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Tabac (Cazin 1868)

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Nom accepté : ''[[Nicotiana tabacum]]''
 
<center>'''TABAC'''. ''Nicotiana tabacum''. L.
Cette plante annuelle (Pl. XXXIX), originaire du Mexique, est abondamment cultivée dans toute l'Europe. Jean Nicot, ambassadeur de François II en Portugal, en envoya, dit-on, les premières graines en France en l560, et en fit connaître les propriétés<ref>(L'origine des différents noms qu'on a donnés à la plante qui nous occupe offre un certain intérêt. Les Indiens lui donnaient le nom de ''petum''. Tabac, vient de 1'île de Tabago (Mexique), où les Espagnols l'ont d'abord découverte. Ce que nous avons dit plus haut explique suffisamment l'appellation de ''nicotiane'', que lui donna le duc de Guise. Le présent que Nicot en fit à Catherine de Médicis lui valut celle d’''herbe à la reine'', de ''Catherinaire''. Ses autres noms historiques lui vinrent de ce que le cardinal de Sainte-Croix, nonce du pape en Portugal, et Nicolas de Tornabon, légat en France, introduisirent la plante en Italie.)</ref>.
'''Description'''. — Racine rameuse et blanchâtre. — Tiges cylindriques, fortes, rameuses, légèrement pubescentes, un peu fistuleuses, hautes de 1 mètre 50 centimètres à 2 mètres. — Feuilles grandes, amples, ovales-lancéolées, alternes, sessiles,
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(Il existe plusieurs espèces de tabac cultivé en France. On ne met en usage que le
précédent et le tabac rustique (''nicotiana rustica''), ou tabac femelle, dont les feuilles sontpétiolées ou ovales, les fleurs en panicules plus serrés et de couleur verdâtre. Cette variété donne le tabac de Corse.)
'''Parties usitées'''. — Les feuilles, rarement les graines.
'''Culture et récolte'''. — La culture et la récolte du tabac, soumis au monopole et surveillés par l'administration des contributions indirectes, est du domaine de l'agriculture (1)<ref>Voyez ''Maison Rustique du XIXe siècle'', t. II, p. 47, la plupart des ouvrages d'agriculture et la ''Flore médicale du XIXe siècle'', de Réveil et Dupuis, 1865, où l'on trouve des détails très-intéressants sur la culture et la manutention du tabac, la fabrication des cigares, etc.</ref>.
'''Propriétés physiques et chimiques'''. — Le tabac est peu odorant tant qu'il est vert ; ses feuilles ont une saveur amère et âcre. A l'état de dessiccation, son odeur est très-pénétrante, et agréable pour certaines personnes ; d'après l'analyse de Vauquelin, les feuilles de tabac renferment de l'albumine, du malate acide de chaux, de l'acide acétique, du chlorure de potassium, du chlorydrate d'ammoniaque, un principe âcre volatile nommé depuis ''nicotine'', et qu'on prépare en distillant les feuilles de tabac avec la potasse ou la soude. Les feuilles fraîches de tabac contiennent, d'après Posselt et Reimann, une base alcaline végétale (''nicotine''), une huile volatile particulière (''nicotianine''), de l'extractif, de la gomme, de la chlorophylle, de l'albumine végétale, du gluten, de l'amidon, de l'acide malique, du chlorhydrate d'ammoniaque, du chlorure de potassium, du nitrate de potasse et quelques autres sels.
[La nicotine = C<supsub>20</supsub>H<supsub>14</supsub>Az<supsub>2</supsub>, étudiée depuis par Boutron et Henry, Barral, Melsens, Schlœsing, T. Wertheim, Wurtz, Kékulé et Planta, Raewsky, etc., est un alcali organique, liquide, incolore, brunissant à l'air, d'une odeur dont l'âcreté est exagérée parl'élévation de la température, d'une saveur brûlante, soluble dans l'eau, l'alcool etl'éther, formant avec les acides des combinaisons définies et quelquefois cristallisables(tartrates, oxalates).]
Elle a été trouvée dans les feuilles de tabac fermentées ou non, et dans les racines de la plante. Le tabac fermenté en contient moins, quoiqu'il soit plus odorant. Cela tient à ce que l'ammoniaque développé par la fermentation met l'alcaloïde en liberté. Elle est à l'état de combinaison (probablement malate de nicotine) dans la plante dans la proportion de 3.21 (Alsace, 3.21) à 8 (Lot, 7.96) pour 100.
dans le tabac un acide particulier, l’''A. nicotianique''.)
