Daphnés (Cazin 1868)
Sommaire
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Garou
Nom accepté : Daphne gnidium
1° GAROU, Sain-bois, Bois de garou, Daphné paniculé (Daphne gnidium, L.; Thymelæa foliis lini, Bauh.). — (Pl. XIX). — Arbuste qui croît aux lieux montueux et arides du midi de la France. A. Richard l'a trouvé abondamment près du pont du Gard, aux environs de Toulouse. On le trouve aussi dans les environs de Narbonne, dans les Pyrénées-Orientales, etc. On le cultive dans les jardins, où il a besoin de l'orangerie dans le Nord.
Description. — Racine longue, grosse, dure, rougeâtre en dehors, blanche en dedans. — Tiges de 70 centimètres à 1 mètre, droites, divisées dès leur base en rameaux souples, élancés, d'un brun cendré. — Feuilles éparses, nombreuses, sessiles, linéaires, lancéolées, rapprochées, glabres, atténuées dès la base, presque mucronées au sommet. — Fleurs blanches ou un peu rougeâtres, pédonculées, disposées en panicule terminale (juillet-août) ; pédoncules velus. — Calice pétaloïde, infundibuliforme, à tube quadrifide, velu comme le pédoncule, caduc. — Huit élomines incluses. — Style court à stigmate en tête. — Fruits : baies d'abord vertes, devenant rouges en mûrissant.
Parties usitées. — L'écorce, quelquefois les feuilles, les fruits. Les Anglais emploient de préférence l'écorce de la racine ; la partie ligneuse de cette dernière est inerte.
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Récolte. — L'écorce de garou se récolte en automne ou au printemps. Elle se trouve dans le commerce en lanières plus ou moins longues, roulées sur elles-mêmes, sèches, minces, difficiles à rompre, ridées transversalement, gris-rougeâtre plus ou moins foncé à l'extérieur ; d'un blanc légèrement verdâtre à l'intérieur, et offrant dans le sens des fibres des filaments soyeux et brillants. Il vaut mieux obtenir ainsi cette écorce que d'avoir les rameaux desséchés pour l'en extraire au besoin, en les faisant infuser dans le vinaigre, parce que ce menstrue lui enlève une partie de ses propriétés. Le temps ne paraît pas les altérer. Mérat et Delens disent qu'un très-petit morceau pris sur une branche, conservé depuis plus de dix ans dans leur herbier, leur a brûlé la bouche jusqu'au lendemain.
Bois-gentil
Nom accepté : Daphne mezereum
2° MÉZÉREON, Bois-gentil, Faux garou, Lauréole femelle, Lauréole gentille, Bois d'oreille, Merlion, Thymelée, Malherbe, Trentanel (Daphne mezereum, L.; Chamælea germanica, Dod.; Mezereum germanicum, Lob.; Laureola folio deciduo, flore purpureo, Bauh.; Laureola femina, Tourn. — Elégant arbuste qui croît sur les bois montueux et fleurit au milieu des neiges. Il est abondant dans les Alpes, les Pyrénées, dans la Bourgogne. On l'a trouvé dans la forêt de Sénart, aux environs de Paris, dans celles de Villers-Cotterets, de Fontainebleau, dans quelques bois des départements de la Somme et du Pas-de-Calais, etc. On le cultive dans les jardins pour le parfum et la précocité de ses fleurs.
Description. — Racine ligneuse, fibreuse. — Tige de 50 centimètres à 1 mètre, rameuse, droite, revêtue d'une écorce brune ou grisâtre. — Feuilles alternes, ovales, lancéolées, d'un vert pâle ou jaunâtre, un peu glauque en dessous, très-entières, rétrécies à leur base, glabres, longues d'environ 5 centimètres, quelques-unes presque spatulées, non persistantes. — Fleurs roses, quelquefois blanches, sessiles, latérales, en fascicules 2-3 flores, le long des rameaux, au-dessous du bouquet terminal des jeunes feuilles, se montrant avant ces dernières (février-mars). — Fleurs roses, mêmes caractères que dans le garou. — Etamines, huit incluses. — Ovaire arrondi, à une seule loge uniovulée. — Style très-court, avec un stigmate en tête. — Fruits : baies rouges, ovoïdes.
Parties usitées. — L'écorce, le fruit, les feuilles.
