Solanecio biafrae (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
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Solanecio biafrae (Oliv. & Hiern) C.Jeffrey




Protologue: Kew Bull. 41(4) : 922 (1986).
Famille: Asteraceae (Compositae)
Nombre de chromosomes: 2n = 20

Synonymes

Senecio biafrae Oliv. & Hiern (1877), Crassocephalum biafrae (Oliv. & Hiern) S.Moore (1912).

Noms vernaculaires

Worowo (Fr). Worowo, bologi (En).

Origine et répartition géographique

Solanecio biafrae se trouve à l’état spontané en zone forestière depuis la Guinée jusqu’à l’Ouganda. Il est cultivé surtout au Nigeria et au Cameroun, mais seulement à petite échelle.

Usages

Les feuilles fraîches succulentes de worowo sont utilisées comme légume-feuilles en Sierra Leone, au Ghana, au Bénin, au Nigeria, au Cameroun et au Gabon. Elles sont particulièrement prisées dans le sud-ouest du Nigeria. Elles sont cuites d’habitude avec du poivre, de la tomate et des oignons. Ces plats ne nécessitent ni viande ni poisson en raison des excellentes propriétés du légume, que traduit un proverbe yorouba : “il n’y a pas besoin de viande avec la soupe de worowo”. Cependant, du poisson ou de la viande peuvent être ajoutés à cette soupe. En Sierra Leone, où il s’appelle “bologi”, ses feuilles sont consommées comme légume cuit à la vapeur avec du gombo et du poisson. D’abord blanchies dans l’eau bouillante, elles sont ensuite pressées pour en extraire le mucilage. Ce pressage est suivi de 2–3 rinçages à l’eau froide pour éliminer tout le mucilage possible. Une infusion de feuilles est consommée comme boisson. Chez les populations du sud-ouest du Nigeria qui parlent yorouba, un extrait de feuilles de worowo sert à arrêter les saignements de coupures ou de blessures, tandis qu’en Sierra Leone et au Cameroun un extrait foliaire est utilisé pour soigner les yeux irrités. En Côte d’Ivoire, les feuilles réduites en pulpe sont appliquées comme galactagogue sur la poitrine. Au Congo, le worowo est employé dans les traitements contre la toux et les troubles cardiaques, comme tonique, et pour soulager les douleurs rhumatismales, les prurits allergiques et les œdèmes localisés. Au Congo, il est aussi utilisé dans des rituels initiatiques et funéraires, et dans la culture yorouba il est associé aux rites de prévention de la variole.

Production et commerce international

La commercialisation du worowo ne se fait que localement. On ne mentionne pas de commerce international. Ce légume se raréfie quelque peu et ses feuilles sont de ce fait bien plus chères que celles d’Amaranthus, Celosia ou Corchorus.

Propriétés

Dans le sud-ouest du Nigeria, Solanecio biafrae se présente sous deux types différents : l’un à tiges violettes et l’autre à tiges vertes. Les feuilles du type à tiges vertes contiennent par 100 g de matière sèche : protéines brutes 12,3 g, fibres brutes 11,8 g, Ca 342 mg, P 39 mg, Fe 52 mg. Celles du type à tiges violettes contiennent par 100 g de matière sèche : protéines brutes 11,6 g, fibres brutes 10,5 g, Ca 320 mg, P 46 mg, Fe 53 mg (Adebooye, O.C., 2000). Les feuilles de Solanecio biafrae contiennent de petites quantités (moins de 0,1 g/100 g de feuilles fraîches) de terpénoïdes, essentiellement du sesquiterpène germacrène D.

Falsifications et succédanés

Quand le worowo n’est pas disponible, il peut être remplacé par d’autres légumes-feuilles, mais tous ont un goût différent.

Description

Plante herbacée pérenne grimpante, avec une tige atteignant 3 m de long, fortement ramifiée ; branches succulentes, glabres. Feuilles alternes, simples ou profondément pennatilobées, plus ou moins succulentes ; stipules absentes ; pétiole de 1–8(–10) cm de long ; limbe triangulaire à hasté ou muni de 3 lobes de chaque côté, de 5–15 cm × 3–14 cm, bord légèrement denté, surface brillante. Inflorescence : capitules étroitement campanulés de 9–12 mm × 3–5 mm, disposés en corymbe terminal dense et composé ; capitule à nombreuses fleurs, homogame ; pédoncule de 5–11 cm de long ; bractées de l’involucre 4–6. Fleurs bisexuées, tubulaires, 5-mères ; corolle d’environ 6 mm de long, jaune pâle ; étamines à anthères fusionnées ; ovaire infère, 1-loculaire, style bifide. Fruit : akène cylindrique, glabre, d’environ 3 mm de long, noir à maturité, avec un pappus formé de longs poils blancs soyeux.

