Poire de terre Cochet (Potager d'un curieux, 1899)

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Potager d'un curieux, Introduction
Pourpier à grandes fleurs


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Nom accepté : Smallanthus sonchifolius

POIRE DE TERRE COCHET
Polymnia edulis Weddell, Ann. sc. nat., 4e sér., t. VII, p. 111.
Fam. des Composées.


Racine tubéreuse ; tige robuste, rameuse, cannelée, anguleuse, plus ou moins hérissée de poils à la base ; la partie supérieure, les rameaux (surtout auprès des nœuds) et les pédoncules velus tomenteux ; feuilles opposées, amples, ovales, faiblement acuminées, à base cunéiforme, inégalement sinuées-dentées, la face supérieure brièvement hérissée et légèrement rude, pubescentes en dessous et d'un vert plus pâle ; feuilles de l'involucre ovales, subacuminées, à base plus ou moins connée, ciliées; paillettes oblongues, de même longueur que les fleurs, denticulées au sommet ; corolle à rayons plus courts que l'involucre ; ligule ovale, à sommet profondément tridenté ; base et tube courts, très hérissés.

Notice sur l'Ahipa et l'Aricoma, plantes alimentaires du haut Pérou, par A. Weddell (Ann. des sc. nat., loc. cit.) :

« Il est peu de pays qui offrent une aussi grande


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diversité de climats que la Bolivie ou le haut Pérou ; quelques points de leur territoire sont même situés d'une manière si spéciale, que les habitants, en quittant leur ciel tempéré peuvent gagner en quelques heures et à volonté la zone des neiges perpétuelles ou celle de la végétation tropicale. Telle est, en particulier, la position de la ville de La Paz, bâtie au fond d'un ravin qui la fait communiquer, d'une part, avec les vallées tropicales du versant oriental des Andes et, de l'autre, avec les glaciers de la grande Cordillère qui se dressent majestueusement au-dessus d'elle. On comprend les avantages d'une situation semblable au point de vue des produits alimentaires végétaux, qui doivent presque nécessairement s'y montrer bien plus variés que dans des lieux moins favorablement placés. C'est, en effet, ce que l'on remarque; aussi, lorsque, dans mon dernier voyage en Amérique, je voulus faire le relevé des plantes comestibles qui se trouvaient en vente sur le marché de La Paz, ne fus-je pas surpris de voir figurer, à côté des Fraises, des Pommes et des Pêches, les Bananes, les Grenadilles et les Ananas ; mais les produits qui attirèrent plus particulièrement mon attention furent ceux qui paraissaient avoir quelque analogie avec la Pomme de terre, à laquelle on cherchait alors un succédané, et je m'intéressai d'autant plus à cet examen qu'à côté des tubercules de l’Oxalis tuberosa, de l’Ullucus et du Tropæolum tuberosum, dont on parlait beaucoup en Europe, je crus en remarquer deux autres qui m'étaient encore inconnus et qui présentaient à peu près l'aspect des racines renflées du Dahlia. Mais ce n'étaient plus, comme les précédents et comme la Pomme de terre, des produits des parties tempérées ou froides des Andes, car il provenaient l'un et l'autre de la zone subtropicale et on les voyait, à ce titre, tenir compa-


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gnie, dans les étalages des marchands, aux racines ou tubercules féculents du Manioc, de l’Arracacha, du Canna edulis ou du Colocasia esculenta.
L'un de ces tubercules, long de 10 à 15 centimètres, effilé aux deux bouts et de couleur jaunâtre, porte, à La Paz, le nom d’Ahipa (ou Ajipa) ; l'autre, plus gros, plus trapu et de couleur plus foncée, y est connu sous ceux de Yacon ou Aricoma. Tous les deux sont apportés en quantités considérables des parties chaudes du ravin, où ils paraissent être cultivés depuis un temps immémorial.
Lors de mon passage, la saison était malheureusement trop avancée pour que je pusse me procurer les matériaux qui m'auraient fait connaître leur origine botanique; j'eus donc le regret de quitter le pays sans avoir pu satisfaire ma curiosité ; et, malgré de nombreuses démarches, ce n'est que tout dernièrement que j'ai obtenu des échantillons[1] qui me permettent d'éclairer la question.
Or, ceux que j'ai reçus de la plante qui fournit le premier de ces tubercules, l’Ahipa, bien que dépourvus de fleurs et de fruits, me permettent cependant d'affirmer qu'elle appartient à la famille des Légumineuses et à la tribu des Phaséolées, et j'ai cru tout d'abord que ce devait être une espèce de Dolichos, peut-être le Dolichos tuberosus Lamk. que l'on prétend (Lamk., Encycl., II, 295) avoir été porté de l'Amérique du Sud aux Antilles par les Caraïbes. Je dus cependant renoncer bientôt à cette idée, car, si je trouvai d'assez grands rapports entre les feuilles de l’Ahipa et celles de la

