Triplochiton scleroxylon (PROTA)

De PlantUse Français
Aller à : navigation, rechercher
Prota logo vert.gif
Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Légume Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Médicinal Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Ornemental Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Auxiliaire Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fibre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Statut de conservation Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (sauvage)
1, base du fût ; 2, rameau en fleurs ; 3, fruit. Redessiné et adapté par Iskak Syamsudin
port de l'arbre
port d’arbres
abattage
arbre abattu
bois (face tangentielle)
bois (face radiale)
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois
face transversale du bois

Triplochiton scleroxylon K.Schum.


Protologue: Bot. Jahrb. Syst. 28 : 331 (1900).
Famille: Sterculiaceae (APG: Malvaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 40

Synonymes

  • Triplochiton nigericum Sprague (1909).

Noms vernaculaires

  • Ayous, obeche, samba (Fr).
  • African whitewood, African maple, ayous, obeche, wawa (En).

Origine et répartition géographique

Triplochiton scleroxylon est largement réparti dans la zone forestière d’Afrique occidentale et centrale depuis la Guinée jusqu’à la République centrafricaine, et vers le sud jusqu’au Gabon et à la R.D. du Congo. Il est couramment planté dans son aire naturelle (par ex. en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigeria), et parfois ailleurs dans le monde, par ex. aux îles Salomon.

Usages

Le bois est largement utilisé pour les menuiseries intérieures, le panneautage, les moulures, les meubles, les caisses et cageots, la sculpture, les allumettes, les crayons, les placages déroulés et tranchés pour couches intérieures et extérieures de contreplaqué, les panneaux de fibres et de particules et les panneaux lattés. Il est très important pour la construction de maisons, pour les poutres, les poteaux et les madriers, et on l’utilise aussi pour faire des bardeaux. Le bois des contreforts est utilisé pour faire des portes, des plats, des bols et des semelles de sandales, et le tronc est utilisé pour fabriquer des pirogues. La pâte peut être utilisée pour la production de papier de qualité moyenne.

Les feuilles sont préparées dans la cuisine traditionnelle de la Côte d’Ivoire et du Bénin comme légume bouilli ou comme sauce. L’écorce est utilisée pour couvrir les toits et les murs de cases, et elle sert en médecine traditionnelle à traiter les œdèmes et comme antalgique. Les feuilles de Triplochiton scleroxylon servent de nourriture pour le ver à soie Anaphe venata, dont les chenilles sont une bonne source de protéines, et sont couramment consommées. La sciure est utilisée pour la production de champignons comestibles (Pleurotus spp.). Les arbres sont souvent préservés dans les cacaoyères pour servir d’arbres d’ombrage.

Production et commerce international

Triplochiton scleroxylon était autrefois la principale essence de bois d’œuvre d’Afrique occidentale et centrale. En 1959, le Ghana en exporta 650 000 m³ de grumes et 30 000 m³ de sciages, tandis que les exportations de grumes du Nigeria étaient de 350 000 m³, celles de Côte d’Ivoire de 91 000 m³, et celles du Cameroun de 1750 m³. En 1973, la Côte d’Ivoire exporta plus de 1 million de m³ de grumes, et le Ghana, le Nigeria et le Cameroun ensemble 400 000 m³ de grumes et 40 000 m³ de sciages. En 1983, les exportations de Côte d’Ivoire étaient redescendues à 230 000 m³, ce qui traduit le déclin des surfaces boisées. Actuellement, c’est économiquement l’essence de bois d’œuvre la plus importante au Ghana et au Cameroun, constituant environ 70% du volume de produits ligneux exportés du Ghana et 35% de ceux exportés du Cameroun. En 1996, le volume de bois de Triplochiton scleroxylon (“ayous”) exporté du Cameroun (principalement en grumes) a été estimé à 700 000 m³, et en 1998 il a été de 475 000 m³. En 2001, les exportations de grumes et de sciages du Cameroun se sont élevées respectivement, selon les statistiques de l’OIBT, à 29 000 m³ et 11 000 m³, à un prix moyen de US$ 93/m³ pour les grumes et US$ 435/m³ pour les sciages. Toujours en 2001, les exportations de sciages de Triplochiton scleroxylon de la Côte d’Ivoire (“samba”) ont été de 109 000 m³, à un prix moyen de US$ 220/m³, et 2000 m³ de placages ont été exportés, à un prix moyen de US$ 287/m³ ; les exportations de sciages du Ghana (“wawa”) ont été en 2001 de 114 000 m³, à un prix moyen de US$ 246/m³, et en 2002 de 80 000 m³. En 2003, les exportations du Cameroun ont été de 86 000 m³ de grumes, principalement vers l’Italie et la Chine, et de 282 000 m³ de sciages, principalement vers l’Italie et l’Espagne.

