Ricinus communis (PROTA)

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Ricinus communis L.


Protologue: Sp. pl. 2: 1007 (1753).
Famille: Euphorbiaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 20

Noms vernaculaires

  • Ricin (Fr).
  • Castor, castor oil plant (En).
  • Rícino, carrapateiro, mamoneiro, bafureira (Po).
  • Mbarika, mbono mdogo, mnyonyo (Sw).

Origine et répartition géographique

Ricinus communis est indigène du nord-est de l’Afrique tropicale. Déjà cultivé pour son huile en Egypte il y a quelque 6000 ans, il n’a pas tardé à se propager sur tout le pourtour méditerranéen, au Moyen-Orient et en Inde. Il est désormais largement cultivé dans la plupart des régions tropicales et subtropicales sèches de même que dans de nombreuses régions tempérées dotées d’un été chaud. Il se naturalise facilement et pousse dans de nombreux endroits comme plante rudérale. Ricinus communis est présent sur tout le continent africain, de la côte atlantique à la mer Rouge et de la Tunisie à l’Afrique du Sud ainsi que dans les îles de l’océan Indien.

Usages

Près de 95% des graines de ricin servent à l’extraction d’une huile, qui est composée essentiellement de triglycérides de l’acide ricinoléique, et n’est ni siccative ni comestible. Elle est traditionnellement employée pour l’éclairage et en médecine. Comme huile lampante, elle passe pour donner une lumière plus froide et plus vive que d’autres huiles minérales et végétales, pour brûler plus régulièrement, et pour dégager peu de suie. Désormais, elle n’est plus guère utilisée que dans les régions rurales et même là, elle est souvent coupée de kérosène ou le remplace. Actuellement, l’huile de ricin est principalement utilisée comme un lubrifiant de très bonne qualité et comme matière première polyvalente dans l’industrie chimique. En tant que lubrifiant, elle a longtemps été employée pour les charrettes et les pompes à godets. Elle se caractérise par une grande onctuosité, une grande viscosité qui demeure constante malgré de grands écarts de températures, et par une insolubilité dans les hydrocarbures aliphatiques, ce qui fait qu’elle convient parfaitement pour du matériel devant être utilisé dans des conditions extrêmes, dans les zones arctiques par exemple et dans l’aviation. Un autre usage spécifique de l’huile de ricin est la fabrication de caoutchouc, où elle évite la coagulation des rognures de caoutchouc. Très purifiée, l’huile de ricin propre à la consommation sert d’agent anti-adhésif pour les moules à pâtisserie et comme lubrifiant de machines dans l’industrie alimentaire. Elle est d’ailleurs employée comme plastifiant dans l’industrie de l’enrobage, comme dispersant de teinture et comme agent de charge dans les cosmétiques tels que les rouges à lèvres, les vernis à ongles et les shampooings. La saponification de l’huile de ricin donne un savon clair, transparent. La fibre de jute lavée avec ce savon prend un aspect brillant et soyeux. Ce n’est pas un bon détergent, mais il est facilement hydrosoluble.

L’oxydation partielle de l’huile de ricin dans l’air à environ 100°C donne une “huile soufflée”, qui reste fluide à basse température, est l’un des principaux composants des fluides hydrauliques et des liquides de freins et sert de plastifiant pour les encres, les laques et le cuir. La déshydratation de l’huile de ricin a pour effet de la rendre très claire, inodore, siccative ; cette huile sert alors à fabriquer des résines alkydes, époxy et acryliques qui sont employées dans les peintures et les vernis de haute tenue, par ex. pour les réfrigérateurs et autres matériels de cuisine. L’huile de ricin hydrogénée donne une cire dure et fragile, inodore, servant essentiellement à modifier les qualités d’autres cires. Son principal composé, l’acide hydroxystéarique, est utilisé dans les lubrifiants, les isolants et les tensio-actifs ainsi que dans la fabrication de peintures qui ne coulent pas. Si l’on traite l’huile de ricin à l’acide sulfurique, on obtient une “huile pour rouge turc” hydrosoluble. Elle est utilisée comme mouillant dans la teinture du coton et du lin, comme anti-mousse dans l’industrie sucrière, de même qu’en tannerie et en pelleterie.

