Talinum triangulare (PROTA)

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Talinum triangulare (Jacq.) Willd.


Protologue: Sp. pl. 2 : 862 (1799).
Famille: Portulacaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 24, 48, 72

Synonymes

  • Talinum fruticosum auct. non (L.) Juss.

Noms vernaculaires

  • Grassé, pourpier tropical (Fr).
  • Waterleaf, talinum, Ceylon spinach (En).
  • Beldroega graúda, lustrosa grande (Po).

Origine et répartition géographique

Le grassé est une adventice cosmopolite répandue dans tous les tropiques humides. On l’a répertorié dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Il est réputé originaire d’Amérique du Sud, mais une origine en Afrique est aussi possible, car plusieurs Talinum dont l’espèce proche Talinum portulacifolium (Forssk.) Schweinf. sont présents en Afrique. Le grassé est consommé comme légume dans toutes les régions tropicales dont de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ; il est cultivé au Nigeria et au Cameroun.

Usages

Les feuilles sont utilisées pour préparer des potages et des ragoûts légèrement gluants en complément d’un plat principal féculent. Dans le sud du Nigeria, où on l’appelle “gbure”, il est généralement mélangé avec la corète potagère (Corchorus olitorius L.) dans les potages. On ajoute souvent du poivre et un peu de poisson séché et de viande pour améliorer le goût et les qualités nutritives de la sauce. La sauce de grassé peut également être constituée d’un mélange de tomates, d’oignons et de grassé auquel on ajoute de l’huile de palme et du sel. Au Cameroun, où il est appelé “bolki” ou “belok-sup”, le grassé associé au koko (feuilles de Gnetum) et au foufou (mets féculent) est considéré comme un mets délicat ; les pousses tendres de grassé ramollissent les feuilles dures de koko. Au Nigeria, le grassé est récolté dans la nature pendant la saison sèche lorsque d’autres légumes plus appréciés sont rares et chers. La récolte de grassé dans la nature est une bonne source de revenus pour les paysans pauvres. Ses feuilles sont également consommées crues en salade. Le grassé est utilisé comme agent colorant dans la soupe de gombo.

Au Cameroun, le grassé est utilisé comme traitement contre la rougeole, alors qu’en Assam (Inde), il est utilisé pour traiter le diabète. En Indonésie, on fabrique un tonique à partir de sa racine charnue. Dans des essais, le grassé a donné de bons résultats comme nourriture pour l’élevage d’escargots géants.

Production et commerce international

Le grassé a longtemps été considéré comme un légume de pauvres et il n’était donc pas très bien valorisé. Grâce à la popularité croissante du koko (feuilles de Gnetum) au Cameroun et dans l’est du Nigeria depuis les années 1990, la demande pour le grassé a augmenté de façon régulière. C’est désormais un produit courant sur les marchés locaux, mais aucune donnée sur la production et le commerce n’est disponible.

Propriétés

Les feuilles contiennent par 100 g de partie comestible : eau 90,8 g, énergie 105 kJ (25 kcal), protéines 2,4 g, lipides 0,4 g, glucides 4,4 g, fibres 1,0 g, Ca 121 mg, P 67 mg, Fe 5,0 mg, thiamine 0,08 mg, riboflavine 0,18 mg, niacine 0,3 mg, acide ascorbique 31 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968). La teneur en vitamine A est comparable à celle d’autres légumes-feuilles vert moyen, soit environ 900 μg.

Le grassé est un légume mucilagineux à forte teneur en oxalate. La présence d’oxalate est un inconvénient, car plus de 90% en est présent sous forme soluble et peut provoquer des calculs rénaux si on en mange trop. Le blanchiment ou la cuisson enlèvent près de la moitié de l’oxalate soluble. Le grassé contient également de l’acide cyanhydrique, autre raison pour laquelle ce légume doit être consommé uniquement en petites quantités et n’est pas recommandé pour le bétail. Il faut faire attention lorsqu’on utilise ce légume dans les aliments pour bébés, d’autant plus qu’il contient des nitrates et des nitrites, qui ne sont pas éliminés par la cuisson. Le grassé est riche en saponines.

Falsifications et succédanés

Dans la plupart des mets, le grassé peut être remplacé par Basella alba L. ou n’importe quel autre légume-feuilles gluant et aqueux.

