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Le wiki sur les plantes utiles et les usages des plantes

Actualités

Vavilov, les centres d’origine (Petit Génie)

« La vie est courte, il faut se dépêcher » (N. Vavilov).

Nikolaï Ivanovitch Vavilov (1887-1943) est considéré comme l’un des plus grands botanistes et généticiens de son époque. Il fut parmi les premiers scientifiques à avoir saisi l’importance du lien entre diversité biologique et sécurité alimentaire des sociétés ; collecter et étudier la diversité des ressources génétiques des plantes cultivées de par le monde constitue un enjeu pour l’avenir d’une agriculture productive et durable. La vision de Vavilov, à la suite d’Alphonse de Candolle et de Darwin, était à l’époque originale, car elle était menée à l’échelle du monde, ce qui l’a conduit à élaborer sa théorie des centres d’origine des plantes cultivées. Il a effectué plus de 200 missions à travers 65 pays et récolté des centaines de milliers de variétés cultivées. Lui et ses collaborateurs ont jeté les bases de l’étude génétique des plantes cultivées.

Le livre comprend deux textes de Vavilov :

  • Etudes de l’origine des plantes cultivées réalisées depuis Darwin (1940, traduit du russe)
  • L’origine des plantes cultivées (1935, traduit de l’anglais)

Curieusement, ces textes n’avaient jamais été traduits en français.

L’introduction de Michel Chauvet éclaire les relations entre science, agriculture et société. Il montre l’évolution de la théorie de Vavilov, son actualité et les débats scientifiques contemporains qui en découlent. Les ressources génétiques sont plus que jamais des enjeux de pouvoir. La mise à disposition de la diversité la plus large à tous les acteurs est une condition pour que chaque pays, chaque groupe d’agriculteurs puisse adapter ses variétés pour répondre aux nombreux changements économiques, écologiques, climatiques et sociétaux.

Nikolaï Vavilov. La théorie des centres d’origine des plantes cultivées. Introduction par Michel Chauvet. Editions Petit Génie, octobre 2015. 176 pages. ISBN : 979-10-93104-08-9. 19 €.



Michel Chauvet
26 janvier 2016

La plante du mois : la férule

Ferula communis en fleurs

Suite à une demande d'identification d'un légume sauvage vendu à Oran, de jeunes inflorescences de férule, le forum Afrique du Nord de Tela Botanica en est venu aux recettes de cuisine et à la toxicité de la férule. Il s'avère que ce produit, appelé boubal ou kbel au Maghreb, est largement connu et vendu sur les marchés. Il est apprécié de tous, même si on en reconnaît la toxicité potentielle. Heureusement, la saison en est très courte.

Cet usage était déjà connu en Italie en 1572, car il est cité par Matthiole dans ses Commentaires de Dioscoride, qui ajoute que sa consommation "incite merveilleusement fort à paillardise".

Les plantes alimentaires de cueillette jouent un rôle très important au Maghreb, et on manque d'un livre pour promouvoir ce patrimoine culinaire.

Curiosa

Pourquoi seringat est-il le nom de Philadelphus coronarius, alors que c'est le lilas qui s'appelle Syringa ? Ma perplexité a été redoublée quand j'ai lu que ce nom venait de l'utilisation des rameaux creux pour faire… des seringues ! Cela a été le début d'une longue quête étymologique, dont nous rendons compte dans notre Dictionnaire étymologique. Mais cette quête se termine en énigme.

Les botanistes de la Renaissance groupaient plusieurs plantes à fleurs odorantes sous le nom de Syringa. Ainsi, Bauhin dans son Pinax (1623) distingue Syringa cærulea, qui est le lilas Syringa vulgaris ; Syringa alba, qui est le seringat Philadelphus coronarius ; et Syringa Arabica foliis mali arantii, qui est le sambac, Jasminum sambac. Il semble en fait que le nom Syringa se soit d'abord appliqué au seringat, mais Linné en a décidé autrement. Cela répond à la première question.

fleurs de seringat

Quant à la deuxième, il faut savoir que l'étymon du latin médiéval syringa est le grec σῦριγξ, -ιγγος - surinx, - ingos, qui signifiait en grec ancien "flûte" ou "fistule". En latin médiéval, cette "flûte" ou "tuyau" a fini par désigner une "seringue". Mais en fait, il ne faut pas comprendre par là nos seringues hypodermiques ou intraveineuses. On appelait syringa tout tuyau dans lequel on pousse un liquide, ce qui s'applique aux seringues de lavement pour le rectum ou l'urètre !

La taille de l'objet convient mieux, mais ce n'est apparemment pas ce sens qu'il faut retenir. Il se pourrait que Tabernaemontanus nous donne la bonne explication en 1625 dans son Neuw Vollkommentlich Kreuterbuch : "on peut utiliser les rameaux comme sifflet, en en enlevant la moelle". Cette explication est bien plus plausible. Il reste à la vérifier expérimentalement. Si vous avez un lilas ou un seringat dans votre jardin, coupez-en un rameau, évidez-en le cœur moelleux, et soufflez dedans pour voir (ou entendre) le résultat. Dites-nous ensuite le résultat sur le forum ethnobotanique de Tela Botanica.

Michel Chauvet

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