Rhapontic (Cazin 1868)

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Réséda
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Rhubarbes
PLANCHE XXXIV : 1. Renoncule âcre. 2. Renoncule Bulbeuse. 3. Renoncule scélérate. 4. Rhapontic. 5. Ricin.


[908]

Nom accepté : Rheum rhaponticum


RHAPONTIC. Rheum rhaponticum. L.

Rhaponticum. Alp., Off., Murr. — Rhabarbarum forte Dioscoridis et antiquorum. Tourn. — Rhaponticum folio lapathi majoris glabro. C. Bauh.

Rhubarbe des moines, — rhubarbe des capucins, — rhubarbe de France.

POLYGONACÉES. Fam. nat. — ENNÉANDRIE TRIGYNIE. L.


Le rhapontic (Pl. XXXIV), plante vivace, que quelques auteurs soupçonnent être le rheum des anciens, croît spontanément sur les bords du Volga et dans plusieurs parties de la Russie, le long du Bosphore, sur le mont Rhodope, etc. Cette plante est si communément cultivée dans les jardins que nous la considérons comme indigène.

Description. — Racines grosses, épaisses, spongieuses, peu rameuses, jaunes en dedans, un peu rougeâtres en dehors. — Tiges charnues, glabres, fortes, d'un vert jaune ou rougeâtre. — Feuilles alternes, pétiolées, ovales-obtuses, presque planes, un peu pubescentes en dessous, très-amples, surtout les inférieures ; feuilles caulinaires, distantes, peu nombreuses ; les supérieures petites, presque sessiles ou même amplexicaules. — Fleurs d'un blanc verdâtre, petites, nombreuses, disposées en une panicuie terminale (mai-juin). — Calice à six divisions persistantes. — Point de corolle. — Neuf étamines à anthères oblongues et biloculaires. — Un ovaire supérieur surmonté de stigmates plumeux, presque sessiles. — Fruit : akène brunâtre triangulaire, entouré par le calice persistant, un peu membraneux sur les angles.

Parties usitées. — La racine.

Récolte. — Cette racine nous est le plus souvent envoyée d'Allemagne. On la trouve dans le commerce en tronçons de 10 à 20 centimètres de circonférence, jaunâtre ou d'un gris rougeâtre au dehors, et marbrée de rouge et de blanc dans la cassure ; son odeur est la même, mais plus faible que celle de la rhubarbe ; elle est moins pesante que celle-ci. Quand on la mâche, elle colore la salive en jaune et laisse dans la bouche une viscosité douce et gluante, qui suffirait seule pour la distinguer de la rhubarbe. — Parmi les racines que fournit le commerce, il se trouve quelquefois celles de patience des Alpes (rhumex Alpinus, L.), plante à laquelle le nom de rhubarbe des moines appartient réellement, qui croît en abondance dans les Alpes, les Pyrénées, les montagnes de l'Auvergne, et dont les propriétés sont analogues. (Voyez PATIENCE DES ALPES) —


[909]

Quand on récolte le rhapontic dans les jardins, il faut le diviser par fragments et le faire sécher à l'air.

[Culture. — Le rhapontic exige un sol profond, frais et substantiel. On sème les graines aussitôt après leur maturité ou au printemps, on repique au bout d'un an ; on peut aussi les multiplier par séparation des touffes.]

Propriétés physiques et chimiques; usages économiques. — La racine de rhapontic est d'une saveur plus astringente qu'amère. Cette racine contient à peu près les mêmes principes que celle des rhubarbes dont nous allons parler, mais en moindre quantité. Hornemann y a découvert un principe particulier, auquel il a donné le nom de rhaponticine, et qui est cristallisé en paillettes jaunes. La rhaponticine est insipide et inodore, non soluble dans l'eau froide, soluble dans l'éther et dans les huiles volatiles. — On s'en sert en Russie pour teindre les cuirs en jaune, ce qui porte Gmelin à penser qu'on pourrait la substituer au curcuma[1].

Substances incompatibles. Les mêmes que pour la rhubarbe, indiquées dans l'article suivant.


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L'INTÉRIEUR. — Infusion ou décoction de la racine, de 15 à 30 gr. par kilogramme d'eau.
Pondre de la racine, de 4 à 15 gr. en électuaire ou dans un véhicule approprié.

Extrait de la racine, de 2 à 8 gr.

A L'EXTÉRIEUR. — Décoction des tiges, cataplasmes, etc.


La racine de rhapontic présente les mêmes propriétés médicales que la rhubarbe, mais à un plus faible degré. Comme tonique et astringente, elle a été préconisée dans l'atonie des premières voies, dans la diarrhée et la dysenterie, dans les flux muqueux, tels que la blennorrhée, la leucorrhée. Elle facilite la digestion et convient dans la gastralgie, l'hypocondrie, la chlorose ; elle remédie surtout à l'état de torpeur qui, dans ces affections, se traduit par la constipation. On la mâche souvent comme stomachique.

A haute dose, cette racine détermine la purgation ; torréfiée, elle devient plus astringente. Je l'ai employée avec autant d'avantages que celle de rhubarbe, seulement la dose doit en être plus élevée ; son effet, comme astringent, est beaucoup plus constant que comme purgatif. Les tiges de rhapontic, cuites et réduites en pulpe, sont résolutives et maturatives. Je les ai appliquées en cataplasmes sur les engorgements lymphatiques et les abcès froids, pour en activer la résolution ou en hâter la terminaison par suppuration.

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  1. Découvertes des Russes, t. III, p. 373.