de la Courge musquée (C. moschata).
A. —• C. PEPO.
F i g . 1. Courgeron de Genève.
Fig. 2. Citrouille de Touraine.
F i g . 3. Citrouille sucrière du Brésil.
Fig. 4. Giraumon de Patagonie ou Courge des Patagons blanche.
F i g . 5. Giraumon ou Courge Polk.
Fig. -6-7. Deux sous-variétés d'Orangine, ne différant que par le volume.
Fig. 8 - 9 - 1 0 . Fruits de Coloquinelle-Cougourdette.
F i g . 1 1 . Pédoncule de la Citrouille de Touraine, isolé, pour faire mieux ressortir les cannelures caractéristiques de cet organe dans le C. Pepo.
B. — C. MOSCHATA.
Fig. 1. Courge Berbère, nommée aussi Courge pleine de Naples.
Fig. 2. La même tranchée longitudinalement, pour montrer sa structure intérieure. On voit que toute la partie rétrécie du fruit est pleine, et que la cavité carpellaire n'existe que dans la partie antérieure et renflée.
F i g . 3. Melonée proprement dite, de forme obovoïde et à côtes.
Fig. 4. Pédoncule isolé de Courge musquée, pour mettre en relief ses cannelures moins prononcées que celles du pédoncule des Pépons. et sa dilatation en une sorte de patte au point où il s'insère sur le fruit.
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PLANCHE 3.
Variations dans une même variété de Cucurbita Pepo.
Cette planche a pour objet de donner une idée de la rapidité avec laquelle les formes de certaines variétés de Pépons s'altèrent en se croisant avec d'autres variétés. Les quinze fruits qui y sont représentés ont été récoltés , en 1 856 , sur un pareil nombre de pieds issus de graines produites , en 1 858 , par une seule et même plante que ses fruits, en forme d'hémisphère un peu conique, et présentant quelques verrues, me faisaient supposer métisse entre une Barbarine et le Pâtisson commun. Ses fleurs, n'ayant pas été abritées contre les incursions des insectes, ont dû recevoir du pollen d'un grand nombre d'autres variétés de Pépons cultivées tout à l'entour. On voit parles figures ici rapprochées, et qui sont toutes au huitième de la grandeur naturelle, à quel degré s'est modifiée la descendance de cette première variété, et cela en 1 856 , c'est-à-dire dès la seconde génération. Les n™ 1, 2, 3, sont les seuls où les formes de la variété mère soient reconnaissables ; tous les autres s'en écartent considérablement. On voit, par exemple, que les nGS 7, 8, 9 rappellent certaines formes dégénérées du Pâtisson ; les n 0 ! 10 et 11, courts ët pyriformes, sont précisément l'inverse de la variété mère, ainsi que des n o s 1, 2, 3 . Le n° 13 retourne à la Citrouille, et les n M 14 et 15 au Giraumon. On voit en même temps que certains fruits sont lisses, tandis que d'autres sont verruqueux.
[Planche 1]
Ann. Jes Sciтс. 7uU. 4 "'Série-. .£/Jout.t. TТoотmпeА 6S'.. PFLL.. 1 j J (ucurlJZta. m.a.T7TIU7 .