Swietenia macrophylla (PROTA)

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Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Ornemental Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Statut de conservation Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, port de l’arbre ; 2, rameau en fleurs ; 3, fleur mâle en section ; 4, fleur femelle en section ; 5, fruit ; 6, graine. Source: PROSEA
port de l'arbre
feuilles
écorce, feuille et fruits (University of Hawaii)
inflorescence
fruit ouvert et graines
fruits ouverts et graines
graines
bois (face radiale)
coupe transversale du bois
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois
coupe radiale du bois
face transversale du bois

Swietenia macrophylla King


Protologue: Hook.f., Icon. pl. 16 : t. 1550 (1886).
Famille: Meliaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 24, 46, 54, 108

Noms vernaculaires

  • Acajou du Honduras, acajou d’Amérique, mahogany grandes feuilles (Fr).
  • Big-leaved mahogany, large-leaved mahogany, broad-leaved mahogany, Honduras mahogany (En).
  • Mogno (Po).

Origine et répartition géographique

L’aire naturelle de Swietenia macrophylla s’étend sur les régions continentales d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, depuis le Mexique jusqu’au Pérou, à la Bolivie et au Brésil, ce qui en fait l’espèce de Swietenia la plus largement répartie. Son bois fait l’objet d’un commerce international depuis plus de 400 ans. L’acajou du Honduras fut introduit en Inde en provenance du Belize en 1872, et depuis lors on l’a planté dans toutes les régions tropicales soit en plantations pour le bois d’œuvre, soit comme essence ornementale, y compris à petite échelle en Afrique tropicale. Les tentatives d’introduction en Afrique tropicale (par ex. en Sierra Leone, au Nigeria, en Ouganda) n’ont généralement pas été couronnées de succès, en raison des graves attaques de foreurs des pousses sur les jeunes plants. Les plantations expérimentales de Swietenia macrophylla faites à l’île Maurice n’ont pas réussi au début, mais ensuite il a été utilisé avec succès pour le reboisement à faible altitude. Il en existe de vastes plantations en Indonésie, aux îles Fidji et au Sri Lanka.

Usages

Le bois de Swietenia (acajou, “mahogany” en anglais) est considéré comme le plus beau bois du monde pour les meubles de haute qualité et l’ébénisterie. Sa popularité est due en particulier à son bel aspect, allié à sa facilité de travail, ses excellentes qualités de finissage et sa stabilité dimensionnelle. Il est souvent utilisé également pour les boiseries intérieures telles que panneaux, portes et bordures décoratives. On l’utilise en construction navale, souvent en décoration intérieure pour les yachts de luxe et les paquebots, mais parfois aussi en contreplaqué pour les bordés et les superstructures. Ses remarquables qualités techniques le rendent particulièrement approprié pour la menuiserie de précision telle que modèles et maquettes, coffrets pour instruments, pendules, clichés d’imprimerie, et éléments d’instruments de musique ; pour de tels usages, on emploie des bois à fil droit uniforme. Parmi les usages secondaires, on peut citer les cercueils, la sculpture sur bois, les articles de fantaisie, les jouets, les objets tournés.

On peut extraire des graines une huile qui est très amère et purgative, mais une exploitation commerciale de cette huile semble improbable. L’écorce est amère et astringente, et elle est utilisée comme fébrifuge et également pour teindre et tanner les cuirs. On produit par incision de l’écorce une gomme destinée aux marchés de Bombay (Inde), où elle est vendue pure ou mélangée à d’autres gommes. Divers usages médicinaux de diverses parties de l’arbre sont signalés en Amérique tropicale. La coque des fruits broyée est parfois utilisée comme substrat pour les plantes en pots. Swietenia macrophylla est également employé dans des programmes de reboisement et des systèmes agroforestiers, et comme arbre d’ombrage dans les jeunes plantations d’autres essences, et on le plante parfois comme arbre d’ornement.