Récolte. — On ne doit choisir que l'écorce du tronc de l'arbuste. Lorsqu'elle est sèche, on la trouve chez les herboristes ou dans les officines, en morceaux minces, roussâtres, souvent recouverts d'un épiderme brun-pâle.
Lauréole
Nom accepté : Daphne laureola
3° LAURÉOLE, Daphné lauréole (Daphne laureola, L.; Thymelæa lauri folio semper virens, seu Laureola mas, Tourn.). — Ce sous-arbrisseau, de 50 à 80 centimètres, se rencontre dans les bois, presque partout (Senlis, Saint-Léger, près de Paris), et plus ordinairement dans les jardins. Il diffère du mézéréum par ses feuilles persistantes, ses fleurs d'un jaune verdâtre, disposées en petites grappes axillaires, son fruit noir, sa floraison, qui a lieu en mars et avril. Il peut remplacer le garou et le mézéréon pour l'usage externe, cependant il est moins actif.
Le daphné thymelea et les daphnés alpina, cneorum, indica, etc., que l'on cultive comme plante d'ornement, jouissent des mêmes propriétés. Il n'existe pas d'écorce de thymelée dans le commerce ; cet arbrisseau est trop petit pour en fournir. C'est à tort que la plupart des pharmacopées étrangères désignent l'écorce de mézéréum comme étant seule usitée en France, où l'on emploie surtout celle de garou.
[D'après Hetet, pharmacien en chef de la marine à Toulon, l'écorce de tarton-raire, produite par le daphné tarton-raira, ou passerina tarton-raira, connu vulgairement sous le nom de gros rotombet et de trintanelle Malherbe, peut remplacer le garou ; la pommade préparée avec cette écorce est beaucoup plus active que celle de garou.]
[Culture. — Les daphnés demandent une terre substantielle, fraîche et ombragée ; on les propage de graines semées aussitôt après la maturité, on sème en terrines et en terre de bruyère, et on repique les jeunes plants lorsqu'ils sont assez forts.]
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Propriétés chimiques et physiques. — Les écorces de ces plantes sont inodores. Si on les place sur la langue ou qu'on les mâche, elles n'offrent d'abord qu'une faible sapidité, puis elles deviennent amères, et bientôt enfin elles déterminent une sensation brûlante, caustique, tenace, insupportable, qui s'étend au pharynx pendant plusieurs heures. Les feuilles fraîches et les fruits frais ou secs produisent les mêmes effets que l'écorce. — D'après l'analyse de Gmelin et Baer, elles contiennent, entre autres substances, du sucre, de la cire, de l'acide malique, une matière colorante jaune, une matière neutre cristalline (daphnine) analogue à l'asparagine, et une résine très-âcre. C'est à cette dernière qu'elles doivent leurs propriétés vésicantes. — Dublanc a retiré de l'écorce du garou une matière cristalline, une matière résinoïde sans âcreté, une sous-résine insipide, et une matière verte demi-fluide très-âcre.
Soixante grammes d'écorce de mézeréum, macérée dans l'eau, donnent 10 grammes d'extrait gommeux ; l'extrait alcoolique donne des grains d'une résine très-pure ; l'eau distillée, blanchâtre et modérément âcre, ne contient aucune portion d'huile.
La daphnine a été découverte par Vauquelin. Elle est en cristaux incolores, inodores, d'une saveur amère et astringente, peu soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'eau bouillante, dans l'alcool et dans l'éther ; chauffée, elle se réduit en vapeurs très-âcres ; elle n'est ni acide ni alcaline, et est sans influence sur les propriétés physiologiques du garou (Soubeiran).
L'eau, mais surtout l'alcool, l'éther et les corps gras, se chargent des principes actifs du garou. — Dans le midi de l'Europe, l'écorce de garou est employée à la teinture. On s'en sert particulièrement pour donner à la laine une couleur jaune, qu'on change ensuite en vert en y ajoutant de l'isatis. Les semences sont en usage pour faire des appâts destinés â empoisonner les loups et les renards. — L'écorce de bois gentil, surtout celle de la racine, a été employée à faire du papier gris. Elle pourrait l'être également à la fabrication des fils.
