Isoberlinia doka (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
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Médicinal | |
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Fourrage | |
Auxiliaire | |
Isoberlinia doka Craib & Stapf
- Protologue: Bull. Misc. Inform. Kew, Add. Ser. 9 : 267 (1911).
- Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Noms vernaculaires
Doka, sau (Fr). Doka (En).
Origine et répartition géographique
Isoberlinia doka se rencontre dans une large zone quasiment continue depuis le Mali et la Guinée jusqu’au nord de la R.D. du Congo, au Soudan et en Ouganda ; son aire ne s’étend pas au sud de l’équateur. On estime que les forêts claires à Isoberlinia doka couvrent près de 20 millions ha en Afrique de l’Ouest.
Usages
Le bois d’Isoberlinia doka, appelé “abogo” ou “sau” dans le commerce, s’utilise en menuiserie, pour le mobilier et dans l’ébénisterie. Traditionnellement, il est aussi utilisé sous forme de piquets et de poteaux, pour l’artisanat et pour les ustensiles agricoles. Il convient pour la construction légère, la parqueterie, les lambris, les moulures, la construction navale, les traverses de chemin de fer, les caisses et les cageots, les placages et la pâte à papier. Comme il n’y a pas de différences physiques entre le bois de cœur et l’aubier très large, celui-ci peut être utilisé tout comme le bois de cœur pourvu qu’il soit traité avec des produits de conservation. Le bois est largement utilisé comme bois de feu ou transformé en charbon.
Les cendres servent à la fabrication de savon. L’intérieur du fruit sert à récurer les pots en terre cuite. Plusieurs parties de l’arbre ont des usages en médecine traditionnelle. Au Bénin, la décoction des jeunes pousses feuillées s’applique en breuvage ou en bain pour traiter les convulsions ; la gomme des branches est utilisée pour soigner les abcès et les infections purulentes. En Côte d’Ivoire, l’écorce sert à traiter les fièvres dont la malaria, ainsi que les douleurs corporelles ; au Ghana, la décoction d’écorce s’utilise pour nettoyer les blessures de la peau. L’écorce sert également de vermifuge. Au Mali, la décoction de feuilles est utilisée en lotion par les femmes contre la stérilité. Une préparation de racines et de feuilles soigne la jaunisse.
Isoberlinia doka est l’hôte de chenilles sauvages productrices de soie, notamment des papillons Anaphe moloneyi et Gastroplakaeis rufescens, et ses fleurs sont butinées par les abeilles. Dans le nord du Ghana, les feuilles servent de fixatif dans la teinture des ongles au henné.
Production et commerce international
Le bois d’Isoberlinia doka est essentiellement utilisé et vendu localement. La soie d’Anaphe moloneyi est de bonne qualité et a fait l’objet d’exportations importantes du Nigeria avant 1940.
Propriétés
Le bois de cœur est brun rosé ou rougeâtre, marbré de veines irrégulières gris-violacé ; il se démarque nettement de l’aubier grisâtre à argenté ou blanc, qui est épais de 3–7 cm et qui correspond à environ 40% du volume du fût. Le bois présente souvent un contrefil distinct et irrégulier, le grain est modérément grossier.
C’est un bois de poids moyen à assez lourd, avec une densité de 690–850 kg/m³ à 12% d’humidité. Le séchage du bois est délicat et doit être mené avec soin. En basse Côte d’Ivoire, des planches de 3,5 cm d’épaisseur avec une humidité initiale de 71% se stabilisent à 16% d’humidité après presque 5 mois de séchage à l’air sous abri. Les défauts de séchage sont des fentes en bout ou des fentes longitudinales sur toute la longueur des planches sciées sur dosse, ainsi que des gerces superficielles et de la cémentation. Les taux de retrait sont modérés, de l’état vert à anhydre ils sont de 3,5–4% radialement et de 7,5% tangentiellement. Une fois sec, le bois est moyennement stable en service.
A 12% d’humidité, le module de rupture est de 80–118 N/mm², le module d’élasticité de 7060–9900 N/mm², la compression axiale de 36–57 N/mm², le cisaillement de 7,5 N/mm², le fendage de 16–24 N/mm et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 3,8. Le bois est cassant. Il se travaille assez facilement tant à la main qu’à la machine. Au rabotage et au tournage, on observe un peluchage dû au contrefil, mais le bois peut obtenir un bel aspect après ponçage. Il se cloue et se visse bien, mais avec une tendance au fendage. Il se colle bien.