Production et commerce international

L’acajou du Honduras est l’une des plus importantes essences de bois d’œuvre tropicaux sur le marché mondial. La plupart des bois commercialisés proviennent de peuplements naturels, et de faibles quantités seulement sont fournies par des arbres de plantations. Les exportations annuelles d’Amérique tropicale excèdent 120 000 m³. Dans la période 1996–2002, les exportations annuelles moyennes de bois de Swietenia macrophylla ont été de 59 500 m³ du Brésil, 30 500 m³ du Pérou, 15 000 m³ de Bolivie, et 14 000 m³ des pays d’Amérique centrale. En 2002, le prix des sciages de Swietenia macrophylla de Bolivie était d’environ US$ 980/m³. Le principal importateur est les Etats-Unis, avec 76 000 m³/an d’importations, ce qui représente plus de 60% du commerce mondial. On a estimé que la superficie plantée en Swietenia macrophylla dans les tropiques est de 200 000 ha, mais la part de l’Afrique est insignifiante.

Propriétés

Le bois de cœur est rougeâtre ou rosé, sa couleur fonçant avec l’âge en prenant une teinte rouge foncé ou brune ; il est nettement distinct de l’aubier, qui est généralement jaunâtre et jusqu’à 40 mm d’épaisseur. Le bois présente un contrefil, parfois un fil droit, le grain est fin à modérément grossier. Les surfaces sont luisantes, avec un reflet doré, et le bois a souvent une belle figure en raison du fil irrégulier.

L’acajou du Honduras est un bois moyennement lourd. La densité est de (450–)530–670(–840) kg/m³ à 12% d’humidité ; elle est un peu plus faible pour les arbres de plantation que pour ceux provenant de la forêt naturelle. Les taux de retrait sont faibles ; de l’état vert à 12% d’humidité, le retrait radial est de 1,4% et le retrait tangentiel de 2,2% ; de l’état vert à l’état anydre, le retrait radial est de 2,1–3,3% et le retrait tangentiel de 2,9–5,7%. Le bois sèche bien, sans guère de gerçures ou de déformation. Des plateaux de 50 mm d’épaisseur peuvent être séchés à l’air en 11 semaines de 40% à 15% de teneur en humidité, des planches de 25 mm en 6 semaines. Le bois se sèche en séchoir de manière satisfaisante en utilisant des procédures modérées (températures de 43–76°C et humidités relatives correspondantes de 75–33%). Des plateaux de 50 mm d’épaisseur peuvent être séchés en séchoir en environ 8 jours de 40% de teneur en humidité à 15%, et des planches de 25 mm en 4 jours. Des planches de 41 mm d’épaisseur peuvent être séchées en séchoir en 13 jours de 70% de teneur en humidité à 15%. Après séchage, le bois est stable en service.

Le bois est relativement tendre. A 12% de teneur en humidité, le module de rupture est de 72–98 N/mm², le module d’élasticité de 9300–12 100 N/mm², la compression axiale de 43–62 N/mm², le cisaillement de 13,5 N/mm², et la dureté Janka de flanc de 3560 N.

Le bois se scie, se rabote et se moulure aisément tant à l’état vert qu’à l’état sec. En général, il se finit en donnant une surface lisse, mais il peut se former une surface pelucheuse sur des bandes de bois de réaction ou de contrefil. Le finissage est aisé, et le bois prend un excellent poli. Les caractéristiques de collage et de clouage sont bonnes, mais en conditions humides il peut se produire une décoloration en contact avec le fer, le cuivre ou le laiton. Le bois se tranche et se déroule en beaux placages décoratifs, sans traitement préliminaire, avec un angle de déroulage de 92°. Le placage peut se coller avec de la caséine étendue avec 30% de chaux, pour obtenir du contreplaqué de qualité satisfaisante. La réduction en pâte donne des résultats satisfaisants (rendement en pâte kraft de 49,5%).

Le bois de cœur des arbres de peuplements naturels peut être suffisamment durable, mais il n’est pas considéré comme apte à des emplois en contact avec le sol. Des essais dans des cimetières en Indonésie ont montré une durée moyenne de service en contact avec le sol de 2,7 ans. Le bois est résistant aux champignons de pourriture du bois. L’aubier est sujet aux attaques de Lyctus, et le bois de cœur peut aussi être attaqué par les scolytes du bois et les termites ; il est peu résistant aux tarets marins. Le bois est rebelle à l’imprégnation par des produits de préservation avec les méthodes sous pression, mais les bois provenant de plantations peuvent se prêter aux techniques de diffusion de bore.