Propriétés

Le bois de cœur est blanchâtre à jaune pâle, et indistinctement délimité de l’aubier, qui a jusqu’à 15 cm d’épaisseur. Le fil est généralement contrefil, parfois droit, le grain est moyennement grossier. Le bois a un aspect rubané sur les débits sur quartier, et est lustré. Le bois frais a une odeur désagréable, qui disparaît au séchage.

Le bois de Triplochiton scleroxylon est léger, la densité est de 320–440(–490) kg/m³ à 12% de teneur en humidité. Les taux de retrait sont moyennement bas, de l’état vert à anhydre 2,5–4,1% dans le sens radial et 4,2–6,6% dans le sens tangentiel. Le bois sèche aisément et rapidement, avec seulement un faible risque de déformation et de gerces. L’emploi de baguettes épaisses pour l’empilage dans le cas de séchage à l’air est recommandé pour permettre une bonne circulation de l’air. Une fois sec, le bois est stable en service.

A 12% de teneur en humidité, le module de rupture est de 52–110 N/mm², le module d’élasticité de 4800–9200 N/mm², la compression axiale de 24–43 N/mm², le cisaillement de 3–8 N/mm², le fendage de 5–15 N/mm, la dureté Janka de flanc de 1910–2100 N, et la dureté Janka en bout de 3070–3600 N.

Le bois se travaille aisément avec des outils à main et à la machine ; on peut utiliser des dents de scie et des outils tranchants ordinaires. Cependant, il faut utiliser des outils bien affûtés pour obtenir un fini bien lisse, et le bois a tendance à déchirer au mortaisage. Un angle de coupe de 15° est recommandé pour le rabotage afin d’éviter la déchirure. Les caractéristiques de déroulage et de tranchage sont bonnes. Le bois se teint et se polit bien. Un bouche-porage est recommandé pour obtenir un bon finissage. Les caractéristiques de clouage et de vissage sont assez médiocres, et des fentes peuvent se produire. Le collage ne pose pas de problème, bien qu’il doive se faire avec précaution car le bois est très absorbant. Le bois se sculpte bien.

Le bois n’est pas durable, étant sujet aux attaques de champignons (par ex. le bleuissement), ainsi que de termites, de bostryches et de foreurs du bois sec. Il ne doit pas être utilisé en contact avec le sol, ni exposé aux intempéries. Le bois de cœur est assez réfractaire aux traitements d’imprégnation. En autoclave, il absorbe 140 l/m³ de produit de préservation.

La sciure peut provoquer des allergies professionnelles telles que dermatite de contact, rhinite allergique et asthme.

Les caractéristiques papetières du bois sont moyennes. On a obtenu des pâtes kraft blanchies et non blanchies de bonne qualité avec un bon rendement à partir d’un mélange de copeaux de différents bois dont Triplochiton scleroxylon.

Les feuilles fraîches ont une teneur en humidité de 74,7%, et elles contiennent par 100 g de matière sèche : énergie 668 kJ (160 kcal), protéines 29,2 g, lipides 2,2 g, amidon 3,0 g, sucres 2,3 g, fibres 51,0 g, Ca 1114 mg, Mg 551 mg, Fe 9,2 mg, β-carotène 16,5 mg, riboflavine 0,78 mg, et acide ascorbique 165 mg (Herzog, Farah & Amado, 1993). La teneur en mucilage des feuilles par 100 g est de 4,2 g, à comparer avec les 9,1 g contenus dans les fruits du gombo commun (Abelmoschus esculentus (L.) Moench).

Falsifications et succédanés

Le bois de Triplochiton scleroxylon peut être remplacé par d’autres bois légers de couleur claire tels que celui d’Alstonia boonei De Wild., Antiaris toxicaria Lesch. et Ceiba pentandra (L.) Gaertn.

