Urena lobata (PROTA)

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Médicinal Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Fourrage Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fibre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


Urena lobata L.


Protologue: Sp. pl. 2: 692 (1753).
Famille: Malvaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 28, 56

Noms vernaculaires

  • Jute du Congo, jute de Madagascar, uréna, goune de Madagascar, herbe à paniers, grand cousin (Fr).
  • Congo jute, aramina, bur-mallow, cadillo, caesar weed, hibiscus bur, urena (En).
  • Aguaxima, carrapicho do mato, carrapicho de lavadeira, carrapicho redondo, guaxima rósea, malvaísco, malva de embira, malva roxa, malva rósea (Po).
  • Mpuruza, mchokochole jike, mtakawa jike (Sw).

Origine et répartition géographique

L’origine d’Urena lobata est incertaine, mais elle se situe probablement en Afrique ou en Asie. Il est désormais largement réparti à l’état sauvage ou naturalisé dans toutes les régions tropicales et subtropicales. En Afrique tropicale, il est spontané du Cap-Vert et du Sénégal jusqu’en Ethiopie et en Erythrée, et vers le sud à travers tout le continent jusqu’en Afrique du Sud. Il est également présent dans les îles de l’océan Indien. Urena lobata est cultivé comme plante à fibres commerciale en R.D. du Congo, et destinée à l’usage local au Ghana, au Nigeria et ailleurs en Afrique tropicale ; la production commerciale de fibres en Angola et à Madagascar repose principalement sur des plantes sauvages ou naturalisées.

Usages

Très souvent, les fibres libériennes d’Urena lobata servent traditionnellement à la confection de cordages et de textiles grossiers, et dans l’industrie en substitut du jute (Corchorus spp.), par exemple pour fabriquer des sacs, des tapis, des cordages et pour le rembourrage. On l’utilise souvent mélangé au jute. En Afrique tropicale et ailleurs, Urena lobata sert à confectionner des cordes, des ficelles, des cordages, des lignes et des filets de pêche, des filets de chasse, tandis que l’écorce non transformée sert souvent de matériel de ligature. Au Ghana, l’écorce décortiquée et tressée est employée pour lier des charges. Au Gabon, elle sert à fixer les feuilles pour la confection de toits de chaume. Au Malawi, on tisse les tiges pour en faire des cloisons de silos à grains. A Madagascar, la fibre sert localement à la confection de sacs. La fibre d’Urena lobata permet d’obtenir un papier solide, ayant la qualité d’un billet de banque, et la plante entière peut également se réduire en pâte.

Les jeunes pousses et les feuilles sont consommées comme légume. Au Malawi, les fleurs sont servies en accompagnement. Les graines contiennent de l’huile, sont mucilagineuses et on les fait cuire dans des soupes et avec des céréales. Cuites avec du riz, elles font un plat facile à avaler. Les animaux domestiques mangent le feuillage. Certaines sélections sont cultivées comme plantes d’ornement en pots et fleurissent en hiver.

Les usages médicinaux d’Urena lobata sont à la fois étendus et nombreux, en Afrique tropicale également. On l’utilise comme expectorant et émollient. En Côte d’Ivoire, la décoction de la plante se prend comme oxytocique et antipyrétique, et en Centrafrique contre la pneumonie. Au Nigeria, la préparation de racine s’applique en externe contre les rhumatismes, usage que l’on retrouve également au Vietnam par exemple. A Zanzibar et en Indonésie, la décoction de racine est prescrite en cas d’indigestion. A Madagascar, la préparation de racine s’applique sur les paupières infectées et en cas de syphilis. On applique des copeaux d’écorce de la tige sur les plaies. Au Gabon, la macération d’écorce de tige ou de racine est prescrite en cas de diarrhée. A Madagascar, la décoction d’écorce et de racine est administrée aux enfants souffrant d’entérite ou de douleurs d’estomac. Les feuilles sont très utilisées pour déclencher les contractions ou pour faciliter l’accouchement. En Côte d’Ivoire, la préparation de feuilles mélangées à celles d’autres plantes est prescrite pour soigner les troubles menstruels. Au Togo, les femmes boivent la décoction de feuilles, parfois aussi la décoction de tiges et de feuilles de Vernonia cinerea (L.) Less. contre la stérilité. Au Bénin, la macération de feuilles se prend en cas de diarrhée infectieuse. Au Congo, le jus des feuilles est prescrit aux femmes qui donnent naissance à leur premier enfant, et la décoction de feuille se boit en cas d’hypertension. En R.D. du Congo, les feuilles réduites en poudre et additionnées d’argile en poudre, le tout dilué dans l’eau, se prennent régulièrement dans le traitement de l’asthme. En Ouganda, les feuilles s’utilisent contre les morsures de serpent et l’infusion de feuilles s’ingère en cas de diarrhée. A Madagascar, on fait tomber goutte-à-goutte le jus des feuilles sur les lésions et on applique un cataplasme de feuilles cuites sur les inflammations rhumatismales, alors que le cataplasme de feuilles et de graines est appliqué en cas de problèmes à la vésicule biliaire et autres troubles intestinaux. En Guinée, on boit l’eau de macération des fleurs comme antiseptique. A Madagascar, la décoction de fleurs se boit en cas d’affections respiratoires.

