Bixa orellana (PROTA)

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répartition en Afrique (cultivé)
1, branche en fleurs ; 2, fleur ; 3, fruit ; 4, coupe de fruit avec graines. Source PROSEA
port de l’arbre en fruits
fleurs
infrutescence
fruit ouvert

Bixa orellana L.


Protologue: Sp. pl. 1 : 512 (1753).
Famille: Bixaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 16

Noms vernaculaires

  • Rocouyer, rocou, roucou (Fr).
  • Annatto, lipstick tree (En).
  • Anato, urucuzeiro, urucu, açafrão do Brasil (Po).
  • Mzingifuri (Sw).

Origine et répartition géographique

Bixa orellana est originaire d’Amérique tropicale, où depuis l’antiquité la teinture rouge extraite de ses graines est investie non seulement d’un pouvoir symbolique (représentant la vie éternelle, le soleil, le feu et le sang, la majesté et le pouvoir) mais sert également à colorer et à aromatiser la nourriture. Bixa orellana est prisé dans le monde entier et à l’heure actuelle il est planté et naturalisé dans presque tous les pays tropicaux. En Afrique tropicale, il est cultivé commercialement au Kenya et à petite échelle dans tous les pays. Il s'est naturalisé très localement, comme au Kenya et en Tanzanie.

Usages

Le principal produit de Bixa orellana est un colorant organique présent dans le tégument de la graine, commercialement appelé “rocou” en français, “annatto” en anglais, “achiote” en espagnol et “orlean” en allemand. Grâce à sa liposolubilité, il est largement utilisé dans l’industrie alimentaire pour colorer en rouge ou en jaune orangé le fromage, le beurre, les huiles, la margarine, les glaces, les bonbons, les produits de boulangerie et le riz. Il doit son succès dans l’industrie laitière d’une part à l’instabilité comparative des produits de synthèse certifiés et équivalents et d’autre part à sa non-toxicité prouvée et à sa teneur en vitamine A. Dans la cuisine d’Amérique latine, le rocou ne sert pas seulement à donner une belle couleur rouge aux plats à base de viande, de poisson ou de riz mais aussi à leur apporter des saveurs originales. Dans l’industrie cosmétique, il est utilisé dans la production de vernis à ongles, d’huiles capillaires, de rouges à lèvres, de savons ainsi que de produits de la maison tels que la cire à parquets, l’encaustique, le cirage, la laque pour le cuivre et la teinture à bois. Le colorant, mélangé à de l’huile, sert à décorer le corps, par exemple en Afrique de l’Ouest, en Guyane et en Nouvelle Guinée, et lorsqu’il est utilisé de cette façon, éloignerait aussi les insectes et protègerait la peau du soleil. Le rocou a été utilisé pour la teinture du coton, de la laine et notamment de la soie, donnant une couleur orange-rouge qui a tendance à virer au jaune si le colorant est additionné dans le bain de teinture de cendres de bois ou de carbonate de soude et si le tissu coloré est passé dans une solution diluée d’acide tartrique ou citrique. Dans l’impression des étoffes, le rocou a été en grande partie remplacé par les teintures synthétiques car ce n’est pas un colorant solide. L’exposition à la lumière le fait vite faner. Toutefois, la teinture est relativement résistante au savon, aux alcalis et aux acides. On peut en teindre le bois, le bambou, le rotin et la vannerie. En Afrique de l’Ouest, les Baoulés de Côte d’Ivoire utilisent une pâte à base de graines écrasées, de jus de citron et d’eau pour peindre les montants de portes, les masques et les jouets en bois. Quelquefois, le rocou est employé dans des mélanges avec d’autres colorants végétaux tels que la curcumine du curcuma (Curcuma longa L.).