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  1. Je suis redevable de ces échantillons, ainsi que de précieux matériaux pour ma Flore des hautes Cordillères, à l'extrême obligeance de mon ami M. Gilbert Mandon, qui vient de faire en Bolivie un séjour de plusieurs années.


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plante représentée par Plumier et cultivée au Muséum sous le nom de Dolichos tuberosus, je constatai en même temps, entre les parties souterraines, des différences qui ne permettaient pas de les confondre ; la plante bolivienne est, en effet, munie le plus ordinairement d'un nombre assez considérable de tubercules de la nature de ceux que j'ai décrits, chacune de ses racines principales en offrant souvent deux ou trois ; tandis que, dans la plante des Antilles, au contraire, non seulement on ne trouve, en général, qu'un tubercule, mais celui-ci atteint parfois des dimensions énormes[1].
Pour comparer ces deux plantes, j'étais parti de l'hypothèse qu'elles appartenaient au même genre, ce qui n'est pas encore démontré ; j'ajouterai même que M. Bentham, auquel j'ai envoyé quelques-unes des feuilles que je venais de recevoir de Bolivie, m'a dit qu'elles pourraient fort bien être celles d'une espèce de Stenolobium. On m'a suggéré également qu'il se pourrait que ma plante fût une des espèces de Rhynchosia, qui sont actuellement cultivées dans l'Inde pour leurs racines tubéreuses.
Mais s'il est vrai, ainsi que les habitants de La Paz le prétendent, que la culture de l’Ahipa remonte au temps des Incas[2], nous ne pourrions guère avoir

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  1. M. Belanger, directeur du Jardin botanique de Saint-Pierre, à la Martinique, m'a assuré que les tubercules du Dolichos tuberosus acquéraient quelquefois le poids énorme de 30 kilogrammes. Leur saveur, m'a-t-il dit, est assez comparable à celle de la Betterave. La plante n'est pas cultivée, mais elle se rencontre à l'état sauvage dans la commune des Trois-Islets, où les nègres recherchent quelquefois son tubercule pour le râper et en mêler la farine brute à celle du Manioc.
  2. On montre un endroit, au pied de l'Ellimani, où les anciens avaient eu la patience d'amener de trois lieues, au moyen d'une rigole, l'eau nécessaire pour arroser les gradins de la montagne sur laquelle on cultivait ce légume.


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affaire ici qu'à une espèce américaine. Les recherches que j'ai faites dans les livres et dans les herbiers, d'après les indications de M. Bentham, ne m'ont du reste conduit à aucun résultat positif, et, bien qu'il me semble probable que l'espèce n'a pas encore été décrite, j'attendrai pour l'affirmer de plus amples informations[1].
Les échantillons de la plante qui produit le second tubercule, celui qui est connu à La Paz sous le nom de Yacon ou Aricoma, sont bien plus complets que ceux de l’Ahipa ; aussi n'ai-je eu aucune peine à y reconnaître une espèce tout à fait inédite. J'ai dit que les tubercules étaient en général plus volumineux et plus trapus que ceux de la plante précédente ; ils résultent d'ailleurs comme eux et comme ceux du Dahlia, d'un développement particulier des racines, et on peut d'autant mieux les comparer à ces derniers qu'ils sont le produit d'une plante de la même famille. Cette plante est une espèce du genre Polymnia, pour laquelle je propose le nom de P. edulis et que je vais décrire comme suit :
Elle croît spontanément près de Quitame, sur le versant oriental des Audes de Bogota, à une altitude de 2.000 mètres (Triana). Elle est cultivée dans la région subtropicale du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, où, au témoignage de Triana, elle porte les noms de Jiquima et Jiquimilla.
Le volume des tubercules que j'ai vus en vente, au marché de La Paz, était, en moyenne, de celui du poing, mais on m'a assuré qu'il y en a qui pèsent près de 2 kilogrammes ; chaque souche en produit en moyenne