Le bois contient 39–47% de cellulose, 27–31% de lignine, 16–18% de pentosane, 0,5–0,6% de cendres et 0,1% de silice. La solubilité est de 2,4% dans l’alcool-benzène, 0,4% dans l’eau froide, 4,5% dans l’eau chaude et 19% dans une solution de NaOH à 1%. La valeur énergétique du bois est de 19 600–20 300 kJ/kg. Le bois contient une huile essentielle qui est riche en sesquiterpènes. L’écorce de Swietenia macrophylla a montré une action antimalarique appréciable dans des tests in vivo sur des rongeurs.

Falsifications et succédanés

L’acajou véritable fourni par Swietenia spp. n’est guère produit en Afrique tropicale, mais le bois de plusieurs espèces indigènes plus ou moins voisines est commercialisé sous le nom d’acajou d’Afrique, principalement Entandrophragma et Khaya spp., qui produisent des bois de caractéristiques comparables.

Description

  • Arbre monoïque de moyenne à grande taille atteignant 40(–60) m de hauteur ; fût généralement droit et cylindrique, dépourvu de branches jusqu’à 18(–25) m, atteignant 150 (–200) cm de diamètre, souvent avec des contreforts larges, en forme de planches, jusqu’à 5 m de haut ; écorce externe des arbres âgés écailleuse, se desquamant, profondément sillonnée longitudinalement, de couleur gris brunâtre à brun rougeâtre, écorce interne brun-rouge ou rouge rosé ; cime en dôme, formée d’un petit nombre de grosses branches ascendantes.
  • Feuilles alternes, paripennées avec (2–)3–6(–8) paires de folioles ; stipules absentes ; folioles opposées, ovales-elliptiques, de 8–18 cm × 3–5,5 cm, entières, glabres, pennatinervées.
  • Inflorescence : panicule axillaire de 10–20 cm de long, composée de petites cymes.
  • Fleurs unisexuées, mais avec des vestiges bien développés du sexe opposé, régulières, 5-mères, petites ; pédicelle mince, de 1,5–2,5 mm de long ; calice à lobes largement arrondis de 1–1,5 mm de long, poilus sur les bords ; pétales libres, légèrement contournés dans le bourgeon, ovales-oblongs, de 5–6 mm de long, poilus sur les bords ; étamines unies en un tube, avec 10 anthères sessiles à l’embouchure du tube ; disque annulaire ; ovaire supère, généralement 5-loculaire, style court, avec un stigmate en forme de disque.
  • Fruit : capsule ligneuse, ovoïde-allongée, de 10–15(–22) cm de long, brun grisâtre, s’ouvrant par 5 valves, renfermant de nombreuses graines.
  • Graines avec une grande aile, aplaties, de 7,5–10 cm de long, de couleur brun foncé, pendantes et se recouvrant dans le fruit ; cotylédons minces.
  • Plantule à germination hypogée ; premières 3 feuilles simples, les suivantes 3-foliolées ou imparipennées.

Autres données botaniques

Le genre Swietenia comprend 3 espèces et est étroitement apparenté au genre Khaya, qui en diffère par ses fruits plus globuleux et ses graines étroitement ailées sur tout leur bord. Les 3 espèces de Swietenia sont difficiles à distinguer entre elles. Swietenia macrophylla diffère de Swietenia mahagoni (L.) Jacq. par ses folioles, ses fruits et ses graines plus grands, et de Swietenia humilis Zucc. par ses folioles pétiolulées et brièvement acuminées (sessiles et longuement acuminées chez Swietenia humilis), ainsi que par ses graines brun foncé (brun pâle chez Swietenia humilis). Les aires naturelles de ces trois espèces se chevauchent très peu, mais là où deux espèces cohabitent on peut en trouver des hybrides.