Autres données botaniques

Solanecio comprend quelque 16 espèces réparties en Afrique tropicale, à Madagascar et au Yémen. Il appartient à la tribu Senecioneae et semble apparenté à Gynura, qui n’est pas succulent.

Les feuilles de Solanecio angulatus (Vahl) C.Jeffrey sont elles aussi récoltées à l’état sauvage et utilisées en R.D. du Congo comme légume cuit, mais son usage principal est médicinal. Les feuilles de Solanecio angulatus sont généralement pennatilobées et ses fruits sont poilus.

Croissance et développement

Solanecio biafrae est une liane qui s’enroule sur des plantes ligneuses dans le sens des aiguilles d’une montre. Des nombreux rameaux se forment à environ 50 cm au-dessus du sol, donnant une croissance touffue. Les tiges sont très tendres et se rompent aisément même lorsqu’elles sont manipulées avec soin. Au Nigeria, la floraison se produit en janvier–février. Dans l’humidité des cacaoyères, le worowo poursuit sa croissance durant la saison sèche.

Ecologie

Solanecio biafrae est une liane de sous-étage dans la zone de forêt pluviale de l’Afrique de l’Ouest et centrale, où la pluviosité annuelle moyenne est de l’ordre de 1500 mm, depuis le niveau de la mer jusqu’à une altitude de 1300 m. Il répond fortement au stress hydrique en développant des tiges racornies et des feuilles jaunes, et il ne peut survivre en conditions sèches. Pour une bonne croissance en culture, un ombrage suffisant est indispensable. Il préfère les sols humides, bien drainés et riches en matière organique.

Multiplication et plantation

Le worowo est d’ordinaire récolté à l’état sauvage, mais il est parfois cultivé. La production de graines est abondante et la multiplication par graines est possible, mais leur viabilité est très faible (généralement < 2%). Par ailleurs, le nettoyage de la graine est difficile à cause de la présence d’un pappus. Le poids de 1000 graines est d’environ 0,5 g. Il convient de semer les graines dans des sols humides perméables sous un ombrage léger. La germination demande plusieurs jours. Quelquefois des semis spontanés sont recueillis pour être repiqués. Pour une multiplication végétative, des boutures à demi lignifiées de 10–15(–30) cm de long avec 4–6 nœuds sont utilisées. Il est recommandé d’enlever les feuilles et l’apex avant la plantation. Les boutures sont installées dans des sols humides bien drainés et riches en matière organique, toujours sous un arbre ou un arbuste qui fournira ombre et support. Une pépinière n’est pas nécessaire. Les plantes requièrent un espacement de 1,5 m × 1,5 m pour faciliter leur conduite lorsqu’elles commenceront à former des rameaux en abondance.

Gestion

En tant que plante grimpante, le worowo a besoin de tuteurage ou d’être planté sous un treillage horizontal d’environ 1 m de haut. Dans les plantations où le worowo pousse comme une adventice, les cacaoyers lui servent souvent de tuteurs vivants. Au cours des opérations de nettoyage, les agriculteurs conservent souvent intentionnellement des worowos déjà en place. Dans les jardins familiaux, l’utilisation de tuteurs en bois est recommandée. Un ombrage latéral par des haies ou des arbres est bénéfique. Dans le sud-ouest du Nigeria, le paillage est utile, spécialement en saison sèche. Etant donné que le worowo forme rapidement un couvert dense, les mauvaises herbes ne se développent pas et un seul désherbage manuel est nécessaire, avant que la canopée ne se ferme. Il faut bien arroser le worowo pendant la saison sèche. Les paysans rabattent souvent les rameaux florifères pour favoriser la production de feuilles. Du point de vue qualitatif, les feuilles de worowo cultivées dans les jardins sont comparables à celles récoltées à l’état sauvage ou dans les cacaoyères.

Maladies et ravageurs

Aucune maladie grave n’a été signalée chez le worowo. Au Nigeria, quelques dégâts sont causés par les criquets puants (Zonocerus variegatus) à la fin de la saison sèche. Des dommages sévères causés par le puceron du haricot (Aphis fabae) peuvent apparaître en janvier–avril, provoquant un enroulement des jeunes pousses et, dans des cas extrêmes, la mort de la plante entière. Des cochenilles sucent les feuilles. Elles sont particulièrement nuisibles sur les rameaux taillés où prennent naissance de nouvelles pousses.