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  1. Des échantillons plus complets ont été envoyés récemment, par le Dr Ernst et ont permis d'établir que l’Ahipa n'est autre chose que le Dolichos tuberosus Lamk. (Pachyrrhizus tuberosus Spreng. ) Voir la note consacrée à cette plante, au mot Dolic tubéreux.


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4 ou 5 : il y en a cependant, à ce qu'il paraît, qui en fournissent 15 ou 20.
Pour compléter ce que j'avais à dire de ces deux légumes, il me reste à parler de leurs qualités nutritives et de leur saveur. Nous dirons d'abord que l'un et l'autre se mangent crus comme des Pommes et qu'ils sont tenus en aussi grande estime que ces fruits par toute la classe inférieure de la population ; doit-on en conclure que leur saveur est aussi agréable ? c'est là, on le comprend, une affaire de goût ; quant à moi, je me contenterai de dire que l’Ahipa m'a paru avoir quelque analogie de saveur avec le Navet, dont il a aussi la consistance.
L’Aricoma, que je lui préfère, m'a paru ressembler davantage, sous ce rapport, à une mauvaise Poire. Il ne contient, d'ailleurs, qu'une très petite quantité de fécule, tandis que l’Ahipa en renferme une proportion assez notable et pourrait se comparer, au point de vue de ses propriétés nutritives, au tubercule de l’Ullucus tuberosus, tandis que l’Aricoma serait l'analogue du Topinambour, dont il diflère néanmoins par une bien plus forte proportion de sucre.
En résumé, ce que j'ai vu de ces deux tubercules m'a convaincu que, s'il pouvait y avoir quelque avantage à en essayer l'introduction dans nos cultures — et je ne doute pas qu'ils ne prospéreraient sous le climat de l'Algérie, — ce ne serait pas comme végétaux alimentaires pour l'homme, mais plutôt comme plantes industrielles, destinées à servir, soit à la fabrication de l'alcool, soit à la nourriture des bestiaux ; et, sous ce double rapport, le Polymnia edulis serait bien, sans aucun doute, celle des deux plantes qu'il faudrait préférer, tant à cause de la quantité plus considérable de matière saccharine de ses tubercules qu'à cause de son


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grand produit. J'ajouterai que cette plante, considérée comme succédanée du Topinambour, présenterait sur ce dernier un avantage, celui de ne pas tracer et d'être, par conséquent, beaucoup plus facile à extirper des terrains où on la cultiverait. Ses parties vertes sont, d'ailleurs, encore plus abondantes et surtout plus tendres que celle du Topinambour et seraient sans doute, pour cette raison, plus recherchées des bestiaux. »


La culture du Polymnia edulis n'a donné aucun résultat utile et la plante est venue grossir le nombre des lamentables échecs que l'on a éprouvés en cherchant à remplacer éventuellement la Pomme de terre. Cependant, l'histoire de la découverte de deux plantes alimentaires nouvelles n'étant pas sans intérêt, nous pensons qu'on nous approuvera d'avoir reproduit in extenso la note de M. Weddell.

Nous terminons en indiquant les sources auxquelles on pourra puiser des renseignements complémentaires sur la Poire de terre Cochet.

  • Polymnia edulis. Bull. Soc. d'Accl., vol. VII, 1860, p. 357.
  • Sur la Poire de terre Cochet, Polymnia edulis, par M. Quihou, Bull. Soc. d'Accl., vol. XX, 1863, p. 344.
  • Sur la Poire de terre Cochet, par M. Quihou. Bull. Soc. d'Accl., 2° série, vol. I, 1864, p. 530.
  • Floraison de la Poire de terre Cochet, par M. Quihou. Bull. Soc. d'Accl., 2° série, vol. II, 1865, p. 652.