Pterocarpus angolensis (PROTA)

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Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
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Fourrage Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Statut de conservation Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (sauvage)
1, port de l'arbre ; 2, partie d'un rameau en fleurs ; 3, rameau en fruits. Redessiné et adapté par Iskak Syamsudin
port de l'arbre (EcoPort)
arbre en fruits (www.plantzafrica.com)
écorce (EcoPort)
branche en feuilles
branche en fleurs (www.plantzafrica.com)
fruits (EcoPort)
fruit (www.plantzafrica.com)
exsudat
bois (www.africanblackwood.com)
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois
face transversale du bois

Pterocarpus angolensis DC.


Protologue: Prodr. 2 : 419 (1825).
Famille: Papilionaceae (Leguminosae - Papilionoideae, Fabaceae)

Synonymes

  • Pterocarpus bussei Harms (1902).

Noms vernaculaires

  • African bloodwood, mukwa, kiaat, muninga (En).
  • Ambila, umbila, njila sonde (Po).
  • Mninga, mdamudamu, mtumbati (Sw).

Origine et répartition géographique

Pterocarpus angolensis est répandu en Afrique australe tropicale, depuis l’Angola, la R.D. du Congo et la Tanzanie jusqu’au nord-est de l’Afrique du Sud et au Swaziland. On l’a planté à petite échelle au Kenya.

Usages

En Afrique australe, Pterocarpus angolensis est l’une des essences à bois d’œuvre le plus généralement utilisées et les plus précieuses. Son bois est utilisé pour la construction, la menuiserie, la fabrication de meubles (tables, chaises, bancs), la parqueterie et les placages, et, en Afrique du Sud et en Namibie, pour la sculpture sur bois (bols, cuillers, cannes). En raison de sa flexibilité, de sa résistance et de sa faible densité, il est également utilisé pour la construction de bateaux et la fabrication de portes et fenêtres. Il est occasionnellement utilisé comme bois de feu.

Le bois de cœur des racines, réduit en poudre, fournit une teinture solide rouge brunâtre qui est employée en Namibie et au Zimbabwe dans l’artisanat, principalement pour teindre les fibres de feuilles de palmier destinées à la confection de paniers. Cette poudre est aussi mélangée avec de l’huile ou de la graisse pour confectionner une pommade cosmétique qui avait une grande importance culturelle et l’a conservée dans une moindre mesure en Namibie (chez les Ovambos), en Zambie (chez les Ndembus) et en Angola. On l’applique traditionnellement sur toutes les parties exposées du corps, notamment les cheveux, la face, la poitrine, les bras et les jambes. Elle est également utilisée pour teindre les vêtements de cuir (jupes ou tabliers de cuir de vache ou de panse de bovin tannée), qui sont les vêtements traditionnels tant des hommes que des femmes, et elle conserve une importance cosmétique, médicinale et symbolique. L’écorce interne et le bois de cœur du tronc et des branches seraient également utilisés par certains pour obtenir de la teinture.

L’écorce interne est fibreuse et employée en vannerie. Dans le médecine traditionnelle, l’écorce avec son exsudat rouge sang, visqueux, résineux (“faux sang de dragon” ou “kino”) est employée comme astringent puissant, par ex. pour traiter la diarrhée, les menstruations pénibles, les saignements de nez, les maux de tête, les maux d’estomac, la schistosomose, les plaies et les problèmes de peau. La racine est réputée soigner le paludisme, l’hématurie et la blennorragie. En Afrique du Sud, on applique de la cendre des graines en pansement sur les blessures et sur le psoriasis. Les rameaux feuillés sont utilisés comme fourrage, et les arbres en fleurs sont une importante source de miel. Pterocarpus angolensis fixe l’azote, et on le plante pour la conservation des sols, la fixation des dunes, en haie vive, et comme arbre ornemental à ombrage léger et portant des fruits décoratifs. L’écorce est utilisée comme poison de pêche.

