Panicum turgidum (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Céréale / légume sec | |
Légume | |
Stimulant | |
Médicinal | |
Bois de feu | |
Fourrage | |
Auxiliaire | |
Fibre | |
Sécurité alimentaire | |
Changement climatique | |
Panicum turgidum Forssk.
- Protologue: Fl. aegypt.-arab. : 18 (1775).
- Famille: Poaceae (Gramineae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 18, 36, 54
Noms vernaculaires
- Desert grass, turgid panic grass (En).
Origine et répartition géographique
Panicum turgidum est réparti depuis la Mauritanie et le Sénégal jusqu’au Soudan, à l’Ethiopie, à l’Erythrée et à la Somalie, en passant par le Sahara et le Sahel. On le trouve aussi dans tout le nord de l’Afrique et en Asie occidentale jusqu’au Pakistan et en Inde.
Usages
Panicum turgidum fait partie des “kreb”, groupe de graminées que l’on trouve dans la zone sahélienne et qui sont récoltées dans la nature pour être consommées de façon régulière mais surtout en période de disette. Autrefois, les grains de Panicum turgidum étaient récoltés en grandes quantités, alors qu’aujourd’hui cette pratique est assez rare. On transforme surtout les grains en bouillie. Ils peuvent également être écrasés et consommés ainsi sans aucune forme de préparation (“tebik”).
A Djibouti, on consomme les jeunes pousses qui seraient sucrées. A l’état vert, Panicum turgidum est consommé par tout le bétail ; une fois sec, uniquement par les chameaux et les ânes. Les tiges servent à couvrir les toits de chaume et à fabriquer des nattes, des paniers et des cordes. Les Tamacheks du Niger utilisent la paille tissée comme trame, l’entrelaçant de fins fils de cuir en guise de chaîne, pour en faire des nattes qui ne peuvent être roulées que dans un sens. Les nattes de Panicum turgidum ont été utilisées comme linceuls. Au Sahara, les chaumes servent de combustible. La cendre de la plante est mâchée en mélange avec du tabac, et dans le sud de l’Algérie, la poudre de tiges moulues sert de pansement. En Mauritanie, on prête aux grains des propriétés antidiabétiques. Panicum turgidum a quelquefois été utilisé pour la fixation des dunes en zones arides.
Propriétés
L’appétissance des feuilles de Panicum turgidum est faible, mais suffisante pour les chameaux et les ânes, et lorsqu’elles sont jeunes, pour les moutons et les chèvres. A en croire les bouviers du Niger, le lait commence à dégager une odeur fétide 2–3 jours après que les vaches ont pâturé Panicum turgidum. Au battage, les grains se séparent des glumes tout en restant vêtus de la paléole et de la lemme résistantes.
Description
- Graminée vivace fortement ramifiée, glauque, formant de grosses touffes arrondies atteignant 1,5(–2) m de haut et de large, avec un gros rhizome et un système racinaire fibreux atteignant 2 m de profondeur et s’étalant latéralement jusqu’à 3,5 m ; tige (chaume) érigée ou ascendante, ligneuse, formant des racines sur les nœuds.
- Feuilles alternes, simples et entières ; limbe linéaire-lancéolé, jusqu’à 20(–30) cm × 7 mm, souvent beaucoup plus court que la gaine, plat, replié ou enroulé, rigide et épineux.
- Inflorescence : panicule modérément ramifiée, pyramidale, de 2,5–15(–30) cm × 5–9 cm, lâche, rameaux primaires distants, devenant étalés.
- Epillet ovoïde, de 3,5–4,5(–5) mm de long, aigu ou acuminé, gonflé, glabre, s’échancrant souvent à l’anthèse, à 2 fleurs ; glumes largement ovales, aiguës à acuminées, la glume inférieure légèrement plus courte que l’épillet, 5–9-nervée, la glume supérieure 7–9-nervée ; fleur inférieure mâle, à lemme 9–11-nervée, à paléole bien développée ; fleur supérieure bisexuée, à lemme pâle ou jaunâtre, lisse, brillante ; étamines 3 ; ovaire supère, à 2 stigmates.
- Fruit : caryopse (grain) d’environ 2 mm de long, rougeâtre.
Autres données botaniques
Le genre Panicum comprend environ 470 espèces, réparties essentiellement dans les régions tropicales et subtropicales, quelques espèces s’étendant jusqu’aux régions tempérées.
La reproduction naturelle de Panicum turgidum se fait essentiellement de manière végétative par stolons. En zones sèches, les bourgeons dormants s’ouvrent rapidement dès le début de la saison des pluies, et les plantes demeurent vertes pendant une très longue période, la floraison intervenant vers la fin de la saison des pluies et en début de saison sèche. Les graines de Panicum turgidum mûrissent à des moments différents qui s’échelonnent sur une longue période, elles s’égrènent facilement et sont souvent mangées par les oiseaux. Panicum turgidum a une photosynthèse en C4.
Ecologie
Panicum turgidum est très xérophile, et pousse dans des régions où les précipitations annuelles sont de 200–250 mm, ou parfois moins encore. On le trouve jusqu’à 3200 m d’altitude, dans les déserts et semi-déserts sablonneux, sur les dunes et en bordure de mer, de même que dans des poches sablonneuses sur les affleurements rocheux. Panicum turgidum est une plante importante des déserts arabo-sahariens qui retient le sable et forme ainsi des monticules, et se trouve parfois en peuplements presque purs. Au Soudan, il est dominant sur des sols où les criquets pondent leurs œufs, et sert de nourriture aux jeunes insectes. Panicum turgidum tolère les sols salins.
Gestion
Panicum turgidum n’est pas cultivé en tant que céréale, mais récolté dans la nature. Il est parfois protégé du pâturage jusqu’à la fin de la récolte des grains, par ex. dans le sud de l’Algérie et dans le nord du Mali. Les panicules sont frappées avec un bâton pour en faire tomber les grains. Au Niger, on les frotte entre les mains. Panicum turgidum peut être multiplié par graines ou par éclats de rhizome. Les graines ne germent pas en dessous de 15°C et doivent être semées en surface. La germination est optimale à 25–35°C. Le repiquage de plants est possible.
Ressources génétiques
Une collection de 42 entrées de Panicum turgidum est détenue à l’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI), Addis Abeba, Ethiopie. C’est essentiellement au Proche-Orient que l’on trouve des types à fort rendement en grains. Grâce à l’étendue de sa répartition et à son abondance, Panicum turgidum n’est pas menacé d’érosion génétique.
Perspectives
Panicum turgidum a beaucoup de valeur en tant que graminée résistante à la sécheresse utile pour fixer le sable et en alimentation humaine et animale. Il est recommandé d’échantillonner la variabilité existante et d’utiliser les ressources génétiques récoltées dans un programme de sélection pour mettre au point des cultivars supérieurs. Il faut disposer de plus d’informations sur les caractéristiques nutritionnelles du grain.
Références principales
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Autres références
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Auteur(s)
- M. Brink, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Brink, M., 2006. Panicum turgidum Forssk. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 18 décembre 2024.
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