Les semences de tabac contiennent, d'après Parmentier (2)<ref>''Bulletin de la Société phil.'', t. I, p. 18.</ref>, une huile grasse, douce, siccative et comestible : 500 gr. contiennent 105 gr. d'huile ; et, comme ces graines sont excessivement nombreuses, puisque Linné a calculé qu'un seul pied pouvait en fournir 40 320 par an, on pourrait peut-être tirer quelque parti de ce produit, qui est ordinairement sans emploi.
On emploie ordinairement en médecine les feuilles de tabac (fraîches ou sèches) telles
lesquelles nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, se divise en tabac à fumer gros et fin, en cigares, en tabac à priser et enfin en tabac à chiquer.
Nous devons signaler le danger d'enfermer le tabac à priser dans des sacs doubles de papier de plomb, comme on le fait beaucoup en Allemagne. Mayer (3) <ref>Cité par la ''Gazette hebdomadaire de médecine'', 31 juillet 1857.</ref> cite cinq cas d'intoxication et de paralysie saturnines produites par l'usage de ce tabac. Il résulte
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(1) Voyez ''Maison Rustique du XIXe siècle'', t. II, p. 47, la plupart des ouvrages d'agriculture et la ''Flore médicale du XIXe siècle'', de Réveil et Dupuis, 1865, où l'on trouve des détails très-intéressants sur la culture et la manutention du tabac, la fabrication des cigares, etc.
 
(2) ''Bulletin de la Société phil.'', t. I, p. 18.
 
(3) Cité par la ''Gazette hebdomadaire de médecine'', 31 juillet 1857.
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tal, du sous-acétate de plomb, qui se mêle à la poudre de tabac.
Pendant l'acte de fumer, une partie de la nicotine est brûlée; l'autre est entraînée
avec la fumée. Ce fait a été constaté de la façon la plus précise par Melsens, qui aurait
obtenu environ 30 gr. de nicotine, en livrant à la combustion k kilogr. 5oo de tabac
<center>PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.</center>
 
{|align="center"
| style="padding:0.5em; width:300px; text-align:left;" |
Poudre (2 gr. pour 30 gr. d'axonge), en frictions.<br \>
Fumée de tabac, en injections dans le rectum (1) <ref>On a inventé un grand nombre d'appareils fumigatoires pour introduire la fumée de tabac dans le rectum. Le plus simple de tous et le meilleur est celui de Gaubius. Il consiste dans un soufflet de cuisine dont le tuyau est garni de cuir pour ne pas blesser l'intestin, et à l'âme duquel on adapte un entonnoir. La fumée, reçue dans ce dernier et introduite dans le soufflet, est pressée ensuite doucement dans le rectum.</ref> ou dirigée sur des parties affectées de névralgie, de rhumatisme, de goutte.<br \>
(NICOTINE. — A L'INTÉRIEUR. - De 1 13 gouttes dans un véhicule approprié, par jour, à doses fractionnées et graduellement. Rarement employée et demandant une grande circonspection. Voyez page 1061.)<br \>
|}
(1) On a inventé un grand nombre d'appareils fumigatoires pour introduire la fumée de tabac dans le rectum. Le plus simple de tous et le meilleur est celui de Gaubius. Il consiste dans un soufflet de cuisine dont le tuyau est garni de cuir pour ne pas blesser l'intestin, et à l'âme duquel on adapte un entonnoir. La fumée, reçue dans ce dernier et introduite dans le soufflet, est pressée ensuite doucement dans le rectum.____________________
<references/>
(Les exemples d'empoisonnement par le tabac et ses préparations fourmillent dans les ouvrages classiques et les recueils périodiques.
Les émanations du tabac peuvent suffire pour produire des douleurs de tête intenses, des vertiges, des tremblements, des vomissements opiniâtres. Ramazzini cite le fait d'une jeune fille qui eut tous les symptômes initiaux de cet empoisonnement pour s'être reposée sur des paquets de tabac en carde. Fourcroy, dans la traduction de l'ouvrage de ce dernier auteur, rapporte le cas de la petite fille d'un marchand de tabac qui mourut dans desconvulsions affreuses pour avoir couché dans un endroit où on en avait râpéune grande quantité.