Production et commerce international

En Afrique australe, Pterocarpus angolensis est l’essence à bois d’œuvre la plus largement utilisée. La production et la demande sont considérables, bien que l’on ne dispose guère de statistiques. En 1996, environ 5500 m³ ont été exportés de la Province de Cabo Delgado au Mozambique, et les exportations annuelles de Zambie sont d’au moins 5000 m³. La plus grande partie des bois sont exportés vers la Chine et la Thaïlande. Le prix à l’exportation de sciages de qualité supérieure de Pterocarpus angolensis de Zambie est de US$ 575/m³. Au début des années 1990, les exportations annuelles de bois d’œuvre d’Afrique du Sud étaient estimées à US$ 650 000 ; à présent, les prix peuvent atteindre plus de US$ 700/m³. Le prix d’un kg de bois utilisé pour la sculpture en Afrique du Sud est de US$ 1, mais une fois travaillé il atteint en moyenne US$ 7.

L’écorce, les copeaux et la sciure pour la production de teinture sont disponibles en quantités considérables comme sous-produits du bois d’œuvre. Dans les zones rurales, de nombreuses familles sont tributaires des revenus créés par l’artisanat, dans la fabrication d’objets en bois, de meubles et de vannerie, qui fait ainsi vivre les secteurs les plus pauvres des communautés. Dans certaines régions, par ex. au nord-est de l’Afrique du Sud, les objets de table et ustensiles faits en bois de Pterocarpus angolensis sont des articles courants vendus sur les marchés et dans les boutiques pour touristes.

Propriétés

Le bois de cœur est brun pâle à foncé ou brun rougeâtre, souvent avec des striures, et bien distinct de l’aubier gris pâle ou jaune pâle. En Tanzanie, on a estimé que le pourcentage de bois de cœur est d’environ 70% pour un fût de 30 cm de diamètre, et 80% pour un fût de 50 cm de diamètre. Le bois présente un fil droit, ou contrefil, le grain est moyen à grossier.

Pterocarpus angolensis est un bois relativement léger, la densité est de 400–700 kg/m³ à 12% d’humidité. Les taux de retrait du bois sont faibles : de l’état vert à 12% d’humidité, le retrait radial est de 1,0%, et le retrait tangentiel de 1,5–1,6%, et de l’état vert à anhydre, le retrait radial est de 1,7%, et le retrait tangentiel de 2,5%. Le bois sèche bien mais lentement, sans gauchissement et avec peu ou pas de tendance aux fentes ou aux gerces. Il faut 50–90 jours pour sécher à l’air des planches de 25 mm d’épaisseur de 70% à 12% d’humidité, et 15–20 jours en séchoir. Une fois sec, le bois est très stable.

A 12% d’humidité, le module de rupture est de 82–94 N/mm², le module d’élasticité de 8200–9200 N/mm², la compression axiale de 50–57 N/mm², le cisaillement de 9–16 N/mm², la dureté Janka de flanc de 4450–6580 N et la dureté Janka en bout de 5380–7420 N.

Le bois se travaille bien avec des outils à main et mécaniques, n’émoussant que modérément les couteaux ; le bois à fil droit se rabote et se finit bien. Les caractéristiques de flexion sont moyennes. Le bois est facile à dérouler et à trancher, et il a de bonnes qualités de collage, et d’excellentes qualités de tournage et de sculpture. La sciure sèche peut provoquer des irritations du nez et des bronches. Le bois de cœur est modérément durable, et il est modérément résistant aux termites et aux térébrants marins. L’aubier est sujet aux attaques de vrillettes. Le bois de cœur est résistant aux traitements préservatifs, l’aubier moyennement résistant. Un défaut fréquemment rapporté est une marbrure du bois avec des taches blanches irrégulières atteignant 5 mm de largeur, provoquée par un composant organique qui s’accumule localement. Les taches pénètrent profondément dans le bois et sont très visibles en particulier sur les placages.