Le tourteau obtenu à partir des graines et des fruits sert de fourrage. Les fibres extraites de l’écorce servent à fabriquer des cordages. Le bois provenant d’arbres âgés donne un bois de chauffage de bonne qualité. Bixa orellana est souvent employé comme arbre ornemental dans les jardins familiaux et les parcs publics, où il est particulièrement apprécié pour ses splendides fleurs blanches et roses et pour ses fruits rouges. Il est aussi planté en haies. Les graines et les feuilles sont utilisées en médecine traditionnelle. Les graines sont comestibles et nutritives quoique légèrement purgatives et seraient efficaces contre la fièvre, la dysenterie, les maladies rénales et l’intoxication par le manioc. En R.D. du Congo, on applique une pâte faite à base de fruits et de graines pour traiter la démangeaison. Au Gabon, on absorbe une décoction de feuilles pour stopper les vomissements, en R.D. du Congo elle sert de gargarisme en cas d’angine et d’amygdalite, et aux Seychelles et à l’île Maurice elle est versée dans le bain pour soigner les douleurs musculaires. En Ethiopie, on utilise les feuilles pour panser les plaies et à l’île Maurice contre les céphalées. Au Mexique et au Paraguay, les graines et le jus servent à traiter les maladies de bouche.

Production et commerce international

Les principaux producteurs de Bixa orellana sont des pays d’Amérique du Sud, d’Amérique centrale, des Caraïbes, d’Afrique, ainsi que l’Inde et le Sri Lanka. Le Pérou est le premier exportateur de graines de rocou, environ 4000 t/an, le Brésil étant quant à lui le principal producteur avec près de 5000 t. Le Kenya exporte à peu près 1500 t/an de graines et d’extraits de rocou, ce qui en fait le deuxième pays exportateur après le Pérou, notamment vers le Japon. La Côte d’Ivoire et l’Angola sont eux aussi exportateurs. Au Kenya, Bixa orellana est cultivé par de petits exploitants, en particulier non loin de la côte dans le district de Kilifi, l’escarpement de Kwale et la région des collines de Shimba. Dans de nombreux pays d’Amérique tropicale, le colorant est récolté à la fois sur les plantes cultivées dans les jardins familiaux et sur les plantes sauvages. Les statistiques de production ne sont pas fréquemment disponibles, et ne constitueraient pas une source fiable de l’information sur le commerce international, puisque de nombreux pays producteurs utilisent des quantités importantes pour leur propre consommation (par ex. le Brésil est un très gros producteur et consommateur qui a besoin d’importations supplémentaires). La production mondiale annuelle de graines de rocou sèches au début du XXIe siècle est estimée à 10 000 t dont 7000 t font l’objet d’un commerce international. Le cours moyen du marché par t de graines varie fortement ; entre 1984 et 1990, il est passé de US$ 600 à US$ 2300. Le principal marché du rocou est les Etats-Unis avec 3000 t/an, suivis par l’Europe occidentale (2500 t) et le Japon (1500 t). Quelque 70% du produit sont utilisés dans les pays importateurs pour colorer le fromage. Le commerce d’extraits de rocou (qui remplacent les graines sèches) a nettement augmenté depuis les années 1980, l’extrait hydrosoluble de norbixine arrivant en tête pour ce qui est du volume, suivi par les extraits dans l’huile végétale, et enfin par la bixine extraite à l’aide de solvants à la troisième place.