Introduit dans l'estomac, son effet primitif ou direct est de déterminer de l'irritation, des nausées, des vomissements, des coliques violentes, des déjections alvines abondantes, l'inflammation du tube digestif. Lorsqu'il est absorbé, il agit sur le système nerveux et produit des vertiges, du trouble de la vue, une céphalalgie persistante et un état profond de prostration accompagné de sueurs froides, alternant avec un état convulsif ou des tremblements de tout le corps. Quelquefois il augmente l'action des reins ou celle de la peau, et provoque une diurèse douloureuse ou des sueurs abondantes. S'il a été pris en assez grande quantité et que la mort s'ensuive,
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celle-ci est précédée d'un moment de calme trompeur, mais le malade pâlit, s'anémie profondément, s'affaisse insensiblement et s'éteint. A l'autopsie on trouve des traces d'inflammation sur les parties avec lesquelles le poison a été mis en contact. (Voyez [[#Nicotine|NICOTINE ]] p. 1060.)
Les effets que nous venons de décrire et dont l'étude physiologique sera complétée dans le courant de l'article, et au paragraphe traitant de la nicotine, sont également produits par le tabac en substance, par sa décoction, par son extrait aqueux, par son huile empyreumatique, par sa fumée, mais avec des degrés divers d'intensité ; ils ont également lieu, soit qu'il soit introduit dans l'estomac ou dans le rectum (dans ce dernier cas, une dose moindre suffit), soit qu'il soit appliqué sur des surfaces dénudées ou simplement sur la peau excoriée. Murray rapporte l'histoire de trois enfants qui moururent en vingt-quatre heures, au milieu des convulsions, pour avoir eu la tête frictionnée avec un liniment composé de tabac, dans l'intention de les guérir de la teigne. L’''Abeille médicale'' (mai 1858) rapporte un fait analogue, terminé par le retour à la santé, où l'huile empyreumatique de tabac employée en frictions sur un herpès tonsurans avait déterminé les plus graves accidents. Fourcroy a noté des symptômes d'empoisonnement causé par l'usage de la décoction de tabac en lotions contre la gale.)
Le traitement de l'empoisonnement par le tabac est à peu près le même que celui que nous avons indiqué à l'article [[Belladone (Cazin 1868)|BELLADONE]], p. 136. Toutefois le principe irritant de la nicotiane produit souvent une angiothénie, avec état pléthorique général ou local qui nécessite impérieusement l'emploi de la saignée et des antiphlogistiques. Les vomissements violents et opiniâtres, plus particuliers à l'action de cette solanée, et dispensant de l'administration des vomitifs, réclament l'emploi de l'opium quand la congestion cérébrale n'en contre-indique pas l'usage, ou lorsque celle-ci a été combattue par les émissions sanguines. Si, après la disparition des symptômes nerveux, une vive réaction donne lieu à une inflammation plus ou moins intense, on devra la combattre par les saignées locales, les boissons mucilagineuses et abondantes, les bains, etc. Ici, comme toujours, la nature des effets produits peut seule diriger le médecin dans l'emploi des ressources que lui offre la thérapeutique.
(Sans contredit, l'action nuisible du tabac ne se manifeste jamais plus souvent que lorsque cet agent est introduit dans l'économie par une habitude volontairement contractée.
L'usage du tabac est tellement répandu dans nos campagnes et parmi la classe indigente des villes, que le malheureux supporte plutôt la privation du pain que celle de cette plante, qu'il mâche, fume ou prise. L'ouvrier prend sur son salaire de quoi satisfaire une habitude qui lui fait perdre beaucoup de temps et le rend lourd, moins apte à se livrer au travail.