Des analyses récentes d’échantillons de bois de cœur de Pterocarpus angolensis n’ont permis de déceler aucun des biflavonoïdes rouges tels que santalines et santarubines, qui sont caractéristiques des “bois rouges insolubles” commerciaux provenant d’autres espèces de Pterocarpus. Toutefois, on a noté la présence d’isoflavonoïdes, tels que prunétine, muningine, tectorigénine 7-méthyléther, pseudobaptigénine et angolensine, responsables de la couleur brunâtre de la teinture, mais la détermination de la composition exacte de la teinture exige davantage de recherche. L’exsudat sec récolté sur l’écorce contient environ 75% de tanin, composé principalement d’acide kinotannique.

Les extraits de racines sont létaux pour les schistosomes adultes responsables de la bilharziose, et sont comparables au praziquantel, remède efficace contre les schistosomes.

Falsifications et succédanés

Le bois de Pterocarpus angolensis, qui est apprécié pour son aspect strié et ses qualités supérieures pour la sculpture, est remplacé dans les régions où il est devenu rare par celui d’autres essences indigènes et occasionnellement d’essences exotiques plantées. Cependant, il y a quelques substituts, tels que par ex. Afzelia quanzensis Welw. et Brachylaena huillensis O.Hoffm., qui sont communément employés pour la sculpture au Zimbabwe et au Kenya respectivement, ainsi que l’essence plantée Azadirachta indica A.Juss.

Description

  • Arbre caducifolié de taille moyenne pouvant atteindre 25(–35) m de hauteur ; fût droit, jusqu’à 50(–100) cm de diamètre ; écorce d’environ 1,5 cm d’épaisseur, rugueuse et se craquelant avec l’âge en blocs plus ou moins rectangulaires, de couleur grise à brune, exsudant une sève résineuse rouge sur les flaches ; cime ouverte, étalée, plate ; rameaux couverts d’une pubescence clairsemée à dense de couleur brune ou gris argenté, devenant progressivement glabres.
  • Feuilles alternes, composées imparipennées avec (9–)11–25 folioles, pendantes ; stipules lancéolées à elliptiques, jusqu’à 2 cm de long, tombant précocement ; pétiole de 2–8 cm de long, rachis de 11–35 cm de long, densément poilu ; folioles alternes à presque opposées, largement lancéolées à elliptiques-oblongues ou elliptiques-obovales, de 3,5–10 cm × 2,5–5,5 cm, base arrondie à légèrement cordée, apex acuminé, poilues sur les deux faces lorsque jeunes, avec 10–14 paires de fines nervures latérales.
  • Inflorescence : grappe axillaire de 6–12 cm de long, se développant souvent avant les nouvelles feuilles, densément poilue ; bractées elliptiques-oblongues, jusqu’à 9 mm de long, caduques.
  • Fleurs bisexuées, papilionacées, odorantes ; pédicelle de 5–20 mm de long, densément poilu ; calice campanulé, d’environ 1 cm de long, à 5 lobes courts dont les 2 supérieurs sont soudés ; corolle jusqu’à 2 cm de long, jaune d’or à orangé, étendard presque circulaire à bord plissé et à onglet, ailes larges, presque aussi longues que l’étendard, à onglet, carène plus petite, également à onglet ; étamines 10, soudées entre elles mais avec parfois 1 étamine partiellement ou totalement libre ; ovaire supère, 1-loculaire, stipité, poilu, style légèrement courbé, stigmate terminal, petit.
  • Fruit : gousse indéhiscente presque circulaire, de (6–)9–12(–16) cm de diamètre, d’environ 2,5 cm d’épaisseur, sur un stipe jusqu’à 2,5 cm de long et avec une aile presque circulaire, ondulée, jusqu’à 3 cm de large, pubescente et portant une touffe de poils plumeux hérissés jusqu’à 13 mm de long sur la partie centrale épaissie, d’abord verte, brun-jaune à maturité, renfermant 1(–2) graines.
  • Graines asymétriques, de 10–20 mm × 7–8 mm × 4–5 mm, lisse, brun-rouge, dure.
  • Plantule à germination épigée.

