Carthamus tinctorius (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Oléagineux | |
Colorant / tanin | |
Médicinal | |
Ornemental | |
Fourrage | |
Sécurité alimentaire | |
- Protologue: Sp. pl. 2: 830 (1753).
- Famille: Asteraceae (Compositae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 24
Noms vernaculaires
- Carthame, safran bâtard (Fr).
- Safflower, false saffron (En).
- Açafroa, saflor, açaflor (Po).
- Kartamu, alizeti ya miba (Sw).
Origine et répartition géographique
Carthamus tinctorius n’est connu que comme espèce cultivée, et est probablement originaire du Proche-Orient. D’autres centres de diversité sont l’Afghanistan, l’Ethiopie et l’Inde. Carthamus tinctorius est domestiqué depuis des temps très anciens, à l’origine pour le colorant orange fourni par ses fleurs et pour lequel on la cultivait déjà en Egypte en 2000 av. J.-C. Son emploi comme plante oléagineuse est probablement plus récent, mais il remonte aussi à l’époque préchrétienne. Le papyrus “Revenue Laws” de Ptolémée II, datant de 259–258 av. J.-C., déclare que le roi avait un monopole de production et de commercialisation de l’huile de carthame en même temps que de celles de sésame et de ricin. Le carthame fut probablement introduit vers 200–300 après J.-C. en Chine, où il a tout d’abord été cultivé intensivement pour son colorant, en particulier le long du Yang-Tseu-Kiang et au Sichuan. De la Chine, le carthame a été introduit au Japon, où il est devenu une importante source d’huile culinaire. A partir du Proche-Orient, cette culture s’est répandue également vers l’ouest en Europe et dans les Amériques. Le Soudan, l’Ethiopie, le Kenya et la Tanzanie en sont les principaux producteurs en Afrique tropicale.
Usages
L’huile comestible extraite de la graine est aujourd’hui le principal produit du carthame. Bien que cette huile se prête à la fabrication de peinture, elle est surtout employée pour la cuisine et l’assaisonnement des salades, ainsi que la fabrication de margarine. Les cultivars à haute teneur en acide oléique font de l’huile de carthame un important succédané que l’on ajoute à l’huile d’olive, ce qui est une des raisons de la rapide expansion de sa culture en Espagne. En Australie, on préfère les cultivars produisant une huile à haute teneur en acide linoléique. Cette huile a des usages industriels. En Inde, on l’utilise traditionnellement pour faire de la cire “roghan”, employée dans l’industrie du batik.
Le carthame est cultivé depuis longtemps pour le colorant extrait des fleurs. Selon le procédé de teinture et l’addition d’autres colorants et mordants, il donne aux tissus une couleur jaune, rouge, brune ou violette. Avec l’introduction de teintures synthétiques à bon marché, son importance comme source de teinture a fortement diminué. Cependant, il subsiste une production à petite échelle de teinture destinée à des emplois traditionnels et religieux. En tant que colorant alimentaire naturel, c’est un substitut ou un succédané frauduleux du safran, et les fleurs sont couramment mélangées à du riz, du pain, des pickles et autres aliments pour leur donner une couleur attrayante jaune orangé.
Le tourteau est employé comme aliment du bétail. Le tourteau de graines non décortiquées (botaniquement le fruit) contient un glucoside, le mataïrésinol, et ne convient que pour les ruminants. Après élimination des composés amers, le tourteau de graines décortiquées constituerait un excellent aliment pour les animaux monogastriques, mais la décortication est généralement une opération trop coûteuse. La farine de graines décortiquées de carthame est employée pour produire des suppléments alimentaires riches en protéines pour les humains. La farine peut être ajoutée à celle de blé pour faire des pains et des tartes. Les coques ont été utilisées pour faire des mélanges pour pots de pépinière, des matériaux d’emballage et d’isolation, et comme charge pour les briques.
Dans les pays asiatiques, les jeunes feuilles sont consommées comme légume, les graines sont utilisées en cuisine, et les fruits sont un aliment pour les oiseaux. Le feuillage de carthame constitue un bon fourrage vert, et peut être conservé sous forme de foin ou d’ensilage. La paille est également utilisée comme fourrage.
