Trichosanthes cucumerina (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Fruit | |
Légume | |
Médicinal | |
Ornemental | |
Sécurité alimentaire | |
- Protologue: Sp. pl. 2 : 1008 (1753).
- Famille: Cucurbitaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 22
Synonymes
Trichosanthes anguina L. (1753).
Noms vernaculaires
- Patole, concombre-serpent, serpent végétal (Fr).
- Snake gourd, snake tomato (En).
- Abóbora serpente, quiabo de metro (Po).
Origine et répartition géographique
Le genre Trichosanthes est originaire d’Asie méridionale et orientale, d’Australie et des îles du Pacifique ouest. Trichosanthes cucumerina est présent à l’état sauvage dans toutes ces régions. Il a probablement été domestiqué autrefois en Inde, d’où des types à grands fruits non amers ont pu migrer vers d’autres régions tropicales. Il est cultivé comme légume secondaire dans de nombreux pays d’Asie tropicale. Il est localement cultivé comme légume dans les jardins familiaux en Afrique, où il a été signalé dans plusieurs pays et où il existe probablement dans beaucoup d’autres. Les producteurs commerciaux autour des grandes villes d’Afrique de l’Est cultivent parfois des cultivars de patole importés d’Inde pour une clientèle d’origine indienne.
Usages
Les fruits immatures, et plus rarement les jeunes pousses et feuilles de patole sont utilisés comme légumes cuits. Chez certains types, toutes les parties de la plante ont une odeur déplaisante qui disparaît lors de la cuisson. Les jeunes fruits peuvent être un peu amers mais cela disparaît également à la cuisson. L’amertume des fruits augmente au cours de la maturation. Le fruit entièrement mûr contient une pulpe tendre, rouge comme celle de la tomate, qui est utilisée dans les ragoûts ou les sauces comme substitut de la purée ou du concentré de tomate. Les gens préfèrent cependant les vraies tomates à cause du goût astringent et acide de la pulpe de patole. On signale l’utilisation de la patole comme substitut de la tomate en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Bénin et au Nigeria.
Le fruit mûr serait purgatif. Une infusion de jeunes pousses est modérément apéritive, le jus des feuilles est émétique et les graines sont vermifuges et antipériodiques. La plante est également cultivée dans les jardins à deux fins : comme légume et comme plante ornementale, pour ses fleurs blanches, frangées et odorantes la nuit, ainsi que pour ses fruits décoratifs.
Production et commerce international
En Afrique de l’Ouest, les jeunes fruits et la pulpe des fruits mûrs sont parfois vendus sur les marchés locaux, mais la patole est le plus souvent produite pour l’auto-consommation. L’île Maurice produit environ 700 t de fruits de patole par an et en exporte 2–3 t. Il n’y a pas d’autres données sur la production et le commerce en Afrique. En Inde, la patole est un légume commercial assez important, en particulier dans le sud. La culture de la plante pour la production de pulpe de fruit augmente et s’étend largement le long de la côte d’Afrique de l’Ouest.
Propriétés
La valeur nutritive des fruits immatures de patole par 100 g de partie comestible (94%) est de : eau 92,9 g, énergie 89 kJ (21 kcal), protéines 0,5 g, lipides 0,3 g, glucides 4,1 g, fibres 1,7 g, Ca 26 mg, P 20 mg, Fe 0,3 mg, thiamine 0,04 mg, riboflavine 0,06 mg, niacine 0,3 mg, folate 15 μg, acide ascorbique : traces (Holland, B., Unwin, I.D. & Buss, D.H., 1991). Aucune donnée n’est disponible sur la composition de la pulpe de fruit rouge et des feuilles.
Une lectine spécifique au galactose, à activité agglutinante, est présente dans les graines. Les graines contiennent également une protéine inactivatrice de ribosomes (trichoanguine). L’extrait au chloroforme des racines de Trichosanthes cucumerina a montré une activité antibactérienne significative contre Pseudomonas aeruginosa, et des extraits de graines ont montré une activité nématicide.
Falsifications et succédanés
Les jeunes fruits peuvent être remplacés par ceux d’autres cucurbitacées telles que la courgette (Cucurbita pepo L.), la gourde (Lagenaria siceraria (Molina) Standl.) ou la papengaye (Luffa acutangula (L.) Roxb.).
