Préface du tome 9 (Rolland, Flore populaire)

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Additions et corrections du tome 8
Eugène Rolland, Flore populaire, 1896-1914
Stachys



[Tome IX, V]

PRÉFACE


Dans le tome XI de Mélusine, qui vient de paraître (1), j'ai écrit une notice sur « Eugène Rolland et son oeuvre littéraire ». Je n'en reproduirai ici que ce qui concerne la Flore. Après avoir exprimé le regret étonné que l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres n'eût jamais honoré l'œuvre lexicographique de Rolland je disais :

La Société de Linguistique n'a pas montré plus d'intérêt à l'œuvre de lexicographie entreprise et menée à bonne fin par Rolland — seul ! Et pourtant, en 1868, lorsqu'elle avait toute l'ardeur de ses débuts, dans la séance du 29 février 1868, la Société de Linguistique avait pris cette résolution: « Une commission, composée de MM. Baudry, Fournier, de Schœnfeld, G. Paris, P. Meyer, est nommée pour « arrêter les bases [sic] de ce travail » . Et une circulaire était lancée en date du 1er mai 1868 — la date de la traditionnelle et poétique fête de mai : avait-on cherché cette éphéméride ? — Elle était signée du nom de M. Bréal et débutait ainsi : « La Société de Linguistique a le projet de rassembler les noms vulgaires donnés aux plantes dans les diverses régions de la France, afin d'en composer un glossaire spécial, avec la collaboration de quelques botanistes. Toutes les précautions seront prises dans l'élaboration de ce travail, pour que chaque nom vulgaire soit exactement rapporté au terme scientifique qui lui correspond dans la nomenclature ordinaire usitée en histoire naturelle ... » Et la circulaire se terminait par l'avis d'adresser les communications à M. M. Bréal, secrétaire de la Société, boulevard Saint-Michel, à Paris. — On peut lire tout cela aux pp. XV-XVI du tome I du Bulletin de ladite Société. Mais il serait inutile d'en chercher plus loin la suite. On avait nommé une com-


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(1) Paris, librairie H. Welter, prix : 20 francs. Ce volume est accompagné d'une Table générale de la collection de Mélusine, par M. Emile Ernault.


[VI]

mission ; l'affaire était réglée et enterrée. La Société s'était contentée « d'arrêter des hases », comme elle disait dans sa langue.

Les années ont passé et bien peu certainement survivent des sociétaires de ce temps-là ; je crois bien que je compterais les confrères sur les doigts d'une seule main. Ils ont sans doute oublié ce projet ambitieux de 1868, et peut-être même M. Bréal, secrétaire perpétuel de la Société, l'a-t-il oublié lui-même. La Société, du reste, a grandement élargi et élevé son programme ; du domaine des langues classiques et romanes, elle passe de préférence aux problèmes délicats de la phonétique étymologique et préhistorique de nos langues indo-européennes, ou à la description des langues de nos possessions d'outre-mer. Le glossaire botanique de nos patois est bien oublié. Mais Rolland s'en était chargé. Un homme a entrepris et mené seul à bonne fin ce qu'une société savante avait promis, et promis tanto hiatu, de réaliser.

Depuis une dizaine d'années, notre Société de Linguistique dispose, tous les deux ou trois ans, d'un prix qu'elle doit à une fondation généreuse du prince Alexandre Bibesco. Ce prix est décerné « au meilleur ouvrage imprimé ayant pour objet la grammaire, le dictionnaire, les origines, l'histoire des langues romanes en général et, préférablement du roumain en particulier ». La condition d'une matière roumaine n'est pas limitative et exclusive : le magnum opus de Rolland aurait pu, ce nous semble, entrer dans ce programme ; et c'était l'occasion, pour la Société de Linguistique, de se souvenir que Rolland avait seul fait ce qu'elle avait, à ses origines, projeté de faire. On ne paraît pas y avoir pensé, probablement parce que Rolland ne s'est point porté candidat et n'a pas été solliciter les membres influents de la Société. Caractère indépendant autant qu'esprit original, il n'était pas de ceux qui vont demander des faveurs. Juvénal avait raison : probitas laudatur... et alget.