Le bois de cœur est modérément résistant aux termites, aux scolytes et aux térébrants marins. L’aubier est aisément attaqué par les champignons du bleuissement et par les insectes foreurs. Le bois de cœur est rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation, l’aubier est modérément rebelle.
Les jeunes pousses et feuilles d’Isoberlinia doka entrent dans l’alimentation des antilopes, par contre elles ne sont pas appétées par le bétail.
Falsifications et succédanés
Le bois d’Isoberlinia doka a des caractéristiques très voisines de celles du “melegba” (Berlinia confusa Hoyle) et du “pocouli” (Berlinia occidentalis Keay) et pourrait être vendu en lots mélangés avec ces deux espèces.
Description
Arbre de taille petite à moyenne, atteignant 25 m de haut ; fût dépourvu de branches jusqu’à 12 m mais plus souvent sur 4–6 m seulement, droit et cylindrique ou tortueux, jusqu’à 75 cm de diamètre, parfois plus ; surface de l’écorce lisse chez les jeunes arbres, puis se desquamant en grandes écailles, écorce interne rouge ; cime assez étroite et ouverte ; ramilles à pubescence gris-brun, devenant glabres. Feuilles alternes, composées paripennées à (2–)3(–4) paires de folioles ; stipules d’environ 2,5 cm × 2 cm, plus ou moins soudées à la base, normalement caduques ; pétiole de 6–12 cm de long, rachis de 10–25 cm de long ; pétiolules d’environ 1 cm de long ; folioles opposées, ovales-elliptiques, légèrement asymétriques, de 6–25 cm × 3–13 cm, base habituellement arrondie, apex obtus à courtement acuminé, coriaces, glabres, pennatinervées à 6–17 paires de nervures latérales. Inflorescence : panicule terminale ou axillaire de 10–18(–30) cm de long, rapidement glabre, à nombreuses fleurs. Fleurs bisexuées, presque régulières, 5-mères, blanchâtres ; pédicelle jusqu’à 2 mm de long, à 2 bractéoles épaisses d’environ 1 cm de long, finement poilu sur les deux faces ; sépales étroitement triangulaires, de 6–7 mm de long ; pétales presque égaux mais un légèrement plus large, oblongs, de 7–13 mm de long ; étamines 10, libres, d’environ 2 cm de long ; ovaire supère, poilu, stipité, 1-loculaire, style mince, plus long que les étamines. Fruit : gousse oblongue, de 15–30 cm × 5–8 cm, brune, finement striée transversalement, d’abord courtement poilue, puis glabre, déhiscente par 2 valves ligneuses, à environ 4 graines. Graines arrondies, aplaties.
Autres données botaniques
Le genre Isoberlinia comprend 5 espèces et se rencontre dans les forêts claires des régions soudanienne et zambézienne, mais une espèce est présente dans les forêts pluviales de l’est de la Tanzanie.
Isoberlinia tomentosa
Isoberlinia tomentosa (Harms) Craib & Stapf (synonyme : Isoberlinia dalzielii Craib & Stapf) est un arbre de taille petite à moyenne, atteignant 18 m de haut, à fût jusqu’à 80 cm de diamètre, se rencontrant depuis la Guinée et le Mali jusqu’au Soudan dans la savane boisée, accompagné par Isoberlinia doka, et vers le sud jusqu’à la Tanzanie, au Malawi et en Zambie dans la forêt claire à Brachystegia. Son bois ressemble celui d’Isoberlinia doka et s’utilise aux mêmes fins, par ex. pour les poteaux, les planches, la menuiserie et le mobilier. Au Burkina Faso, on mange les feuilles en légume et dans toutes sortes de sauces, alors que l’écorce soigne les plaies. L’écorce fait également partie de médicaments contre les problèmes d’estomac et s’utilise au Nigeria dans la préparation d’un poison de flèche.