Description

  • Grand arbre caducifolié atteignant 50 m de hauteur ; fût rectiligne, souvent anguleux et fortement cannelé, dépourvu de branches jusqu’à 30 m de hauteur, atteignant 150 (–210) cm de diamètre, avec des contreforts de hauteur faible à très grande (jusqu’à 8 m) ; écorce de 7–30 mm d’épaisseur, grise à brun jaunâtre, lisse sur les jeunes arbres, devenant écailleuse avec l’âge, présentant souvent des lignes verticales de lenticelles ; cime dense et arrondie, avec des branches épaisses, s’étendant peu.
  • Feuilles alternes, simples ; stipules linéaires, de 2–4 cm de long, précocement caduques et laissant des cicatrices annulaires ; pétiole de (1,5–)3–10 cm de long ; limbe 5–7-palmatilobé, jusqu’à 20 cm de long et de large, cordé à la base, lobes largement ovales ou triangulaires, obtus à aigu à l’apex, couvert de poils bruns étoilés sur les jeunes feuilles, mais devenant bientôt glabre.
  • Inflorescence : panicule axillaire ou terminale jusqu’à 10 cm de long, densément poilue ; bractées d’environ 0,5 cm de long, précocement caduques.
  • Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères ; pédicelle de 3–4 mm de long, articulé à la base ; sépales triangulaires, d’environ 7 mm de long, couverts de poils bruns étoilés ; pétales largement obovales, d’environ 1 cm de long, d’un blanc rosé mais violacés à la base, densément couverts de poils soyeux ; androgynophore d’environ 3 mm de long, poilu ; étamines 30–40, soudées par paires à la base ; ovaire entouré de 5 staminodes pétaloïdes, constitué par 5 carpelles libres, styles connés.
  • Fruit constitué par 1–5 nucules rhombiques d’environ 2 cm × 1 cm avec une grande aile de 4–6 cm × 1–2 cm.
  • Plantule à germination épigée ; hypocotyle d’environ 7 cm de long, épicotyle de 1,5–2 cm de long ; cotylédons foliacés, arrondis, de 2,5–3 cm de diamètre, à 3–5 nervures partant de la base.

Autres données botaniques

Le genre Triplochiton ne comprend que 2 espèces. Il ressemble à Mansonia, qui en diffère par ses feuilles entières et son calice spathacé. Triplochiton zambesiacus Milne-Redh. se rencontre en Afrique australe.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : (1 : limites de cernes distinctes) ; (2 : limites de cernes indistinctes ou absentes).
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 26 : ponctuations intervasculaires moyennes (7–10 μm) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; 43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; (47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré) ; (56 : thylles fréquents).
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : 77 : parenchyme axial en chaînettes ; (86 : parenchyme axial en lignes minces, au maximum larges de trois cellules) ; (89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales) ; 90 : cellules de parenchyme fusiformes ; 91 : deux cellules par file verticale ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale.
  • Rayons : 98 : rayons couramment 4–10-sériés ; (99 : rayons larges couramment > 10-sériés) ; 102 : hauteur des rayons > 1 mm ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 107 : rayons composés de cellules couchées avec 2 à 4 rangées terminales de cellules dressées et/ou carrées ; 110 : présence de cellules bordantes ; 111 : présence de cellules palissadiques ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Structure étagée : 119 : petits rayons étagés, grands rayons non étagés ; 120 : parenchyme axial et/ou éléments de vaisseaux étagés ; 121 : fibres étagées.
  • Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 137 : cristaux prismatiques dans les cellules dressées et/ou carrées des rayons ; 141 : cristaux prismatiques dans les cellules non cloisonnées du parenchyme axial.
(N.P. Mollel, P. Détienne & E.A. Wheeler)

Croissance et développement

Dans les conditions naturelles, les jeunes plants issus de semis peuvent atteindre à l’âge de 4 ans une hauteur de 15 m avec un diamètre de 15 cm. L’accroissement annuel moyen en diamètre en forêt est de 1 cm, mais au Nigeria on a observé des accroissements annuels moyens en diamètre allant jusqu’à 2,5 cm, et en République centrafricaine on note des accroissements qui n’excèdent pas 0,3 cm. Au Ghana, dans une plantation âgée de 19 ans renfermant 600 tiges/ha, les arbres avaient en moyenne une hauteur de 21,8 m, avec un diamètre de fût de 27 cm. Au Nigeria, la moitié de l’accroissement annuel en diamètre se situe de mi-avril à mi-juillet.