Production et commerce international

En tant que plante à fibres traditionnelle, Urena lobata est cultivée dans de nombreuses régions tropicales, dont l’Afrique tropicale. Elle a fait l’objet d’essais comme culture commerciale, par exemple en R.D. du Congo, au Nigeria et en Sierra Leone. Un programme de recherche de grande ampleur a vu le jour en 1929 en R.D. du Congo, qui a conduit à une production à grande échelle dans les années 1950. Après les années 1970, la production a reculé considérablement à cause surtout de la concurrence des fibres synthétiques et du jute. Les statistiques récentes concernant la production et le commerce de la fibre ne sont pas disponibles, en partie car elles sont souvent regroupées avec celles du jute. Dans les années 1970, la production mondiale était estimée à 38 000 t/an, avec près de 70% produits au Brésil, 20% en R.D. du Congo, et de petites quantités à Madagascar, en Angola et au Pérou. La production de la R.D. du Congo était estimée à 4300 t/an en 1991.

Propriétés

Les tiges fraîches d’Urena lobata produisent (3–)5–6(–7)% de fibres libériennes rouies. Elles sont fines, souples, flexibles et lustrées, blanc crème ou jaune pâle. Elles ressemblent au jute plus que les autres succédanés du jute, tels que le kénaf (Hibiscus cannabinus L.) et la roselle (Hibiscus sabdariffa L.). On peut les filer sur des machines destinées au jute sans qu’aucun réglage ne soit nécessaire et sans qu’aucune expérience d’Urena lobata ne soit demandée aux techniciens. Les cellules des fibres libériennes font (0,8–)1,4–4,5(–5,9) mm de long, avec un diamètre de (9–)12–19(–34) μm. Les fibres étudiées au Nigeria mesuraient en moyenne 2,5 mm de long et 21,6 μm de large, avec une largeur de lumen de 10,9 μm. Les données relatives à la composition des fibres indiquent une grande variation des teneurs en cellulose (63–87%) et en lignine (7–12%). Les brins de fibre provenant de plantes sauvages ne mesurent en général qu’environ 1 m de long, contre près de 2 m de long en moyenne pour des brins de fibre issus de plantes cultivées. Les cordages de fibres d’Urena lobata passent pour être moins adaptés à l’humidité, à cause de leur faible résistance à l’humidité et de la rapidité avec laquelle ils se détériorent. On peut améliorer la qualité des fibres en leur ajoutant chimiquement des fibres acrylonitriles. Des essais de mise en pâte kraft avec de l’écorce et de la moelle d’Urena lobata en Afrique du Sud ont permis d’obtenir des rendements en pâte de 43–47%.

Par 100 g de partie comestible, les feuilles crues contiennent : eau 81,8 g, énergie 226 kJ (54 kcal), protéines 3,2 g, lipides 0,1 g, glucides totaux (fibres comprises) 12,8 g, fibres 1,8 g, P 67 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968). La composition du fourrage d’Urena lobata (teneur en eau de 79,4%) dans le sud du Nigeria était sur la base de la matière sèche : protéines brutes 15,3%, extrait éthéré 2,0%, fibres brutes 17,6%, cendres 6,0%, silice 3,9%, extrait non azoté 59,1%.

Les graines contiennent 7–18% d’huile, l’acide linoléique, l’acide palmitique et l’acide oléique étant les principaux acides gras, mais elles contiennent également d’autres acides gras polyinsaturés ainsi que de l’acide malvalique et de l’acide sterculique, qui sont des acides cyclopropénoïdes. Toutefois, les concentrations des différents composés varient énormément.