Le carthame occupe une place importante comme ingrédient de cosmétiques, et à un degré moindre comme médicament. En Chine, les fleurs sont employées pour traiter des affections telles que thrombose cérébrale, stérilité masculine, rhumatisme et bronchite, pour provoquer l’accouchement, et comme tisane tonique pour revigorer la circulation sanguine et le cœur. Des médicaments à base de carthame montrent également un effet bénéfique sur la douleur et l’enflure associées à un traumatisme. A Maurice, les fleurs sont employées pour traiter la jaunisse, tandis que les graines sont considérées comme laxatives. Le jus est réputé réduire la salivation. L’huile est appliquée pour traiter la gale. Certains cultivars sont cultivés comme plantes ornementales, et le carthame est également populaire comme fleur coupée, fraîche ou séchée.
Production et commerce international
La production mondiale de carthame a décliné régulièrement depuis le milieu des années 1970, au cours desquelles la production mondiale d’huile était d’environ 630 000 t, et les exportations d’environ 210 000 t. Depuis quelques années, cette production s’est accrue à nouveau pour atteindre environ 800 000 t en 2005. Le déclin était dû principalement à la concurrence du tournesol hybride et des Brassica oléagineux, et à la forte expansion de la culture du soja en Amérique du Sud. Les principaux producteurs de carthame sont l’Inde, les Etats-Unis, le Mexique, le Kazakhstan, l’Ethiopie, l’Argentine, l’Australie et la Chine. La plupart des producteurs commercialisent leurs récoltes sur le marché intérieur, et n’exportent que le surplus.
Propriétés
Le fruit du carthame commercial à coque blanche est composé de 30–40% de coque et 60–70% d’amande (botaniquement la graine). L’amande peut contenir 35–60% d’huile. La proportion de coque était plus grande dans le passé et était un handicap pour la production commerciale, mais les types à coque mince récemment introduits peuvent gêner la récolte et la transformation mécanisées. L’amande contient une huile siccative. Deux types de cultivars fournissant des huiles différentes sont reconnus : ceux à huile oléique, et ceux à huile linoléique. La composition en acides gras des premiers est la suivante : acide palmitique 5–6%, acide stéarique 1,5–2%, acide oléique 74–80%, acide linoléique 13–18%, et traces d’acide linolénique et d’acides gras à chaîne plus longue ; la composition en acides gras du carthame linoléique est la suivante : acide palmitique 5–8%, acide stéarique 2–3%, acide oléique 8–30%, acide linoléique 67–83(–89)%, et également traces d’acide linolénique et d’acides gras à chaîne plus longue. On trouve aussi des types de carthame ayant une composition en acides gras intermédiaire. L’huile de carthame est stable et ne s’altère pas à basse température ou lorsqu’elle est chauffée. Elle est jaune pâle ou jaune d’or, et a une saveur douce ou un goût de noisette selon la méthode d’extraction. La teneur élevée de l’huile en acide linoléique, sa couleur pâle, sa faible teneur en acides gras libres, sa faible teneur en composés insaponifiables et l’absence d’acide linolénique et de cires la rendent apte à la fabrication de peintures de haute qualité, de résines alkydes et d’enduits. Après extraction de l’huile, le tourteau résiduel de carthame non décortiqué contient : protéines 20–22(–25)%, coques 60%, lipides résiduels 2–15%, fibres brutes 30–40%. Le tourteau pressé de graines décortiquées contient jusqu’à 42% de protéines. La teneur élevée en fibres du tourteau non décortiqué limite sa valeur comme aliment du bétail, mais l’élimination des coques est coûteuse. On ne peut utiliser la farine qu’en complément d’une ration de grain, de luzerne ou d’ensilage pour engraisser le bétail. On ne peut le donner aux porcs, sinon en faibles quantités, ni aux volailles. On peut en revanche donner aux porcs de la farine de graines décortiquées.