Le tronc et les branches de Triplochiton scleroxylon sont tous orthotropiques, et la ramification est rythmique, correspondant au modèle architectural de Rauh. Les arbres ne fleurissent normalement pas avant l’âge de 15 ans. Au Ghana et au Nigeria, la floraison a lieu durant la longue saison sèche entre novembre et mars, alors que les arbres sont défeuillés. Au Liberia, les arbres fleurissent en décembre–janvier, à un moment où ils ont en général perdu leurs feuilles. On a observé que l’initiation florale est associée à un changement de température. Les fleurs odorantes s’ouvrent tard dans la journée et se fanent dans les 18 heures ; elles sont pollinisées par des insectes. La pollinisation croisée est nécessaire pour la production de semences viables. Les arbres produisent des fruits très irrégulièrement, mais la production massive se produit à intervalles de plusieurs années. Le développement des fruits se prolonge jusqu’au début de la saison des pluies, et est fréquemment compromis par des ravageurs, tel que le charançon des fruits Apion ghanaensis et des agents pathogènes tels que le champignon du charbon Mycosyrinx sp. Les fruits sont dispersés par le vent. Au Liberia, les fruits mûrs sont présents en janvier–mars.

Ecologie

Triplochiton scleroxylon est caractéristique de la forêt semi-décidue, où il est souvent grégaire, mais on peut parfois le trouver dans des clairières de la forêt dense sempervirente, et en forêt sèche. Au Nigeria, il est presque exclusivement cantonné dans les zones de forêt humide à basse et moyenne altitude. On le trouve jusqu’à 900 m d’altitude dans des régions jusqu’à 3000 mm de pluviométrie annuelle, mais il est surtout abondant à 200–400 m d’altitude et dans des zones à pluviométrie annuelle de 1100–1800 mm avec deux saisons des pluies. Il préfère des sols ferrugineux fertiles, bien drainés, de texture légère ou moyenne et à pH acide à neutre. Il ne tolère pas l’asphyxie racinaire, et évite en général les marécages. C’est une essence pionnière exigeante en lumière. Les semis naturels peuvent être très abondants dans des trouées suffisamment larges, et c’est un arbre caractéristique de la forêt secondaire.

Multiplication et plantation

La plupart des fruits ramassés sur le sol sont attaqués par des insectes. On peut récolter les fruits sur les arbres lorsqu’ils sont encore verts, juste avant maturité. Un kg contient environ 3000 fruits ailés. Les graines commencent à germer 1–2 semaines après le semis, mais le taux de germination est souvent faible. Les fruits entreposés à –18°C conservent leur pleine viabilité pendant 18 mois. En revanche, à 25°C la viabilité tombe d’environ 80% à 15% après 6 mois. Des fruits entreposés à 8–15% de teneur en humidité n’avaient perdu que peu de leur viabilité après 12 mois, mais après cela la viabilité chutait rapidement ; entreposés à une teneur en humidité de 30%, ils perdaient rapidement leur viabilité. Plus de 50% des graines peuvent encore germer après avoir été conservées pendant 7,5 ans dans des récipients scellés à 4°C. Le taux de germination et sa rapidité s’accroissent lorsque les graines sont prétraitées en les humidifiant entre des couches de ouate humide. Les fruits débarrassés de leur aile sont enterrés superficiellement dans des pots, que l’on place sous ombrage. Les jeunes semis sont repiqués lorsque les premières feuilles apparaissent. Ils sont fragiles et sensibles à la fonte des semis. Ils développent une racine pivotante, qui est souvent fourchue, avec un petit nombre de racines latérales dans les 15 cm superficiels du sol. La racine pivotante d’une gaule de 2 m de hauteur peut avoir 1 m de long. On a obtenu une bonne réussite avec des plants âgés de 1–3 ans dont la partie aérienne était laissée intacte mais dont le système racinaire était sévèrement rabattu pour permettre la plantation dans des trous de 40 cm × 40 cm × 40 cm. Cependant, on a aussi observé que la coupe de la racine primaire pour la plantation entraînait de sérieux inconvénients ; les nouvelles racines se forment lentement, ce qui rend le plant sujet aux attaques parasitaires. On a obtenu un bon enracinement avec des boutures à un nœud avec une feuille placées sous brouillard ; l’enracinement a été amélioré par un trempage dans des hormones, et une température élevée sur la planche (30°C). On utilise également des boutures de 10 cm de long avec 2–4 feuilles, prélevées sur des rameaux âgés de 2 mois, que l’on met en pépinière sous brouillard, avec un ombrage de 40–60%. Il faut environ 12 semaines pour obtenir un plant enraciné et endurci. Le marcottage aérien est possible en annelant une branche sur un entrenœud ; les résultats sont optimaux lorsque le feuillage est à son maximum de densité, entre août et octobre, avec jusqu’à 50% de réussite sur des arbres âgés de 12 ans.