A L'INTÉRIEUR. — Décoction de mézéréum (1 à 8 gr. par 1,500 gr. d'eau réduits à 1,000),
édulcorée avec un sirop mucilagineux ; 2 à 4 tasses dans les 24 heures. (C'est la formule
la plus ordinairement employée.) |
Papier et taffetas vésicants (extrait alcoolique, 1 sur 12, n° 1 ; 1 sur 38, n° 2). Leroux[1], pharmacien à Vitry-le-Français, prépare un extrait alcoolique de mézéréum, qui, employé en frictions, agit de la même manière que l'huile de croton tiglium. — Leclerc (de Tours) a fait préparer des extraits aqueux, alcooliques et éthériques de garou, dont les effets ont été plus ou moins actifs à l'extérieur. — On doit à Goldfy une méthode qu'il est bon d'employer, lorsque le garou est destiné à subir l'action d'un véhicule ; on pile, dans un mortier de fer, l'écorce de garou préalablement coupée au couteau, en l'humectant avec de l'alcool jusqu'à ce qu'on ait formé une masse fibreuse sans aucune apparence d'écorce ; le garou est ainsi parfaitement divisé, et la résine mieux disposée à la solution. |
[Le bois des divers garous sert à faire des pois à cautères très-irritants.]
A haute dose, les daphnés sont des poisons irritants. Introduits dans l'estomac, ils déterminent une ardeur brûlante qui s'étend du pharynx au cardia, la cardialgie, de violentes tranchées, la superpurgation, la chute des forces, et quelquefois même la mort ; à l'inflammation locale se joint une irritation sympathique du système nerveux. 15 gr. d'écorce de garou administrés à un chien ont déterminé les effets suivants : bouche écumeuse, cris plaintifs, vomissements de matières alimentaires mêlées de quelques portions liquides, abattement, circulation plus accélérée, impos-
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- ↑ Gazette médicale de Paris, août 1833.
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sibilité de marcher, point de convulsions, battements du coeur, d'abord intermittents, puis moins sensibles et lents : mort. Linné rapporte qu'une demoiselle mourut hémoptoïque après avoir pris douze baies de mézéréum ou bois-gentil. Vicat cite le cas d'un hydropique auquel on avait fait prendre du bois-gentil et qui fut tout à coup attaqué d'un cours de ventre continu et accompagné de douleurs insupportables, de vomissements, qui, pendant six semaines, revenaient tous les jours avec une violence extrême. Blatin[1] a été témoin, en 1807, des accidents qu'éprouva un habitant de Clermont-Ferrand, pour avoir fait usage, par méprise, d'une décoction de racine de garou au lieu de celle de guimauve. Il eut des ardeurs dans l'estomac et aux entrailles, une chaleur fort âcre à la peau, de l'agitation dans le sommeil, perte d'appétit, fièvre très-vive, soubresauts dans les tendons. Une décoction de racine de guimauve calma ces symptômes. Les fruits de mézéréum, désignés autrefois sous les noms de grana gnidia, cocci gnidii, sont très-délétères. Cependant les oiseaux les mangent avec avidité et impunément.
Les baies de lauréole, pressées entre les doigts, laissent échapper une huile grasse d'abord un peu douce au goût, mais qui bientôt après enflamme la gorge et produit un sentiment de suffocation. Bulliard a vu un forgeron dans le plus terrible état, pour avoir fait usage de ce purgatif, les délayants, les potions huileuses ne pouvant calmer les vomissements, ni les tranchées horribles qui le tourmentaient. Enfin, une décoction de chènevis apaisa ses douleurs et le sauva, au grand étonnement du médecin.
Les daphnés produisent les mêmes lésions anatomiques que les poisons végétaux irritants en général, tels que la bryone, les clématites, etc. Le traitement est le même que celui que nous avons indiqué aux articles concernant ces plantes. On ne devra pas oublier le chènevis, que Bulliard a vu si bien réussir en pareil cas.
Le garou, le mézéréum, la lauréole, sont des médicaments dangereux quand ils ne sont pas maniés avec prudence. Mais on obtient de leur emploi, sagement dirigé contre certaines maladies rebelles, des avantages proportionnés à leur énergie. Les médicaments ont en général une action thérapeutique d'autant plus prononcée qu'ils sont moins susceptibles de s'assimiler aux éléments de notre existence physiologique. C'est en surveillant et en limitant avec sagacité cette action, que la médecine agissante opère des merveilles dans des cas où la nature s'endort, doucement bercée par la médecine expectante.