Anatomie
Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :
Cernes de croissance : 1 : limites de cernes distinctes. Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 25 : ponctuations intervasculaires fines (4–7 μm) ; 29 : ponctuations ornées ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; 46 : ≤ 5 vaisseaux par millimètre carré ; (47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré). Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses. Parenchyme axial : 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; 81 : parenchyme axial en losange ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; 86 : parenchyme axial en lignes minces, au maximum larges de trois cellules ; 89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale. Rayons : 96 : rayons exclusivement unisériés ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 115 : 4–12 rayons par mm ; 116 : ≥ 12 rayons par mm. Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
(F.D. Kamala, P.E. Gasson & E.A. Wheeler)
Croissance et développement
Les arbres d’Isoberlinia doka peuvent fleurir pour la première fois quand ils font 2–3 m de haut. La floraison a lieu pendant la saison sèche, en Côte d’Ivoire et au Nigeria en janvier–février(–mars), et les gousses s’ouvrent vers juillet. Les graines sont disséminées par l’ouverture explosive du fruit, et la majorité germe à proximité de l’arbre-mère. La germination débute rapidement. Un pivot de 25–30 cm se forme vite, accompagné par la pousse très lente de la plumule. Au bout de 6 mois, la tige fait seulement 5 cm de long avec une seule paire de feuilles, et 10–15 cm de long un an plus tard. En cas de feu à ce stade juvénile, une nouvelle pousse remplace immédiatement celle qui a été détruite. Lorsque les plants ont 100–200 cm de haut, ils deviennent résistants aux passages de feux légers. Seulement 1% des semis arrive à ce stade. Les tiges endommagées ne récupèrent pas complètement et elles forment des taches moisies jusqu’à 2–3 m au-dessus du niveau du sol. La formation d’un fût prend plusieurs années. Après une perturbation, l’arbre produit de nombreux drageons.
Dans les plantations, Isoberlinia doka a aussi une croissance initiale faible. En Côte d’Ivoire, les jeunes plants âgés de 4,5 ans n’atteignaient en moyenne que 130 cm de haut, et ailleurs les arbres de plantation atteignaient 2 m de haut au bout de 6 ans. Les premières années qui suivent la plantation semblent n’être qu’une phase d’installation, mais la croissance ultérieure est plus rapide et l’accroissement en diamètre de fût peut atteindre jusqu’à 1 cm par an dans des peuplements adultes. Au Nigeria, on a observé que le fût ne croît plus en diamètre et même qu’il se rétracte légèrement, bien que l’arbre soit feuillé en saison sèche.
Ecologie
Isoberlinia doka pousse dans une zone à pluviométrie annuelle de 900–1500 mm, à des altitudes de 100–1200 m. C’est une espèce pionnière grégaire que l’on trouve en bouquets ou en formations importantes, en peuplements purs ou en mélange avec d’autres arbres de la famille des Légumineuses ; il n’est jamais présent à l’état disséminé. Les forêts claires à Isoberlinia doka sont l’homologue septentrional des miombos de la région zambézienne de l’Afrique australe. Bien qu’elle soit l’espèce caractéristique de ces formations, elle est souvent associée à Uapaca togoensis Pax, Daniellia oliveri (Rolfe) Hutch. & Dalziel, Burkea africana Hook., Erythrophleum africanum (Welw. ex Benth.) Harms, Diospyros mespiliformis Hochst. ex A.DC., Monotes kerstingii Gilg et Prosopis africana (Guill. & Perr.) Taub. Dans ce type de végétation, le couvert ligneux représente en général plus de 50% de la végétation, et la strate herbacée est dominée par de grandes graminées vivaces, plus ou moins tolérantes à l’ombrage, telles que Andropogon tectorum Schumach. & Thonn. et Pennisetum unisetum (Nees) Benth. Malheureusement les forêts claires intactes de ce type sont de plus en plus rares en raison des défrichements agricoles.
