Thonningia sanguinea (PROTA)

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Thonningia sanguinea Vahl


répartition en Afrique (sauvage)
1, racine hôte et tubercule ; 2, inflorescences mâles ; 3, section longitudinale d'une inflorescence mâle ; 4, fleur mâle ; 5, inflorescence femelle ; 6, fleur femelle. Redessiné et adapté par W. Wessel-Brand
timbre du Congo Belge. Repris de Parasitic Plants
Protologue : Skr. Naturhist.-Selsk. 6: 125, t. 6 (1810).
Famille : Balanophoraceae

Noms vernaculaires

  • Ananas de brousse (Fr).
  • Ground pineapple (En).

Origine et répartition géographique

Thonningia sanguinea est présent dans toute la zone de forêt humide d’Afrique tropicale.

Usages

Thonningia sanguinea est une plante médicinale bien connue dans toute son aire de répartition. L’inflorescence, les écailles et le rhizome sont couramment pris en infusion ou en décoction pour traiter les vers intestinaux, la diarrhée, la dysenterie, les maladies vénériennes et les rhumatismes, en gargarismes et en bain de bouche pour traiter les infections des gencives, les caries et les maux de gorge, et sont appliqués en externe pour traiter les infections cutanées, la lèpre, la paralysie et le torticolis. Les parties aériennes ou les rhizomes broyés sont appliqués sur les abcès, les éruptions cutanées et comme embrocation pour traiter les rhumatismes. La plante entière est broyée et le jus avalé avec du sucre pour traiter les maladies vénériennes.

En Côte d’Ivoire et au Nigeria, l’intérieur des jeunes inflorescences est consommé comme aphrodisiaque. Au centre du Nigeria, on prépare un onguent pour traiter les œdèmes sur le cou et autour des oreilles. Au Ghana, l’extrait de racines se prend pour traiter l’asthme. En Centrafrique et au Gabon, on prend un bain de vapeur pour traiter les hémorroïdes ; les fleurs broyées avec du piment sont utilisées en lavement pour la même affection. Au Gabon, on applique les cendres de fleurs brûlées sur les ulcères de la plante des pieds. Au Gabon et au Congo, le jus de la plante broyée est donné aux jeunes enfants pour traiter la fièvre, et une embrocation est appliquée sur l’abdomen dans le même but. Le jus de l’inflorescence est utilisé comme collyre pour traiter le rachitisme chez les enfants. En R.D. du Congo, on applique l’inflorescence broyée sur l’abdomen contre l’incontinence et l’énurésie nocturne. Au Rwanda, l’infusion de la plante entière se prend pour traiter les problèmes cardiaques.

En Côte d’Ivoire, au Ghana et au Gabon, les capitules floraux piquants sont attachés aux chevilles des jeunes nourrissons pour accélérer leur apprentissage de la marche. Thonningia sanguinea est une plante fétiche renommée. En Côte d’Ivoire, elle est probablement utilisée comme un ingrédient de poison de flèche.

Dans le nord du Nigeria, les Haoussas utilisent la partie tubérisée du rhizome comme arôme pour les soupes et les sauces.

Production et commerce international

Le tubercule épaissi et les rhizomes sont couramment vendus sur les marchés locaux à des fins médicinales et au Nigeria également comme condiment.

Propriétés

Des rhizomes, on a isolé les thonningianines A et B, des ellagitanins. Des fleurs, on a isolé de l’acide carboxylique de brévifoline et de l’acide gallique. Les thonningianines A et B ont montré une forte activité de piégeage des radicaux libres contre le 1,1-diphényl-2-picrylhydrazyle (DPPH), et également une inhibition de la peroxydation lipidique induite par H2O2 dans les microsomes du foie, ainsi que des effets hépatoprotecteurs contre l’hépatite aiguë murine induite par le tétrachlorure de carbone, la galactosamine et l’aflatoxine B1. On a également constaté que la thonningianine A était un puissant inhibiteur de la glutathione S-transférase in vitro. L’extrait aqueux de la plante entière s’est avéré être anti-anaphylactique et anti-asthmatique chez des cobayes lorsque administré par voie orale. L’extrait de la plante, administré par voie intrapéritonéale chez des rats avec des lésions hépatiques induites par différents composés, a montré une activité hépatoprotectrice significative.

L’acide carboxylique de brévifoline et l’acide gallique se sont avérés avoir une activité antibactérienne modérée à prometteuse contre une série de souches de Salmonella spp. multi-résistantes à plusieurs médicaments, et également contre Escherichia coli, Klebsiella pneumonia et Shigella sonnei. L’acide gallique a un CI50 = 13,5 μM et l’acide carboxylique de brévifoline un CI50 = 18,0 μM. L’extrait aqueux de la plante entière a également montré une activité antifongique modérée contre Cryptococcus neoformans in vitro. Plusieurs autres champignons pathogènes n’ont pas été affectés par l’extrait.

L’extrait aqueux a été administré à des poules pondeuses 2 jours après qu’elles aient été infectées par le lysotype 6 de Salmonella enteritidis, provoquant des diarrhées importantes. L’extrait a montré une suppression complète de Salmonella dans les œufs, une restauration efficace de la capacité de ponte des volailles et une amélioration du poids des œufs et de l’épaisseur de la coquille. L’extrait de plante n’a pas montré d’activité antipaludéenne chez des souris albinos, infectées expérimentalement par Plasmodium berghei.