II


Il n'est peut-être pas hors de propos de reproduire ici la circulaire en question :


Paris, ler mai 1868.
Monsieur et cher Confrère,

La Société de Linguistique a le projet de rassembler les noms vulgaires donnés aux plantes dans les diverses régions de la France, afin d'en composer un glossaire spécial, avec la collaboration de


[VII]

quelques botanistes. Toutes les précautions seront prises dans l'élaboration de ce travail, pour que chaque nom vulgaire soit exactement rapporté au terme scientifique qui lui correspond dans la nomenclature binaire employée en histoire naturelle. Les matériaux déjà publiés sur ce sujet sont nombreux : outre les flores locales, qui en contiennent presque toutes d'importance, on peut citer le Glossaire du Centre de la France, de M. le comte Jaubert, la Flore populaire de Normandie, de M. Le Héricher ; le Nomenclateur botanique languedocien, de M. Ch. de Belleval ; la Liste des noms vulgaires des plantes de l'Aube, de M. des Etangs, et quelques autres publications spéciales. Mais pour arriver à réunir le plus grand nombre de documents possibles sur ce sujet, la Société de Linguistique s'adresse à tous ceux qui sont en état d'aider ses recherches par l'envoi de livres ou de renseignements. Les auteurs de toute publication botanique ou philologique où sont cités les noms vulgaires de nos plantes sont instamment priés de lui faire connaître leur travail, et, s'il se peut, de lui en faire hommage. Les personnes qui habitent les départements seront les bienvenues à lui indiquer les noms vulgaires qu'elles ont recueillis avec la mention exacte de la plante qui les porte, ou, si cette plante ne leur est pas suffisamment connue, en joignant à leur envoi un exemplaire desséché. D'ailleurs, sur leur demande, la Société de Linguistique leur fera parvenir des instructions plus détaillées. La source de tous les matériaux qu'elle aura pu réunir sera scrupuleusement indiquée dans le Glossaire.

Il est inutile de faire observer que le Glossaire qu'elle projette ne devra contenir que les mots français ou employés dans un patois ou dialecte qui comme le provençal, par exemple, ne diffère pas du français par son origine ; les termes germaniques, bretons ou basques sont exclus du cadre de ces recherches.

M. de Candolle, membre de la Société de botanique, a mis à la disposition de la Commission un glossaire comparatif des noms de plantes, composé par son père.

Les communications relatives au même sujet peuvent être adressées à M. Michel Bréal, secrétaire de la Société de Linguistique, 63, boulevard Saint-Michel.


On peut voir que Rolland a suivi exactement ce plan, — et en le complétant par le folklore, dont une « Société de Linguistique », n'avait pas à s'occuper.


[VIII]


III


Je regrette de donner d'aussi longues pages d'Additions et de Corrections à la fin de ce volume. Elles proviennent de trois sources.

1° Des fiches que j'ai retrouvées dans les papiers de Rolland, mais trop tard pour les intercaler dans le texte ;

2° Des observations de plusieurs correspondants (notamment de M. Feller) qui me sont arrivées lorsque la mise en pages était déjà faite, après la correction de la première épreuve ;

3° Des additions de M. Edmont : ce dernier a été absent plus d'un an, occupé à des recherches linguistiques sur les parlers de la Corse ; à son retour, il a bien voulu revoir les feuilles tirées pour compléter, d'après ses dossiers, la liste des formes dialectales. Les lecteurs s'applaudiront, comme nous, que l'œuvre posthume de Rolland obtienne le précieux concours de ces trois philologues : MM. Edmont, Ernault et Feller. Je ne dois pas oublier de remercier le maître du folklore flamand, M. A. de Cock, de son zèle inlassable à nous donner les éléments flamands de la Flore (et de la Faune). MM. Batcave, Camélat et Tarissan, comme on voit par leurs fréquentes communications, collaborent à cette œuvre pour la région pyrénéenne (Béarn et Gascogne) ; et, de même, M. A. Perbosc pour le Languedoc proprement dit. Nous leur adressons à tous nos cordiaux remerciements, les lecteurs et moi. Je commence aussitôt l'impression du tome X.


H. Gaidoz

22, rue Servandoni, Paris VIe, août 1912.