''Les priseurs''. — Le tabac à priser, quelquefois conseillé comme moyen thérapeutique, appliqué sur la muqueuse olfactive, y détermine un sentiment de titillation et de picotement suivi d'une sécrétion plus abondante, non-seulement des glandes de la pituitaire, mais aussi des glandes voisines, à moins que les parties ne soient accoutumées à son action par un long usage. Le plus souvent, en effet, l'habitude de priser devient une servitude, un besoin impérieux ; mais l'irritation répétée que cause le tabac en poudreaffaiblit l'odorat, l'hyperémie qu'il produit prédispose aux affections ulcératives ou hyperplasiques (polypes). Puis, lorsque l'usage a produit l'émoussement, le priseur doit aspirer fortement le tabac pour le faire monter à la partie supérieure des fosses nasales, ou la pituitaire conserve encore quelque sensibilité. De là, par suite de la descente des mucosités, une partie de ce tabac tombe dans le pharynx, dans l'œsophage et finalement dans l'estomac. Dans ces organes, il agit à la fois comme irritant et comme poison âcre, etproduit l'inflammation.
Mon père fut appelé au mois de novembre 1858 au pensionnat de M.Taverne, de Boulogne-sur-Mer, pour secourir un jeune Anglais âgé de dix ans, atteint de violents vomissements, de défaillances, d'anxiété précordiale avec petitesse du pouls, pâleur de la face, crampes, etc., symptômes déterminés par l'action de deux prises de tabac successivement introduites dans le nez et tombées dans l'arrière-bouche. Cet état alarmant n'a cédé peu à peu, dans l'espace de quinze heures, qu'à l'usage très-abondant d'une décoction de graine de lin et de tête de pavot. Le malade est resté faible, chancelant comme après l'ivresse pendant près de huit jours.
J. Lanzoni (1) <ref>''Journal d'Allemagne'', 1730, p. 179.</ref> rapporte l'histoire d'un soldat qui avait contracté une telle habitude de prendre du tabac, qu'il en consommait jusqu'à trois onces par jour ; à l'âge de trente-deux ans, il commença à être atteint de vertiges bientôt suivis d'une apoplexie violente qui l'emporta. Le même auteur cite encore le cas d'une personne que l'usage immodéré du tabac d'Espagne rendit aveugle et ensuite paralytique. Les grands priseurs tombent quelquefois dans une espèce d'imbécillité. « J'ai connu, dit Mérat (2)<ref>''Dictionnaire des sciences médicales'', t. LIV.</ref>, de ces priseurs intrépides qui étaient dans une sorte d'abattement continuel, qui, la bouche béante et les narines étoupées d'une croûte noire de cette poudre, ne savaient que fouiller sans cesse dans leur tabatière, et conservaient tout juste assez d'instinct pour cette action machinale.
(Aux incrédules qui nieraient l'absorption du poison et ses effets délétères sur l'économie qu'elle empoisonne graduellement, nous pourrions encore citer le cas si remarquable de paralysie observée sur un médecin dont la disparition ou la réapparition était due à la suppression ou à la reprise de l'habitude ; en dernier ressort, on leur mettrait sous les yeux les résultats remarquables des analyses minutieuses de Morin (de Rouen), qui a trouvé dans les organes (foie et poumons), d'un vieux priseur invétéré des quantités notables de nicotine (3)<ref>''Recueil des travaux de l'Académie de Rouen'' et ''Gazette hebdomadaire de médecine'', décembre l861.</ref>.
''Les chiqueurs''. — Ceux qui mâchent le tabac, et, si l'on en excepte la population maritime, c'est le petit nombre, n'éprouvent pas souvent de mauvais effets de leur sale habitude, par la raison qu'ils rejettent la salive ; s'ils en faisaient autrement et l'avalaient, ils éprouveraient les mêmes effets que ceux qui ingèrent l'infusion de la plante. L'absorption est à peu près nulle dans la muqueuse buccale, surtout lorsqu'elle est intacte. Malheureusement l'usage prolongé de la chique l'irrite souvent, et il peut alors se produire des phénomènes d'intoxication. Ils ont été très-rarement notés. W. Scott a publié (4) <ref>''Medic. mirror'', cité par le ''Journal de médecine et de chirurgie pratiques'', 1867.</ref> un cas d'empoisonnement par cette voie, suivi de mort après sept jours. Marchal (de Calvi) a signalé un cas de ''paralysis agitans'' auquel il n'attribuait pas d'autre cause.
D'après une statistique de Bergeron, citée par L. Figuier (5)<ref>''Année scientifique'', dixième année, 1866, p. 257.</ref>, le cancer de l'estomac est plus fréquent chez l'homme que chez la femme, et il faut en chercher la cause dans les funestes effets de la chique. Il ne faudrait pourtant pas oublier que les hommes boivent plus que la femme.
