Blanco, 1880-1883, Flora de Filipinas
Si les acacias ne sont pas aussi nombreux en Asie qu’en Afrique ou en Australie, certains ont, cependant, dans la péninsule indochinoise, une importance économique ou symbolique. L’étymologie du genre, d’après Littré, viendrait du grec signifiant : « plante sans méchanceté » car malgré leurs épines les acacia sont souvent utiles comme l’est Acacia concinna.
Usage symbolique
Une fonction très importante de cette plante, en Thaïlande et au Laos, est d’être purificatrice car l’eau dans laquelle on a laissé macérer ses gousses « lave », au propre comme au figuré. Dans tous les rites bouddhistes lao et thaï l’eau lustrale* contient, avec parfois d’autres plantes, des gousses de Som poi. Les rites de nouvel an requièrent cette purification afin d’effacer les fautes de l’année écoulée, nam Som poi est alors répandue sur les statues du Bouddha, sur les bonzes et l’eau récupérée est soigneusement rapportée à la maison pour le culte domestique. De même, avant d’aller à la pagode, certains fidèles scrupuleux se lavent avec cette même eau. Pour se débarrasser de la souillure liée à la mort, après avoir assisté à une incinération, les fidèles se purifient par des ablutions d’eau parfumée et beaucoup considèrent que l’eau parfumée avec Som poi est la plus efficace. Certains guérisseurs n’hésitent pas à appliquer nam Som poi sur une plaie attribuée à un esprit malfaisant et lorsque l’on a commis une faute envers autrui ou envers un génie, on peut s’en débarrasser par un bain de cette eau magique.
Cosmétique
Som poi lave aussi au sens propre puisque les gousses réduites en poudre forment, avec un peu d’eau, une pâte considérée comme un bon shampoing, utilisé autrefois au Laos, en Thaïlande et encore aujourd’hui en Inde où la plante est appelée Shikakai, c'est-à-dire «fruit pour les cheveux ». Par ailleurs, les Anglais nomment cet acacia Soap-pod, « gousse-savon ». Les Thaï, eux, qui nomment la plante comme en lao et avec les mêmes usages, la recommandent aussi pour éliminer les pellicules.
Acidifiant
Cependant Som poi, comme son nom l’indique, est une plante acide (som) et comme telle, les jeunes feuilles sont mises dans les soupes que l’on veut acidifier. Chez les Hmongs la plante se nomme Quaub teev taum « acide pour cailler le soja », car le jus des tiges est utilisé pour faire prendre le soja (Lemoine et Vidal). Cette acidité trouve encore une autre utilisation en teinture de la soie pour fixer la couleur rouge donnée par la gomme laque.
Médecine traditionnelle
En médecine traditionnelle, Som poi est recommandé, au Laos comme dans d’autres pays de la région, pour préparer des bains à la jeune femme qui vient d’accoucher. La décoction des gousses serait aussi bonne pour les maladies de peau et la toux.
Enfin nous avons trouvé en Thaïlande une recette vétérinaire qui recommande une décoction de som poi pour les éléphants constipés, mais la dose n’a pas été précisée !