Swietenia humilis

Swietenia humilis a également été introduit en quelques endroits en Afrique tropicale (par ex. au Malawi). C’est un arbre de taille petite à moyenne atteignant 20 m de hauteur, originaire d’Amérique centrale. Son bois est de faible importance économique.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : (1 : limites de cernes distinctes) ; (2 : limites de cernes indistinctes ou absentes).
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; (23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale) ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) ( 4μm) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; (46 : 5 vaisseaux par millimètre carré) ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 65 : présence de fibres cloisonnées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : 78 : parenchyme axial juxtavasculaire ; 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales ; 93 : huit (5–8) cellules par file verticale ; 94 : plus de huit cellules par file verticale.
  • Rayons : 97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules) ; (98 : rayons couramment 4–10-sériés) ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Structure étagée : (118 : tous les rayons étagés) ; (122 : rayons et/ou éléments axiaux irrégulièrement étagés (échelonnés)).
  • Eléments sécrétoires et variantes cambiales : 131 : canaux intercellulaires d’origine traumatique.
  • Inclusions minérales : (136 : présence de cristaux prismatiques) ; (137 : cristaux prismatiques dans les cellules dressées et/ou carrées des rayons) ; (141 : cristaux prismatiques dans les cellules non cloisonnées du parenchyme axial) ; (142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial).
(E. Uetimane, H. Beeckman & P.E. Gasson)

Croissance et développement

Des graines saines commencent à germer une dizaine de jours après le semis. Les jeunes plants ont des tiges droites et grêles, et les ramifications apparaissent à 2–3 m au-dessus du sol, en position oblique par rapport à la tige principale. Cependant, il peut se former un fût net de branches jusqu’à 10 m de hauteur avant que les premières ramifications apparaissent. La croissance initiale est rapide, et fonction des conditions de station. En conditions optimales, les jeunes plants peuvent atteindre 3 m en un an et 6 m en deux ans. La hauteur moyenne des plants de 2 ans dans des plantations expérimentales au Nigeria, effectuées au début des années 1960, était de 2 m, mais on n’a pas d’information sur leur croissance ultérieure. Les semis et les gaulis ne tolèrent pas une ombre épaisse, bien qu’ils y survivent. Des arbres plantés à découvert en conditions optimales peuvent exceptionnellement atteindre un diamètre de 50 cm en 25 ans. Dans les forêts de l’aire naturelle de l’essence, il faut aux arbres environ 105 ans pour atteindre un diamètre de fût de 80 cm, mais on a d’autre part estimé la croissance moyenne en diamètre en forêt naturelle à 0,4 cm/an. Dans des peuplements bien conduits, elle peut atteindre 1,4 cm/an. L’accroissement maximum en hauteur se situe à l’âge de 5–15 ans, en diamètre de 5–10 ans, et en volume de bois de 20–25 ans. Les contreforts commencent à se développer tôt, souvent déjà lorsque le diamètre du fût n’est que de 10 cm. On a observé des arbres âgés de 200 ans avec un diamètre de fût de 190 cm et un volume de bois pouvant atteindre 29,5 m³.

Dans des conditions favorables, les jeunes arbres peuvent commencer à fleurir et produire des graines à l’âge de 12 ans, rarement dès l’âge de 8 ans, mais en conditions naturelles la production abondante de semences est beaucoup plus tardive. Les arbres qui fleurissent ont environ 10 fois plus de fleurs mâles que de fleurs femelles, mais les fleurs des deux sexes sont très semblables. Les arbres sont parfois fonctionnellement dioïques. Dans les inflorescences mixtes, les fleurs mâles s’ouvrent en premier, mais des autofécondations peuvent se produire. Les fleurs sont probablement pollinisées par les abeilles et les papillons, et l’allogamie est la règle. La production de fruits peut survenir une fois par an, et les années de semences abondantes se produisent irrégulièrement. On peut trouver des fruits mûrs 10–11 mois après la floraison. Les graines sont pourvues d’une fine aile formant une queue qui les fait tournoyer sur elles-mêmes lorsqu’elles tombent, et elles sont ainsi dispersées par le vent parfois jusqu’à 500 m de l’arbre mère.

Ecologie

Dans les conditions naturelles, l’acajou du Honduras prospère dans la forêt pluviale tant décidue que sempervirente, où il pousse disséminé ou en petits bouquets, mais on trouve rarement plus de 4–8 arbres adultes par hectare. On a affirmé que dans les conditions naturelles, il se régénère essentiellement en peuplements équiennes après des perturbations catastrophiques de la forêt telles qu’ouragans, feux et inondations. Les sujets adultes peuvent survivre à de tels événements en raison de leurs puissants contreforts et de leur résistance au feu, et dispersent leurs semences dans les trouées ou clairières qui en résultent. Cependant, on a aussi démontré que l’acajou du Honduras ne nécessite pas de trouées pour la germination des graines, excepté probablement dans la forêt sempervirente où il pénètre peu de lumière sous le couvert.