''Les fumeurs''. — Les effets du tabac sont surtout très-manifestes chez les fumeurs inexpérimentés ou chez ceux qui, pour la première fois, sont enveloppés d'une atmosphère chargée de fumée de tabac. Les accidents sont plus fréquents dans ce cas que dans l'acte de priser parce que, ainsi que l'a
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(1) ''Journal d'Allemagne'', 1730, p. 179.
 
(2) ''Dictionnaire des sciences médicales'', t. LIV.
 
(3) ''Recueil des travaux de l'Académie de Rouen'' et ''Gazette hebdomadaire de médecine'', décembre l861.
 
(4) ''Medic. mirror'', cité par le ''Journal de médecine et de chirurgie pratiques'', 1867.
 
(5) ''Année scientifique'', dixième année, 1866, p. 257.
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que chez l'homme la proportion monte à plus d'un vingt-sixième. Le cancer de la langue pourrait, comme ce dernier, mériter le nom de ''cancer des fumeurs''.
Cette action irritante locale a engagé Diday à prohiber formellement le tabac dans la syphilis, car il entretient les plaques muqueuses par cette irritation constante. Bien plus, il propage le virus, car un tuyau de pipe peut le colporter et le transmettre (1)<ref>''Histoire naturelle de la syphilis'', leçons professées à l'Ecole pratique, 1863.</ref>.
La sécrétion des glandes buccales et celle des glandes salivaires est augmentée ; l'expuition fréquente qui en est la conséquence est repoussante et finit par épuiser.
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(1) ''Histoire naturelle de la syphilis'', leçons professées à l'Ecole pratique, 1863.<references/>
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<references/>
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fois un léger excitant de la digestion, par l'abondance de la sécrétion gastrique, qui paraît sympathiquement liée à celle de la salive (Cl. Bernard), il est patent que l'habitude qui nous occupe détermine de la lenteur dans les digestions, de la dyspepsie flatulente ou acide ; on l'a aussi accusé d'être une des causes efficientes du cancer de l'estomac.
L'usage prolongé du tabac a sur les mouvements du cœur une action qui pour n'être pas constante, n'en est pas moins manifeste. Le pouls est désordonné et affecte le type cérébral. Il résulte des observations d'Emile Decaisne (1)<ref>Cité par Garnier, ''Dictionnaire annuel des progrès des sciences et instructions médicales'', 1864, p. l07.</ref>, que, sur quatre-vingt-huit fumeurs incorrigibles, il s'est rencontré vingt et un cas d'intermittence du pouls, indépendante de toute lésion organique. Cet auteur pense que l'abus du tabac à fumer peut produire sur certains sujets cet état d'intermittence qu'il propose d'appeler ''narcotisme du cœur''.
D'après Edward Smith (2)<ref>In ''Bulletin de thérapeutique'', 30 avril 1864, p. 380.</ref>, le danger devient réel lorsque l'organe central de la circulation est le siège d'une affection plus ou moins grave. Dans ces cas, l'usage du tabac précipite le mal et rapproche beaucoup le terme fatal (3)<ref>Math. Fageret, ''Du tabac, son influence sur la circulation et l'innervation'', thèse de Paris, 1867, n° 139, p. 28.</ref>.
La circulation capillaire se trouve aussi impressionnée, les joues sont rouges et les conjonctives congestionnées ; il n'est pas rare d'observer des apoplexies qui n'ont pas d'autre cause.
Du côté des organes de la respiration, il se rencontre peu de modifications. Beau a rassemblé un certain nombre de faits tendant à prouver l'influence de la pipe et du cigare sur la production de l'angine de poitrine. Ces faits, dont l'interprétation est peut-être un peu hasardée, demanderaient à être étayés par de nouvelles observations.