Les nombreux usages médicinaux d’Urena lobata correspondent à de nombreux composés biologiquement actifs. Les parties aériennes contiennent des flavonoïdes (la quercétine, le kaempférol, la rutine, l’afzéline, l’astragaline, le tiliroside, le crénuloside) et plusieurs hétérosides de kaempférol. Elles contiennent par ailleurs l’acide syringique, l’acide glucosyringique, l’acide salicylique, l’acide protocatéchuique, l’acide caféique, le di-isobutyl phtalate, qui sont des composés phénoliques, mais aussi de l’acide maléique et plusieurs acides gras à chaîne longue et à nombre impair d’atomes de carbone. L’extrait au méthanol de racines d’Urena lobata a montré une activité antibactérienne contre une multitude de micro-organismes. L’impératorine, une furanocoumarine, a été isolée des racines.

Falsifications et succédanés

En tant que plante à fibres, Urena lobata est en concurrence avec le jute, le kénaf et la roselle essentiellement. Elle est aussi fine et souple que le jute, mais n’a pas sa résistance. Elle a à peu près la même couleur et le même brillant que le kénaf et la roselle, est plus fine, mais moins résistante et moins durable.

Description

Arbuste annuel ou pérenne fortement variable ; les formes adventices sont basses, étalées et ramifiées, atteignant 0,5–2,5 m de haut, les formes cultivées sont érigées, faiblement ramifiées, atteignant 5 m de haut ; toutes les parties aériennes plus ou moins densément recouvertes de minuscules poils étoilés, normalement aussi de poils simples clairsemés, fins, teintés de violet ; racine pivotante de 20–25(–40) cm de long, munie de racines latérales atteignant 2 m de long. Feuilles alternes, simples, à la taille et à la morphologie extrêmement variables ; stipules linéaires à lancéolées ou obovales, de 2–4 mm de long, aiguës, caduques ; pétiole atteignant 12 cm de long ; limbe allant de lancéolé, orbiculaire ou largement ovale à faiblement ou profondément 3–7-palmatilobé, de 1–12 cm × 0,5–13 cm, base cordée à cunéiforme, apex arrondi à acuminé, bord denté en scie à crénelé, les deux faces densément recouvertes de poils étoilés, à 3–9 nervures palmées à partir de la base, pourvu de 1–3 nectaires linéaires à proximité de la base des principales nervures au-dessous. Fleurs solitaires ou en groupes de 2–3, axillaires, situées dans la partie supérieure de la tige, apparemment disposées en épis ou en grappes à cause des feuilles très réduites, bisexuées, de 2–3 cm de diamètre ; pédicelle de 1–7 mm de long ; épicalice campanulé à tubuleux, de 7–8 mm × 5–6 mm, enserrant étroitement le calice auquel il est adné à la base, pourvu à l’apex de 5 dents longuement triangulaires de 3–5 mm × 1–3 mm ; calice tubuleux à campanulé, de 5–6 mm × 1,5–2 mm, pourvu à l’apex de 5 lobes ovales à acuminés de 4–6 mm × 1,5–2 mm, un nectaire ou seulement un bourrelet est présent à environ un tiers de la base des nervures légèrement proéminentes du calice ; pétales 5, obovales, de 1–1,5(–2,5) cm de long, arrondis à l’apex, roses avec une base violette à l’intérieur ; étamines disposées en une colonne staminale de 10–14 mm de long, habituellement arquées, anthères situées dans la moitié supérieure, violettes ; ovaire supère, à 5 carpelles, style au centre de la colonne staminale, divisé à l’apex en 10 bras de 1 mm de long chacun, stigmates 10, capités, papilleux, violet foncé. Fruit : schizocarpe globuleux déprimé, atteignant 6–10 mm de large, composé de 5 méricarpes trigones, indéhiscents, portant des soies barbues et une épaisse couverture de poils étoilés ; méricarpes trigones, de 4–7 mm × 3–4 mm, contenant 1 seule graine. Graines réniformes, de 2–3,5 mm de large, recouvertes de poils minuscules à glabres, brunes. Plantule à germination épigée ; cotylédons pétiolés, avec un limbe suborbiculaire à réniforme, de 10–18 mm × 9–16 mm ; premières feuilles alternes, simples, les 2 premières pourvues d’un limbe orbiculaire à oblong, limbe lobé à partir de la troisième feuille.