Isoberlinia doka est une espèce rustique, peu exigeante, qui colonise tous les types de sol, à l’exception des sols indurés ou croûtés, des affleurements rocheux et des zones inondables. Les racines pénètrent difficilement les horizons ferrugineux indurés, sur lesquels il développe un enracinement superficiel. Par contre, ses racines pénètrent les horizons graveleux même compacts. Isoberlinia doka peut croître sur les terrains les plus médiocres et, grâce à sa faculté à drageonner, peut survivre aux feux, aux défrichements et à l’érosion. En Centrafrique, il préfère les sols ferralitiques bien drainés de couleur rouge ou ocre, alors qu’il disparaît sur les sols rocailleux où Monotes kerstingii prend sa place. Dans le nord de la Côte d’Ivoire et du Nigeria, on a observé que ses graines germent rapidement sur les sols limoneux bien drainés, mais pas sur les sols sableux superficiels recouvrant de l’argile, où pousse Terminalia avicennioides Guill. & Perr., ce qui peut être la raison de la séparation stricte de ces deux espèces. Isoberlinia doka est ectomycorhizé par plusieurs espèces, dont des Scleroderma spp.
Multiplication et plantation
Les graines d’Isoberlinia doka, environ 400 par kg, sont récalcitrantes ; elles germent rapidement après leur dissémination ou perdent leur viabilité. Dans un essai au Burkina Faso, les graines avaient perdu 40% de leur viabilité au bout de 3 semaines, et elles avaient perdu complètement leur viabilité au bout de 5 semaines de stockage à la température ambiante de 30°C. Au Togo, la régénération d’Isoberlinia doka et d’Isoberlinia tomentosa se fait par semis (32% des régénérations observées), par rejets de souche (11%) ou par drageons (57%). Les drageons sont majoritairement concentrés sous les houppiers des arbres, mais certains apparaissent à plus de 10 m. Dans les parcelles cultivées, le drageonnage est le mode de régénération dominant, alors que dans les forêts non perturbées les semis sont majoritaires.
Au Nigeria, on a observé que des feux tôt dans la saison sèche réduisaient considérablement la régénération d’Isoberlinia doka, tandis que des feux tardifs ont abouti à la dégénérescence rapide de toute la végétation. Cependant, un labour profond après l’abattage favorise grandement sa régénération, principalement par drageons. En Côte d’Ivoire, après 3 années de protection contre les feux d’une forêt claire à Isoberlinia (480 tiges de plus de 7 cm de diamètre par ha dont 141 Isoberlinia), on a observé par ha 105 semis d’Isoberlinia et 905 rejets de souche, y compris ceux des souches de moins de 1 cm de diamètre provenant de semis ou de drageons, blessées par les feux antérieurs. Trois années après une coupe à blanc, on a compté 250 semis, 1590 rejets et 570 drageons par ha.
L’élevage des jeunes plants en pépinière est un processus délicat car les racines doivent être cernées fréquemment. Le repiquage est aisé avec un bon taux de reprise, mais la période d’installation au champ est longue, les jeunes arbres ne mesurant que 15 cm de haut environ au bout de 20 mois.
Gestion
Les jeunes plants sont facilement coupés lors des sarclages de la plantation. Isoberlinia doka est bien adapté au recépage.
Maladies et ravageurs
Les déformations dues aux passages des feux dans le jeune âge se concrétisent à l’âge adulte par une pourriture humide du bois de cœur, parfois sur une longueur de 2–3 m.
Récolte
Les fûts d’Isoberlinia doka étudiés en Côte d’Ivoire étaient assez droits, sans cannelure ni contrefort. Ils sont généralement sans nœuds, mais présentent souvent des méplats plus ou moins marqués et un cœur excentré dans leur partie supérieure. A l’abattage, un liquide sanguinolent exsude entre l’aubier et le bois de cœur, qui disparaît au séchage. Fréquemment on a noté la présence de bandes de canaux à gomme traumatiques de largeur variable.
Au Bénin, un diamètre de fût minimum recommandé pour l’abattage est de 55 cm ; ceci permet la reconstitution de 30% de la surface exploitée en 15 ans. Isoberlinia doka est l’espèce de bois d’œuvre la plus abondante dans le nord de la Côte d’ Ivoire. Les plans d’aménagement forestier recommandent son exploitation avec une révolution de 80 ans, alors que l’âge minimum pour l’abattage est estimé à 60 ans pour un diamètre de fût minimum de 40 cm.
