Palmier-dattier (Trabut, Algérie Agricole, 1906)

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Extrait du chapitre Le Sahara



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Le Dattier est l'arbre adapté aux régions sahariennes pourvues d'eau ; il n'est pas une plante entièrement désertique car il ne peut prospérer sans avoir un sol très humide à sa disposition ; mais il a un feuillage apte à supporter les températures sèches les plus élevées. « Ce roi des arbres, disent les Arabes, vit les racines dans l'eau courante et la tête dans le feu du ciel ». Si le Dattier a besoin, pour mûrir ses fruits, d'un été excessivement chaud, il peut supporter, en hiver, pendant la période de repos, des températures de plusieurs degrés au-dessous de 0.

Le Dattier n'est pas bien difficile sur la qualité des eaux d'irrigation, il est une des plantes qui résistent le mieux au sel.

Le Dattier nécessite de grandes quantités d'eau d'irrigation, on compte, en général, qu'un arbre a besoin de 20 litres d'eau par heure.

On donne de 72 à 75 mètres par Dattier en 24 irrigations de 3 mètres cubes :

5 irrigations en printemps;
17 en été, de juin à septembre ;
2 en hiver.

Dans les terrains salés si fréquents, ces quantités doivent être dépassées car un excès d'eau, entraînée par des drainages, est nécessaire pour éliminer les sels qui stérilisent complètement le sol.

Les Indigènes plantent sans ordre et, généralement, les Dattiers sont trop rapprochés, une bonne distance parait être de 10 mètres, soit 100 arbres à l'hectare.


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Le Dattier est dioïque, à l'état naturel les semis donnent un nombre à peu près égal de males et de femelles et la fécondation est obtenue naturellement par le vent qui transporte le pollen très fin et léger.

Dans les cultures l'homme est arrivé à supprimer, le plus possible, les males pour augmenter le nombre de femelles, de là est née la nécessité de la fécondation artificielle qui est une des opérations les plus importantes dans la culture du Dattier.

Les Dattiers mâles doivent donner des fleurs assez tôt pour assurer la fécondation des premiers régimes femelle. Cette condition n'est pas toujours réalisée et les Arabes conservent quelque fois du pollen d'une année à l'autre.

L'opération de la fécondation est assez simple, les régimes mâles, pris à point, sont débités en petits rameaux, et un fragment est placé au milieu de l'inflorescence femelle qui est contenue dans une grande gaine appelée spathe. Avec un lien cette spathe est maintenue fermée pendant quelques jours, le pollen tombe du rameau de fleurs mâles sur les jeunes ovaires. Le régime s'allonge, ensuite sort de la spathe et s'épanouit. Des trois carpelles, qui constituaient l'organe femelle, un seul se développe et devient la datte.

Sur un même Dattier, il faut opérer la fecondation autant de fois qu'il se développe de régimes successivement.

Certaines variétés portent plus de régimes que l'arbre pourrait en nourrir après la fécondation, aussi les cultivateurs Indigènes limitent le nombre des régimes fécondés, on ne dépasse pas ordinairement un dizaine.

Il est très curieux de voir avec quelle habileté les


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Indigènes des oasis grimpent sur les Dattiers, pénètrent dans la couronne de feuilles très épineuses à leur base et opèrent la fécondation.

La nécessité de féconder chaque régime, entraîne un grand nombre d'ascensions sur des sujets parfois très élevés.

Le nombre des variétés du Dattier est très considérable, chaque semis donne une race particulière qui peut être ensuite multipliée par les rejetons des pieds. Les Indigènes ne font pas de semis, ce sont des semis de hasard qui ont produit les races existantes.

On peut classer les Dattiers en trois catégories d'après les fruits qui sont :

Dattes de conserve molles ;
Dattes de conserve sèches ;
Dattes ne se conservant pas et consommées fraîches.

Dans chaque région on observe un certain nombre de variétés principales qui constituent les trois quarts de la palmeraie, le quatrième quart est représenté par des races accessoires toujours très nombreuses.

Il serait très intéressant de constituer, comme l'avait déjà proposé M. Ch. Bourlier, une collection de Dattiers pour étudier facilement les variétés qui pourraient être, avec profit, multipliées dans l'avenir.

Cette collection est en voie de se constituer en Amérique, à Phenix et à Tempe, sous la direction de l'Experiment Station de l'Université de l'Arizona, avec le concours du département de l'Agriculture.

La multiplication, par les rejetons ou Djebars, est relativement facile, le rejeton séparé du pied mère est planté au printemps, il peut à ce moment supporter des transports assez longs.


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Le gouvernement américain, en 1900, a fait expédier de Biskra, environ 500 Djebars simplement entourés de lif ou fibres du tronc, dans des caisses. Ces rejetons récoltés à la fin de mai, étaient expédiés d'Alger le 13 juin, le 3 juillet ils étaient à New-York et le 20 juillet à Phenix où, après fumigation insecticide, ils étaient plantés. La reprise constatée en octobre par le professeur Forber, était de 93 %.

Depuis cet essai d'expédition au loin réalisé par les soins de M. Swingle, botaniste du Gouvernement des Etats-Unis, d'autres expéditions importantes de Djebars ont été faites d'Algérie, de Tunisie, d'Egypte, et il semble établi maintenant que des oasis à portée du chemin de fer, comme Biskra, pourraient exporter, tous les ans, une certaine quantité de ces rejetons demandés par de nouvelles colonies établies dans des régions qui comportent la culture du Dattier.

Les Djebars rapportent la sixième année de plantation ; mais ce n'est que vers 10 ans que le jeune Dattier est en plein rapport. Un sujet donne de 50 à 100 kilog. de fruits, certains arbres produisent 200 à 300 kilog.

La fumure, généralement insuffisante dans les grandes plantations, contribue beaucoup, avec l'irrigation abondante, à la supériorité du fruit.

Le commerce de dattes est considérable et a déjà pris une grande extension à la suite de l'introduction du chameau dans le désert, mais depuis que les chemins de fer abordent le Sahara, la datte devient, de plus en plus, un fruit de grande consommation en Europe.

Les variétés expédiées au loin sont peu nombreuses, c'est presque uniquement la Datte Deglet nour qui est exportée, les autres variétés sont consommées sur


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place. Cependant certaine datte comme la Rhars mériterait d'attirer l'attention des commerçants, cette datte qui contient jusqu'à 63 % de sucre est trop molle pour être mise en boîte ou panier, elle coule, il faudrait la cueillir proprement et l'enfermer dans des boîtes étanches, comme on le fait pour les conserves.

La Rhars ainsi préparée serait souvent préférée à la Deglet nour. Le commerce des dattes a déjà pris une grande importance par suite de la coopération des Européens, il importe de ne laisser à l'Indigène que les soins de la culture dans lesquels il est très habile ; mais de réserver aux populations plus industrieuses le soin de préparer et de présenter un produit dont la valeur est encore un peu méconnue.