Le fractionnement de l’acide ricinoléique donne un certain nombre de composés qui conviennent particulièrement à la fabrication de lubrifiants et de polymères synthétiques de qualité tels que des polyamides (nylon 11, nylon 6,10) et des polyuréthanes dont la mise au point est plus récente. Parmi les autres produits dérivés du fractionnement de l’acide ricinoléique, citons les produits chimiques aromatiques, l’acide sébacique utilisé dans la fabrication des lubrifiants de réacteurs, les détergents synthétiques et les additifs pour insecticides. L’huile de ricin est à ce point importante en chimie qu’aux Etats-Unis elle a été déclarée “matière stratégique” dont les réserves doivent être assurées en quantités suffisantes à tout moment.

En médecine, l’huile de ricin est principalement utilisée comme purgatif. En Afrique du Sud, on parle couramment de la “bouteille bleue” en raison de la fameuse fiole bleue dans laquelle elle était emballée et vendue. Son goût répugnant faisait le cauchemar des enfants. De nos jours, on l’emploie parfois en émulsion sucrée et aromatisée ou sous forme de capsules. Elle stimule le péristaltisme en irritant la muqueuse intestinale mais provoque peu de coliques. Elle est aussi appliquée comme émollient dans le traitement des plaies et comme solvant pour les collyres antibiotiques. L’huile de ricin neutre sulfatée peut remplacer le savon dans certains cas de dermites de contact. Elle a été utilisée comme abortif, et est administrée oralement, seule ou avec du sulfate de quinine, pour déclencher l’accouchement dans les grossesses à terme. L’acide ricinoléique issu de l’huile entre dans la composition de crèmes et de gelées contraceptives.

Le tourteau de graines de ricin est toxique et allergène et il est surtout utilisé comme engrais ou comme carburant. Des méthodes destinées à détoxifier les tourteaux et à les rendre propres à l’alimentation animale ont été mises au point, mais, même une fois traités, ceux-ci peuvent conserver une certaine toxicité à laquelle les chevaux sont particulièrement sensibles. Un autre produit issu des tourteaux est une lipase utilisée dans la transformation industrielle des graisses.

En Chine et en Asie tropicale, les feuilles de ricin permettent de traiter les maladies de peau. Elles servent aussi à nourrir le ver à soie eri (Philosamia ricini). Bien que légèrement toxiques, les feuilles arrivées à maturité sont de temps à autre utilisées comme fourrage, mais il faut alors redoubler de prudence afin d’éviter les jeunes feuilles, car ce sont elles les plus toxiques. En Corée, les feuilles mûres sont séchées et conservées jusqu’à l’hiver où elles sont consommées comme légume ; au Bengale (Inde), ce sont les jeunes fruits qui sont consommés. Le ricin est communément cultivé comme plante ornementale.

Production et commerce international

Entre 1985 et 2005, la production mondiale annuelle de graines de ricin est passée progressivement à 1,4 million de tonnes, tandis que la surface cultivée fluctuait autour de 1,4 million d’hectare. En 2005, les premiers producteurs de graines de ricin étaient l’Inde (870 000 t), la Chine (268 000 t) et le Brésil (177 000 t). En Afrique, l’Ethiopie (15 000 t), l’Afrique du Sud (4900 t), l’Angola (3500 t), le Kenya (1000 t) et la Tanzanie (1000 t) sont d’importants producteurs. La plupart des graines de ricin sont transformées dans les pays de production. Au rang des premiers importateurs figurent la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Les informations concernant les superficies cultivées et les rendements ne donnent pas une idée précise de la production actuelle dans un pays donné puisque la plupart du ricin est récolté à l’état sauvage et que la culture pure du ricin par des paysans fait figure d’exception.

