Plantes cultivées (Darwin)

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Darwin, De la variation des animaux et des plantes à l'état domestique, 1879-80
Froment

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CHAPITRE IX.
PLANTES CULTIVÉES : CÉRÉALES ET PLANTES POTAGÈRES.


REMARQUES PRÉLIMINAIRES sur le nombre et l'origine des plantes cultivées. — Premiers degrés de culture. — Distribution géographique des plantes cultivées.

CÉRÉALES. — Incertitude, sur le nombre des espèces. — Froment et ses variétés. — Variabilité individuelle. — Changements d'habitudes. — Sélection. — Histoire ancienne des variétés. — Maïs, sa grande variation. — Action directe du climat sur le maïs.

PLANTES POTAGÈRES. — Chou : ses variétés par !e feuillage et la tige, mais pas par d'autres parties. — Leur origine. — Autres espèces de Brassicæ. — Pois : importance des différences entre les diverses sortes, surtout dans les gousses et les graines. — Constance et variabilité de quelques variétés. — Ne s'entrecroisent pas. — Fèves. — Nombreuses variétés de pommes de terre. — Différences entre les tubercules. — Caractères héréditaires.


Je n'entrerai pas, au sujet de la variabilité des plantes cultivées, dans autant de détails que je l'ai fait pour les animaux domestiques. Le sujet offre des difficultés considérables. Les botanistes ont généralement négligé les variétés cultivées comme indignes de leur attention. Dans beaucoup de cas, le prototype sauvage est douteux ou inconnu, et, dans d'autres, il est presque impossible de distinguer entre les sauvageons échappés et les plantes vraiment sauvages, de sorte qu'on n'a aucun terme absolu de comparaison, qui permette d'apprécier l'étendue des changements survenus. Beaucoup de botanistes croient que plusieurs de nos plantes anciennement cultivées ont été si profondément modifiées qu'il est actuellement impossible de reconnaître les formes primitives dont elles descendent. On est également très-embarrassé pour savoir si quelques-unes proviennent d'une seule espèce, ou de plusieurs inextricablement confondues par


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des croisements et des variations. Les variations se transforment souvent en monstruosités dont on ne peut les distinguer ; or, les monstruosités ont peu d'importance pour le but que nous nous proposons. Un grand nombre de variétés ne sont propagées que par greffes, bourgeons, marcottes, bulbes, etc., et, très-fréquemment, on ignore jusqu'à quel point leurs caractères peuvent se transmettre par le semis. On peut cependant glaner quelques faits qui ont de l'importance, et dont nous aurons à parler plus loin. Le but principal des deux chapitres qui vont suivre est d'indiquer le nombre considérable des caractères qui sont devenus variables chez nos plantes cultivées.

Avant d'entrer dans les détails, il convient de faire quelques remarques générales sur l'origine des plantes cultivées. Dans un admirable ouvrage qui dénote chez son auteur une grande étendue de connaissances, M. Alph.de Candolle[1] donne une liste des 157 plantes cultivées les plus utiles. Il estime qu'environ 85 sont presque certainement connues à l'état sauvage, point sur lequel cependant d'autres juges compétents paraissent élever quelques doutes[2]. Pour 40 d'entre elles, M. de Candolle admet une origine douteuse, soit à cause de certaines dissemblances qu'elles présentent avec les formes sauvages les plus voisines auxquelles on peut les comparer, soit à cause de la probabilité que ces dernières ne sont pas réellement des plantes sauvages, mais les produits de graines échappées à la culture. Sur ces 157 plantes, d'après M. de Candolle, il n'y en a que 32 dont l'état primitif soit complètement inconnu. Mais il faut observer qu'il ne comprend pas dans sa liste plusieurs plantes à caractères mal définis, comme les diverses formes de courges, de millet, de sorgho, de haricots, de dolichos, de capsicum et d'indigo. Il ne comprend pas non plus les fleurs dans son travail ; or, on affirme que plusieurs des fleurs les plus anciennement cultivées, telles que certaines roses, le lis impérial ordinaire, la tubéreuse et même le lilas, sont inconnues à l'état sauvage[3]. M. de Candolle conclut des chiffres relatifs donnés plus haut,

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  1. Géographie botanique raisonnée, 1855, p. 810-901.
  2. Historical note on cultiv. plants, par Dr A. Targioni-Tozzetti ; analyse de M. Bentham dans Hortic. Journal, voI. IX, 1855, p. 133. — Voir aussi Edinhurgh Review, 1866, p. 540.
  3. Historical notes, etc.