Récolte

Le worowo se récolte toute l’année sauf pendant sa floraison. Lorsqu’elle est convenablement conduite, une parcelle de worowo peut être récoltée plusieurs fois pendant deux ans, à moins que les plantes entières ne soient récoltées par arrachage. La récolte s’opère à la main, en coupant la partie succulente des rameaux. La première récolte peut se faire environ 2 mois après la plantation.

Rendement

En culture, le rendement en feuilles de worowo avoisine 7 kg/m2 à la première récolte, et 40 kg/m2 par an. Il peut augmenter l’année suivante si la pluviosité ou l’irrigation sont stables et si la floraison est évitée.

Traitement après récolte

Les feuilles et les pousses tendres récoltées sont liées en bottes pour être vendues à l’état frais. Elles restent fraîches pendant 3 jours si elles sont maintenues en conditions humides. Au sud-ouest du Nigeria, les feuilles récoltées sont parfois étalées par les paysans vers 8 h du soir dans des paniers ouverts, ce qui les expose à la fraîcheur de la nuit ; le produit est ainsi maintenu bien frais avant d’être apporté au marché.

Ressources génétiques

Il est urgent de collecter et de conserver la diversité génétique du worowo. Au Nigeria, des populations sauvages ont été détruites et l’espèce est mise en danger par une exploitation intensive sans reconstitution des populations.

Perspectives

Il existe de larges perspectives pour améliorer la culture du worowo en Afrique. Il a longtemps été négligé par la recherche, et il n’y a pas de programme de sélection en cours. Lorsque de bonnes techniques culturales et des cultivars améliorés auront été mis au point, davantage d’agriculteurs pourront inclure le worowo dans leurs systèmes de culture.

Références principales

  • Adams, C.D., 1963. Compositae. In: Hepper, F.N. (Editor). Flora of West Tropical Africa. Volume 2. 2nd Edition. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. pp. 225–297.
  • Adebooye, O.C., 1996. Proximate composition and nutrient analyses of six selected leaf vegetables of Southwest Nigeria. Ife Journal of Agriculture 18(1–2): 56–62.
  • Adebooye, O.C., 2000. An assessment of cultural practices for cultivating a wild but edible leaf vegetable: Crassocephalum biafrae (Asteraceae): Emphasis on propagation techniques. In: Proceedings of the third international workshop on the sustainable use of medicinal and food plants. September 15–17, 2000, University of Karachi, Karachi, Pakistan. pp. 132–138.
  • Adebooye, O.C., 2001. Wild plants for medicinal and culinary use: Nigeria. In: Sharing innovative experience on sustainable use of indigenous food and medicinal plants. Third World Academy of Science and UNDP, Trieste, Italy. pp. 69–78.
  • Burkill, H.M., 1985. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 1, Families A–D. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 960 pp.
  • Schippers, R.R., 2000. African indigenous vegetables. An overview of the cultivated species. Natural Resources Institute/ACP-EU Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation, Chatham, United Kingdom. 214 pp.
  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
  • van Epenhuijsen, C.W., 1974. Growing native vegetables in Nigeria. FAO, Rome, Italy. 113 pp.
  • Zollo, P.H.A., Kuiaté, J.R., Menut, C. & Bessière, J.M., 2000. Aromatic plants of tropical Central Africa 36: Chemical composition of essential oils from seven Cameroonian Crassocephalum species. Journal of Essential Oil Research 12(5): 533–536.

Autres références

  • Jeffrey, C., 1986. The Senecioneae in east tropical Africa. Notes on Compositae 4. Kew Bulletin 41(4): 873–943.
  • Olorode, O., 1974. Chromosome numbers in Nigerian Compositae. Botanical Journal of the Linnean Society 68(4): 329–335.
  • Raponda-Walker, A. & Sillans, R., 1961. Les plantes utiles du Gabon. Paul Lechevalier, Paris, France. 614 pp.

Sources de l'illustration

  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
  • van Epenhuijsen, C.W., 1974. Growing native vegetables in Nigeria. FAO, Rome, Italy. 113 pp.

Auteur(s)

  • O.C. Adebooye

Department of Plant Sciences, Faculty of Agriculture, Obafemi Awolowo University, Ife-Ife, Nigeria

Consulté le 23 décembre 2024.


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