Propriétés

Par 100 g, les graines de ricin contiennent approximativement : eau 5 g, protéines 15–30 g, lipides 43–53 g, glucides 7–10 g, fibres brutes 15–25 g, cendres 2–3,8 g. La graine et dans une moindre mesure les autres parties de la plante contiennent des protéines extrêmement toxiques, un alcaloïde toxique (la ricinine) et des allergènes. L’huile n’est pas siccative, elle est visqueuse, presque incolore, transparente et se caractérise par une odeur et un goût bien particuliers. De tous les oléagineux, c’est le ricin dont la viscosité de l’huile est la plus élevée ; l’acide ricinoléique, qui représente près de 90% des acides gras, confère à l’huile sa spécificité. Parmi les autres acides gras on trouve : acide palmitique (2%), acide stéarique (1%), acide oléique (7%), acide linoléique (3%).

L’acide ricinoléique (acide 12-hydroxy-9-octadécénoïque) a une seule double liaison et se caractérise aussi par un groupe hydroxyle. La dessiccation de l’huile de ricin, procédé par lequel une partie de l’acide ricinoléique est transformée en acide poly-insaturé, donne une huile siccative dont les propriétés sont avantageusement comparables à celles de l’huile d’abrasin et de lin. Elle est utilisée en peinture, pour les vernis, les cires et les résines époxy. L’hydrogénation de l’huile de ricin, procédé par lequel l’acide ricinoléique est transformé, partiellement ou totalement, en acide 12-hydroxystéarique, permet d’obtenir une cire dure et cassante. L’huile soufflée, c’est-à-dire l’huile oxydée et en partie polymérisée en y faisant barboter de fines particules d’air à 80–130°C, est une des principales composantes des fluides hydrauliques. En imprimerie, elle permet de réduire l’absorption d’eau et d’améliorer le séchage des encres.

Une fois l’huile pressée ou extraite des graines, les protéines toxiques restent dans le tourteau. Les principales protéines toxiques sont la “ricine”, une puissante cytotoxine, et l’ “ARC” (agglutinine de Ricinus communis), une puissante hémagglutinine. L’intoxication par ingestion de graines de ricin est due à la ricine, l’ARC ne perforant pas les parois de l’intestin. La ricine est particulièrement toxique par voie parentérale, 1 mg étant la dose létale chez l’adulte. Elle inhibe de manière irréversible l’activité des ribosomes ; une seule molécule, qui perfore une cellule, peut inactiver plus de 1500 ribosomes par minute. En raison de son extrême toxicité, la ricine est inscrite au Tableau 1 de la Convention sur les armes chimiques (1994) qui impose des limitations draconiennes ainsi qu’un contrôle de sa production, de son transport et de son utilisation. La molécule de ricine se compose de 2 parties : la première responsable de son transfert à travers la paroi cellulaire, la seconde étant la toxine elle-même. La recherche pharmacologique poursuit ses travaux pour allier la partie toxique de la ricine aux anticorps monoclonaux et polyclonaux dans la mise au point d’immunotoxines destinées au traitement du cancer et du SIDA.

La ricinine, alcaloïde pyridine-carbonitrile, est un agent convulsivant ; elle provoque une insuffisance respiratoire. A faibles doses, elle améliore la fixation mnémonique. Les graines de ricin sont allergènes. Elles peuvent entraîner des réactions asthmatiques chez les personnes sensibles, mais d’autres peuvent travailler dans des usines de traitement de ricin pendant des années sans montrer une quelconque sensibilité. En tant qu’arôme, l’huile de ricin a été “généralement reconnue inoffensive” (GRAS), par ex. aux Etats-Unis.

L’huile est très employée dans les études physiologiques qui s’attachent à expliquer les mécanismes qui entrent en jeu dans le transport du phloème.

Falsifications et succédanés

L’huile de ricin est quelquefois mélangée à de l’huile de colophane (un produit issu des pins), à des huiles soufflées et à d’autres huiles non chauffées d’arachide, de coprah, de sésame, de colza ou de coton. L’ajout de l’une d’entre elles diminue la valeur acétyle. L’huile de colophane est décelée par l’augmentation de matière insaponifiable, tandis que l’ajout d’autres huiles non soufflées diminue la densité et la viscosité et augmente la solubilité du produit dans l’éther de pétrole.