Autres données botaniques

Pterocarpus est un genre pantropical appartenant à la tribu des Dalbergieae, et comprenant 21 espèces dont 12 se rencontrent en Afrique, 6 en Amérique et 5 en Asie. Plusieurs espèces asiatiques et africaines étaient d’importantes sources commerciales de teintures rouges, mais la plupart des espèces sont maintenant bien plus recherchées pour leur bois.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : (1 : limites de cernes distinctes) ; (2 : limites de cernes indistinctes ou absentes).
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) ( 4μm) ; 25 : ponctuations intervasculaires fines (4–7 μm) ; 29 : ponctuations ornées ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; 82 : parenchyme axial aliforme ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; (89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales) ; 90 : cellules de parenchyme fusiformes ; 91 : deux cellules par file verticale ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale.
  • Rayons : 96 : rayons exclusivement unisériés ; (97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules)) ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; 116 : 12 rayons par mm.
  • Structure étagées : 118 : tous les rayons étagés ; 120 : parenchyme axial et/ou éléments de vaisseaux étagés.
  • Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
(L.N. Banak, H. Beeckman & P.E. Gasson)

Croissance et développement

Bien que Pterocarpus angolensis puisse produire une ample récolte de graines (on a compté jusqu’à 10 000 fruits/ha), la germination est médiocre. Dans des conditions naturelles, seulement 2% des graines germent, et la moitié des semis meurent au cours de la première année. Après germination, le semis forme rapidement plusieurs pousses et une forte racine pivotante, qui peut atteindre une profondeur de 1 m dans la première année. Les pousses atteignent une quinzaine de cm dans la première année, et souvent elles dépérissent à la saison sèche. Les plants entrent dans un stade suffrutescent, au cours duquel la racine s’accroît en dimensions et des racines latérales se développent dans les 50 cm supérieurs du sol, tandis que les pousses aériennes dépérissent généralement jusqu’au dessous du niveau du sol à la saison sèche. De nouvelles pousses se développent à la saison des pluies. Ce stade peut durer une dizaine d’années (parfois jusqu’à 25 ans), jusqu’à ce que la racine se soit suffisamment développée pour permettre aux parties aériennes de la plante de survivre à la saison sèche. De nombreux plants ne dépassent pas le stade suffrutescent en raison de la sécheresse, des feux, des déficiences en éléments nutritifs (notamment le bore) et du broutage par les animaux. La croissance initiale des pousses des gaules se fait en zigzag en raison du dépérissement annuel des 10 cm supérieurs. Après le stade suffrutescent, la croissance est rapide, jusqu’à plus de 2 m en un an, et l’arbre atteint rapidement une hauteur qui le met hors de portée de la plupart des animaux brouteurs. Par comparaison avec d’autres arbres, les gaules qui ont une épaisse écorce liégeuse sont extrêmement résistantes au feu, et survivent parfois à des températures atteignant 450°C, et les feux contribuent à élaguer les branches latérales et les tiges multiples. Durant la première décennie qui suit le stade suffrutescent, la croissance se fait en hauteur plutôt qu’en diamètre, tandis que dans les dix années suivantes le diamètre s’accroît plus rapidement. Les arbres commencent à fleurir lorsqu’ils ont un tronc persistant âgé de 15–20 ans, mais la pleine fructification ne commence généralement que lorsque les arbres sont âgés de 35 ans environ. Le fruit mûr pèse 5–10 g, mais en raison de sa grande aile son transport par le vent est possible, en général jusqu’à 30 m de l’arbre mère. Le centre épineux du fruit favorise d’autre part sa dispersion par les animaux. La phénologie est étroitement synchronisée avec la saisonnalité des pluies, et la floraison démarre au début de la saison des pluies. En règle générale, la floraison et la pousse des feuilles se produisent d’ (août–)septembre à novembre (–décembre), les fruits mûrissent de janvier à avril et peuvent rester sur l’arbre jusque tard dans la saison de floraison suivante, et les feuilles tombent en mai-juin. La floraison est brève, seulement 2–3 semaines en général, et la pollinisation se fait par les insectes (par ex. les abeilles). Le développement des fruits demande environ 4–5 mois. Les arbres poussant sur de bonnes stations en pleine lumière peuvent vivre jusqu’à 100 ans, et à cet âge ils ont une vingtaine de m de hauteur, avec un diamètre de la cime de 10–12 m et un diamètre du fût de 50–60 cm ; l’épaisseur de l’écorce est de 1,5–2 cm, et celle de l’aubier de 5 cm. La longueur du fût dépend pour une grande part de l’histoire de la vie de l’arbre, mais elle est favorisée si le peuplement a été brûlé depuis que l’arbre était âgé de 5 ans environ, et si on a pratiqué un élagage. L’accroissement annuel en diamètre a été estimé en Tanzanie à 5,5–8,5 mm. Au Mozambique, on a estimé qu’un arbre de 50 cm de diamètre de fût a un volume moyen de bois de 1,9 m³, ce volume étant de 5,3 m³ pour un diamètre de 80 cm.