Propriétés

Le colorant présent dans le tégument de la graine de Bixa orellana est le rocou, connu au sein de l’Union européenne comme E160(b). Les autres codes employés pour désigner le rocou sont CI 75120 et orange naturel n° 4. Dans l’Union européenne, l’emploi du rocou est permis dans une grande variété de produits alimentaires ; aux Etats-Unis, il jouit du statut “GRAS” (“Généralement reconnu inoffensif”) accordé par la FDA (“Food and Drug Administration”) en ce qui concerne son utilisation dans l’alimentation, les médicaments et les cosmétiques. Les principaux composants du rocou sont des caroténoïdes : la bixine et la norbixine. La bixine, ester monométhylique d’un caroténoïde dicarboxylique (C25H30O4), est la forme naturelle, et la norbixine (C24H26O4) est la forme saponifiée du même caroténoïde. Ils sont chimiquement proches du lycopène et du safran. La bixine et la norbixine apparaissent normalement sous la forme cis, mais de petites quantités de formes trans plus stables se forment à la chaleur. Les formes cis sont plus rouges que les formes trans et constituent donc les pigments utilisés dans le commerce. Les portions d’acide carboxylique de la molécule de norbixine contribuent à son hydrosolubilité, tandis que la fonction ester de la bixine la rend liposoluble. La proportion de bixine par rapport à la norbixine pouvant varier dans le rocou, ceci permet une grande souplesse pour son utilisation dans une très grande variété d’applications et une gamme de couleurs allant de l’orange au rouge. C’est la norbixine qui donne sa couleur dorée au cheddar et qui est privilégiée dans l’industrie fromagère car elle s’associe plus avec le caillé qu’avec le petit-lait. Le rocou contient également de petites quantités d’autres caroténoïdes ainsi que des produits de dégradation de la bixine. Un produit de dégradation jaune, appelé pigment jaune C17, apparaît sous l’effet de la chaleur. L’ester éthylique de la bixine, appelé éthylbixine (C27H34O4), est employé en suspension dans une huile végétale en tant que colorant alimentaire. Il donne une couleur dorée. La bixine proprement dite n’a pas d’activité provitamine A, contrairement à d’autres fractions du colorant, ce qui renforce son utilité dans la coloration de la margarine et du beurre. En règle générale, on utilise trois méthodes d’extraction des graines qui donnent 3 produits ayant chacun ses caractéristiques propres. Premièrement, le rocou peut être préparé par extraction avec une huile végétale comestible qui donne une solution essentiellement de bixine dans l’huile. Deuxièmement, l’extraction avec une solution aqueuse donne un rocou riche en norbixine. Troisièmement, l’extraction avec des solvants suivie par leur élimination donne des mélanges de cristaux ou de poudre de bixine et de norbixine. Pour de nombreuses applications spéciales, on effectue des dosages spéciaux.

La teneur en bixine des graines varie énormément, d’habitude de 2–4%. La proportion de bixine présente dans les extraits de rocou commercialisés fluctue considérablement, en fonction de la nature du produit. Une solution d’huile végétale renferme généralement 0,2–5% de bixine. Les concentrations de norbixine contenues dans la poudre de rocou séchée par atomisation disponible dans le commerce oscillent entre 7,5% et 15%.

Des essais ont été effectués pour produire artificiellement de la bixine en introduisant les 3 gènes de Bixa orellana responsables de la synthèse de la bixine chez l’arbre dans une souche de la bactérie Escherichia coli, qui avait été modifiée pour produire du lycopène. Ceci a provoqué la transformation du lycopène en bixine par la bactérie. Les essais ont été prometteurs et le niveau de production moyenne de bixine par Escherichia coli a été de 5 mg par g de matière sèche. Il serait possible d’utiliser les 3 gènes dans des organes “puits” comme les fruits de tomate, dans lesquels d’énormes quantités de lycopène sont accumulées, pour créer une source de remplacement compétitive pour la production de bixine naturelle.

Les graines ont une grande valeur nutritive, contiennent une faible quantité d'huile grasse (5%) et environ 13% de protéines. Le tégument renferme une substance cireuse qui sert de vermifuge, et le parfum fleuri que dégage la graine est dû à un sesquiterpène tétracyclique, l'ishwarane. La paroi du fruit contient du tanin. L’acide ellagique et la cyanidine ont été isolés des feuilles. Des extraits de fruits et de feuilles ont montré une activité antibactérienne contre Staphylococcus aureus, Escherichia coli et Salmonella typhi. La gomme extraite de l’écorce est semblable à la gomme arabique. Le bois est mou, léger (densité sec à l’air d’environ 400 kg/m3), jaunâtre à jaune rosé et ne se conserve pas.

Falsifications et succédanés

Le principal concurrent des extraits de rocou dans certaines utilisations alimentaires est le β-carotène synthétique.