La pluviométrie annuelle optimale est de 1400–2500(–3500) mm, avec une période sèche de 0–4 mois. Swietenia macrophylla pousse depuis le niveau de la mer jusqu’à 1500 m d’altitude, dans des régions où la température annuelle moyenne est de 20–28°C, la variation dans le mois le plus froid et le mois le plus chaud étant respectivement de 11–22°C et 22–30°C. Il est très peu exigeant quant à la nature des sols. Dans son aire naturelle, on le rencontre sur des sols alluviaux, des sols volcaniques, des argiles lourdes, des sols latéritiques, des sols de calcaire, de granit et d’autres formations rocheuses sédimentaires, ignées ou métamorphiques et même sur des rendzines superficielles. En plantation, il pousse bien sur des sols profonds, fertiles et bien drainés avec un pH de 6,5–7,5. Il ne tolère pas l’engorgement du sol. En Amérique tropicale, l’acajou est parmi les essences pionnières qui réoccupent les terrains agricoles dégradés. On a montré que dans un peuplement mélangé il prend le dessus sur le teck.

Multiplication et plantation

Les fruits doivent être récoltés à maturité pour obtenir une bonne germination. Ils s’ouvrent après 2 jours d’emmagasinage, et les graines ont une très bonne viabilité, avec un taux de germination de 60–95%. Les semences peuvent être conservées jusqu’à 2 mois, ou plus longtemps (jusqu’à un an) si on les maintient à basse température (2–5°C) dans des récipients scellés à environ 45% d’humidité relative. Le poids de 1000 graines est de 400–500 g.

Les graines sont semées en pépinière dans des sillons de 2–4 cm de profondeur, ou bien on les enfonce sur des planches aplanies, en laissant l’aile en partie apparente. La germination commence au bout d’une dizaine de jours, et se poursuit pendant une vingtaine de jours. Les planches de semis doivent être bien fumées et ombragées, mais après 3–4 semaines les semis poussent mieux en pleine lumière. Le taux de survie des semis peut atteindre 70%, même si le semis est fait durant la saison sèche, à condition qu’ils soient arrosés et partiellement ombragés dès que l’humidité du sol descend au-dessous de 30%. Pour la plantation sur le terrain, on utilise des plants à racines nues, des plants en motte, des stumps (longueur de tige 20 cm, longueur de racine 20–40 cm, diamètre au collet 0,5–2,5 cm) ou des plants effeuillés. On préfère des plants en motte âgés de 3–4 mois. Les boutures sont relativement aisées à mettre en place à partir de plants âgés de 3 ans, mais plus difficiles ensuite. Swietenia macrophylla peut être multiplié par culture in vitro et par greffage ; cette dernière méthode a été employée pour établir des vergers à graines. L’espacement sur le terrain est habituellement de 2,5–3 m × 2,5–3 m. On a trouvé une régénération naturelle abondante dans de nombreuses plantations d’acajou parvenues à maturité, et on pourrait l’utiliser pour former la génération suivante, et réduire ainsi les frais de pépinière et de plantation.

Gestion

Bien que la régénération naturelle dans les peuplements de Swietenia macrophylla soit souvent abondante, l’habitude est de planter des semis élevés en pépinière. Des plants âgés d’un an atteignent une croissance en hauteur et en diamètre optimale avec un apport d’engrais contenant 3,6 g de N, 2,4 g de P2O5 et 3,6 g de K2O. Le phosphore s’avère être le principal élément limitant pour la croissance des jeunes plants.

Les plantations d’acajou en monoculture sont sensibles aux attaques de ravageurs, c’est pourquoi on préfère souvent des plantations mélangées avec d’autres essences à croissance rapide. Les éclaircies débutent généralement 6 ans après la plantation, et elles réduisent progressivement le nombre d’arbres à 220–400 par ha dans les plantations âgées de 20 ans, et à 120–150 par ha dans les plantations âgées de 35 ans. La durée de la révolution est généralement de 40–60 ans.