Ecologie

Pterocarpus angolensis est typiquement une essence de la forêt claire appelée miombo, à Brachystegia et autres arbres caducifoliés, de la savane boisée et de la savane herbeuse, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1650(–1800) m d’altitude. Il exige des sols bien drainés, moyens à légers, de fertilité basse à modérée, avec un pH de 5,5–7. En Tanzanie, il pousse de préférence dans des lieux humides dans les savanes boisées des plaines côtières. Il préfère un climat à saison des pluies et saison sèche bien définies, avec une pluviométrie annuelle moyenne de 500–1500 mm et des températures moyennes de 15–32°C. Il n’est pas résistant au gel, bien que des arbres âgés survivent à des gels très légers. C’est une essence pionnière sur des stations perturbées et ouvertes, exigeant le plein soleil. La pluviométrie est plus importante qu’un approvisionnement permanent en eau souterraine, et dans des conditions d’exceptionnelle concurrence pour des ressources en eau éphémères, l’arbre ne survit pas.

Multiplication et plantation

Pterocarpus angolensis peut être multiplié par graines et par boutures. Un arbre produit une moyenne annuelle de 100–400 fruits, et on compte 3400–4000(–5000) graines au kg. A un taux d’humidité de 4–6%, les graines peuvent être conservées au froid pendant au moins 3 ans. La récolte de graines en vue de l’élevage de plants en pépinière est malaisée parce qu’il est difficile d’ouvrir les gousses sans endommager la graine, et que d’autre part de nombreuses gousses sont vides (environ 50% des jeunes graines avortent). On peut ouvrir les gousses manuellement avec un sécateur, mais cela prend beaucoup de temps. Les graines endommagées ne germent pas en général, mais les associations mycorhiziennes influent également sur la germination. Le dépérissement annuel, la longueur du stade suffrutescent et l’endommagement du système racinaire lors de la transplantation constituent d’autres problèmes de pépinière difficiles à résoudre. Par conséquent, il est plus facile de démarrer les plantations de Pterocarpus angolensis sur des sites naturels où des plants au stade suffrutescent sont déjà présents, et de remplir les vides avec des plants au stade suffrutescent récoltés dans la végétation voisine. Il faut les prendre avec une racine pivotante aussi grande que possible, tandis que les racines latérales peuvent être légèrement parées. La lumière est très importante pour une bonne croissance, de sorte que l’écartement entre les plants doit être d’au moins 5 m × 5 m, mais le nombre définitif d’arbres sera de 25–100/ha, conditionné dans une large mesure par la concurrence des cimes et des racines. On peut planter des boutures (par ex. de 2 m de long et au moins 2 cm de diamètre) au début de la saison des pluies, mais les pourcentages de réussite ne sont que de 0–30%. On a également recommandé la plantation de souchets de 10 cm de diamètre dans des trous de 1 m de profondeur avec du sable grossier de rivière dans le fond.