Le mézéréum est employé comme purgatif, diurétique, sudorifique, dépuratif, fondant, suivant la dose à laquelle on l'administre et les indications que l'on veut remplir. Macéré pendant vingt-quatre heures, à une dose plus ou moins grande, selon les cas, dans un mucilage, dans le petit lait, il devenait dans les mains des anciens, et surtout des médecins du XVIe siècle, un purgatif sûr, un drastique ou un fondant efficace exempt de danger. Mercurialis prescrivait comme drastique contre l'ascite le fruit du mézéréum en macération dans le lait. Riolan employait dans les hydropisies le mélange des sucs de lauréole, de concombre sauvage, d'iris fétide et d'absinthe. Constantin, qui s'attachait particulièrement à tirer parti des végétaux indigènes, employait le topique suivant sur le ventre des hydropiques, pour produire un effet purgatif : feuilles de daphné, 20 gr.; faites tremper dans 2 kilogr. 1/2 d'eau pendant vingt-quatre heures ; faites bouilir jusqu'à réduction de moitié ; passez, ajoutez 250 gr. d'huile d'amandes douces ; faites bouillir encore jusqu'à ce que l'eau soit toute consommée. Ce moyen iatraleptique mérite une attention toute particulière. Les paysans
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- ↑ Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, t. III, p. 297.
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russes, au rapport de Pallas, se purgent en prenant une trentaine de baies de mézéréum. Villars affirme que les paysans du Dauphiné se servent également de ces fruits lorsqu'ils veulent se purger, mais qu'ils n'en prennent que huit à dix, dose déjà assez forte et qui peut, chez des personnes irritables, produire une superpurgation. Loiseleur-Deslongchamps a trouvé dans les feuilles de garou un cathartique qui, administré à haute dose, n'a produit aucun accident. Les semences de lauréole étaient employées du temps d'Hippocrate comme purgatives et vomitives.
Comme stimulants, diaphorétiques, fondants, dépuratifs, les daphnés sont employés à l'intérieur dans les maladies du système osseux, les douleurs ostéocopes, les exostoses, les scrofules, les affections dartreuses, la syphilis secondaire, le rhumatisme chronique, etc. Gilibert conseille la pulpe des baies de mézéréum un peu torréfiée, unie à la gomme, en pilules de 5 centigr., comme un des meilleurs fondants et comme le vrai spécifique contre les dartres rebelles. J'ai employé deux fois cette médication avec un succès complet contre des dartres qui avaient résisté à divers traitements. Russel, Home, Swediaur, Wright, recommandent, dans les affections syphilitiques constitutionnelles, l'usage de l'écorce de mézéréum comme un remède précieux. J'en ai plusieurs fois, dans le cours de ma pratique rurale, employé la décoction contre la syphilis secondaire ou tertiaire. Je n'ai pu bien constater son efficacité que dans un seul cas, où il existait un ulcère syphilitique serpigineux à la joue et une tumeur gommeuse au bras gauche, à la suite de diverses infections vénériennes. Le malade, âgé de trente-huit ans, bien constitué, mais affaibli et un peu cachectique, fut guéri après cinquante jours de traitement. Dans deux autres cas, des douleurs ostéocopes m'ayant obligé de donner concurremment les préparations d'opium, le succès obtenu a pu être également attribué à ce dernier médicament, qui, comme on sait, suffit quelquefois seul, dans certaines circonstances, pour guérir la syphilis invétérée. J'ai employé avec succès l'écorce de la racine de mézéréum jointe à la racine de bardane et à la douce-amère dans un cas de syphilide squameuse survenue trois mois après un traitement mercuriel incomplet et mal dirigé. Tout ce que nous venons de rapporter sur l'emploi du mézéréum, comme altérant, atteste les propriétés réelles de cette plante dans les cas de dartres invétérées et d'affections syphilitiques rebelles au mercure. Ce puissant remède est trop peu usité. Biett et Cazenave ont employé avec avantage les préparations de mézéréum, et notamment la décoction et le sirop dans les affections cutanées chroniques, les syphilides, les affections vénériennes invétérées.
La décoction d'écorce de bois-gentil a également réussi dans les affections scrofuleuses. Home affirme qu'on peut triompher, au moyen de ce remède, des engorgements de toute nature. Withering[1] a guéri, dans l'espace d'un mois, une femme qui éprouvait depuis trois ans une grande difficulté d'avaler, en lui faisant mâcher, à diverses reprises, des tranches minces de mézéréum. Il y avait là probablement un commencement de paralysie de l'œsophage, que l'action stimulante de ce médicament a efficacement combattue. Wertheim[2] assure que des frictions répétées trois ou quatre fois par jour, loco dolenti, avec une teinture de baies de bois-gentil, calment très-bien certaines névralgies faciales, entre autres la prosopalgie ou névralgie frontale. Il prépare cette teinture avec vingt-quatre baies pour autant de grammes d'alcool.