La plantation sur le terrain se fait généralement au début de la saison des pluies. Normalement on plante des plants en pots d’environ 30 cm de hauteur dans des trous de 40 cm de large, après avoir coupé la base du pot pour éliminer les racines déformées. En l’espace de 2–3 semaines, les stumps forment plusieurs rejets, dont l’un devient dominant. Le taux de survie de stumps âgés d’un an (2,5–4 cm de diamètre) est généralement de 50–60%. Ils sont sujets aux attaques de termites, et à la concurrence des adventices. Lorsqu’on plante à 3 m × 3 m d’espacement, le couvert peut se fermer au bout de 3 ans.

Au Ghana, la plantation selon un système de taungya a donné de bons résultats. Les pratiques sylvicoles en Côte d’Ivoire ont pour objet d’assurer un maximum de lumière aux cimes des arbres et de limiter la concurrence par des dégagements précoces et réguliers. En règle générale, 50% des arbres sont coupés lorsqu’ils ont atteint une hauteur de 6–7 m.

Gestion

La production de bois de Triplochiton scleroxylon provient généralement de forêt naturelle soumise à un aménagement par coupes de jardinage. En Côte d’Ivoire, Triplochiton scleroxylon a fait depuis 1930 l’objet de plantations en peuplements mixtes, par ex. en l’associant à Khaya et Terminalia spp. De 1967 à 1995, environ 3000 ha ont été plantés en Côte d’Ivoire. Les plantations sont exploitées selon une rotation de moins de 40 ans. Au Nigeria, on plante Triplochiton scleroxylon en association agroforestière avec le cacaoyer. Les résultats des plantations faites aux îles Salomon ont été classés comme bons, avec des arbres de bonne forme, à croissance rapide et s’élaguant naturellement.

Maladies et ravageurs

Les racines sont très sensibles à la pourriture cryptogamique. Au Nigeria, le grillon Gymnogryllus lucens, le criquet Zonocerus variegatus et le psylle Diclidophlebia sp. peuvent causer de graves dégâts aux semis, et les foreurs Eulophonotus obesus et Trachyostus ghanaensis aux arbres adultes. Le ver à soie Anaphe venata est un défoliateur des arbres. Des coléoptères tels que le bostryche Apate monachus forent dans le bois des galeries qui ont jusqu’à 1 cm de diamètre.

Récolte

Les coupes sont pratiquées toute l’année. Les arbres sont tronçonnés après l’abattage à la scie à chaîne, et les grumes sont débardées vers un parc à grumes central. Le diamètre minimal d’abattage est de 60 cm en Côte d’Ivoire, 80 cm au Cameroun et 90 cm au Ghana. Les défauts des grumes comprennent le cœur mou, les roulures, les piqûres noires et les galeries d’insectes.

Rendement

Au Ghana, on a estimé le volume sur pied total à 3930 m³/km² lors des inventaires de 2001, et le volume exploitable à 1650 m³/km². La possibilité annuelle a été fixée à 816 m³/km². Dans les années 1960, le volume sur pied total de bois au dessus de 60 cm de diamètre a été estimé à 2350 m³/km² au Cameroun, 1410 m³/km² en Côte d’Ivoire, 1350 m³/km² en République centrafricaine, et 610 m³/km² au Congo.

La coupe définitive dans les plantations de Côte d’Ivoire fournit 200–250 m³/ha de bois, dont 170–200 m³ provenant du fût, avec un accroissement annuel en volume de 8–13 m³/ha.

Traitement après récolte

Les grumes doivent être extraites de la forêt ou traitées le plus rapidement possible après la coupe, du fait qu’elles sont sensibles aux attaques de champignons et d’insectes. Les grumes de Triplochiton scleroxylon flottent dans l’eau, et peuvent par conséquent être transportées par flottage. Au Ghana, les grumes sont habituellement transportées vers les usines de transformation ou les marchés de grumes à l’aide d’engins de débardage articulés.