Gestion

Une fois que les arbres sont bien établis, ils ne nécessitent plus beaucoup de soins. La gestion peut se limiter à veiller à ce que chaque arbre ait assez de lumière. La protection contre les dégâts d’animaux sauvages et contre les feux de brousse peut favoriser la croissance, bien que Pterocarpus angolensis soit l’un des arbres de la forêt miombo les plus résistants au feu. Dans l’ouest de la Tanzanie, il apparaît que le recrutement de nouveaux arbres sur les surfaces exploitées sélectivement est médiocre. La densité de Pterocarpus angolensis est plus élevée près de la route principale qu’à une certaine distance, ce qui peut s’expliquer par le fait que les dégâts de gibier y sont moindres, et que les feux de brousse sont moins intenses dans une végétation plus ouverte. Après abattage, la plupart des arbres ne rejettent pas de souche parce qu’ils ont une faible aptitude au recépage. En pratique, la rotation varie dans les 40–75 ans.

Maladies et ravageurs

Les peuplements de Pterocarpus angolensis souffrent périodiquement d’un dépérissement appelé “mukwa”, maladie cryptogamique mal connue qui tue les arbres en obstruant le xylème. En Zambie, par exemple, une épidémie de cette maladie a tué 40% des arbres. Les dégâts du feu peuvent se traduire par des attaques de champignons (par ex. Armillaria mellea) et d’insectes foreurs. Un grand nombre d’animaux sauvages peuvent endommager Pterocarpus angolensis par broutage, écorçage, bris des troncs en s’y frottant ou arrachage. Les éléphants en particulier sont destructeurs, et les phacochères sont friands des racines au stade suffrutescent. Les graines sont souvent attaquées par des bruches.

Récolte

En Afrique du Sud, les arbres doivent avoir un diamètre minimum de 27 cm pour être considérés comme exploitables comme bois d’œuvre. La durée nécessaire pour atteindre ce diamètre diffère selon les régions ; en Afrique du Sud, elle est en moyenne de 80 ans, en Zambie et en Tanzanie elle serait de 40–75 ans. Le diamètre minimum d’abattage en Tanzanie et au Zimbabwe est de 25 cm.

La résine kino qui exsude de l’écorce peut être récoltée en faisant des incisions dans l’écorce et en recueillant le liquide qui s’écoule. Les racines sont déterrées pour extraire la teinture. Pour extraire la teinture du bois de cœur, il faut abattre des arbres adultes, mais cela ne se fait normalement que pour l’emploi en bois d’œuvre.

Rendement

On ne dispose pas de données sur le rendement en bois d’œuvre ; il varie largement d’une station à l’autre. En Namibie, pour certaines régions, la possibilité annuelle réalisable a été estimée à 600 m³ pour 100 km². Dans la forêt de miombo de Tanzanie, le rendement annuel soutenu de bois commercial de Pterocarpus angolensis a été estimé à 0,33 m³ par km². En moyenne, le rendement du bois rond en sciages est d’environ 40%.

Traitement après récolte

En règle générale, les arbres sont abattus manuellement, et les grumes sont roulées vers une fosse de sciage et débitées en planches, qui sont amenées par camions vers des dépôts en bordure de voie ferrée. Pour préparer la teinture et la pommade cosmétique, on réduit le bois de cœur des racines en poudre, en pâte ou en copeaux très fins. Pour préparer le cosmétique, on mélange avec du beurre ou de l’huile végétale provenant de graines écrasées (par ex. de Schinziophyton rautanenii (Schinz) Radcl.-Sm., Ricinus communis L., Sclerocarya birrea (A.Rich.) Hochst., Ximenia caffra Sond.), et on le parfume souvent en ajoutant des feuilles séchées et pilées d’Ocimum.