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et d'autres arguments ayant une grande valeur, que les plantes ont été rarement assez complètement modifiées par la culture, pour qu'on ne puisse plus reconnaître leurs prototypes sauvages. Mais, dans cette hypothèse, si l'on considère qu'il n'est pas probable que les sauvages aient choisi des plantes rares pour les cultiver, que les plantes utiles sont généralement remarquables, et qu'elles ne devaient pas habiter des déserts ni des îles écartées et récemment découvertes, il me paraît étrange qu'il y ait autant de plantes cultivées, dont les formes primitives soient encore douteuses ou inconnues. Si, d'autre part, un grand nombre de ces plantes ont été profondément modifiées par la culture, la difficulté disparaît ; elle disparaît également si l'on adopte l'hypothèse de l'extermination des formes sauvages pendant les progrès de la civilisation ; mais M. de Candolle démontre l'improbabilité de cette extermination. Dès qu'une plante a été cultivée dans une localité, les habitants civilisés n'ont plus eu besoin de la chercher dans toute l'étendue du pays, ce qui aurait pu entraîner son extirpation complète, et, en admettant même que cela ait pu arriver momentanément, pendant une disette, il serait resté des graines dans le sol. Ainsi que Humboldt l'a fait remarquer depuis longtemps, la luxuriance de la nature sauvage dans les pays tropicaux est au-dessus des faibles efforts de l'homme. Dans les pays tempérés anciennement civilisés, où la surface entière du sol a été considérablement modifiée, quelques plantes ont pu, sans aucun doute, être exterminées ; néanmoins, M. de Candolle a démontré que toutes les plantes que l'on sait avoir été réduites en domesticité en Europe y existent encore à l'état sauvage.

MM. Loiseleur-Deslongchamps[1] et de Candolle font remarquer que nos plantes cultivées, et particulièrement les céréales, doivent avoir primitivement existé à peu près dans leur état actuel, car autrement, on ne les aurait pas remarquées et appréciées comme moyen d'alimentation. Mais ces auteurs ne semblent pas avoir songé aux descriptions faites par les voyageurs relativement à la misérable nourriture que recueillent les sauvages. J'ai lu quelque

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  1. Considérations sur les Céréales, 1842, p. 37. — Géogr. bot., 1855, p. 930. " Plus on suppose l'agriculture ancienne, et remontant à une époque d'ignorance, plus il est probable que les cultivateurs ont dû choisir des espèces offrant à l'origine même un avantage incontestable."


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part que les sauvages australiens, pendant une disette, font cuire de diverses façons une foule de végétaux pour les rendre inoffensifs et plus nourrissants. Le Dr Hooker raconte que les habitants à moitié affamés d'un village, dans le Sikhim, souffraient violemment parce qu'ils avaient mangé des racines d'arum[1] ; ils les avaient pilées et laissé fermenter pendant plusieurs jours, pour leur enlever une partie de leurs propriétés vénéneuses ; il ajoute qu'ils faisaient cuire et qu'ils mangeaient plusieurs autres plantes délétères. Sir A. Smith m'informe que, dans l'Afrique méridionale, en temps de disette, on consomme un grand nombre de fruits et de feuilles succulentes, et surtout des racines. Les naturels connaissent même les propriétés d'une grande quantité de plantes, que, dans des moments de détresse, ils ont reconnues nutritives, nuisibles à la santé, ou meurtrières. Il rencontra un parti de Baquanas, qui, expulsés par les victorieux Zoulous, se nourrissaient, depuis quelques années, de racines et de feuilles qui, en leur distendant l'estomac, calmaient les angoisses de la faim. Ils ressemblaient à des squelettes ambulants, et souffraient horriblement de la constipation. Sir A. Smith m'apprend aussi que, dans ces circonstances, et pour se guider par leur exemple, les naturels observent ce que mangent les animaux sauvages, surtout les singes.