C'est sans contredit sur le système nerveux que l'on accuse le tabac de porter avec le plus d'intensité son action délétère. I1 n'est pas d'imprécations que l'on n'ait proférées contre lui à ce sujet. Jolly, dans une très-intéressante communication à l'Académie de médecine, a résumé tous les griefs et lui a fait son procès en forme <ref>''Bulletin de l'Académie impériale de médecine'', février 1865 ; ''Etudes hygiéniques et médicales sur le tabac'', publiées par l’''Union médicale'', même année, et analysées avec soin par L. Figuier. (4''Année scientifique'', 1866, p. 250-264.)</ref>. Selon cet éloquent académicien, outre l'état d'hébétude momentanée, dans laquelle se plonge, s'absorbe le fumeur, ce dernier, en obéissant à sa funeste passion, irait au-devant des affections cérébrales les plus graves : congestion, vertiges, affaiblissement nerveux,paralysie des extrémités inférieures. Les statistiques médicales ont établi que les affections des centres nerveux, les maladies mentales, les paralysies générales et progressives, et les ramollissements du cerveau et de la moelle augmentent dans une proportion vraiment effrayante. Guislain avait déjà signalé l'influence du tabac sur le développement des paralysies générales. D'accord avec la physiologie (voyez [[#Nicotine|NICOTINE]]), qui enseigne que la nicotine porte surtout son activité sur la fibre motrice, Jolly a trouvé que les paralysies étaient surtout musculaires. Nous pourrions multiplier les exemples et parler des cas d'épilepsie publiés par Ch. Bastings, d'ataxie locomotrice cités par Michea, qui n'avaient d'autre point de départ que 1'abus de la nicotiane. Le tabac se contente souvent de favoriser le développement du nervosisme. Sans vouloir accepter la véracité complète de ce tableau, dont les couleurs sont si sombres, il faut bien reconnaître que l'usage immodéré de cette solanée engourdit l'intelligence et diminue manifestement l'excitation des facultés d'expression orale et mimique. Bertillon (5) a demandé à la sta- ____________________  (1) Cité par Garnier, ''Dictionnaire annuel des progrès des sciences et instructions médicales'', 1864, p. l07. (2) In ''Bulletin de thérapeutique'', 30 avril 1864, p. 380. (3) Math. Fageret, ''Du tabac, son influence sur la circulation et l'innervation'', thèse de Paris, 1867, n° 139, p. 28. (4) ''Bulletin de l'Académie impériale de médecine'', février 1865 ; ''Etudes hygiéniques et médicales sur le tabac'', publiées par l’''Union médicale'', même année, et analysées avec soin par L. Figuier. (''Année scientifique'', 1866, p. 250-264.)
(5) Sans vouloir accepter la véracité complète de ce tableau, dont les couleurs sont si sombres, il faut bien reconnaître que l'usage immodéré de cette solanée engourdit l'intelligence et diminue manifestement l'excitation des facultés d'expression orale et mimique. Bertillon<ref>''Union médicale'', 1866, n° 29.</ref> a demandé à la sta-
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rien être rattachées à l'insalubrité de leur profession.
 == Thérapeutique ==THÉRAPEUTIQUE. — L'introduction de la fumée de tabac a été recomman-dée recommandée depuis longtemps dans l'asphyxie, et surtout dans celle qui est.pro-duite produite par la submersion. Pia, pharmacien philanthrope et échevin de rai-,
a mis ces fumigations en vogue, et Cullen, Stoll, Tissot, Desgrange»,
Louis, etc., en ont constaté les bons effets. ,..
(3) Comptes-rendus de la Société de médecine de Lyon, mars 1864.
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ir fc? ^thérapeutique médico-chirurgicale, t. III, p. 158.
\ i -tournai de médecine et de chirurgie pratiques, 1858, p. 78.
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[1052 TABAC.]
On a aussi attaqué la colique de plomb par le tabac. Gravelle (1) s'en est
(UBeirn(4) a obtenu de grands avantages du tabac intus et extra dans
« dernières circonstances.) (Voyez [[#Nicotine|NICOTINE]], p. 1060.)
W humai de médecine d'Edimbourg, t. XVIII, p. 351.
somnolence qui masque momentanément ses vices.)
 == Nicotine ==(NICOTINE,—ACTION . — ACTION PHYSIOLOGIQUE. — A. Sur les animaux. — La NICOTINEest un; des poisons les plus violents qui existent. Brodie (2) avait déjà faitremarquer qu'une goutte appliquée sur la langue d'un citât amène la mort
en deux minutes. Berzelius constata qu'une seule goutte tue un chien. Les
oiseaux,, en raison de l'activité plus grande de leur circulation, succombent
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