Description

Arbuste ou petit arbre sempervirent, glabre, au bois tendre, souvent cultivé comme plante annuelle, atteignant 7 m de haut ; racine pivotante puissante à racines latérales marquées ; tige et branches à nœuds visibles et cicatrices annulaires, pousses généralement glauques, parfois vertes ou rouges ; glandes souvent présentes aux nœuds, sur les pétioles et sur les principaux axes d’inflorescences. Feuilles disposées en spirale, simples ; stipules de 1–3 cm de long, enserrant la tige, caduques ; pétiole de 3,5–50 cm de long, cylindrique ; limbe 5– 12-palmatilobé, atteignant 50(–70) cm de diamètre, membraneux, lobes acuminés, lobe médian jusqu’à 8(–20) cm de long, bords à dents glandulaires. Inflorescence : panicule terminale érigée, paraissant ensuite latérale quand une tige la dépasse, atteignant 40 cm de long, généralement glauque, composée de cymes. Fleurs unisexuées, régulières, à pédicelle court, de 1–1,5 cm de diamètre ; lobes du calice 3–5, aigus ; corolle absente ; fleurs mâles près de la base de l’inflorescence, à nombreuses étamines disposées en bouquets ramifiés ; fleurs femelles près du sommet de l’inflorescence, à sépales précocement caduques, ovaire supère, 3-loculaire, généralement à épines molles, styles 3, rouges ou verts, 2-fides. Fruit : capsule ellipsoïde à globuleuse, légèrement 3-lobée, de 1,5–2,5 cm de long, brune, épineuse ou lisse, déhiscente en 3 méricarpes s’ouvrant chacun par une valve et contenant 1 graine. Graines ellipsoïdes, de 9–17 mm de long, comprimées, avec un tégument fragile, marbré, luisant et une nette caroncule à la base ; albumen abondant, blanc ; cotylédons minces. Plantule à germination épigée ; cotylédons pétiolés, largement oblongs, atteignant 7 cm de long, plats, à bords entiers ; premières feuilles opposées.

Autres données botaniques

Le genre Ricinus comprend une seule espèce. Ricinus communis montre une variation considérable, notamment par la taille de la plante, sa longévité, la forme et la taille du fruit et de la graine ainsi que les dessins et la couleur du tégument. Les innombrables variétés sont tellement liées par des formes intermédiaires et elles s’hybrident si facilement lorsqu’elles sont en contact qu’il n’est pas raisonnable de les considérer comme des taxons séparés. Les différences de couleur des feuilles, des tiges et des inflorescences ont permis de sélectionner de nombreux variants horticoles qui peuvent être classés dans des groupes de cultivars. Dans bien des pays, on distingue les types rouges et les types blancs en fonction de la couleur des jeunes pousses. A l’intérieur même de ces groupes, on reconnaît les cultivars aux caractéristiques de la graine.

Croissance et développement

Les plantules de ricin lèvent entre 10–20 jours après le semis. Le développement de la plante suit le modèle de croissance de Leeuwenberg selon lequel les bourgeons apicaux meurent systématiquement après une poussée de croissance, de sorte que la croissance est sympodiale. La formation successive de branches et d’inflorescences se poursuit tout au long de la vie de la plante. Le nœud sur lequel naît la première inflorescence est caractéristique des cultivars. Chez les cultivars annuels, c’est la première inflorescence qui est la plus grosse et qui peut représenter jusqu’à 80% du rendement en graines. Chez les cultivars pérennes, communs en agriculture paysanne, la floraison est plus diffuse. Elle débute tôt dans la vie du ricin. Les premières fleurs peuvent s’ouvrir 40–70 jours après le semis. Le pollen est surtout émis le matin et la pollinisation s’effectue par le vent. La croissance étant indéterminée, il peut arriver qu’une plante ait des infrutescences à plusieurs stades de développement. La maturation des fruits à l’intérieur d’une infrutescence est inégal, les fruits situés dans la partie inférieure mûrissant avant ceux situés dans la partie supérieure. Chez les types sauvages, le décalage de maturation entre les premiers et les derniers fruits à l’intérieur d’une infrutescence donnée peut être de plusieurs semaines. Chez les cultivars conduits en annuels, la période allant de la levée à la maturation varie entre 140–170 jours.