Autres données botaniques

La taxinomie d’Urena n’a toujours pas été stabilisée à ce jour. Pendant longtemps, Urena a été considéré soit comme un groupe composé d’espèces très proches soit comme un genre monotypique dont Urena lobata était la seule espèce variable ; or au moins 3 taxons présents en Australie sont désormais reconnus comme espèces distinctes. A l’instar des plus récentes flores d’Afrique, on suit ici la vision large de l’espèce. A l’intérieur d’Urena lobata sensu lato, on reconnait 2 variétés distinctes pour l’Afrique tropicale, en s’appuyant principalement sur la morphologie des feuilles :

– var. lobata, qui se caractérise par des feuilles non lobées à profondément palmatilobées ; les lobes se rétrécissent normalement de la base jusqu’à l’apex, mais parfois ils sont oblancéolés avec la largeur maximale près de l’apex ; sinus basaux étroitement aigus. Elle est pantropicale et est largement répartie en Afrique tropicale, du niveau de la mer jusqu’à 2100 m d’altitude. Elle est importante comme source de fibres.

– var. sinuata (L.) Hochr. (synonyme : Urena sinuata L.), qui a des feuilles profondément 3–5-lobées, parfois quelques feuilles légèrement ou non lobées ; notamment les lobes centraux à nouveau lobés ; les lobes de second rang en général larges avec la largeur maximale au milieu et portant des sinus plus arrondis laissant un vide important entre les lobes centraux et latéraux ; parfois avec des feuilles étroites pourvues d’une paire de lobes au-dessus du milieu. Elle est présente au Kenya, en Tanzanie et dans les îles de l’océan Indien, ainsi qu’en Asie.

Le genre Urena est morphologiquement très proche de Pavonia, dont les soies du méricarpe ne sont pas barbues ou qui présente 3 arêtes poilues et des feuilles normalement dépourvues de nectaires. Plusieurs auteurs estiment qu’il faudrait faire fusionner les deux genres.

Croissance et développement

Une fois nettoyées et scarifiées, les graines peuvent germer en l’espace de 5–8 jours, alors que la germination dans le fruit peut s’étaler sur une période de 2,5 mois. Si la croissance est lente au cours du premier mois, elle s’accélère par la suite. La période de floraison dépend de la photopériode, les photopériodes longues la retardant. Les effets de la température sur la floraison n’ont pas été étudiés. La réaction à la longueur du jour et la durée de la période végétative varient en fonction du génotype ; parfois, il suffit de petites différences de photopériode, comme cela se produit près de l’équateur, pour que l’initiation florale soit modifiée. Dans le sud du Ghana, on a observé une floraison continue, tandis que lors d’un essai mené dans la même région au sud du Ghana, il avait fallu 12 jours avec une photopériode plus courte que 12 heures pour l’initiation florale. Dans les régions équatoriales, la floraison a lieu sur une période prolongée et il peut arriver que sur un nœud apparaissent simultanément tous les stades, des boutons floraux aux fruits mûrs. Les fleurs s’ouvrent tôt le matin pour se faner vers midi. Elles peuvent s’autoféconder, mais la grande variation intraspécifique laisse supposer qu’il y a un pourcentage assez élevé d’allogamie. Les nectaires sont fréquemment visités par les fourmis, les pucerons et plusieurs hyménoptères. Les épines barbues des fruits aident à la dissémination car elles se collent aux vêtements et au pelage des animaux.

Ecologie

Pour une croissance et une production de fibres optimales, Urena lobata a besoin d’un climat chaud et humide avec un franc soleil et des précipitations abondantes, ainsi qu’un sol profond, fertile, bien drainé. Il préfère une température moyenne de 21–27°C, une humidité relative de 75–85%, et des précipitations mensuelles de 150–200 mm pendant la période de croissance. Lorsque les conditions sont moins favorables, il devient un petit arbrisseau court, ramifié et rabougri. En Afrique tropicale, Urena lobata est présent du niveau de la mer jusqu’à 2100 m d’altitude en savane herbeuse, en savane arbustive, dans les fourrés, les plaines inondables, sur les berges des rivières, le long des routes et sur les terres en friche, moins souvent dans la forêt semi-décidue. Urena lobata est une adventice qui peut s’avérer gênante, notamment dans les pâturages.