Au Zimbabwe, on fait bouillir des lanières de feuilles de palmier pendant une douzaine d’heures dans un bain de teinture préparé avec de l’eau chaude et de l’écorce de Pterocarpus angolensis. Après séchage, les fibres brun-rouge que l’on obtient sont utilisées pour obtenir des motifs colorés sur les objets de vannerie. La teinture obtenue par extraction de racines ou de bois finement hachés dans l’alcool peut être employée pour teindre la laine et le coton en diverses nuances de brun à rouge vif.

Ressources génétiques

Bien que Pterocarpus angolensis soit commun dans de nombreuses régions de l’Afrique australe, la surexploitation met en danger de nombreuses populations. Il est classé par l’UICN dans la catégorie “faible risque”, mais il est bien près d’être qualifié de “vulnérable”. En Afrique du Sud, l’espèce est protégée depuis 1967, et il faut un permis spécial pour l’abattre. En Tanzanie, on a découvert peu de variabilité infraspécifique chez Pterocarpus angolensis.

Perspectives

Pterocarpus angolensis est un arbre à fins multiples très utile en Afrique australe, produisant des bois pour différents usages, de la teinture, du fourrage et des médicaments. La surexploitation met en danger les populations naturelles dans tous les pays, et l’exploitation actuelle pour le bois n’est pas durable, ce qui soulève de graves inquiétudes pour la viabilité à long terme de cette importante essence de feuillus. Des recherches sont nécessaires en vue de sa culture à grande échelle, en particulier pour améliorer le taux de germination des graines, raccourcir le stade suffrutescent des plants et accélérer la croissance des jeunes arbres. Il faut mettre au point des systèmes de gestion durable pour la forêt miombo dans laquelle Pterocarpus angolensis est un élément important. La composition de la teinture extraite du bois de cœur de cette espèce requiert davantage de recherche. La recherche devra également déterminer si l’on peut davantage valoriser les copeaux, la sciure et l’écorce en tant que sous-produits de l’exploitation pour le bois d’œuvre, par ex. pour la production de teinture et de médicaments.

Références principales

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  • Cardon, D., 2003. Le monde des teintures naturelles. Belin, Paris, France. 586 pp.
  • Coates Palgrave, K., 1983. Trees of southern Africa. 2nd Edition. Struik Publishers, Cape Town, South Africa. 959 pp.
  • Gillett, J.B., Polhill, R.M., Verdcourt, B., Schubert, B.G., Milne-Redhead, E., & Brummitt, R.K., 1971. Leguminosae (Parts 3–4), subfamily Papilionoideae (1–2). In: Milne-Redhead, E. & Polhill, R.M. (Editors). Flora of Tropical East Africa. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. 1108 pp.
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  • Graz, F.P., 2004. Description and ecology of Pterocarpus angolensis in Namibia. Dinteria 29: 27–39.
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  • Schwartz, M.W., Caro, T.M. & Banda-Sakala, T., 2002. Assessing the sustainability of harvest of Pterocarpus angolensis in Rukwa Region, Tanzania. Forest Ecology and Management 170: 259–269.
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  • World Agroforestry Centre, undated. Agroforestree Database. [Internet] World Agroforestry Centre (ICRAF), Nairobi, Kenya. http://www.worldagroforestry.org/ Sites/TreeDBS/ aft.asp. April 2005.

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Auteur(s)

  • R. Takawira-Nyenya, National Herbarium and Botanical Garden, P.O. Box A 889, Avondale, Harare, Zimbabwe

Citation correcte de cet article

Takawira-Nyenya, R., 2005. Pterocarpus angolensis DC. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 10 février 2019.


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