Les fleurs du carthame contiennent deux pigments principaux : la carthamidine qui est jaune et soluble dans l’eau, et la carthamine, flavanone de couleur rouge orangé et soluble dans les solutions alcalines, qui était autrefois une importante matière tinctoriale. Les fleurs contiennent 0,3–0,6% de carthamine. On a identifié dans les fleurs et les graines des flavonoïdes, des hétérosides, des stérols et des dérivés de sérotonine, ainsi que du mataïrésinol, qui est l’un des principaux précurseurs de la lignane dans les fibres alimentaires.
Description
- Plante herbacée annuelle érigée, très ramifiée, glabre, jusqu’à 180 cm de haut ; système racinaire bien développé, gris brunâtre, racine pivotante épaisse et charnue, pénétrant jusqu’à 3 m de profondeur, racines latérales horizontales fines, se trouvant principalement dans les 30 cm superficiels ; tige cylindrique, solide avec une moelle tendre, ligneuse près de la base, cannelée, blanc verdâtre.
- Feuilles disposées en spirale, sessiles, simples ; stipules absentes ; limbe oblong à ovale-lancéolé, de 4–20 cm × 1–5 cm, bords à dents plus ou moins épineuses, vert foncé brillant.
- Inflorescence : capitule terminal, urcéolé, de 2,5–4 cm de diamètre ; bractées involucrales nombreuses, disposées en spirale, les bractées extérieures étant oblongues, rétrécies au-dessus de la base, de 3–7 cm × 0,5–1,6 cm, poilues à l’extérieur, vert pâle, partie supérieure foliacée et spinescente, bractées intérieures lancéolées, de 2–2,5 cm × 1–4 mm, apex portant une épine ; réceptacle aplati à conique, avec des soies abondantes, blanchâtres, de 1–2 cm de long, et 20–80 fleurs bisexuées plus quelques-unes stériles marginales.
- Fleurs tubulées, sessiles, régulières, 5-mères, environ 4 cm de long, glabres, la plupart du temps rouge orangé devenant rouge foncé durant la floraison, parfois jaunes ; corolle à tube de 18–22 mm de long et lobes étalés, étroitement oblongs à linéaires de 7 mm × 1 mm ; étamines à filets de 1–2 mm de long, anthères d’environ 5 mm de long, fusionnées ; ovaire infère, ellipsoïde, de 3,5–4,5 mm de long, 1-loculaire, style mince, d’environ 30 mm de long, glabre, stigmate d’environ 5 mm de long, bifide, jaune, à poils courts.
- Fruit : akène souvent obliquement obovoïde de 5,5–8 mm × 3–5 mm, quadrangulaire, glabre, blanc brillant mais souvent brun pâle près du sommet, fruits les plus intérieurs dans le capitule portant souvent un pappus de soies d’environ 6 mm de long.
- Graines dépourvues d’albumen.
- Plantule à germination épigée ; forte racine pivotante ; hypocotyle blanc verdâtre ; cotylédons foliacés, obovales, d’environ 6 cm × 1,5 cm, vert pâle grisâtre ; premières feuilles lancéolées avec une base effilée ; plantes juvéniles avec une rosette de feuilles.
Autres données botaniques
Le genre Carthamus comprend une quinzaine d’espèces. La section Carthamus comprend Carthamus tinctorius et ses 5 plus proches parentes, toutes espèces annuelles d’Asie occidentale avec n = 12.
Du fait que Carthamus tinctorius est cultivé depuis l’antiquité sur une vaste aire, et que la fécondation croisée est assez fréquente, la variabilité de l’espèce est importante. Les différences morphologiques les plus visibles se situent dans la ramification (hauteur, densité), les feuilles (présence ou absence de feuilles en rosette, feuilles plus ou moins épineuses), les bractées involucrales (forme, pubescence, épineuses ou non), les inflorescences (nombre et taille des capitules), la couleur des fleurs (rougeâtres, orange, jaunes, blanches), et les akènes (taille, présence ou absence d’un pappus).