Multiplication et plantation

Urena lobata se multiplie par graines. Le poids de 1000 graines est de 15–30 g et il faut compter par ha environ 60–80 kg de graines non décortiquées ou 30–50 kg de graines décortiquées. Afin de les répartir uniformément, il faut d’abord leur retirer leurs crochets hérissés en les frottant avec du sable. La germination peut être lente ou irrégulière à cause de la dormance due à l’imperméabilité du tégument. On l’améliore considérablement en les décortiquant et en les scarifiant, par exemple en éliminant une partie du tégument ou en les traitant à l’acide sulfurique concentré. Le trempage des graines dans de l’eau tiède pendant 2 jours améliore aussi la germination. On sème normalement Urena lobata au début de la saison des pluies sur une planche de semis bien préparée. On réduit l’espacement entre les plantes de façon à empêcher leur ramification. Les densités avoisinent en général les 300 000 plants/ha. En Sierra Leone, des espacements de 25 cm × 15 cm pour les cultures à fibres et de 25 cm × 15 cm ou de 25 cm × 10 cm pour les cultures à graines ont été recommandés. Ailleurs, on préconise un espacement de 5 cm × 5 cm. Le semis peut se faire en lignes (à 1–2 cm de profondeur) ou bien les graines peuvent être semées à la volée.

Gestion

Le désherbage d’Urena lobata est nécessaire aux premiers stades de la croissance et s’effectue généralement en une ou deux fois ; on peut aussi en profiter pour éclaircir la culture. Urena lobata est très demandeur de nutriments. L’absorption des nutriments par hectare pour une culture qui produit 40 t/ha de masse verte a été estimée à 190 kg N, 24 kg P, 175 kg K et 148 kg Ca, dont 53%, 46%, 36% et 58%, respectivement, sont stockés dans les feuilles. Dès lors, le fait de rendre les feuilles au sol permet d’en préserver la fertilité. A l’état sauvage, Urena lobata est une plante pérenne, mais qui est normalement cultivée comme plante annuelle. A certains endroits, elle est cultivée comme plante pérenne, mais on pratique rarement plus de deux cycles. En raison de l’absorption importante de nutriments, il est recommandé de cultiver Urena lobata en rotation.

Maladies et ravageurs

Urena lobata peut être sérieusement infecté par plusieurs champignons qui provoquent des lésions de la tige (“chancre de la tige”), les plus répandus étant Botrytis cinerea et Macrophoma urenae. Une autre maladie, la fonte des semis, est causée par Fusarium spp. En Inde, Urena lobata est la proie de Corynespora callicioidea, qui est responsable sur les feuilles de lésions clairsemées, jaunâtre-rouge, irrégulières, dont le centre noir forme peu à peu un trou. Les maladies cryptogamiques peuvent être jugulées en traitant les graines avec des fongicides et en instaurant une rotation des cultures. Urena lobata est un hôte facultatif pour le virus de la mosaïque du gombo.

Urena lobata est attaqué par certains ravageurs graves du cotonnier (Gossypium spp.), du kénaf, de la roselle et de la ramie (Boehmeria nivea (L.) Gaudich.), comme la punaise rouge (Dysdercus spp.) et le cigarier (Sylepta spp.). Si Dysdercus superstitiosus peut réduire considérablement la viabilité des graines d’Urena lobata, en revanche il n’a aucune incidence sur le rendement en fibres. En Afrique et en Asie, Urena lobata est attaqué par le ver de la capsule du cotonnier (Earias spp.). Urena lobata semble très résistant aux nématodes.

Récolte

Afin d’obtenir le meilleur rendement et la meilleure qualité de fibre, Urena lobata doit être récolté lorsque les plantes sont en pleine floraison. Si on le récolte plus tôt, la fibre est plus fine mais plus courte et le rendement est inférieur ; si on le récolte plus tard, la fibre est plus grossière, moins blanche et moins brillante, et le rouissage est plus difficile. Les plantes sont coupées à environ 20 cm du sol, car la base de la tige, très lignifiée, ne se prête pas au rouissage.