C'est par des expériences innombrables faites par les sauvages de tous les pays sous l'empire de la nécessité, et dont la tradition a transmis les résultats, qu'ont été découvertes les propriétés nutritives, stimulantes ou médicinales des plantes. Il semble inexplicable à première vue, que l'homme sauvage ait, dans trois parties éloignées du globe, découvert au milieu d'une multitude de plantes indigènes, que les feuilles du thé et du maté et les baies du caféier renferment un principe nutritif et stimulant, dont l'analyse chimique a plus tard démontré l'identité. Il est facile aussi de comprendre que les sauvages, souffrant de la constipation, ont dû observer naturellement quelles étaient parmi les racines qu'ils mangeaient, celles qui avaient des propriétés apéritives. Nous devons probablement toutes nos connais-

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  1. Le Dr Hooker m'a transmis ces renseignements. Voir aussi son Himalayan Journal, 1854. vol. II, p. 49.


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sances relatives aux usages et aux vertus des plantes, au fait que l'homme, ayant à l'origine vécu à l'état barbare, a souvent été contraint par le besoin d'essayer comme aliment à peu près tout ce qu'il pouvait mâcher et avaler. Ce que nous savons des habitudes des sauvages dans les différentes parties du globe nous autorise à penser que nos céréales n'ont pas existé primitivement dans leur état actuel, si précieux pour l'homme. Voyons ce qu'il en est en Afrique. Barth[1] raconte que, dans une grande partie de la région centrale, les esclaves recueillent régulièrement les graines d'une herbe sauvage, le Pennisetum distichum ; il a vu, dans une autre contrée, les femmes recueillir les graines d'un Poa en promenant une sorte de panier, au travers des herbages des riches prairies[2]. Près de Tete, Livingstone a vu les naturels récolter les graines d'une graminée sauvage ; et, plus au sud, d'après Anderson, les habitants font grand usage d'une petite graine qu'ils font bouillir dans l'eau ; ils mangent aussi les racines de certains roseaux. On sait aussi que les Boschimans déterrent au moyen de pieux en bois durci au feu diverses racines pour les manger. On pourrait citer d'autres faits analogues sur l'emploi des graines de graminées sauvages dans d'autres parties du monde.

Nous nous persuadons difficilement, accoutumés que nous sommes à nos excellents légumes et à nos fruits savoureux, que les racines astringentes de la carotte, les petits rejetons de l'asperge sauvage, ou les fruits des pommiers et des pruniers sauvages, etc., aient jamais pu avoir quelque valeur ; et, cependant, ce que nous savons des habitudes des Australiens et des sauvages de l'Afrique méridionale ne peut nous laisser aucun doute à cet égard. Pendant l'âge de la pierre, les habitants de la Suisse récoltaient, sur une vaste échelle, les prunes et les pommes, les fruits de l'églantier, du sureau, les faînes, et autres baies et fruits sauvages[3]. Jemmy Button, un indigène de la Terre

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  1. Voyages dans l'Afrique centrale, vol. I, p. 529 et 590; vol. II, p. 29, 205, 270. (Trad. anglaise.) — Voyages de Livingstone, p. 551.
  2. Ainsi dans l'Amérique du Nord et du Sud. —M. Edgeworth, Journal. Proc. Linn. Soc., vol. VI, bot., 1862, p. 181, affirme que, dans les déserts du Pendjaub, de pauvres femmes ramassent dans des paniers de paille, les graines de Graminées appartenant aux quatre genres Agrostis, Panicum, Cenchrus et Pennisetum, ainsi que celles d'autres genres appartenant à des familles distinctes.
  3. Professeur O. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, 1865, Neujahr. Naturforsch. Gesellschaft, 1866, et Dr Christ dans Rütimeyer, Fauna der Pfahlbauten, 1861, p. 226.


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de Feu, qui était à bord du Beagle, me disait qu'il trouvait trop sucrés les pauvres cassis acides de ce pays.