En conditions favorables, le ricin a un taux élevé de photosynthèse qui a été attribué à la forte teneur en chlorophylle des feuilles.

Ecologie

Ricinus communis est souvent présent comme plante rudérale à proximité des villages et en zone urbaine ; à l’état naturel, au nord-est de l’Afrique, il est commun au bord des rivières temporaires.

Le ricin est une plante de jours longs, mais s’adapte à une très grande variété de photopériodes. Si la longueur du jour est de 9 heures, la croissance et le développement seront réduits, tandis que si elle est comprise entre 12–18 heures, le développement sera normal. La plante pousse dans toutes les régions tempérées chaudes et tropicales. Elle est cultivée dans un but commercial entre le 40°S et le 52°N, du niveau de la mer à 2000 m d’altitude à l’équateur, l’optimum se situant entre 300–1500 m, et le facteur limitatif étant le gel. Les températures du sol idéales pour la germination sont de 10–18°C. Le ricin nécessite des températures diurnes moyennes de 20–26°C, avec un minimum de 15°C et un maximum de 38°C. Des températures égales ou supérieures à 40°C sont nuisibles. Il est sensible aux dégâts du gel, et préfère des journées claires, ensoleillées avec peu d’humidité. Il peut supporter à la fois des climats secs et arides, des pluies diluviennes comme de brèves inondations. Dans les régions où les précipitations moyennes sont égales ou inférieures à 750 mm/an, le semis doit s’effectuer de façon à garantir à la plante 400–500 mm de précipitations jusqu’au moment de la principale floraison. Le ricin tolère le stress hydrique grâce à son profond système racinaire, mais il est sensible à l’excès d’eau et d’humidité.

Il se développe sur presque tous les types de sols pourvu qu’ils soient bien drainés et raisonnablement fertiles, avec une préférence pour les limons sableux profonds, dont le pH est compris entre 5–6,5. Les plantes qui tolèrent le mieux la salinité ou l’alcalinité ont tendance à être imposantes et buissonnantes, sans grande valeur commerciale.

Multiplication et plantation

Pour une culture pluviale mécanisée, la préparation du champ commence par un labour assez profond de façon à briser les couches de terre compactes. Le ricin a besoin pour sa germination et sa première croissance d’une couche arable humide pendant plus longtemps que le maïs ou le coton. En zones sèches où le total des précipitations est bas, le buttage est recommandé. Les petits paysans intercalent habituellement le ricin dans des cultures annuelles ou le plantent en bordure de champ ou encore comme plante d’ombrage par ex. pour le gingembre, le curcuma ou bien la canne à sucre.

Le ricin est multiplié par graines. En semis en poquets, on plante 2–3 graines par trou à 3–8 cm de profondeur ; une autre possibilité consiste à le semer en lignes. Le poids de 1000 graines varie entre 100–1000 g. Des cultivars à cycle court peuvent être cultivés en culture pure en tant que seconde culture. En culture associée, l’espacement entre les lignes de ricin peut atteindre 4–5 m, la plante bénéficiant alors du traitement apporté à la culture principale. Avec des cultivars nains en culture pure, l’espacement entre les lignes pourra être de 1 m. Des espacements plus réduits peuvent provoquer de sérieux dommages aux branches lors du désherbage. Les recommandations concernant l’espacement sur la ligne vont de 25–35 cm pour les cultivars nains à 30–40 cm pour les grands cultivars, soit environ 25 000–30 000 plantes/ha pour des cultures dans des endroits où les précipitations s’élèvent à 750–900 mm. En culture irriguée, la largeur entre lignes dépend du système d’irrigation et dans les cas où l’eau n’est pas rationnée, une densité de 30 000–40 000 plantes/ha est possible, en fonction du cultivar.