Description
Plante herbacée annuelle, monoïque, grimpante grâce à des vrilles à 2–3 branches ; tige fine, pentagonale. Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole de 2–10 cm de long, sillonné, charnu, couvert de poils scabres ; limbe légèrement à profondément 5–7-lobé, de 7–25 cm × 8–20 cm, cordé à la base, bord denté, pubescent. Fleurs unisexuées, régulières, 5-mères, blanches ; calice tubulaire ; lobes de la corolle frangés d’excroissances ressemblant à des poils ; fleurs mâles groupées en grappes axillaires portant de 5 à un grand nombre de fleurs sur un pédoncule de 10–30 cm de long, avec 3 étamines ; fleurs femelles solitaires et sessiles, à ovaire infère, 1-loculaire, à poils longs, stigmates 3. Fruit : baie très mince, longue et cylindrique, souvent vrillée, de 30–180 cm × 2–10 cm, blanc verdâtre lorsque immature, rouge foncé à maturité, contenant de nombreuses graines. Graines aplaties, de 1–1,5 cm de long, brun grisâtre, sculptées, à bord ondulé. Plantule à germination épigée.
Autres données botaniques
Le genre Trichosanthes comprend environ 100 espèces, dont certaines ont été domestiquées en Asie, la patole étant la plus importante. On distingue deux variétés au sein de Trichosanthes cucumerina : une sauvage, var. cucumerina, que l’on rencontre en Inde, au Sri Lanka et en Chine, dans toute l’Asie du Sud-Est jusqu’au nord de l’Australie, et une cultivée, var. anguina (L.) Haines, avec ses fruits allongés. On utilise uniquement des cultivars traditionnels de Trichosanthes cucumerina en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, alors qu’on cultive des cultivars améliorés en provenance d’Inde en Afrique de l’Est.
Croissance et développement
La floraison débute 5–6 semaines après la levée. Les fleurs mâles apparaissent en premier, suivies des fleurs femelles 3 jours plus tard. Les fleurs s’ouvrent dans la soirée ou en début de matinée. Les anthères sont déhiscentes plusieurs heures avant l’anthèse, les stigmates sont réceptifs de quelques heures avant l’anthèse à quelques heures après. La pollinisation est effectuée par les insectes, parmi lesquels les abeilles, les guêpes, les fourmis, les papillons de jour et de nuit. On peut récolter les fruits 2–3 mois après le semis ou la plantation et la récolte peut se poursuivre pendant 2 mois.
Ecologie
La patole sauvage pousse dans le maquis, le long des lisières de forêt et dans les forêts claires, du niveau de la mer à 1500 m d’altitude. La patole est bien adaptée aux basses terres tropicales humides. La température diurne moyenne optimale pour sa croissance est de 30–35°C avec un minimum de 20°C. Elle ne tolère pas un sol sec et a besoin d’une bonne réserve d’humidité dans le sol. Elle est toutefois sensible à l’asphyxie racinaire.
Multiplication et plantation
Les graines de patole sont séchées après avoir été extraites des fruits mûrs. Elles sont récalcitrantes. Les graines sont semées dans des trous ou sur des billons écartés de 100–150 cm et avec 60–75 cm entre plantes sur la ligne, ce qui demande 4–6 kg de graines par ha. Au lieu de cette méthode de semis direct, on peut semer les graines en pépinière et repiquer les plants au champ lorsqu’ils ont 2 vraies feuilles. Les paysans préfèrent néanmoins le semis direct car la plante est délicate.
Gestion
En maraîchage péri-urbain, on fait grimper la patole sur des tuteurs ou des treillages, et dans les jardins familiaux on laisse la plante grimper le long d’une paroi ou d’une clôture. Lorsque les fruits commencent à se développer, on attache une pierre ou un poids quelconque au bout de chaque fruit afin de produire des fruits droits. La patole réagit bien à la fumure et à l’épandage d’engrais, mais il faut faire attention de ne pas appliquer trop d’engrais azoté car cela provoque une production excessive de tiges aux dépens de la production de fruits. Dans les régions où il peut y avoir un stress hydrique saisonnier, il faut irriguer.
Maladies et ravageurs
Le mildiou (Pseudoperonospora cubensis) et l’anthracnose (Colletotrichum lagenarium) attaquent les fruits tant mûrs qu’immatures. On peut lutter contre ces maladies en enlevant les fruits atteints et en pulvérisant un fongicide, par ex. du manèbe. La patole est sensible aux dégâts causés par les nématodes à galles. Elle est attaquée par plusieurs insectes, dont les mouches des fruits de Bactrocera et Dacus, des chenilles de Diaphania, des cécidomyies Lasioptera et des aleurodes Bemisia, mais on manque d’information sur l’étendue des dégâts et les méthodes de lutte, en particulier pour l’Afrique.