Description

  • Arbuste ou petit arbre sempervirent atteignant 6(–8) m de haut ; tronc jusqu’à 10 cm de diamètre ; écorce marron clair à foncé, dure et lisse, quelquefois fissurée, lenticellée, écorce interne pourvue de sève orange ; rameaux verdâtres et densément couverts d’écailles de couleur rouille lorsque jeunes, devenant par la suite brun foncé, annelés aux nœuds.
  • Feuilles disposées en spirale, simples et entières ; stipules rapidement caduques, laissant des cicatrices en fer à cheval ; pétiole cylindrique, épaissi aux deux extrémités, de 1–13 cm de long ; limbe ovale, de 5–25 cm × 3,6–16 cm, superficiellement cordé à tronqué à la base, longuement acuminé à l’apex, vert foncé au-dessus, grisâtre ou vert brunâtre au-dessous, à écailles lorsque jeune mais glabrescent, 5-nervé à partir de la base.
  • Inflorescence : panicule ou corymbe terminal, à 8–50 fleurs.
  • Fleurs bisexuées, régulières, odorantes ; pédicelle de 0,5–1 cm de long, à écailles, épaissi à l’apex et pourvu de 5–6 glandes de grande taille ; sépales 4–5, libres, obovales, de 10–12 mm de long, caducs ; pétales (4–)5–7, libres, obovales, de 1,5–3 cm × 1–2 cm, teintés de rose, de blanc ou de violet ; étamines nombreuses, libres, anthères mauves ; ovaire supère, 1-loculaire, style de 12–15 mm de long, épaissi vers le haut.
  • Fruit : capsule globuleuse ou largement ovoïde à allongée, de 2–4,5 cm × 2–4 cm, plus ou moins densément recouverte de longues soies, verte, brun verdâtre ou rouge à maturité, à 2 valves, contenant de nombreuses graines.
  • Graines obovoïdes et anguleuses, de 4–5 mm de long, à tégument charnu rouge-orangé vif et à petit arille blanchâtre autour de l’apex du long funicule.
  • Plantule à germination épigée, cotylédons minces, ovales, nervurés, hypocotyle relativement long.

Autres données botaniques

Bixa est le seul genre de la famille des Bixaceae et comprend environ 5 espèces confinées à l’Amérique centrale et du Sud, dont Bixa orellana est la seule cultivée et parfois naturalisée dans de nombreuses autres régions tropicales du monde. La variation de forme et de couleur des fruits de Bixa orellana est énorme. La forme varie, allant de globuleux à ovoïde, d’élargi au sommet ou brièvement acuminé à allongé-ovoïde ou longuement acuminé. La couleur quant à elle fluctue du blanc au vert et au rouge. Il semblerait que les types à fruits ovoïdes, élargis au sommet et brièvement acuminés aient une teneur en bixine inférieure à ceux dont les fruits sont globuleux ou allongés, et ils sont par conséquent considérés comme inférieurs. On trouve des types à fleurs blanches, mais les arbres à fleurs roses sont beaucoup plus fréquents. Bien qu’il existe de nombreux types cultivés, il n’y a pas de classification officielle en cultivars.

Croissance et développement

Des graines arrivées à maturité et prélevées directement sur des fruits frais germent facilement en l’espace de 7–10 jours en conditions humides. Des graines nettoyées, séchées au soleil, conservent leur viabilité pendant plus d’un an, mais le taux de germination tombe à 12% en 3 ans. Les plantes issues de semis ont besoin comparativement de plus de temps pour fleurir et n’y parviennent que modérément au début ; elles sont très hautes et montrent une grande variation. Les plantes multipliées par bouturage fleurissent précocement et à profusion et fructifient en moins de deux ans. La pollinisation est effectuée par les insectes, et on peut observer des abeilles en abondance autour des arbres. Les fruits mûrissent entre 5–6 mois après la pollinisation. La production de graines atteint un maximum sur les individus âgés de 4–12 ans, lesquels peuvent demeurer productifs pendant plus de 20 ans.

Ecologie

Bixa orellana nécessite un climat sans gel, chaud, humide et un emplacement ensoleillé. Les conditions optimales sont une température moyenne de 20–26°C dans des zones où la pluviosité annuelle moyenne est de 1250–2000 mm, bien répartie sur l’année mais avec une saison sèche permettant la maturation des graines. Toutefois, Bixa orellana peut supporter une large variété de climats tropicaux à subtropicaux et n’a pas besoin d’énormément de soins, même si dans les régions où les précipitations ne sont pas uniformément réparties sur toute l’année, l’irrigation peut s’avérer nécessaire. Il pousse sur presque tous les types de sols, avec une préférence pour les sols neutres à légèrement alcalins. Il prospère davantage lorsqu’il est planté sur des sols profonds et fertiles, riches en matière organique. Il se développe bien sur le calcaire, où la couche arable n’a que quelques cm d’épaisseur et recouvre une base corallienne. En Afrique, il est cultivé du niveau de la mer jusqu’à environ 2000 m d’altitude.