Description

  • Plante herbacée pérenne, érigée, glabre, atteignant 80(–100) cm de haut, habituellement fortement ramifiée ; racines gonflées et charnues ; tige succulente, obtuse-anguleuse à cylindrique.
  • Feuilles alternes, simples, presque sessiles, succulentes ; stipules absentes ; limbe obovale à spatulé, de 3–15 cm × 1–6 cm, base en longue pointe, apex arrondi à émarginé, mucroné, entier, nervation pennée, indistincte.
  • Inflorescence : cyme terminale sur un pédoncule triangulaire atteignant 12 cm de long.
  • Fleurs bisexuées, régulières ; pédicelle d’environ 1 cm de long, recourbé chez le fruit ; sépales 2, libres, avec 3 nervures proéminentes ; pétales 5, libres, obovales, atteignant 1 cm de long, roses ; étamines nombreuses ; ovaire supère, 1-loculaire, style mince, stigmate à 3 branches dépassant les étamines.
  • Fruit : capsule globuleuse à ellipsoïde de 4–7 mm de long, à 3 valves, déhiscente de façon élastique, contenant de nombreuses graines.
  • Graines comprimées globuleuses-réniformes d’environ 1 mm de long, tuberculées, noir brillant.

Autres données botaniques

Talinum comprend environ 40 espèces, la plupart se trouvant au Mexique et au sud des Etats-Unis et 7 espèces en Afrique tropicale. On confond parfois Talinum triangulare avec Talinum portulacifolium, mais ce dernier se distingue par son inflorescence paniculée à axe cylindrique, ses sépales sans nervures proéminentes et ses graines lisses.

Croissance et développement

Le début de floraison n’apparaît pas affecter la production de feuilles ou de pousses. Les plantes mettent 40–75 jours pour fleurir à partir de la plantation des boutures et lors de la floraison, elles ont 4–9 rameaux et 25–90 feuilles. Le grassé est signalé comme autogame avec un degré limité de fécondation croisée. La fructification a lieu 75–80 jours à partir de la plantation des boutures. Dans la nature, les plantes vivent 4–6 mois. Le grassé est relativement tolérant à la sécheresse. Lorsqu’il est exposé à la sécheresse, il adopte un métabolisme acide crassulacé (CAM), ce qui entraîne une utilisation efficace de l’humidité disponible, la poursuite de l’assimilation de dioxyde de carbone pendant la nuit et une accélération de la croissance.

Ecologie

Le grassé pousse bien en conditions humides à des températures d’environ 30°C. Sa croissance est très rapide pendant la saison des pluies mais ralentit considérablement pendant la saison sèche. Il pousse bien à l’ombre et par temps nuageux. Il peut pousser en plein soleil, mais les plantes restent alors petites. Sa croissance est très abondante lorsque la teneur en eau du sol est proche de la capacité au champ. Les fortes températures (>35°C) et la sécheresse affectent négativement le nombre de feuilles, la surface foliaire, la taille de la tige et le nombre de rameaux.

Multiplication et plantation

Le grassé peut être semé, planté ou récolté dans la nature. Commercialement, il est principalement cultivé par boutures de 10–15 cm de long. Il est recommandé d’enlever la paire de feuilles inférieures avant plantation. Au Cameroun et au Nigeria, la première plantation a habituellement lieu en novembre. Le grassé peut également être multiplié par graines. Les graines sont minuscules (le poids de 1000 graines est d’environ 0,25 g) et ne peuvent être récoltées qu’à partir de fruits qui sont devenus jaunes. Cependant, la récolte de graines est difficile sur les fruits mûrs, car elles tombent dès qu’on touche le fruit. Les fruits verts ne donnent pas de graines viables, mais les fruits presque mûrs, qui ne sont pas encore sur le point de s’ouvrir, donnent des graines qui ont un taux de germination acceptable après un séchage approprié. Les graines sont bien mélangées avec du sable fin et sec et le mélange est semé à la volée sur une planche de semis bien préparée. La germination a lieu après environ 5 jours et la croissance est ensuite très rapide si l’on fournit assez d’eau. Les plants peuvent être repiqués lorsqu’ils ont 3 semaines. Le grassé est fréquemment planté en association avec d’autres légumes. On peut également le cultiver en culture pure à un espacement d’environ 15 cm × 15 cm. Un espacement réduit diminue la concurrence des adventices et est envisageable car la pression parasitaire est limitée. Dans les sols fertiles ou bien fertilisés, on peut augmenter l’espacement à 25 cm × 25 cm.

Gestion

Après la plantation, il faut arroser chaque jour pendant la première semaine et trois fois par semaine lorsque les plantes couvrent complètement le sol. Le grassé a besoin de beaucoup d’azote ; un jaunissement des feuilles indique un manque d’azote. On peut le fertiliser avec des déchets ménagers, du fumier ou des engrais minéraux. L’azote peut être appliqué à intervalles de 2–3 semaines pour stimuler le développement foliaire.