Croissance et développement
Les graines de carthame ne présentent généralement pas de dormance, et peuvent germer dans le capitule s’il pleut au moment de la récolte. Après la germination, la jeune plante entre au stade de rosette, caractérisé par une croissance lente, la formation d’une rosette de feuilles et le développement d’une racine pivotante profonde. Lorsque le semis se fait au printemps, le carthame ne présente pas de stade de rosette, tandis que s’il est semé en automne il présente un long stade de rosette. Durant le stade de rosette, les plantes sont tolérantes au gel, ce qui leur permet de passer l’hiver. Les cultivars d’Ethiopie ne forment pas de rosette, mais immédiatement une tige principale. Le carthame est en règle générale une plante de jours longs. La floraison est induite normalement lorsqu’il y a approximativement 14 heures de jour, mais cela peut être modifié par la température, une température élevée accélérant la floraison. La salinité peut aussi accélérer le départ de la floraison. Les cultivars diffèrent dans leur sensibilité à la longueur du jour, et il existe des cultivars qui y sont indifférents. Contrastant avec sa croissance initiale relativement lente, le carthame pousse rapidement une fois que sa tige a commencé à s’allonger. Lorsque la plante a 20–40 cm de haut, les ramifications latérales commencent à se développer. L’allongement et la ramification de la tige sont suivis par le développement d’un capitule floral à l’extrémité de la tige et de chaque ramification. Une fois que la croissance des ramifications secondaires et la formation de capitules floraux sont terminés (75–100 jours après le semis), les fleurs commencent à apparaître sur les capitules. La floraison débute dans le capitule de l’axe principal, suivi par les ramifications principales ; les ramifications secondaires et tertiaires suivant dans l’ordre. La floraison débute normalement à la périphérie du capitule et progresse ensuite vers le centre ; elle prend 3–5 jours pour être complète. L’ensemble de la floraison s’étend sur 10–40 jours. Le carthame est essentiellement autogame, la pollinisation se produisant lorsque le style et le stigmate poussent à travers la colonne d’anthères qui l’entoure à la base de la corolle. Il peut cependant se produire un taux élevé d’allogamie, notamment dans les types à coque fine. Les abeilles ou autres insectes sont généralement nécessaires pour une fécondation optimale et des rendements maximaux. Il peut se produire une stérilité mâle et femelle. La stérilité mâle structurelle est liée au caractère de coque fine, et la déhiscence retardée des anthères dans ce type est mise à profit pour produire des semences hybrides. Un capitule de carthame bien développé contient 15–30 akènes ou plus, qui mûrissent dans les 4–5 semaines suivant la floraison.
Ecologie
Le carthame est essentiellement une culture de régions subtropicales semi-arides, mais son aire de répartition a été fortement étendue par la sélection et l’amélioration génétique. Il est réparti entre les latitudes 20°S et 40°N, et sa culture s’est même étendue récemment au Canada. Dans les tropiques, on le cultive principalement à 1600–2200 m d’altitude, mais la production commerciale à grande échelle est concentrée dans les zones semi-arides au-dessous de 1000 m. Le rendement en graines et leur teneur en huile s’abaissent quand l’altitude s’accroît. Les semis peuvent tolérer une température de –7°C, certains cultivars même jusqu’à –12°C. Ils deviennent plus sensibles aux dégâts de gel après le stade de rosette. Des températures moyennes de 17–20°C semblent être l’optimum pour la croissance végétative, tandis que la température optimale pour la floraison est de 24–32°C. Une humidité suffisante du sol réduit l’effet nocif des hautes températures.
Le carthame demande environ 600 mm de pluviométrie, avec la majeure partie tombant avant la floraison. Dans des conditions sèches et venteuses, qui sont les plus favorables pour la production du carthame parce qu’elles favorisent une faible incidence de maladies, il faut 800–1000 mm de pluies. Dans des endroits où il n’y a pas de vents secs et chauds, on peut encore obtenir des rendements acceptables tant que l’on dispose de 300 mm de pluies avant la floraison. En raison de son système racinaire étendu, le carthame peut pousser pour une large part grâce à l’humidité résiduelle du sol. Si celle-ci, avant la plantation, couvre environ les deux tiers des besoins en eau totaux, le reste peut être fourni par les pluies.