Multiplication et plantation

Bixa orellana peut être multiplié par graines et par boutures de tige. Les graines sont semées directement au champ, à raison de 2–5 graines par trou dans un sol bien préparé, généralement au début de la saison des pluies. Après la germination, seule une plante par trou est conservée. Les plants de pépinière peuvent être semés dans des plateaux ; ils sont repiqués dans des sacs de 1 kg contenant une terre mélangée et maintenus en pépinière 3–4 mois avant d’être mis au champ. Des boutures ligneuses ayant 8 mm de diamètre ou plus racinent facilement après apport d’une hormone racinaire adaptée à ce type de boutures. Les racines se développent en abondance en l’espace de 7–9 semaines. Les boutures racinées sont d’abord transplantées dans des pots ou des sacs, maintenues en pépinière, et ensuite transplantées au champ 3 mois plus tard. En production commerciale, Bixa orellana est planté en rangées séparées de 3–4 m entre elles, les arbres étant espacés de 2–3 m sur la rangée, en fonction du sol et du climat.

Gestion

Le désherbage est nécessaire seulement dans les premiers stades de la croissance. Une fois la canopée formée, un fauchage périodique des mauvaises herbes ainsi qu’un léger élagage destiné à retirer les tiges mortes et affaiblies ainsi qu’à équilibrer le port de l’arbre s’imposent pour accroître le rendement. Les branches basses sont soit haubanées soit élaguées pour faciliter les opérations de gestion. L’élagage des branches hautes est pratiqué pour favoriser la ramification et pour réduire la hauteur de l’arbre afin de faciliter la récolte. Les drageons doivent être supprimés. Butter les plantes après un apport d’engrais aidera la rajeunissement si l'on veut recéper. La pollinisation artificielle n’est pas nécessaire, mais si on maintient des abeilles à proximité de la plantation, le rendement en graines peut s’en trouver augmenté. Bixa orellana pousse facilement et tolère des sols pauvres en nutriments, manifestant rarement des symptômes de carence. Il n’y a généralement pas d’apport d’engrais chimiques. D’habitude, les émondes sont ramassées et brûlées en dehors du champ, puis les cendres sont épandues sur le champ en même temps que de la fiente de poule ou du fumier. Toutefois, un apport d’engrais NPK enrichi de bore et de molybdène accélère la croissance initiale et améliore le rendement.

Maladies et ravageurs

Bixa orellana est parfois infesté d’oïdium dû à Oidium bixae et à Oidium heveae qui s’attaquent surtout aux jeunes fruits ; ce dernier champignon est responsable de l’oïdium chez l'hévéa. Une maladie foliaire de moindre importance, causée par le champignon Phyllosticta bixina, a été signalée dans l’île de Guam. Les insectes ravageurs n’ont qu’une importance secondaire ; parmi eux, on trouve la mouche blanche (Aleurodicus dispersus), la cochenille rose (Ceroplastes rubens), la cochenille transparente du cocotier (Aspidiotus destructor), la cochenille des Seychelles (Icerya seychellarum), et les thrips à bandes rouges (Selenothrips rubrocinctus). En Indonésie, on signale que Bixa orellana est exposé aux attaques des punaises miridés tropicales du genre Helopeltis qui détruisent les plantations de théier.

Récolte

Dans des conditions favorables, la première récolte de Bixa orellana peut s’effectuer un an et demi après la plantation. Les fruits doivent être récoltés lorsqu’ils commencent à brunir et avant qu’ils ne s’ouvrent. Ils sont mis à sécher à l’ombre et doucement battus à l’aide d’un bâton. Après quoi les graines peuvent être ramassées, séchées à nouveau, nettoyées pour en éliminer non seulement la poussière mais aussi d’autres parties de la plante, et entreposées. Les fruits ramassés alors qu’ils ne sont pas encore mûrs ou ceux qui ont trop attendu sur l’arbre après leur maturité entachent la qualité du produit.

Rendement

On ne dispose d’aucune statistique digne de foi en ce qui concerne les rendements. Le rendement en graines atteindrait 3–5 t/ha, mais au Sri Lanka on a fait état de rendements de seulement 625 kg/ha. Normalement, le rendement annuel en graines est de 800–1200 kg/ha (0,5–4 kg par arbre). A partir de 1 kg de graines, on obtient 20–50 g de teinture.