Les habitants sauvages de chaque pays ont sans doute appris à connaître par de longs et pénibles essais les plantes qui pouvaient être utilisées telles quelles, ou celles qui, grâce à certains apprêts culinaires, pouvaient servir à l'alimentation ; ils ont dû alors faire le premier pas vers la culture en les plantant dans le voisinage de leurs habitations. Livingstone[1] raconte que les Batokas respectent les arbres fruitiers sauvages qui se trouvent dans leurs jardins, ou parfois même en plantent quelques-uns, « pratique qu'il n'a observée chez aucune autre tribu indigène ». Toutefois du Chaillu a vu un palmier et quelques arbres à fruits, qui avaient été plantés, et qu'on regardait comme une propriété particulière. Un second pas vers la culture, mais cela demande déjà un peu de prévoyance, consiste à semer les graines des plantes utiles ; or, comme le sol, dans le voisinage des huttes des indigènes[2], est, dans une certaine mesure, enrichi par des débris de toute sorte, des variétés améliorées doivent tôt ou tard se produire. Ou bien encore, une variété nouvelle et meilleure d'une plante indigène peut attirer l'attention d'un vieux sauvage plus sagace, qui la transplante ou en sème la graine. Il est très-certain qu'on rencontre parfois des variétés supérieures d'arbres à fruits sauvages ; le professeur Asa Gray[3] signale, par exemple, en Amérique, certaines espèces d'aubépines, de pruniers, de cerisiers, de vignes et de noyers. Downing affirme aussi que quelques variétés sauvages de noyers américains produisent des fruits plus grands et plus savoureux que ceux de l'espèce commune. Je signale les arbres fruitiers américains, parce que nous pouvons affirmer dans ce cas que les diverses variétés ne proviennent pas de sauvageons échappés de cultures artificielles. La transplantation des variétés supérieures et l'ensemencement ne supposent pas un degré trop considérable de prévoyance à une époque reculée d'une grossière civilisation. Les sauvages australiens eux-mêmes ont pour principe de ne jamais arracher

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  1. Voyages, p. 535. — Du Chaillu, Adventures in equatorial Africa, 1861, p. 445.
  2. A la Terre de Feu on peut reconnaître à une grande distance les emplacements des anciens wigwams par la teinte plus brillante de la végétation locale.
  3. American Acad. of Arts and Sciences, 10 avril 1860, p. 413. — Downing, The Fruits of America, 1845, p. 261.


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après sa floraison une plante qui porte des graines, et Sir G. Grey[1] n'a jamais vu violer cette loi, évidemment établie pour la conservation de la plante. La même pensée a dû inspirer aux naturels de la Terre de Feu la croyance en vertu de laquelle l'extermination des oiseaux aquatiques trop jeunes amène certainement beaucoup de pluie, de neige et de vent[2]. Comme exemple de prévoyance chez les sauvages les plus infimes, je puis ajouter que, lorsque les habitants de la Terre de Feu trouvent une baleine échouée sur la plage, ils en ensevelissent la plus grande partie dans le sable, et, lors des famines auxquelles ils sont fréquemment exposés, ils reviennent de très-loin pour chercher ces restes à demi putréfiés.

On a souvent remarqué[3] que ni l'Australie, ni le cap de Bonne-Espérance — quoique les espèces indigènes y abondent, — ni la Nouvelle-Zélande, ni l'Amérique au sud de la Plata et selon quelques auteurs au nord du Mexique, ne nous ont fourni une seule plante utile. A l'exception du blé des Canaries, je ne crois pas que nous ayons tiré aucune plante comestible, ou ayant quelque valeur, d'une île océanique ou inhabitée. Si presque toutes nos plantes utiles, natives d'Europe, d'Asie et de l'Amérique du Sud, avaient primitivement existé dans leur état actuel, l'absence complète de plantes utiles analogues dans les grands pays que nous venons de citer serait certes un fait bien étonnant. Mais, si ces plantes ont été assez profondément modifiées et améliorées par la culture pour ne plus ressembler à aucune espèce naturelle, il est facile de comprendre pourquoi les contrées ci-dessus mentionnées ne nous ont fourni aucune plante utile ; en effet, elles étaient habitées par des hommes qui, comme en Australie et au Cap de Bonne-Espérance, ne cultivaient pas du tout la terre, ou ne la cultivaient que très-imparfaitement, comme dans certaines parties de l'Amérique. Or, ces pays produisent certainement des plantes utiles à l'homme sauvage ; le docteur Hooker[4] en énumère 107 au moins qui sont dans ce cas dans la seule Australie ; mais ces plantes n'ont pas été amé-

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  1. Journal of Exped. in Australia, 1841, vol. II, p. 292.
  2. Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde, p. 215.
  3. De Candolle a résumé les faits d'une manière fort intéressante dans sa Géographie botanique, p. 986.
  4. Flora of Australia, Introduction, p. 110.