Aux Etats-Unis et en Australie, il faut 1500–2500 mm d’eau d’irrigation pour produire une récolte commerciale à haut rendement. En Israël, le carthame nécessite un minimum de 600 mm de pluies plus une quantité analogue d’eau provenant de l’irrigation. En Tanzanie, les besoins minimaux sont de 400 mm de pluies plus 450 mm d’eau d’irrigation, mais des cultures recevant 2250 mm d’eau d’irrigation à la saison sèche produisent le double du rendement en saison de pluies, en partie en raison des dégâts moindres de maladies et de ravageurs. Une culture pluviale en Inde demande 650–1000 mm de pluies, mais à la saison sèche en irrigation il faut 1800–2100 mm (moins si la culture précédente est le riz).
Le carthame est cultivé par des petits agriculteurs sur une large gamme de sols de pH 5–8. Pour une production à grande échelle, on préfère des limons sableux de pH neutre suffisamment profonds et bien drainés. Les rendements les plus élevés sont obtenus dans des régions sèches sur limons sableux avec irrigation. Quelle que soit leur fertilité, les sols superficiels fournissent rarement des rendements élevés, ce qui est dû dans tous les cas à une humidité insuffisante. Le carthame est considéré comme tolérant au sel, bien que de nombreux cultivars commerciaux y soient sensibles. Il est spécialement tolérant vis-à-vis des sels de sodium, mais moins des sels de calcium et de magnésium. La salinité retarde la levée des semis, tandis que des niveaux très élevés réduisent la germination. Le carthame reste cependant une culture appropriée pour les sols salés, en particulier les cultivars récents hautement tolérants au sel.
Multiplication et plantation
Il faut employer un cultivateur lourd ou une charrue sous-soleuse pour briser les couches de sol compacté dans la zone des racines, du fait que le carthame a un enracinement profond. Dans l’idéal, le semis doit être fait à 3–5 cm de profondeur dans un sol humide, mais lorsque le sol de surface est sec et meuble, les semences peuvent être placées à 10–15 cm de profondeur. Le poids de 1000 graines est de 40–80(–100) g. La plupart des semoirs en lignes conviennent pour semer le carthame, mais ils doivent être convenablement réglés. Il est parfois recommandé d’adapter des rayonneurs sur les éléments semeurs, et de ne refermer que partiellement les sillons après le semis. Les doses de semences dépendent du cultivar et des conditions de croissance. Pour une culture pluviale à grande échelle, la dose doit être de 10–15 kg/ha dans les régions très sujettes à la sécheresse et jusqu’à 30 kg/ha dans des conditions de pluviométrie élevée. En irrigation et avec des cultivars peu ramifiés, on emploie des doses de 40–60 kg/ha.
Un large écartement des lignes, de 35–60(–90) cm, avec un faible espacement des plantes sur la ligne, donne un rendement maximum. Le carthame peut compenser les variations de l’espacement en formant davantage de capitules secondaires et tertiaires par plante. Cependant, si le rendement en graines peut être peu affecté, la production d’huile sera moindre du fait que les graines de ces capitules sont généralement plus petites et ont une faible teneur en huile.
Gestion
Le carthame s’intègre bien dans une production mécanisée de petites graines. Au stade de rosette, il se défend mal contre la concurrence des mauvaises herbes. Un désherbage mécanique des jeunes plantes est difficile, et le hersage préalable au semis doit viser à réduire au minimum les adventices. Tant que les plantes de carthame sont encore petites, on peut employer un extirpateur à doigts ou une houe rotative, mais lorsque les plantes atteignent environ 15 cm de haut, le désherbage doit se limiter aux intervalles entre les lignes. C’est cependant un désherbage manuel soigné qui donne le meilleur rendement. On emploie largement en culture industrielle des herbicides de pré-levée combinés avec un désherbage mécanique entre les lignes.