Description

Plante herbacée, holoparasite, dioïque, vivace, charnue, atteignant 20 cm de haut. Tubercule de forme irrégulière allant de presque sphérique, atteignant 8–10 cm de diamètre, à allongée, de 5–17 cm × 1,5–4 cm, densément couvert de poils courts, attaché à l’hôte, à rhizomes horizontaux, cylindriques et ramifiés de 0,5–1 cm de diamètre, jaunes, à poils courts, situés à 10–15 cm au-dessous de la surface du sol. Inflorescence : capitule dense et charnu, issu de bourgeons sur le rhizome, avec ou sans pédoncule ; pédoncule de 0–13 cm de long, rouge vif ou rose, glabre ou à poils courts, couvert d’écailles ; écailles disposées en spirale, ovales à lancéolées, de 4–10(–20) mm × 2–5(–8) mm, plus larges vers le capitule, apex aigu, bords parfois légèrement dentés, rigides, glabres ; capitule de 2,5–5 cm de long, de 1,5–5,5 cm de diamètre, capitules mâles moins denses que les capitules femelles ; bractées ovales à lancéolées, de 5–30 mm × 3–10 mm, apex aigu à acuminé, bords légèrement dentés, rigides, formant un involucre, formant à la base un continuum avec les écailles du pédoncule, rose, rouge terne à rouge vif virant au brun avec l’âge. Fleurs unisexuées, irrégulières ; fleurs mâles à périanthe en 2–4 segments, segments lancéolés, de 8–15 mm de long, aigus, étamines 2–6, complètement soudées ; fleurs femelles à périanthe tubuleux de 1–1,5 mm de long et vaguement 2–3-lobé ; ovaire infère, 1-loculaire, style de 2–3 mm de long, filiforme, saillant. Fruit : akène à 1 graine, plusieurs agrégés en une infrutescence arrondie ressemblant à une fraise, de 2,5–3,5 cm de diamètre, noir rougeâtre à rouge vif. Graines ellipsoïdes, de 1–1,5 mm de long, de couleur crème.

Autres données botaniques

Le genre Thonningia est monotypique, et comprend une seule espèce variable.

Croissance et développement

On trouve Thonningia sanguinea en floraison toute l’année.

Ecologie

Thonningia sanguinea est présent en forêt pluviale, en forêt secondaire, dans les fourrés et les savanes avoisinantes sur un grand nombre d’hôtes, du niveau de la mer jusqu’à 1700 m d’altitude. C’est un holoparasite présent sur les racines d’une grande variété d’arbres de différentes familles, dont les espèces suivantes : Antiaris toxicaria Lesch., Baphia nitida Lodd., Bridelia micrantha (Hochst.) Baill., Funtumia africana (Benth.) Stapf, Myrianthus arboreus P.Beauv. et Pentachlethra eetveldeana De Wild. & T.Durand. Généralement, Thonningia sanguinea ne tue pas l’hôte, mais provoque une réduction de sa vigueur.

Multiplication et plantation

Thonningia sanguinea se multiplie par graines.

Gestion

Thonningia sanguinea parasite également les cultures de plantation, dont l’hévéa (Hevea brasiliensis (A.Juss.) Müll.Arg.), le palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq.) et le cacaoyer (Theobroma cacao L.). La seule pratique de gestion connue est l’arrachage du parasite.

Récolte

Thonningia sanguinea peut être récolté toute l’année, au fil des besoins.

Ressources génétiques

Thonningia sanguinea n’est fréquent nulle part, mais rien n’indique qu’il soit menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Thonningia sanguinea est couramment utilisé comme plante médicinale dans toute son aire de répartition. Seuls quelques composés actifs ont été isolés à ce jour, mais ceux-ci montrent des activités antimicrobiennes et hépatoprotectrices intéressantes. Une recherche plus poussée sur ses composés actifs se justifie.

Références principales

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Autres références

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  • Ouattara, B., Kra, A.M., Coulibaly, A. & Guede-Guina, F., 2007. Efficacité de l'extrait ethanolique de Thonningia sanguinea sur Cryptococcus neoformans. Cahiers d'Etudes et de Recherches Francophones 17(4): 219–222.
  • Vangah-Manda, M., Dje, M., Guede-Guina, F.K. & de Souza, C., 1994. Evaluation des effets antimicrobien et cytotoxique des extraits aqueux totaux de Thonningia sanguinea Vahl. Revue de médecines et pharmacopées africaines 8(2): 153–157.
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Sources de l’illustration

  • Stannard, B.L., 2006. Balanophoraceae. In: Pope, G.V., Polhill, R.M. & Martins, E.S. (Editors). Flora Zambesiaca. Volume 9, part 3. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. pp. 247–251.

Auteur(s)

  • H.P. Bourobou Bourobou, Institut de Pharmacopée et de Médecine Traditionnelle, IPHAMETRA/CENAREST, B.P. 842, Libreville, Gabon
  • J.-A. Bourobou Bourobou, Institut de Pharmacopée et de Médecine Traditionnelle, IPHAMETRA/CENAREST, B.P. 842, Libreville, Gabon

Citation correcte de cet article

Bourobou Bourobou, H.P. & Bourobou Bourobou, J.-A., 2012. Thonningia sanguinea Vahl. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editeurs). Prota 11(2): Medicinal plants/Plantes médicinales 2. PROTA, Wageningen, Pays Bas. Consulté le 1 avril 2025.


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