Ressources génétiques

En tant qu’essence pionnière largement répartie, Triplochiton scleroxylon n’est guère menacé d’érosion génétique, mais dans de nombreuses régions à l’intérieur de son aire il est soumis à des pressions en raison de son exploitation excessive. Au Ghana, il est considéré comme vulnérable ; il est encore commun, mais soumis à une pression intense. Au Liberia, les disponibilités sont limitées. Des banques de gènes et des essais de clones représentant l’ensemble de l’aire géographique de Triplochiton scleroxylon ont été mis en place sur 5 sites au Nigeria. En Côte d’Ivoire, un peu plus de 100 arbres d’élite ont été sélectionnés dans un peuplement de plus de 50 000 arbres pour servir d’arbres-mères en vue de la production massive de boutures.

Sélection

Une sélection de matériel génétique supérieur faisant appel à des techniques ADN est actuellement en cours au Ghana.

Perspectives

Il y a de bonnes perspectives pour des plantations clonales de Triplochiton scleroxylon de productivité élevée. Dans des essais, le matériel ligneux provenant d’arbres de plantations ne s’est pas avéré inférieur à celui d’arbres récoltés dans la forêt naturelle. La production capricieuse de semences est un sérieux inconvénient pour la mise en place de plantations, mais il est possible de recourir à des méthodes relativement peu coûteuses de multiplication végétative, qui offriront des possibilités accrues lorsqu’on disposera de matériel génétique supérieur. Ses rythmes de croissance élevés, permettant une rotation relativement courte des coupes, la forme généralement bonne de son fût et la possibilité de le planter en mélange avec d’autres essences à bois d’œuvre rendent Triplochiton scleroxylon encore plus prometteur.

Références principales

  • Burkill, H.M., 2000. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 5, Families S–Z, Addenda. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 686 pp.
  • Chudnoff, M., 1980. Tropical timbers of the world. USDA Forest Service, Agricultural Handbook No 607, Washington D.C., United States. 826 pp.
  • CTFT (Centre Technique Forestier Tropical), 1976. Samba (obeche). Bois et Forêts des Tropiques 167: 39–54.
  • Herzog, F., Farah, Z. & Amado, R., 1993. Nutritive value of four wild vegetables in Côte d'Ivoire. International Journal for Vitamin and Nutrition Research 63(3): 234–238.
  • Palla, F. & Louppe, D., 2002. Obeché. Forafri, Libreville, Gabon & Cirad-forêt, Montpellier, France. 6 pp.
  • Richter, H.G. & Dallwitz, M.J., 2000. Commercial timbers: descriptions, illustrations, identification, and information retrieval. [Internet]. Version 18th October 2002. http://delta-intkey.com/wood/index.htm. June 2005.
  • Siepel, A., Poorter, L. & Hawthorne, W.D., 2004. Ecological profiles of large timber species. In: Poorter, L., Bongers, F., Kouamé, F.N. & Hawthorne, W.D. (Editors). Biodiversity of West African forests. An ecological atlas of woody plant species. CABI Publishing, CAB International, Wallingford, United Kingdom. pp. 391–445.
  • Vernay, M., 2005. Un exemple d’utilisation de l’ayous (Triplochiton scleroxylon) dans la construction. Bois et Forêts des Tropiques 284: 35–43.
  • Voorhoeve, A.G., 1979. Liberian high forest trees. A systematic botanical study of the 75 most important or frequent high forest trees, with reference to numerous related species. Agricultural Research Reports 652, 2nd Impression. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 416 pp.