Traitement après récolte

Les graines de Bixa orellana qui ont été récoltées convenablement, battues et séchées jusqu’à 4–6% d’humidité gardent leur qualité longtemps à condition qu’elles soient conservées dans un endroit frais, à l’abri de la lumière et de l’humidité. Le séchage au soleil demande entre 3–10 jours. Le séchage artificiel se pratique aussi à des températures maximales de 55–60°C. Afin d’éviter toute détérioration des pigments, il faut tout de même réduire les périodes de stockage au minimum. Des sacs doubles en jute et propres, contenant 50–70 kg de graines, sont utilisés pour l’exportation. Le transport maritime se fait de préférence dans des conteneurs ventilés.

Traditionnellement, on extrait le colorant en trempant les graines dans l’eau puis en les pressurant pour dissoudre le tégument charnu qui renferme le colorant. Celui-ci n’est que partiellement soluble dans l’eau et donne une solution trouble. La solution de bixine est concentrée par chauffage puis refroidie pour former des cristaux rouges. On peut aussi laisser fermenter la solution une semaine environ, puis on retire le colorant qui s’est déposé au fond de la cuve et on le fait sécher en pains. Une troisième méthode traditionnelle d’extraction de la teinture consiste à faire bouillir les graines dans une solution de carbonate de sodium, à la filtrer, et à acidifier la préparation, après quoi la teinture se coagule quand on la fait bouillir avec du sel, puis on la tamise, on la lave et enfin on la sèche.

Pour la teinture du coton, le rocou est dissous dans de l’eau bouillante et dans une solution de carbonate de sodium. L’étoffe est plongée dans la solution environ 20 minutes, puis elle est pressurée et séchée, passée dans un bain acidulé ou dans un bain d’alun et séchée à l’ombre. Pour la teinture des soies, on prépare un mélange à proportions égales (en volume) de rocou et de carbonate de sodium dans l’eau ; on y ajoute généralement du savon et on poursuit la teinture à 50°C pendant environ une heure (plus le bain de teinture sera long, plus la couleur sera foncée). Quant à la laine, on la teint à environ 90°C dans un bain aqueux de rocou, sans ajout d’autres substances. Il faut 100 g de rocou pour teindre 100 g de laine.

Ressources génétiques

Dans son aire de répartition naturelle, Bixa orellana est répandu et ne semble pas menacé d’érosion génétique. Des collections de ressources génétiques sont disponibles en Amérique tropicale, par ex. au CATIE, Turrialba, Costa Rica (environ 130 entrées), à l’Universidad Nacional de Colombia, Palmira, Colombie (100 entrées) et au CENARGEN, Brasilia, Brésil (22 entrées).

Sélection

L’amélioration génétique de Bixa orellana a pour but d’améliorer le matériel végétal en sélectionnant des cultivars à fort rendement adaptés au pays et au climat, mais très peu a été fait dans ce sens jusqu’à présent.

Perspectives

De nombreux colorants naturels ont été remplacés par des colorants synthétiques. Toutefois, il existe encore une forte demande pour le rocou dans l’industrie alimentaire et cosmétique en raison de l’activité carcinogène d’un grand nombre de colorants synthétiques. Bien que le β-carotène avec son activité provitamine A concurrence le rocou dans une certaine mesure dans la production de margarine de ménage, son prix plus faible et sa facilité d’emploi plaident en faveur du rocou. C’est dans l’industrie fromagère que le rocou est le plus employé, et les perspectives quant à son avenir dépendent de l’essor de cette industrie. Les exportateurs actuels de rocou semblent capables de faire face à n’importe quel niveau imaginable de demande dans un avenir prévisible, et les créneaux pour de nouveaux fournisseurs semblent limités sans être impossibles à créer, à condition que la qualité produite soit bonne et fiable. Il y a des chances que le commerce international abandonne peu à peu les graines pour se tourner vers les extraits. Les possibilités d’amélioration rapide chez Bixa orellana sont encore considérables.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • Rajendran, R., 1991. Bixa orellana L. In: Lemmens, R.H.M.J. & Wulijarni-Soetjipto, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 3. Dye and tannin producing plants. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 50–53.

Auteur(s)

  • P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Jansen, P.C.M., 2005. Bixa orellana L. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 18 décembre 2024.


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