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liorées, et ne peuvent par conséquent pas lutter avec celles qui, depuis des milliers d'années, ont été cultivées et perfectionnées dans le monde civilisé.

Le cas de la Nouvelle-Zélande, île magnifique à laquelle nous ne devons encore aucune plante un peu généralement cultivée, peut paraître en opposition avec cette hypothèse, car, lorsqu'on l'a découverte, les naturels cultivaient certaines plantes ; mais tous les savants admettent, ce qui concorde avec les traditions des indigènes, que les premiers colonisateurs polynésiens avaient apporté avec eux des graines, des racines, ainsi que le chien, qui tous avaient été sagement conservés pendant leur long voyage. Les Polynésiens se sont si souvent perdus sur l'Océan, qu'ils devaient prendre en s'embarquant des précautions de ce genre. Il en résulte que les premiers colonisateurs de la Nouvelle-Zélande, pas plus que les colons européens plus récents, n'avaient pas de motifs pressants pour se livrer à la culture des plantes indigènes. M. de Candolle affirme que nous devons trente-trois plantes utiles au Mexique, au Pérou et au Chili ; ce fait n'a rien d'étonnant, si nous songeons à l'état de civilisation auquel étaient parvenus ces pays, à en juger par les travaux exécutés pour assurer l'irrigation artificielle et les tunnels percés dans des roches dures sans le secours du fer ou de la poudre ; les habitants de ces pays, d'ailleurs, comme nous le verrons dans un chapitre subséquent, comprenaient toute l'importance de la sélection et l'appliquaient aux animaux, et probablement aussi aux plantes. Le Brésil nous a fourni quelques plantes, et les anciens voyageurs, entre autres Vespuce et Cabral, décrivent le pays comme très-peuplé et très-cultivé. Les indigènes de l'Amérique du Nord[1] cultivaient du maïs, des courges, des fèves et des pois, tous différents des nôtres, et le tabac ; nous ne sommes donc nullement autorisés à affirmer qu'aucune de nos plantes actuelles ne puisse pas descendre de ces formes de l'Amérique du Nord. Si ce pays avait été civilisé depuis une aussi longue

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  1. Pour le Canada, voir J. Cartier, Voyage en l534. — Pour la Floride, voyages de Narvaez et de Ferd. de Soto. Je ne puis indiquer exactement les pages car j'ai consulté ces anciens voyages dans plusieurs collections différentes. Voir aussi pour plusieurs renseignements, Asa Gray, American Journal of Science, vol. XXIV, nov. 1857, p. 441. Pour les traditions des indigènes de la Nouvelle-Zélande, voir Crawfurd, Grammar and Dict. of the Malay language, 1852, p. 200.


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période que l'Asie et l'Europe, et aussi peuplé que ces deux parties du monde, il est probable que la vigne indigène, le noyer, le mûrier, le pommier et le prunier auraient, après une culture prolongée, engendré une foule de variétés, dont plusieurs fort différentes de leur souche primitive, et dont les produits échappés auraient probablement, tant dans le nouveau monde que dans l'ancien, singulièrement compliqué les questions relatives à leur distinction spécifique et à leur origine[1].

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  1. Voir Cybele Britannica, vol. I, p. 330, 334, etc., remarques sur nos pruniers, nos cerisiers et nos pommiers sauvages, par M. H. C. Watson. — Van Mons, Arbres fruitiers, 1835, t. I, p. 444, déclare qu'il a trouvé les types de toutes nos variétés cultivées dans des sauvageons, mais alors il considère ces sauvageons comme autant de souches primitives.