Le grassé peut être une adventice des terres cultivées ou perturbées, y compris au bord des routes et à proximité des habitations, mais peu de paysans s’en préoccupent car ses racines sont superficielles et la plante est facile à arracher.

Maladies et ravageurs

Le grassé est un des rares légumes qui ne soit pratiquement pas affecté par les ravageurs ou les maladies. Les maladies les plus courantes sont les taches blanches des feuilles (Pleospora spp.) et la mosaïque des feuilles provoquée par un virus inconnu. Un mildiou encore non identifié provoque des taches vert foncé sur la face inférieure des feuilles. Les taches deviennent ensuite brunes ou rougeâtres sur la face supérieure des feuilles et finalement noires, rendant les pousses invendables. Il n’y a pas d’autre remède que d’éliminer les plantes affectées à un stade précoce. Le grassé est un hôte des nématodes à galles (Meloidogyne spp.).

Récolte

Il faut compter seulement 3 semaines entre la plantation et la première récolte. Ensuite, les pousses peuvent être récoltées à intervalles de 1–2 semaines pendant une période de deux mois. La taille des feuilles diminue avec l’âge de la plante et le nombre de récoltes. Les 1–3 premières récoltes fournissent la meilleure qualité de feuilles pour le marché. En moyenne, les producteurs peuvent effectuer 4 récoltes sur une plante avant que sa croissance ne commence à ralentir. La meilleure façon de récolter est de couper la tige juste au-dessus du sol. Ceci permet une régénération plus rapide que si l’on récolte seulement la partie supérieure et les pousses latérales. Lorsque la première récolte est retardée et que les parties inférieures de la tige brunissent et ont perdu leurs feuilles, il est toujours recommandé de couper juste au-dessus du sol afin d’avoir une meilleure qualité lors de la prochaine récolte. Avec des plantes issues de boutures, on récolte de préférence en coupant les nouvelles pousses latérales. Quelques semaines après le début de la saison des pluies, des plantes sauvages sont proposées sur le marché à des prix très compétitifs et, à ce stade, la culture ne se justifie plus, en particulier lorsqu’il faut payer la main-d’œuvre. Une culture pluviale peut rester au champ pendant 60–180 jours.

Rendement

La fourchette de rendements est de 10–60 t/ha.

Traitement après récolte

Le grassé est très périssable et les pousses commencent à se faner seulement quelques heures après la récolte. Ce n’est pas un problème lorsque les gens souhaitent sécher le produit, mais il ne convient plus comme légume frais commercialisable. Il est possible de conserver les pousses dans un sachet en plastique au réfrigérateur pendant plusieurs jours.

Ressources génétiques

Aucune collection de matériel génétique de Talinum triangulare n’a été signalée. Il n’y a apparemment pas de risque d’érosion génétique, car il est répandu et se comporte comme une adventice.

Sélection

Des entrées collectées au Nigeria et au Cameroun ont montré une diversité très limitée et on n’a pas jugé utile de sélectionner des lignées qui pourraient déboucher sur des cultivars distincts. Au Nigeria, le type vert est le plus répandu, mais des plantes à feuilles et à tiges de couleur plus ou moins violette ont été parfois trouvées dans le sud-est du pays, où le grassé est souvent cultivé.

Perspectives

Le grassé est un légume productif, nutritif et facile à cultiver. Avec l’accroissement de la production commerciale, le grassé pourrait devenir une source de revenus pour un nombre limité de paysans et de commerçants. Il n’est pas recommandé d’introduire le grassé dans de nouvelles régions car il peut facilement devenir une adventice.

Références principales

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  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
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Autres références

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  • Oomen, H.A.P.C., 1971. The significance of leafy vegetables for tropical diets. Food Foundation/IITA/IRAT Seminar on Vegetable Crop Research, Ibadan, Nigeria.
  • Phillips, S.M., 2002. Portulacaceae. In: Beentje, H.J. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. 40 pp.
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  • Simo, C., 1999. Caractéristiques morphologiques et usages du grassé: Talinum fructicosum (L.) Juss. (Portulacaceae) au Cameroun. Mémoire de Maîtrise. Université de Dschang, Cameroon. 31 pp.
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  • Tölken, H.R., 1969. The genus Talinum in southern Africa. Bothalia 10(1): 19–28.

Sources de l'illustration

  • Rifai, M.A., 1993. Talinum triangulare (Jacq.) Willd. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 268–269.

Auteur(s)

  • D.A. Fontem, Faculty of Agriculture, University of Dschang, P.O. Box 208, Dschang, Cameroon
  • R.R. Schippers, De Boeier 7, 3742 GD Baarn, Netherlands

Consulté le 8 octobre 2019.


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