Gestion

Le ricin est généralement cultivé sur de profonds limons rouges sableux ou argileux de même que sur des limons alluviaux légers. C’est l’une des rares plantes à pouvoir être cultivée d’une manière économique sur des sols graveleux et pauvres. Les profonds vertisols ne sont pas souvent utilisés pour le ricin, ni les sols très fertiles à forte teneur en azote car ils sont à l’origine d’une croissance végétative excessive. Les semis de ricin étant de piètres concurrents, la lutte contre les mauvaises herbes est essentielle. Deux désherbages suffisent normalement. Si cela est réalisable, un traitement herbicide avant la levée suivi par un désherbage manuel est certainement la pratique la plus efficace. Le premier désherbage s’effectue environ 6 semaines après le semis. Il est souvent associé à un éclaircissage, un buttage et un écimage. La jeune plante étant très sensible aux dégâts causés par les machines, le désherbage doit se faire en douceur. Si l’on élimine efficacement les mauvaises herbes, on se retrouve souvent avec un sol relativement nu. Le système racinaire du ricin n’étant pas très apte à stabiliser les sols, les champs sont souvent sensibles à l’érosion. Il convient d’appliquer des techniques de conservation du sol et de choisir soigneusement les emplacements destinés aux vastes plantations de ricin. Les petits paysans n’ont pas l’habitude d’irriguer le ricin, même si le rendement s’en trouve amélioré.

Comme il faut 5–8 mois pour pouvoir récolter le ricin, la plante est cultivée en culture principale. En général, l’épandage d’engrais non seulement organiques tels que le compost ou le fumier de ferme, les tourteaux d’arachide ou de ricin mais aussi inorganiques passe pour être salutaire, les effets résiduels des engrais organiques s’étalant sur une période de 2–3 ans. On a calculé qu’une culture produisant 3,3 t de fruits (2 t de graines et 1,3 t de coques) exporte 80 kg N, 8 kg P, 26,5 kg K, 8,5 kg Ca et 6 kg Mg. Le ricin est souvent associé à l’arachide et un apport de NPK 1:2:3 à cette dernière accroît les rendements des deux cultures.

Maladies et ravageurs

Peu de maladies ont un impact économique. Normalement, les attaques sérieuses ne se produisent que dans les cultures qui se développent mal en conditions humides. Les maladies les plus destructrices pour les semis sont plusieurs pourritures causées par Fusarium, Phytophthora, Rhizoctonia et Sclerotinia spp. La maladie foliaire la plus répandue est la rouille provoquée par Melampsora ricini qui aujourd’hui s’est probablement propagée dans le monde entier et dont les symptômes sont la présence d’urédopustules sur la face inférieure des feuilles. Dans les cas graves, les feuilles en sont entièrement recouvertes et se dessèchent. Les taches foliaires du ricin très répandues en Afrique sont provoquées par Xanthomonas axonopodis et Cercospora ricinella. Parmi les maladies des capsules, ce sont celles dues à Alternaria et Botrytis qui sont les plus graves. Alternaria ricini fait des dégâts dans le monde entier. Les symptômes sont l’apparition de lésions brunes sur les feuilles entourées d’une aréole jaune. Les capsules infectées se flétrissent soudain, devenant marron foncé ou violet, des dépressions apparaissent puis gagnent peu à peu toute la surface. En conditions très humides, les inflorescences peuvent être recouvertes de dépôts de spores d’un noir charbonneux. Un traitement des graines au fongicide peut endiguer la maladie. En dernier ressort, un traitement foliaire aux carbamates ou aux fongicides à base de cuivre peut s’avérer efficace.

Le bigéminivirus de la mosaïque du manioc africain (ACMV) transmis par l’aleurode Bemisia tabaci touche le ricin dans toute l’Afrique.