L’azote est le principal élément nutritif ; les besoins en phosphate sont modérés, et le potassium n’est nécessaire que lorsqu’il y a un fort déficit local. Aux doses normalement appliquées, les engrais ont généralement peu d’effet direct sur la composition des graines ou sur le pourcentage d’huile. Cependant, en accroissant le rendement en graines, ils accroissent le rendement total en huile. Il faut éviter le contact entre les jeunes plantes et l’engrais, et les apports de N doivent être fractionnés lorsque la dose est supérieure à 100 kg N/ha. On applique jusqu’à 150 kg de N/ha sur les cultivars actuels à haut rendement cultivés en irrigation. Pour les cultures pluviales, on apporte environ 50 kg de N/ha. Les engrais phosphatés sont normalement des résidus animaux et végétaux ou du phosphate naturel. Cependant, on recommande en Inde, en Iran, au Pakistan et en Afghanistan un apport de 5–12,5 kg de P/ha pour les cultures paysannes.
Les cultures intercalaires sont possibles, et en Ethiopie la culture du carthame est étroitement associée à l’aire de répartition du tef (Eragrostis tef (Zuccagni) Trotter) et de l’orge (Hordeum vulgare L.) avec lesquels il est le plus souvent associé. Ailleurs, les cultures intercalaires ne sont pas courantes du fait que les rendements sont faibles par suite de la concurrence. Le carthame ne doit pas être planté deux années de suite sur la même terre parce qu’il est sujet à des maladies cryptogamiques transmises par le sol.
Maladies et ravageurs
De nombreuses maladies ont été observées sur le carthame, mais peu d’entre elles limitent la production commerciale. La rouille, causée par Puccinia carthami, est la maladie la plus importante s’attaquant aux jeunes plantes. Les maladies foliaires sont répandues dans les zones où il pleut entre la fin du stade des boutons floraux et la pré-maturité ; la plus sérieuse et la plus répandue est la flétrissure des feuilles causée par Alternaria carthami. Les pourritures des racines causées par Fusarium oxysporum et Phytophthora spp., notamment Phytophthora cryptogea et Phytophthora drechsleri, sont répandues et causent de graves dégâts. Phytophthora drechsleri est particulièrement sérieux sur le carthame en irrigation de surface, et son incidence et sa gravité sont accrues si la culture a subi un stress hydrique.
La majorité des insectes qui attaquent le carthame ont peu d’importance économique et ne nécessitent pas une action de lutte. Cependant, la mouche du carthame Acanthiophilus helianthi peut être très nuisible et empêcher pratiquement la croissance du carthame. L’emploi de pesticides est souvent non économique, et il est toujours nécessaire de peser le coût de la lutte par rapport au dommage admissible. Un semis précoce et l’emploi de cultivars à courte durée de croissance aident à réduire les dommages en échappant à l’infestation. Condica capensis (synonyme : Perigea capensis) attaque les cultures à tous les stades de développement et est commun en Inde, au Pakistan et dans le Sud-Est asiatique. Le ver du cotonnier (Helicoverpa spp.) et le ver gris (Agrotis ipsilon) se rencontrent dans tous les pays où l’on cultive le carthame, et ont une importance variable.
Récolte
La récolte du carthame débute en général 35–40 jours après le maximum de floraison, lorsque les plantes sont bien sèches mais non cassantes, que les bractées des capitules virent au brun, et que les fruits ont une teneur en eau inférieure à 8%, de préférence 5%. Alors que la récolte se fait manuellement dans de nombreuses régions, une moissonneuse-batteuse à céréales convient très bien quoiqu’elle ne puisse faucher aussi vite que dans le cas du blé ou de l’orge. La récolte du carthame est relativement simple du fait que les plantes n’ont généralement pas tendance à verser ou à s’égrener. Une récolte mûre est relativement insensible aux dégâts et peut être laissée sur pied pendant un mois avec peu de pertes. Une petite pluie froide ou un léger gel font peu de dégâts. Cependant, les graines de certains cultivars ont tendance à germer dans le capitule si une période de temps chaud et humide survient au moment de la maturité. Pour les petits agriculteurs, la longueur de la période de récolte permet de récolter les capitules individuellement à mesure qu’ils mûrissent. En général, cependant, les plantes sont arrachées, mises en tas et séchées au champ pendant quelque jours, puis battues pour en extraire les graines.
Pour la production de colorant, les capitules floraux sont récoltés tous les deux ou trois jours avant qu’ils se fanent. Les fleurs récoltées sont lavées et ensuite séchées.