Rendement

On obtient normalement des rendements en fibres de 0,5–1,5 t/ha sur les exploitations agricoles, contre des rendements pouvant aller jusqu’à 3,6 t/ha pour des plantations expérimentales. Les rendements de peuplements sauvages n’atteignent que 300 kg/ha environ. En 1991, le rendement moyen enregistré en R.D. du Congo s’élevait à 720 kg/ha. En Inde, le cultivar JRU 415, planté selon un espacement de 30 cm × 6 cm et ayant reçu un apport de 60 kg de N, 40 kg de P et 60 kg de K par ha, avait produit 2,85 t/ha.

Traitement après récolte

Après la récolte, les plantes sont parfois effeuillées soit directement soit après avoir été empilées pendant 2–4 jours pour favoriser la chute des feuilles. Ensuite, les tiges sont liées en bottes de 20–35 cm de diamètre et rouies sous l’eau courante ou stagnante pendant 7–20(–30) jours, selon la température de l’eau et l’âge des tiges. Les bottes sont suspendues au moins 10 cm au-dessous de la surface de l’eau pour éviter que le soleil ne les décolore, mais au-dessus du fond pour empêcher le rouissage irrégulier ou la coloration. L’eau doit être propre et ne contenir ni fer ni aucun produit chimique susceptible de tacher ou d’altérer la couleur de la fibre. Une fois le rouissage terminé, les fibres sont détachées de la tige manuellement, lavées et séchées au soleil. Parfois, on frotte les fibres sèches entre les mains pour en accroître le brillant et la souplesse et pour en éliminer tout corps étranger qui pourrait subsister. Après le rouissage, une personne qualifiée peut produire quelque 4 kg de fibre par jour. On peut aussi utiliser un racleur (“raspador”), qui est une sorte de décortiqueuse, pour extraire les fibres. Les fibres sont calibrées en fonction de leur qualité, de leur couleur, de leur longueur et de leur résistance, mais ces systèmes de calibrage varient d’un pays à l’autre.

Ressources génétiques

Etant donné son aire de répartition étendue, Urena lobata ne semble guère menacé d’érosion génétique. A Madagascar, la cueillette de plantes sauvages destinées à la production de fibres est réglementée par la loi afin d’éviter la surexploitation. De petites collections de ressources génétiques sont détenues par l’International Jute Organization, à Dhaka, Bangladesh, et par l’USDA (United States Department of Agriculture) Southern Regional Plant Introduction Station, à Griffin, Géorgie, Etats-Unis.

Sélection

La variabilité qui existe à l’intérieur d’Urena lobata offre des possibilités de sélection. Des cultivars présentant des caractéristiques différentes en matière de période de croissance et de rendement en fibres ont été sélectionnés dans divers pays, comme ‘JRU 415’ en Inde. En Afrique de l’Ouest, ‘ex Mokwa’ en provenance de l’Etat de Niger (Nigeria) est une sélection renommée.

Perspectives

Urena lobata produit une fibre de bonne qualité, comparable au jute, qui convient à la confection de sacs et de papier, mais étant de plus petite taille, ses rendements à l’hectare sont inférieurs. En outre, le jute est avant tout cultivé au Bangladesh et en Inde où le coût de la main-d’œuvre est extrêmement faible. D’autre part, Urena lobata a beau être une culture bien implantée dans plusieurs parties d’Afrique, la recherche s’y est relativement peu intéressée et la grande variabilité de l’espèce demeure dans une large mesure inexploitée. Dès lors, la prospection et l’évaluation systématiques de sa diversité génétique semblent se justifier comme première étape dans l’amélioration de cette plante. Une évaluation systématique de ses propriétés pharmacologiques mériterait également d’être faite.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Ong, H.C., 2001. Urena lobata L. In: van Valkenburg, J.L.C.H. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(2): Medicinal and poisonous plants 2. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 575–577.

Auteur(s)

  • S. N’danikou, Plant Sciences Laboratory, Faculty of Agronomic Sciences, University of Abomey Calavi, 04 BP 0174, Cotonou, Benin
  • E.G. Achigan Dako, PROTA Network Office Africa, World Agroforestry Centre (ICRAF), P.O. Box 30677-00100, Nairobi, Kenya
  • L.P.A. Oyen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

N’danikou, S. & Achigan-Dako, E.G. & Oyen, L.P.A., 2011. Urena lobata L. [Internet] Fiche de PROTA4U. Brink, M. & Achigan-Dako, E.G. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>.

Consulté le 12 novembre 2020.


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