Les ravageurs les plus nocifs sont probablement ceux qui attaquent les inflorescences, tels que la punaise du cacaoyer Helopeltis schoutedeni présente dans toute l’Afrique. La pyrale Dichocrocis punctiferalis est le plus important ravageur d’Asie tropicale. Les jeunes pyrales se nourrissent des capsules vertes et s’introduisent en forant par l’extrémité apicale ou basale. Sur tout le continent africain, les cochenilles Pseudaulacaspis pentagona et Saissetia coffeae attaquent le ricin, de même que le ver gris Agrotis, le ver du cotonnier Spodoptera littoralis et la tordeuse Thaumatotibia leucotreta. En Afrique de l’Est, la chenille velue Euproctis producta peut provoquer des dégâts. De nombreux autres ravageurs ont été observés, mais les dégâts qu’ils occasionnent sont habituellement minimes et localisés. Les grands cultivars pérennes peuvent souvent survivre aux attaques d’insectes. Néanmoins, en raison de leur port élevé et de la longueur de leur cycle, ils sont plus sensibles aux attaques des foreurs de la tige que les cultivars à cycle court.

Le ricin est un hôte de la punaise Eurystylus oldi, un ravageur du sorgho. Au Mali, elle est destructrice chez les cultivars de sorgho à panicules compactes récemment introduits, alors que les cultivars traditionnels à panicules ouvertes sont plutôt résistants.

Récolte

Le cycle de culture des types annuels de ricin varie entre 4–9 mois, mais les types pérennes peuvent continuer à produire pendant 10–15 ans. Les types améliorés à capsules indéhiscentes sont récoltés une fois que celles-ci sont bien sèches. En revanche, chez les types à capsules déhiscentes, elles sont ramassées avant de sécher et encore vertes. La récolte peut se faire toutes les 2 semaines. Pour une récolte manuelle, des outils aussi simples qu’une boîte de conserve pourvue d’une encoche ont été mis au point. Lorsque les graines de ricin sont simplement récoltées à l’état sauvage ou sur des plantes spontanées, la récolte se résume parfois à ramasser les graines tombées à terre.

En culture intensive, c’est la récolte et le décorticage qui demandent le plus de temps. Des machines adéquates et des cultivars adaptés à une culture à grande échelle ont été mis au point. La récolte mécanique consiste essentiellement à ramasser les fruits sur des plantes sur pied. Au nombre des problèmes restant à résoudre figurent l’irrégularité de la maturation ainsi que la diversité d’épaisseur de la coque du fruit, qui l’un comme l’autre sont responsables d’une grande proportion de fruits non ouverts ou de graines brisées.

Rendement

Le rendement moyen de graines de ricin est de l’ordre de 1000 kg/ha, avec un maximum d’environ 3000 kg/ha. Les statistiques à ce sujet sont très difficiles à recueillir, le ricin étant souvent cultivé en association ou bien en bordure de champs.

Traitement après récolte

Les fruits des cultivars traditionnels sont principalement semi-déhiscents. Après la récolte, les inflorescences sont empilées jusqu’à ce que les capsules noircissent, après quoi, elles sont étalées au soleil pour sécher. La plupart des graines tombent en l’espace de 4–6 jours. Les fruits non ouverts sont battus. Une fois les graines saines séparées du rebut, le produit est prêt à être stocké ou vendu. Les fruits des cultivars modernes sont souvent indéhiscents. Il ne faudrait les cultiver que si l’on dispose de décortiqueuses mécaniques, car le battage traditionnel abîme une grande quantité de graines. Les graines de ricin ne peuvent être entreposées à l’air libre que pendant de courtes périodes, la chaleur et la lumière réduisant leur teneur en huile ainsi que sa qualité. Elles doivent être manipulées avec précaution sinon le tégument mince et souvent cassant s’abîme facilement.

On estime que près de 10% de la production totale est conservée par les producteurs pour la multiplication et pour leurs propres besoins. Presque aucun triage ou calibrage des graines n’est effectué et les producteurs vendent le gros de leur récolte sans la nettoyer. Les graines peuvent être entreposées pendant 2–3 ans dans des sacs en jute ou dans tout autre récipient sans préjudice pour le contenu ou pour la qualité de l’huile. Cependant, elles sont rarement conservées plus de 6 mois et sont utilisées pour l’extraction de l’huile immédiatement après le battage. Des essais de stockage ont montré que des graines fendues ou avariées ne tardent pas à se détériorer et que le mouillage ne fait qu’accélérer le processus. Des graines endommagées donnent une huile plus acide et de couleur foncée difficile à décolorer.