Rendement
Le rendement moyen en graines d’une culture pluviale intensive de carthame s’est régulièrement accru pour atteindre 1500 kg/ha, et près du double en irrigué. Les rendements moyens en Ethiopie et en Inde sont de l’ordre de 500 kg/ha. Les rendements en paille sont supérieurs à ceux de céréales à petits grains et peuvent atteindre 5 t/ha.
Traitement après récolte
Les fruits de carthame peuvent être entreposés en vrac, si possible dans des trémies à grains, à condition que leur teneur en humidité soit de 5–8%. Le carthame peut être traité par la plupart des installations commerciales pour les oléagineux soit par pression, soit par extraction par solvants, soit par une combinaison des deux. Il n’y a pas d’exigences spéciales. La carthamine est extraite des fleurs en lessivant tout d’abord la carthamidine dans une grande quantité d’eau et en traitant ensuite les fleurs avec une solution de carbonate de sodium. La carthamine est précipitée de la solution à l’aide d’un acide dilué.
Ressources génétiques
Un travail considérable de recherche a été effectué sur la génétique du carthame et son amélioration génétique, y compris des recherches sur les espèces voisines considérées comme des sources intéressantes de matériel génétique. L’évaluation des collections de ressources génétiques a montré une large variabilité dans des caractères agronomiquement importants, tels que quantité d’épines, rendement en graines par plante, nombre de capitules par plante, pourcentage de coques, durée de la culture, durée du stade de rosette, production de matière sèche, nombre de jours jusqu’à la maturité. On n’a pas encore découvert de résistance à la mouche du carthame Acanthiophilus helianthi. La ARS-GRIN Western Regional Plant Introduction Station, à Pullman WA (Etats-Unis) entretient une collection de ressources génétiques de 2300 entrées de Carthamus tinctorius et de nombreuses espèces voisines. L’Institute of Oil Crops Research (CAAS) à Wuhan, Hubei (Chine) détient 2300 entrées, la Regional Station Akola (NBPGR) à Akola, Maharashtra (Inde) 2000 entrées.
Sélection
La réduction du pourcentage de coques est un objectif important dans l’amélioration génétique du carthame. Les cultivars actuels à teneur en fibres réduite (17% du fruit et 38% de la graine) et une teneur en protéines plus élevée sont préférés par les fabricants d’aliments du bétail. La composition des graines, la teneur en huile et sa qualité (composition en acides gras) sont influencées par les facteurs de milieu, notamment latitude, altitude, températures diurnes et nocturnes, pluviométrie lors de la floraison et lors de la formation des graines.
La découverte d’un gène causant une stérilité mâle partielle a permis une étude plus détaillée de l’hétérosis et des processus associés. Une technique de castration massive a été mise au point, et des techniques in vitro permettent la multiplication à grande échelle de lignées sélectionnées. On signale de nombreuses autres méthodes qui relèvent du génie génétique. Il y a un grand besoin d’étendre l’adaptabilité du carthame par la recherche et l’amélioration génétiques.
Perspectives
Dans les pays industrialisés où la recherche a établi un lien entre santé et régime alimentaire, la demande d’huiles insaturées s’est accrue, créant un marché en expansion pour de telles huiles comme aliments diététiques. Cela pourrait entraîner une demande et une production accrues de carthame. Les niveaux potentiels de rendement, la stabilité des rendements et une lutte améliorée contre les nuisibles appellent l’attention de la recherche. La grande diversité génétique offre de larges perspectives de création de cultivars améliorés.
L’emploi de colorants naturels dans les produits alimentaires a la faveur du public en raison des effets nocifs possibles des colorants synthétiques.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Oyen, L.P.A. & Umali, B.E., 2001. Carthamus tinctorius L. In: van der Vossen, H.A.M. & Umali, B.E. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 14. Vegetable oils and fats. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 70–76.
Auteur(s)
- L.P.A. Oyen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
- B.E. Umali, Agricultural Resources Management Research Division, PCARRD, Los Baños, P.O. Box 425, College, Laguna 4030, Philippines
Consulté le 3 avril 2025.
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