Autres références

  • Ashiru, M.O., 1988. The frequency distribution of eggs and larvae of Anaphe venata Butler (Lepidoptera: Notodontidae) on Triplochiton scleroxylon K. Schum. Insect Science and its Application 9(5): 587–592.
  • Ashiru, M.O. & Momodu, B., 1981. Wood-boring habits of Eulophonotus obesus on Triplochiton scleroxylon. Malaysian Forester 44(4): 473–481.
  • Attah, A.N., Bues, C.-T. & Sagor, J.A., 2005. Accelerated kiln drying of wawa (Triplochiton scleroxylon) sawn timber. Bois et Forêts des Tropiques 284: 23–33.
  • Bosch, C.H., 2004. Triplochiton zambesiacus Milne-Redh. In: Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editors). Plant Resources of Tropical Africa 2. Vegetables. PROTA Foundation, Wageningen, Netherlands / Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands / CTA, Wageningen, Netherlands. p. 535.
  • Dick, J.M., Leakey, R.R.B., McBeath, C., Harvey, F., Smith, R.I. & Woods, C., 2004. Influence of nutrient application on growth and rooting potential of the West African hardwood Triplochiton scleroxylon. Tree Physiology 24(1): 35–44.
  • Germain, R. & Bamps, P., 1963. Sterculiaceae. In: Robyns, W., Staner, P., Demaret, F., Germain, R., Gilbert, G., Hauman, L., Homès, M., Jurion, F., Lebrun, J., Vanden Abeele, M. & Boutique, R. (Editors). Flore du Congo belge et du Ruanda-Urundi. Spermatophytes. Volume 10. Institut National pour l’Étude Agronomique du Congo belge, Brussels, Belgium. pp. 205–316.
  • Hall, J.B. & Swaine, M.D., 1981. Distribution and ecology of vascular plants in a tropical rain forest: forest vegetation of Ghana. W. Junk Publishers, the Hague, Netherlands. 383 pp.
  • Hallé, N., 1961. Sterculiacées. Flore du Gabon. Volume 2. Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France. 150 pp.
  • Hawthorne, W.D. & Abu Juam, M., 1995. Forest protection in Ghana. IUCN, Gland, Switzerland and Cambridge, United Kingdom. 203 pp.
  • Irvine, F.R., 1961. Woody plants of Ghana, with special reference to their uses. Oxford University Press, London, United Kingdom. 868 pp.
  • Leakey, R.R.B., 1992. Enhancement of rooting ability in Triplochiton scleroxylon by injecting stockplants with auxins. Forest Ecology and Management 54: 305–313.
  • Nketiah, T., Newton, A.C. & Leakey, R.R.B., 1999. Vegetative propagation of Triplochiton scleroxylon in Ghana: effects of cutting origin. Journal of Tropical Forest Science 11(2): 512–515.
  • Onilude, M.A. & Ogunsanwo, O.Y., 2002. Mechanical properties of plantation grown obeche (Triplochiton scleroxylon) and their relationships with wood specific gravity. Journal of Tropical Forest Products 8(2): 160–167.
  • Takahashi, A., 1978. Compilation of data on the mechanical properties of foreign woods (part 3) Africa. Shimane University, Matsue, Japan, 248 pp.
  • Wagner, M.R., Atuahene, S.K.N. & Cobbinah, J.R., 1991. Forest entomology in West Tropical Africa: Forest insects of Ghana. Kluwer Academic Press, Dordrecht, Netherlands. 210 pp.
  • Wilks, C. & Issembé, Y., 2000. Les arbres de la Guinée Equatoriale: Guide pratique d’identification: région continentale. Projet CUREF, Bata, Guinée Equatoriale. 546 pp.
  • World Agroforestry Centre, undated. Agroforestree Database. [Internet] World Agroforestry Centre (ICRAF), Nairobi, Kenya. http://www.worldagroforestry.org/ Sites/TreeDBS/ aft.asp. June 2005.

Sources de l'illustration

  • Hallé, N., 1961. Sterculiacées. Flore du Gabon. Volume 2. Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France. 150 pp.
  • Voorhoeve, A.G., 1979. Liberian high forest trees. A systematic botanical study of the 75 most important or frequent high forest trees, with reference to numerous related species. Agricultural Research Reports 652, 2nd Impression. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 416 pp.
  • Wilks, C. & Issembé, Y., 2000. Les arbres de la Guinée Equatoriale: Guide pratique d’identification: région continentale. Projet CUREF, Bata, Guinée Equatoriale. 546 pp.

Auteur(s)

  • P.P. Bosu, Forestry Research Institute of Ghana (FORIG), University P.O. Box 63, KNUST, Kumasi, Ghana
  • E. Krampah, Kumasi, Ghana

Citation correcte de cet article

Bosu, P.P. & Krampah, E., 2005. Triplochiton scleroxylon K.Schum. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 7 février 2019.


  • Voir cette page sur la base de données Prota4U.