Ressources génétiques

Le ricin étant largement réparti dans tous les tropiques, il ne semble pas menacé d’érosion génétique, ce qui s’explique aussi parce qu’une grande partie de la diversité génétique est conservée dans les champs par les paysans. Des études portant sur la variabilité génétique sont nécessaires pour permettre d’expliquer et de classer la vaste variabilité morphologique. Une collection de ressources génétiques riche de plus 1000 entrées, provenant en partie d’Afrique tropicale, est conservée à l’Institut Vavilov, St.Petersbourg, Fédération de Russie. L’Institute of Oil Crops Research (CAAS), Wuhan, Chine détient près de 1700 entrées et le National Plant Germplasm System des Etats-Unis en possède plus de 1000. Au Biodiversity Conservation and Research Institute, Addis Abeba, Ethiopie, une collection de ricins locaux est disponible.

Sélection

Tous les types naturels de ricin sont diploïdes ; ils s’hybrident spontanément et sont entièrement fertiles. La fréquence de l’allogamie naturelle se situe normalement entre 5–50%, mais chez certains cultivars nains elle peut atteindre 90–100%. Des lignées mâle-stériles et femelle-stériles ont été identifiées et ont une grande valeur pour la sélection. Celle-ci s’est polarisée essentiellement sur des problèmes liés à la mécanisation tels que le cycle de vie annuel, l’architecture des plantes naines et les fruits indéhiscents à coque mince et peu épineux, à maturité synchrone. Les principaux objectifs de la sélection moderne du ricin sont : un rendement élevé en graines, une forte teneur en huile et en acide ricinoléique, une récolte facile et la résistance aux maladies et aux ravageurs.

Il existe de nombreux cultivars ; ‘Hale’ et ‘Lynn’ sont des cultivars nains que l’on trouve aux Etats-Unis, qui sont aujourd’hui essentiellement utilisés comme parents mâles dans la production d’hybrides. Parmi d’autres cultivars bien connus, citons : ‘Conner’ et ‘Kansas’ aux Etats-Unis, ‘Rica’ et ‘Venda’ en France, et ‘T-3’, ‘CS-9’ et ‘SKI-7’ ainsi que la série d’hybrides GCH en Inde.

Perspectives

Le ricin a une grande importance économique sous les tropiques et de grands efforts ont été réalisés pour en faire un oléagineux industriel adapté aux régions tempérées. Son aire de répartition est étendue, il se régénère bien, il est traditionnellement exploité et protégé par les paysans. En tant que matière première pour l’industrie, l’huile de ricin se trouve en concurrence avec des matières premières de substitution. La demande est tributaire du prix de l’huile par rapport à celui des matières de substitution et de la fiabilité de l’offre. Tant l’offre que les prix ont jadis considérablement fluctué. A l’heure actuelle, la concurrence est rude pour l’huile de ricin déshydratée puisque des substituts bon marché issus d’huile de soja sont disponibles. Pourtant, grâce aux efforts incessants de la recherche qui s’attache à créer de nouveaux produits basés sur les propriétés uniques de l’acide ricinoléique, il est probable que la demande en huile de ricin progresse à l’avenir.

L’importance du ricin tient à ses fonctions multiples et à son adaptabilité face à une grande diversité de conditions écologiques, y compris en milieu perturbé. Il faudrait envisager la possibilité de recourir au ricin pour la régénération des sols dans les plans locaux d’aménagement du territoire.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Seegeler, C.J.P. & Oyen, L.P.A., 2001. Ricinus communis L. In: van der Vossen, H.A.M. & Umali, B.E. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 14. Vegetable oils and fats. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 115–120.

Auteur(s)

  • A. Maroyi, Department of Biological Sciences, Bindura University of Science Education, P.B. 1020, Bindura, Zimbabwe

Consulté le 11 avril 2019.


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