L'écorce de garou, macérée pendant quelques heures dans l'eau ou le vinaigre, appliquée sur la peau et maintenue au moyen d'un emplâtre ag-
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- ↑ Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, t. III, p. 298.
- ↑ Annales médico-psychologiques, juillet 1852.
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glutinatif et d'une bande de toile, agit comme rubéfiant et vésicant. Les paysans, les commères, les guérisseurs ruraux, s'en servaient dans diverses provinces, et notamment en Aunis, sous le nom de bois d'oreille, avant la publication, en 1707, de l'ouvrage de Leroy[1], qui appela sur ce médicament l'attention des praticiens. On l'introduisait dans le lobe de l'oreille des enfants, pour produire une exsudation séreuse dans les accidents de la dentition, les affections chroniques des yeux, les engorgements glandulaires du cou, etc. On emploie cette écorce pour établir un exutoire, lorsqu'on redoute l'action des cantharides sur les voies urinaires. Son action est lente ; elle ne produit généralement la rubéfaction qu'au bout de vingt-quatre heures, et la vésication qu'après quarante-huit heures. Elle ne peut donc convenir que dans les affections chroniques, et non lorsqu'il s'agit de déterminer promptement, dans des cas urgents, une irritation vive et instantanée. Elle occasionne souvent une démangeaison insupportable, une éruption boutonneuse et de l'inflammation autour de la partie sur laquelle elle est appliquée. A côté de ces inconvénients se trouvent des avantages réels que Gillet de Grandmont a constatés. Le vésicatoire à l'aide de l'écorce de garou est, dit-il, un peu long à s'établir ; mais dès qu'il est entré en action, cet exutoire mouille deux fois par jour et abondamment jusqu'à huit ou dix compresses doubles. La sécrétion est vraiment merveilleuse et d'une abondance incompréhensible. Ce mode de vésication n'entraîne point l'enlèvement de l'épiderms : il semble que le derme subisse une espèce de végétation et que tous les vaisseaux de la surface attaquée se gonflent et forment une foule de petites saillies par lesquelles s'exhale la sérosité. Souvent la surface de la peau environnante devient rouge et se couvre de boutons qui, eux-mêmes, donnent un écoulement ; dans ce cas, si le bras est douloureux, qu'il y ait démangeaison et cuisson, il est utile de ne panser qu'une fois par jour et de faire macérer le bois dans l'eau seulement vinaigrée. Pour modérer l'érythème de la peau, un peu d'eau de cerfeuil et de fleur de sureau suffit. Un des avantages que présentent ces exutoires, et à notre avis très-important, est que la peau revient à son état naturel, même après plusieurs mois de durée, ce qui permet de les placer au bras des jeunes filles, sans que plus tard elles aient à se repentir d'avoir recouru pour leur santé à l'emploi d'un tel moyen. Nous engageons beaucoup nos confrères à en essayer, et à revenir à l'usage du sain bois, comme il serait à désirer qu'un pharmacien s'occupât d'extraire le principe actif du daphné mézéréum, du laureola gnidium et largeso, de façon à obtenir des compresses sur des toiles vésicantes au garou, qui remplaceraient l'écorce dont nous nous servons habituellement[2].
Leclerc, de Tours[3], a fait préparer des extraits aqueux, alcooliques et éthériques d'écorce de garou. Un épithème fait avec chacun de ces extraits fut appliqué pendant vingt-quatre heures sur l'avant-bras de trois malades. L'extrait éthérique seul produisit un effet énergique. Il se développa un grand nombre de petites vésicules remplies d'une sérosité trouble sur la partie qu'avait recouverte l'épithème fait avec cet extrait. On n'obtint qu'une faible rubéfaction avec l'extrait alcoolique ; l'extrait aqueux resta sans effet. Il est donc évident que dans la composition d'une pommade épispastique au garou, destinée à l'entretien des vésicatoires, il faudra toujours employer de l'extrait éthérique, de même que pour exciter la rubéfaction ou un peu d'inflammation dans les parties où la peau est fine.
Le mézéréum et la lauréole peuvent remplacer le garou comme rubéfiant et vésicant.
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