Récolte
On récolte les fruits lorsqu’ils sont encore immatures environ 2 semaines après la nouaison, lorsqu’ils font 30–60 cm de long, ou jusqu’à 1 m selon le cultivar, et qu’ils pèsent jusqu’à 1 kg. Lorsqu’on veut produire de la pulpe de fruit, la récolte des fruits a lieu à pleine maturité. On peut utiliser ces mêmes fruits mûrs pour extraire les graines.
Rendement
Les cultivars traditionnels produisent 6–10 fruits par plante, les cultivars améliorés jusqu’à 50. Le rendement total des jeunes fruits est de 8–10 t/ha. Si des fruits mûrs d’environ 1 kg sont récoltés, le rendement peut atteindre 30 t/ha.
Traitement après récolte
Les jeunes fruits se conservent bien pendant 10–14 jours à une température d’environ 15°C et à forte humidité.
Ressources génétiques
Des collections de ressources génétiques sont disponibles dans des banques de gènes au NACGRAB, Ibadan (Nigeria), à l’université agricole de Kerala, Thrissur (Inde), au NPGRL-IPB, Los Baños (Philippines), et à l’université de Cornell, New York (Etats-Unis).
Sélection
Un travail de sélection a été effectué par des sociétés semencières indiennes, avec comme objectifs des rendements élevés, une bonne qualité du fruit et la résistance aux maladies. Il faudrait pouvoir augmenter le ratio fleurs femelles / fleurs mâles. Il faudrait également sélectionner pour des fruits à pulpe de goût moins acide et moins astringent.
Perspectives
Trichosanthes cucumerina est une plante récemment introduite qui gagne de plus en plus d’importance dans plusieurs parties de l’Afrique, dont le Ghana et le Nigeria, principalement pour sa pulpe de fruit rouge comme substitut de la sauce tomate. Rien ne laisse penser que la consommation des jeunes fruits de patole deviendra importante en Afrique.
Références principales
- Bates, D.M., Robinson, R.W. & Jeffrey, C. (Editors), 1990. Biology and utilization of the Cucurbitaceae. Cornell University Press, New York, United States. 485 pp.
- Burkill, H.M., 1985. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 1, Families A–D. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 960 pp.
- Chow, L.P., Chou, M.H., Ho, C.Y., Chuang, C.C., Pan, F.M., Wu, S.H. & Lin, J.Y., 1999. Purification, characterization and molecular cloning of trichoanguin, a novel type I ribosome inactivating protein from the seeds of Trichosanthes anguina. Biochemical Journal 338: 211–219.
- Gildemacher, B.H., Jansen, G.J. & Chayamarit, K., 1993. Trichosanthes L. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 271–274.
- Robinson, R.W. & Decker-Walters, D.S., 1997. Cucurbits. CAB International, Wallingford, United Kingdom. 226 pp.
Autres références
- Adebisi, A.A. & Ladipo, D.O., 2000. Evaluation of the utilization spectrum of some Cucurbits in South West Nigeria. CENRAD Development Series 07. CENRAD, Ibadan, Nigeria. 14 pp.
- Choudhury, B., 1967. Vegetables. India, the land and the people. National Book Trust, New Delhi, India. 214 pp.
- Desphande, A.A., Bankapur, V.M. & Ventkatasubbaiah, K.A., 1980. Studies on floral biology of snake gourd (Trichosanthes anguina L.) and ash gourd (Benincasa hispida (Thunb.) Logn. Mysore Journal of Agricultural Science 14: 8–10.
- Dupriez, H. & De Leener, P., 1989. African gardens and orchards, growing vegetables and fruits. MacMillan Press, London, United Kingdom. 333 pp.
- Grubben, G.J.H., 1967. Rapport sur les cultures légumières de la Côte d’Ivoire. Mission FAO, Abidjan, Côte d’Ivoire. 81 pp.
- Rugayah & de Wilde, W.J.J.O., 1999. Conspectus of Trichosanthes (Cucurbitaceae) in Malesia. Reinwardtia 11(4): 227–280.
- Soladoye, M.O., 1985. A checklist of Nigeria cucurbits (family Cucurbitaceae). Research paper, Forest Series No 56. Forestry Research Institute of Nigeria, Ibadan, Nigeria. 13 pp.
Sources de l'illustration
- Gildemacher, B.H., Jansen, G.J. & Chayamarit, K., 1993. Trichosanthes L. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 271–274.
Auteur(s)
- M.O. Soladoye
P.O. Box 2029, Dugbe, Ibadan, Oyo State, Nigeria
- A.A. Adebisi
Centre for Environment, Renewable Natural Resources Management, Research and Development (CENRAD), P.M.B. 5052, Jericho Hills, Ibadan, Nigeria
Consulté le 23 décembre 2024.
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