Rendement
Au Bahr el Ghazal, au Sud-Soudan, 42,3 m³/ha de bois commercialisable (bois ronds, poteaux et petits sciages) ont été récoltés par l’exploitation des fûts de plus de 30 cm de diamètre dans une forêt dense sèche à Isoberlinia doka. Au Bénin, les forêts claires adultes à Isoberlinia ont une surface terrière variant de 7,5 à 36,5 m²/ha selon la fertilité du sol. En Côte d’Ivoire, on a compté en moyenne 4,4 fûts de plus de 40 cm de diamètre par ha, représentant pour Isoberlinia seul un volume de 4,1 m³/ha de grumes et de 6,8 m³/ha de bois de feu et de service. En Côte d’Ivoire, les tables de conversion montrent qu’un arbre de 40 cm de diamètre à hauteur d’homme et de 17 m de hauteur totale représente en moyenne un volume de bois de 1,4 m³ dont 0,6 m³ de bois de grume ; un arbre de 50 cm de diamètre et de 20 m de haut représente 2,6 m³ dont 0,9 m³ de bois de grume ; un arbre de 70 cm de diamètre et de 23 m de haut représente 5,2 m³ dont 1,6 m³ de bois de grume.
Au Nigeria, un champ abandonné et protégé intégralement du feu pendant 10 ans a produit des plants de 3–4,5 m de haut ; ensuite l’utilisation des feux tôt dans la saison sèche pendant 10 années a conduit à un peuplement dense d’Isoberlinia doka, avec des arbres de 9–10,5 m de haut et 13–25 cm de diamètre de fût, et contenant quelques arbres de Khaya senegalensis (Desr.) A.Juss. de taille comparable. Le volume de bois de feu récoltable a été estimé à 60 m³ par ha ou 3 m³ par ha par an.
Le rendement au sciage après écorçage est de l’ordre de 52% du volume de fût y compris l’aubier, et 31% pour le bois de cœur seul.
Traitement après récolte
Le problème principal des arbres abattus est le bleuissement de l’aubier, sous l’action des champignons du genre Lasiodiplodia. Les taches noires causées par les scolytes constituent également un problème courant. Pour la protection des grumes contre les champignons et les insectes qui affectent l’aubier après abattage, il faut les traiter rapidement avec un produit de conservation, éviter l’écorçage et réduire au minimum les délais entre l’abattage et le sciage. Il est recommandé de traiter les sciages immédiatement avec une solution fongicide et insecticide. Un séchage rapide et bien mené contribuera également à réduire les altérations dues aux champignons.
Ressources génétiques
Bien que les forêts à Isoberlinia doka soient de plus en plus défrichées pour l’agriculture, elles restent abondantes. Isoberlinia doka est présent, par exemple, dans de nombreux bois sacrés dans le nord de la Côte d’Ivoire, où il est une des espèces dominantes, voire l’espèce dominante. La régénération abondante de l’espèce assure que sa diversité génétique ne soit pas mise en péril.
Sélection
Actuellement, aucune étude de la diversité génétique de cette espèce ne semble avoir été faite.
Perspectives
Les forêts claires à Isoberlinia, bien aménagées, peuvent avoir un avenir économique certain et participer à l’amélioration des revenus des populations locales. Il est impératif de supprimer les feux pour favoriser son abondante régénération par rejets, drageons et semis, puis pour éviter que les jeunes plants ne soient traumatisés par les feux et ne deviennent incapables de produire un bois d’œuvre de qualité en raison des déformations du fût et de l’apparition ultérieure de la pourriture humide du bois de cœur.
Des recherches sur la sylviculture des peuplements naturels et des plantations méritent d’être entreprises car Isoberlinia doka est l’espèce de bois d’œuvre la plus commune dans son aire d’origine, et elle représente des intérêts économiques et écologiques considérables. Il est tout aussi important de connaître sa diversité génétique et d’entreprendre une amélioration de l’espèce visant une croissance juvénile rapide et des fûts droits et longs, pour alimenter les marchés locaux en bois d’œuvre. La pharmacologie de cette espèce mériterait aussi d’être mieux documentée.
Références principales
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Sources de l'illustration
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Auteur(s)
- D. Louppe, CIRAD, Département Environnements et Sociétés, Cirad es-dir, Campus international de Baillarguet, TA C 105 / D (Bât. C, Bur. 113), 34398 Montpellier Cédex 5, France
Citation correcte de cet article
Louppe, D., 2012. Isoberlinia doka Craib & Stapf. [Internet] Fiche de PROTA4U. Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. Consulté le 2 avril 2025.
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