Maladies et ravageurs

Plusieurs maladies cryptogamiques attaquent les semis en Asie tropicale et dans les îles du Pacifique, mais elles causent rarement des dégâts sérieux. Les chenilles foreuses du genre Hypsipyla constituent le principal facteur limitant pour les plantations d’acajou, et c’est aussi le cas en Afrique tropicale, où Hypsipyla robusta est également un fléau dans les plantations d’Entandrophragma et de Khaya. Dans les conditions de pépinière, les attaques d’Hypsipyla peuvent être efficacement combattues par l’emploi d’insecticides. Les scolytes peuvent attaquer le bois, y laissant des piqûres visibles sur les sciages. Les termites peuvent aussi causer des dégâts dans les plantations.

Récolte

Les plantations d’acajou sont coupées à blanc lorsqu’elles atteignent l’âge d’exploitation (40–60 ans) ou un diamètre de fût de 50 cm, et ensuite replantées avec des plants élevés en pépinière.

Rendement

Avec une révolution de 50–60 ans, on peut obtenir en plantation des accroissements annuels moyens en volume de 15–20 m³/ha, et de 7–11 m³/ha sur des sols pauvres.

Traitement après récolte

Les grumes d’acajou flottent dans l’eau, et peuvent être transportées par flottage fluvial. L’aubier est sujet aux taches fongiques, et il faut utiliser lors du séchage un bain contre les taches de sève.

Ressources génétiques

Les populations d’acajou d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ont été appauvries par des siècles d’exploitation commerciale. Bien que très répandu, Swietenia macrophylla est devenu rare dans une partie de son aire naturelle. Il figure depuis 2003 à l’Annexe II de la CITES, de même que les deux autres espèces de Swietenia qui y étaient déjà incluses. En conséquence, il est soumis à une stricte réglementation concernant son exportation et son commerce ; les pays exportateurs sont tenus de vérifier que tout lot expédié a été légalement acquis, et que son exploitation n’est pas préjudiciable à la survivance de l’espèce. Au Brésil, Swietenia macrophylla n’est plus exploité que pour le marché national depuis 2003, et le diamètre limite d’exploitabilité a été relevé de 40 cm à 60 cm. Il n’y a pas de restriction pour le commerce et l’exportation des bois provenant de reboisements. Dans des essais menés en Amérique centrale avec des plants provenant de semences de différentes origines, on a trouvé une variation importante à l’intérieur d’une même population et entre populations de Swietenia macrophylla, notamment en ce qui concerne la croissance en hauteur et la sensibilité aux attaques de ravageurs. Une analyse de la diversité génétique intra- et inter-population au Brésil a montré une forte variation. Cependant, une analyse de la diversité génétique au Costa Rica a indiqué un flux de gènes très faible.

Sélection

On a effectué un travail de sélection à échelle expérimentale (par ex. en Indonésie), en particulier pour améliorer la rapidité de croissance et le taux de germination. Une hybridation artificielle entre espèces de Swietenia est possible, et les hybrides montrent souvent des caractéristiques intéressantes, combinant par exemple la croissance rapide de Swietenia macrophylla et la qualité supérieure du bois de Swietenia mahagoni, tout en ayant une plus grande résistance aux maladies et ravageurs.

Perspectives

Un problème majeur dans les plantations d’acajou est leur sensibilité aux attaques d’Hypsipyla. Il faut donner priorité dans la recherche à la sélection d’arbres résistants qui aient une croissance rapide et une qualité de bois acceptable. La mise au point de méthodes optimales de multiplication végétative est une nécessité urgente. Des techniques de micropropagation in vitro ont déjà été mises au point, et elles offrent des possibilités pour la multiplication de génotypes résistants aux parasites. Les progrès de la recherche et de la sélection concernant les acajous doivent être attentivement suivis, car ils peuvent offrir de nouvelles perspectives de création de plantations d’acajous en Afrique tropicale, en plus des acajous africains (Entandrophragma et Khaya), et également à la lumière des plantations réussies de Swietenia en Asie tropicale et dans les îles du Pacifique.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Prawirohatmadjo, S., Suranto, J., Keating, W.G., Ani Sulaiman, & Sosef, M.S.M., 1993. Swietenia Jacq. In: Soerianegara, I. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 5(1). Timber trees: Major commercial timbers. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 442–447.

Auteur(s)

  • R.H.M.J. Lemmens, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Lemmens, R.H.M.J., 2005. Swietenia macrophylla King. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 8 février 2019.


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